‹ Histoire Des LettresChapitre 6 sur 10 · HORACE · texte numérisé non relu

HORACE

Albe TOUS a nommé, je ne tous connais plot*

CURIAGE.

Je Toos connais encore et c'est ce qui me tae«

Le qu'il mourût est resté comme une beauté suprême. C'est bien autre chose aussi que le quos ego de Virgile , dont on a fait trop de bruit peut-être ^

Tous les critiques ont remarqué avec raison que la tragédie d'Horace finissait réellement à la seconde scène du quatrième acte ; il est malheureux que Corneille se soit cru obligé aux cinq actes consacrés par Tusage. Le meurtre de Camille par son frère nous semble d'ailleurs un défaut énorme , c'est tacher gratuitement un caractère admirable et certes déjà assez énergique , car dans les discussions avec Curiace il approche parfois de la férocité.

Cinna est une pièce d'une ordonnance très- supérieure à Horace; l'action marche dans tout le cours de la tragédie avec une régularité parfaite et une vivacité d'intérêt bien rare ; c'est , au jugement de lia majorité des lecteurs , le chef-d'œuvre de Corneille. Le caractère d'Emilie et les paroles sublimes qui se rencontrent si souvent dans sa bouche, le discours de Cinna aux conjurés , la scène si dramati'-

' On remarquera qiie nous citons beaucoup moins en abordant le dix^septième siècle; c'est que les auteurs de cette épo- (}U6 et du siècle suivaiiispnt di|ns toi|te# les lus^iis^

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que entre Auguste , Ginna et Maxime , tout ce cinquième acte empreint d'une grandehr morale si étonnante , et ces paroles d'Auguste qui faisaient pleurer Condé, voilà de ces beautés immortelles qui fondent la gloire d'un fiomme et d'une nation.

c De toutes les tragédies de Corneille , dit Voltaire, celle-ci fit le plus grand efTet 2i la cour , et on peut lui appliquer ces vers du vieil Horace :

C'est aux rois, c'est aux grands, c'est aux esprits bien faits. C'est d'eux seuls qu'on attend la véritable gloire ^.

f De plus on était alors dans un temps où les esprits , animés par les factions qui avaient agité le règne de Louis XIII , ou plutôt du cardinal de Richelieu , étaient plus propres à recevoir les sentimens qui régnent dans cette pièce. Les premiers spectateurs furent ceux qui combattirent à la Marfée et firent la guerre de la Fronde. Il y a d'ailleurs dans cette pièce un vrai continuel, un développement de la constitution de Pempire romain, qui plaît extrêmement aux hommes d'état ; et alors chacun voulait l'être', f

Corneille déploya en effet dans cette tragédie une

^ Voilà qui marque vivement la différence des temps entre

l'époque de Voltaire et lu nôtre. Il nu faut aujourd'hui attendre la véritable gloire que «ie la nation.

^ Gommontaîre sur Corneille.

éUguei^ce politique ajlmirable , à ji^pç ép.Qj}q!^ fertile en harai^ues ridi,cule^; la scène ei^tre Augi|ste; Ginna et Maxime au début du deuxième acte renferme de$ dissertations dignes de Nop|;^ç^quiejyi, exprimées en vers magnifiques.

La If arpea été bien sévère, et souvent pmi habile jdans le jugement qu*il a porté sur ciette tr9g(é.die. De toutes ses critiquas il n'y a peut-être do réc^ement fondées que celles qui concernent le caractère de Maxime justemiBpt blâmé par Voltaire. Quant à toutes: les réflexions, do Tauteur du Cours de littérature^ elles nduB^embleÉit manquer de sagacité. Les tergiversations qu'il remarque dan$ le rôle de Ginna sont très-naturelles, chez les caractères tout à la fois passionnés et faibles, lorsqu'ils se trouvent etigagés dans une entreprise aussi périlleuse qu'qne conspiration contre un empereur romain. Gorneillea fait preuve dans ce rôle d'une connaissance du cœur liUmaiil que Là Hâbpe a prise pour de l'ignorance. î! faut être plus réservé en jugeant les hommes dont }e génie est côhsacré par l'admiration d'une nation toute entière. D'ailleurs il nous semble que les héisîtations et les faiblesses de Ginna font un contraste très-heureux et très -naturel avec cette constante fierté d'Emilie, et que si son amant avait eu un caractère semblable, le drame n'y eût certes pas gag[né. • Corneille s'avance de grandeurs en grandeurs, le sublime est dans sa nature ; Thonneur chevaleresque, l'enthousiasme de la patrie , la générosité

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. sur le trône, tels sont les sujets de ces trois premiers chefs-d'œuvre. Dans Pofgettcie il a peint en traits admirables rhérdiëtlië du nlaf tyré et ' l'âme extatique du chrétien. Les préciébseâde l'hôtel de Rambouillet et les beaux esprits qà\ caquetaient autour d'elles avaient condamné cette pièce, qiii Tait edcore aujourd'hui l'admiration dû |)ublîc. C'est peut-être la tragédie de Corneille dont l'intrigue est le mieux liée et le plus habileoiBot oonduite de scène en scène. L'enivrement tout céleste de Polyeucte, la grandeur morale de Pauline et de Sévère font de cette pièce un spectacle admirable , bien propre à ennoblir, et à créer l'jiérdïsme de la vertu. Le dialogue est souvent exprimé avec une énergie si précise , et en vers si heureux^ qu il peut être donné à tous comme un modèle immortel.

Félix , las enfin de l'inébranlable résolution de Polyei^cte, veut le forcer à adorer les idoles.

FÉtlX.

Enfin ma bonté cède à ma juste furear.

Adore*Iês ou niears.

i^lOLlTÊtJCTlE.

je sbis chrétien.

FJÈLIX.

Impie 1 Adorè-tes, tè dis-je , ou renonce à la yiè,

POLYBUCTE.

160 filSTOiRE DES LETTRES.

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