HISTOIRE DES LETT&ES
Mais de même qu'on découvre de jeur en jour les rapports de parenté qui liaient entre eux les codes législatifs et religieux de TOrient » les Vedaâ au Zendnxvesta , Hermès à Lao^tseu , on s'appliqua égi^ lement à saisir les relations d'ai&nité qui existent entre les monuments de Fart et de la pensée , chez ces vieilles souches du genre humain. Ce serait une étude attrayante autant que féconde en résultats qu^une analyse consciencieuse et savante des élé^ ments qui sont entrés dans la composition de ces antiques chefs-d'œuvre, dont on rapporterait la pensée à une origine commune. Une œuvre com«^ plète sur le Mahabharata , les manuscrits chinois , la Bible et le Shah-^ameh , jetteraient un grand jour sur le travail de Tintelligence humaine dans son cours de développement majestueux et multiple ^ et serait dès lors la contre-face des glorieux efforts que fait aujourd'hui la science pour combiner entre eux les principes de la civilisation européenne et de la civilisation asiatique. Espérons que beaucoup d'années ne se passeront pas avant que cette foule d'archéologues et de jeunes hommes , croisés sous la bannière scientifique , ne pénètrent enfin jusqu'au fond du sanctuaire oriental , et n'en livrent tous les secrets à l'avide curiosité de notre époque. En attendant, faisons observer que la Bible occupe une place toute particulière dans les cosmogonies et les poétiques de l'Asie.
Abstraction faite de l'inspiration des divines
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Écritures , qui n'est pas en ce moment Tobjet éa Botre examen , nous les regardons comme Tinter** médiaire entre la poésie de TOrient et celle de TOc» cident. C'est comme un grand miroir à quatre' faces où , des quatre vents du ciel , les nations vien^ Beat reconnaître la physionomie de leurs origin.es. Il semble que Dieu ait toulu étever un vaste m6i* Dûment sur cette teore dont il pétrit les hommes , imprimer sur les bas-reliefe du temple les innom^ iHrables variétés des formes , afin d'y réunir un jour k &miUe humaine , qui retrouverait là son carac** tère et ses destinées. Les prophètes allient la pompeuse solennité des conceptions/indiennes aux dè« corations saillantes, vives et bÛMirres de l'Arabie , à la majestueuse simplicité d'Homère, au poli , à Vé^ légance d'Euripide et de Phidias , à l'impétueux récit de Tacite, à la magnificence romaine, à la ravissante rêverie de Calidasa. Isaie et Ezéchial sembleraient représenter plus particulièrementrin* taition orientale par l'étendue de la forme et des figures, la spontanéité de l'image , cette vigooreuse imagination qui répand par tous ses pores descou^ rants de mêle poésie , et ce luxe prodigieux de terribles hyperboles dont rien n'approcha dans 1h temps modernes. L'Ecclésiaste, les livres delà Sar gesse et des Proverbes , présentent queiquesaïudeigies avec les écrivains moralistes de la Grèce et dp Rome , Cicéron , Sénèque , Platon , Pythagpre , Pà(Jcilide ; la Genèse , les livres de Ruth et des ibûis , û»
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paraissent réunir Fineffable simplicité des temps antiques , la manière naïve et pourtant causeuse des récits d'Homère, à l'éclat que nous pouvons remarquer dans le peu que nous connaissons des poèmes indiens.
Les deux hémisphères moraux et intellectuels du monde se rencontrent dans ces livres.
La Bible est une divine et mystérieuse épopée , pleine d'unité, de splendeur et de variété de formes, où furent tracés , en hiéroglyphes ineffaçables , les joies, les douleurs , les désespoirs et les vacillations humaines , et dont l'Évangile est l'explication. C'est à la fois un chant de soupirs, d'expiation , de sacrifice, et une ardente aspiration vers les espérances du monde à venir. C'est l'ouvrage des âges et non d'un homme , l'œuvre en même temps de Dieu et de l'humanité. Ce sublime monument est semblable à plusieurs des cathédrales du moyen âge ; chaque prophète y écrivit une page , chaque siècle en passant y déposa son mystère de tristesse et d'ineffable langueur, comme les générations ont posé leur étage dans les constructions chrétiennes. Sous un autre aspect , des traits de ressemblance se font voir entre l'œuvre des temps d'initiation et les prodiges de la loi de grâce. Ici et là le cœur retrouve avec effroi les nuits de l'âme , le laborieux pèlerinage dans les déserts du temps, l'angoisse de Thumanité suspendue au mystère de ses destinées, et toutes les larmes de l'homme. Le sacrifice par*
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tout, la prière partout, la croix partout, de Job à David , de Jérémie à Jésus. L'austérité du temple chrétien répond àTaustéritéde la prophétie qui l'annonçait. Mais , chez Tœuvre du monde réparé, la conscience du salut est plus nette , la voie plus large, plus déterminée , la réalité remplace Timage ; on sent que Thymne du prophète était un . sanctuaire d'espérance, le nôtre est un sanctuaire d'amour. Ici se réalise ce qu'avait prédit l'ancienne doctrine des Parses : Ormuzd a tué Ahrimane , la lumière a vaincu par la charité. Job', Jérémie, Daniel , vous êtes de grands poètes aux yeux du siècle nouveau ; nous vous comprenons auprès de la croix, on ne vous comprenait pas auprès de l'arche I
En sus du sens mystique des Écritures dont l'esprit chrétien réalisa plus tard les plus sublimes symboles, ces livres en ont un autre par lequel ils rentrent dans l'ordre des épopées antiques; c'est qu'ils portent l'empreinte fidèle d'un caractère national. Les races pélasgiques produisirent Homère, qui n'appartient pas à une ville, à une province proprement dite , mais à la Grèce ; qui n'est pas un homme, mais une race, pas un écrivain, mais une époque ^. Plus tard la simplicité merveilleuse de
« Il Êiot entendre ceci, et ne pas y voir une adhésion à certaines assertions qui nient l'existence d'Homère. —L'individualité d'Homère est certaine pour nons^ mais il contient toute une époque, toute une race.
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Tàgc homérique se reproduisit dans Inélégante symé* trie du Parthénon , des édifices d* Athènes du siècle de i^éricjiès. La conscience de la nationalité belle* nique est écrite à toutes les lignes de cette grande figure héroïque dans riliade, civilisée dans TOdysséû. Dans la première partie il y a de glorieuses luttes d'un peuple enfant; dans la seconde le paisible et régulier développement d'une nation qui marche dans la plénitude de la force. La Perse » également, nous est arrivée incarnée t pour ainsi parler t dans le double monument de sa pensée , son architecture et sa poésie; elle nous montre, avec Persépolis et Suzcs , son apôtre Zorooiire et son poète Fer^dusl. L'Inde eut de gigantesques poèmes et de gigantesques temples , dont les vastes proportions rappellent le panthéisme qui les a créés ; c'est l'élan de l'homme vers la nature, et l'élan de la nature vers l'homme; Tun et l'autre veulent se féconder par une véhémente cfl*usion de vie et d'amour, par une sorte de transsubstantiation; l'un et l'autre cherchent à détruire le temps , comme dans cette pagode de Rangoun , où l'on compte les siècles par les pyramides. De môme les tribus d'Israël furent réellement représentées par leurs temples et leur poésie. Le mystère de leurs origines , de leur merveilleuse histoire , palpitait à toutes les parties de ce bâtiment colossal , peuplé de figures et de symboles. Ce peuple , qui vivait tout entier dans la magnificence de son culte et de ses cérémonies, ne
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trouvait Dieu que dans le temple de marbre , sous les colonnes de bronze , sous les autels de cèdre , devant le tabernacle d'or et les chérubins de bois d'olivier. Mais il est bien mieux peint encore dans les livres qui racontent ses gloires , ses égarements , ses inconstances , ses punitions, les jours où Dieu l'écrasa comme le raisin sous le pressoir. C'est comme un grand rivage où mille fleuves ont déposé leurs alluvions. Tous les siècles sont là , couche par couche, race par race. Mais ces entassements ne s'appellent pas ruines , ce n'est pas de la cendre ; si vous y touchez, il en sort comme d'une ruche un immense bourdonnement, et comme d'une fournaise d'éclatantes lumières.
vm
Un homme arriva un jour dans la terre de Madian, et s'assit au bord d'un puits, car c'était le soir et Thomme était pris de fatigue. Or, il y avait alors dans cette terre de Madian un prêtre de Dieu qui avait sept filles , et ces filles vinrent puiser de Teau au puits où était assis l'étranger, pour abreuver les troupeaux de leur père. Des pasteurs survinrent qui chassèrent les jeunes filles , et Fhomme se leva et les défendit , et donna à boire à leurs brebis. Et les jeunes filles étant retournées vers leur père, il leur dit : Pourquoi êtes-vous revenues plus tôt que de coutume?— Elles répondirent:
Un étranger de la terre d'Egypte nous a délivrées de la main des pasteurs, et il a puisé de F eau pour nous , et il a donné à boire à nos brebis. — Et le père répondit : Où est-il? Pourquoi avez-vous laissé cet homme? Rappelex-le» afin qu'a mange notre pain. Et l'homme jura qu'il habiterait avec le prêtre dans le pays de Madian , et ptit pour femme Séphora sa fille.
Or l'Égyptien paissait les brebis de Jéthro, son beau-père, prêtre dans Madian. Et un jour qu'il avait conduit son troupeau dans le fond du désert , il vint à Horeb, la montagne de Dieu; et l'étranger s'assit sur la montagne , et il se prit à penser à son enfance et au petit berceau de jonc qui l'avait porté sur le fleuve, à la fille du roi qui l'avait sauvé des eaux, à la femme qui l'avait allaité , et à ses frères opprimés sur la terre d'Egypte ; et ses pensées étaient tristes dans la solitude.
L'homme ainsi songeant sur la montagne , Dieu lui apparut dans la flamme , au milieu d'^un buisson , et il voyait que le buisson brûlait et ne se consumait point. L'Égyptien dit donc : J'irai et je verrai cette grande vision , et pourquoi le buisson ne se coB^^ume point.
Mais le Seigneur l'appela du milieu du buisson , et dit : Moïse I Moïse I — Celui-ci répondit : TWe voici. Et le Seigneur aussitôt^ N'approche point d'ici. Ote ta chaussure, car la terre sur laquelle tu marches est une terre sainte. Je suis le Dieu de ton
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père , le Dieu dlsaac , le Dieu de Jacob. — Moïse voîla sa face, car il n'osait regarder Dieu. — Le Seigneur dit : J'ai vu l'affliction de mon peuple, et j'ai entendu ses cris à cause de la dureté de ceux qui président à ses travaux ; et, sachant sa douleur, je suis descendu. Je t'enverrai vers Pharaon , afin que tu délivres les enfants dlsraël. — Moïse répondit à Dîen : Qui suis-je ? Le Seigneur lui dit : Je serai avec toi , et lorsque tu auras tiré mon peuple de l'Egypte , tu immoleras à Dieu sur cette même montagne. — Et Moïse dit à Dieu : Voilà que fîrai vers les flis d'Israël, et je leur dirai : Le Dieu de mes pères m'a envoyé vers vous. Et s'ils me disent : Quel est son nom? que leur dîraî-je? — Et Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui est, et tu diras aux fils d'Israël : Celui qui est m'a envoyé vers vous. Rassemble les anciens d'Israël et dis-leur : Le Seigneur, Dieu de vos pères, m'est apparu, et a dit : Je vous ai visités, et j'ai vu votre affliction sur fti terre d'Egypte, et j'ai dit que je vous en tirerais et vous conduirais dans une terre où coulent le lait et le miel ; et ils entendront ta voix. Et avec les anciens d'Israël tu t'approcheras de Pharaon, et tu lui diras : Le Dieu des Hébreux nous a fait appel, et nous voyagerons trois iours dans la solitude pour immoler au Seigneur notre Dieu. — Et Moïse dit :. Ils ne me croiront point. — Le Seigneur lui donna, la puissance des miracles ; et Moïse dit encore : Je vous en supplie , Seigneur, je ne suis point
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éloquent, et depuis que vou8 avez parlé à votre serviteur , ma langue est encore plus embarrassée et plus tardive. — Et le Seigneur répondit : Qui a fait la bouche de Thomme ? qui a formé le muet et le sourd, le voyant et l'aveugle? n'est-ce pas moi? — Mais Moïse : Je vous en supplie , Seigneur , envoyez celui que vous devez envoyer. — Et le Seigneur irrité contre Moïse dit : Aaron ton frère le lévite est éloquent, il sera ta bouche, et tu le conduiras dans tout ce qui regarde Dieu.
Moïse s'en alla donc et retourna chez Jéthro, son beau-père , et il lui dit : J'irai et je retournerai auprès de mes frères en Egypte , et je verrai s'ils vivent encore. — Et Jéthro lui répondit : Va en paix. — Donc Moïse prit son épouse et ses fils et les posa sur un âne, et retourna en Egypte, portant en main la verge de Dieu.
Or cet homme qui délivra ses frères de la servitude d'Egypte, où les intendants du roi les condamnaient à des ouvrages de mortier et de briques, ce pâtre de l'Horeb, qui deux fois encore parla à Dieu sur la montagne, au milieu des foudres et des éclairs, qui mourut sur la montagne, et que Dieu ensevelit dans la vallée du pays de Moab , vis-à-vis de Phogor, en une place ignorée de tous, cet homme avait une mission tout autrement importante à opérer que la délivrance dn peuple d'Isi':iël. L'heure était venue où les vraies traditions pouvaient sinon se perdre , du moins se vicier, à tel point qu'on ne
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les reconnût plus. Dieu chargea Moïse de les écrire sous sa dictée, et de former un peuple qui fût comme le livre vivant de ces traditions. Or, pour que ce peuple fût un livre pur, il fallait le séparer des gentils, car autrement il serait devenu gentil et idolâtre lui-.même , car nul plus que lui n'était entraîné vers les choses des sens. Et voilà pourquoi Dieu chargea Moïse de lui inspirer Thorreur de la pensée et du sang étranger. Les Juifs , selon la juste et ingénieuse expression de Tabbé Gerbet, étaient dans l'antiquité les moines du genre humain.
Hais avant de formuler des lois qui devaient être particulières à ce peuple, Moïse prêta Toreille à la voix des ancêtres des hommes, et, inspiré qu'il était de Dieu, il formulâtes vérités traditionnelles, base des sociétés divines et humaines, et cérivit Thistoire de la création et de Fhomme jusqu'à huu Et cet écrit est la Genèse, le plus ancien des livres au dire de tous les savants consciencieux.
Ce livre est le récit des conmoiencements de tout, et le germe de nos connaissances. On y trouve la raison des mystères qui occupent joumellemept nqs facultés philosophiques. C'est une sorte d'Évaqgile en blob massif encore. Tout est là à l'état de rudesse native. C'est la terre vierge dont Jésus devait plus tard diriger les irrigations et tailler les feuillages*
On peut distinguer dans cette œuvre de dictéi? divine trois parties : la partie scientifique, la par* tie morale et dogmatique et la partie historique.
Cëln, avec la poësie qui plane sur le tout, coni'* preild à peu de chose près l^uaivers de rhomme. Son iiAéllect se ééTetoppe émn 1^ science, son eœurdansla moMle, «a Ii1»erté dans rhistoire.
lie llrre de Mofêe «'(tarre pair Texpontioa de la eréation de Tinaivers sensible. Toutes les races mtes iprmiitives ofit eu leurs cosmogonies ; nais ees'gefifèBes, sur un fond de vérité, renferment les erMurs (es plus destructives. Les unes n'ont rer eomu de réalité existante cfue Dieu, unité originelle, s'éfmtiâant, se fractionnant dïins la création eatière. De Berte que, tout étant Dieu, le bien et le Dkal n'existe phfs. Si vous admettes la volonté ( et qui ne 4a sent pas en soi? ) , le panthéisme tombe ; osr leoftn la volonté individuelle peut vouloir ce qêB 'Bien ne vecrt pas , et la vdlonté de l'individu tfiilifee dans le panthéisme, le cas prévu arrirant, II' en reseortirait cette abstar^é étrange, que Dieu pourrait quelquefois vouloir ce qu'il ne veut pas, cTèi^lMifre ^ue Keu ne serait plus maître de ini- Ên&me. Ce système détruit toute notion exacte du éfttîl, ^ aboutit à un despotisme inflexible. Dieu fie îfiai^ffeste d«ms rbuma»rté par les évènwnents, «t yindividu qui règne porté sur ces événements îe«st Hïîe ^réelle de Dieu^ douée de plus de puisriiûf^ ^çoe 5es autres. €ette croyance écrase et «fififftiktit'Vtirtnme qui,««i sefalsant Dieu, n perdu, M «llîgnité propre. Il y a là une tK>tîon feusse de la grâce, qui est l'action de Dieu sur l'homme, mais
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Q^ab&OPlNint jamais la volonté IndividuellOt C'est pourtant ce panthéisme que quelques hommes offrent sérieusement aujourd'hui & des populations éclairéei; par dix-ihuit siècles de christianisme!
L^autre cosmogonie, car, en pénétrant dans Tessence de celles qui sont en dehors de la cosmogooiemasaique, on ne peut en découvrir que deux ; Tautre, dis-je, enseigne deux principes coexistant de teinte éternité , le bieB et le mal, Tamour et la haine, la vie et la mort, deux principes également puissants, et partageant Tempire du monde. Mais concevez-vous cette lutte éternellement égale entre les deux principes ? N'est-elle pas démentie par des faits évidents, par le progrès? Les aveugles seuls peuvent le nier. Or, comment s'opère le progrès? par tme ascension de T intelligence, par une expansion de Tamour. Le progrès, c'est de mieux comprendre, c'est d'aimer mieux, c'est de vouloir plus selon l'intelligence et le sentiment du bien, c'est de marcher dans la voie de la vie, c'est s'approcher du ))ien, de Dieu; donc la puissance du mal est atténuée, donc l'empire égal des deux principes disparaît, l'un succombe sous les coups de l'autre.
Leur égalité existant dans les profondeurs impénéWaWes de l'éternité est un rêve. Si l'un des principes est doniiné par l'autre, il est dans les bornes du fini, il n'a pas toujours été, car l'infini ne peut i>as se borner ou Recevoir de bornes de
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quoi que ce soit. Et, si le mal n*est pas infini, il a donc eu un commencement. Mais alors quel sera le principe infini et sans commencement? car il faut bien qu'il y en ait un. Ce sera le bien, ce sera Dieu. Nous voilà ramenés à la création selon la révélation mosaïque.
11 y a dans le dualisme une demi-vue de la vérité. 11 y a le sentiment dévoyé de la lutte du bien et du mal, comme dans le panthéisme il y a le sentiment, la notion de la , communication de la grâce^ de Faction incessante de Dieu sur la création entière. Mais tout cela est incomplet et anéantit des réalités de notre natmre. L'un détruirait la personnalité, la responsabilité, la liberté du moi; l'autre le progrès dans la création morale.
La révélation mosaïque, iAiposée par l'Église comme la véritable aux chrétiens, aux catholiques, ne l'est-elle à leurs yeux que parce qu'elle satisfait les nécessités morales de notre nature, que parce qu'elle les reconnaît, que parce qu'en elle se trouve la raison, souvent voilée il est vrai, mais toujours définie, des mystères qui nous environnent? Il ne faut pas le croire. Les sciences naturelles n'ont jamais pu, malgré des efforts passionnés, renverser la cosmogonie du législateur des Hébreux. La chronologie se rit aujourd'hui , avec Benthey, Delaplace et Delambre, des tables indiennes, vantées par l'infortuné Bailly, lesquelles faisaient remonter le monde à vingt millions d'an-
nées. Il est aujourd'hui reconnu qu'elles ont été fabriquées il y a à peine huit siècles. Le zodiaque de Denderah devait, selon Dupuis et ses disciples, révâer une civilisation bien antérieure au déluge et même au récit de Moïse. Mais voil& que MM. Letronneét ChampoUion sont venus, et sur le fronton d'un des temples d'où ce zodiaque avait été extrait, sur les peintures dont ils étaient ornées, ils ont lu, le premier en grec, le second en hiéro* glyphes, qu'il avait rendus intelligibles, les noms de Ptolémée, de Cléôpâtre et des empereurs romains qui les avaient fait construire vers le commencement de l'ère chrétienne.
« Assez récemment MM. Gfaampollion le jeune et Lenormant ont parcouru l'Egypte du nord au midi , et leurs infatigables explorations ne leur ont fait rien découvrir qui remontât au delà de l'époque d'Abraham. » (Rapports entre la religion et les sciences 9 — par M. Paumier, — France littéraire.}
Yenons maintenant à la géologie. La sciencènièlivelle , perfectionnée avec la plus louable émulation par unç multitude de savants français et étrangers, parait avoir anéanti sans retour , il est vrai , l'explication vulgaire et littérale des six jours ; mais, au lieu de convaincre la Genèse de mensonge , elle nous a donné un commentaire aussi admirable qu'imprévu , plus propre que toutes les dissertations critiques à l'entourer de confiance et de respect. ]Elle nous a découvert , av^iit lapalssance de l'hojn-
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nie Bt la dèrtiière organisâtidû du globe i fles époques où le Dieu de k nature revêtait suecessiTemisilt 8011 ouvrage de formes diverses et ]^gressivel , préparant ainsi lentement Tempire de Tboltlfife iblelligent et moiM. Le globe est oceupé d'abcml par le chaos desondeb ^ puis par des végétaux motiitrueui', puis par des reptiles gigantesques et étranges ^ puis pai* des malnmifèreB énormes et pourtant analogues abx nôtres. Ce ne sont pas là de simples conjecturés , des hypothèses brillantes , mais plus ou moihs hasardées ; ce sont des faits qttHl est iolpossible de nier. Loi'sqû'en efiie^^ cidtidUit par la géologie , on exailiine attentiveiheiit l'eattioppe solide de notirë terkvâ , on demeure CiMitaincu qu'après les Couchée de granit qui annôticefit qià*è répoqile de sa formation hul être brpLttt&ré n'avttit «nèôre pafu^ se rbth)toyeflt les tégétâtti -, pâf fragments où par empreinte ( Géh. , v , a )i, Eh é'éle^mfit aux 'coudies supérieutiss, lés ^o'cj^illages tft l«s débris dé poissons se déd^uVilâlIt (90 et Si), et swiioëssivement les resf^ ides gnâlid^ reptiles êi tes û% des quadrupède» (S& et 25 ) , déhxè&lf am sS&ii raccord parfait des jètlts ou épOit^futeS metttiôttaefe's par r historien feaèrè âVèt lés ti^àSdèS épdqcfë* île ia nature. Aïi toiltett dé ce vaàle ^îfiiéliêré , tKste amas des fuitiës d'Utt môttdè ï)timittf , nioMtftte cherche avec îhtérêt, ràais ëà Vàînv lès restes ^fe son semblable. li interroge saftïs succès leâ ànnia]jê^ des siècles. Elles lui répondent que Thomme, ci^
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lederc^r (26 ^27), n'a point été en wtoppé 4oQa c«s épouvantables catastrophes ; car Dieu ne kû avait point encore donné la vie. Voyez les reoherehes de Cuvfer nm les oesemenls foesilea, et surtout ie ûîiGoiirs préliminaire sur les révokitiQns du globe.
Et que dît à ce sujet la parole de Moise? Qu'élte éclate elle-même. Elle nous semblera fdos belle enoûre , amsi démontrée dans sa vérité par de savants hoDotmes.
« fit Dieu dit : Que la tenre produise les plantes verdoyantes avec leurs semences , les aritres avec leurs troiu , chacun selon son espèce^ qui renferment en eux-mèoies leurs semences , poiaree repro^^ doire sur la terre; et il fut ainsi (ii)«
» Et la terre produisit donc des plantes qui portaient leurs graines suivant leur espèce^ et des ar* bres fruitiers qui renfermaient leur semence en eiu-mémes selon leur espèce. Et Dieu vit que cela était bon (IS) , et il y eut uu soir et un matin , et œ fut le troisième jour (Id),
» Et Dieu dit encore : Que tes eaux prodUsent les animaux qui nagent , et que les oiseaux voient sur la terre et sous le ciel. Et iMeu créa les grands poissons et tous les animsuix qui ont la vie et le mouv^nent que les eaux produisirent. Et il créa des oiseaux , chacun selon son espèce. Et il y eut encore soir et matin , et ce fut le cinquième Jour.
» Dieu dit aussi : Que la terre produise les^aiii-
i8/t UISTOIRB DES LETTRBS
maux vivants , chacun selon son espèce , les animaux domestiques, les reptiles et les bètes sauvages.
» Dieu dit ensuite : Faisons Thomme ànotre image et à notre ressemblance , et qu'il domine sur les poissons de la mer , sur les oiseaux du ciel , sur les animaux qui demeurent sur la terre , et sur tous les reptiles.
» Et Dieu créa l'homme à son image. Et Dieu vit toutes ses œuvres , et elles étaient toutes parfaites , et il y eut un soir et un matin , et ce fut le sixième jour. »
Ce n^est point ici de la poésie philosophique, c'est de la poésie révélée. Certes elle ne vient pas de l'homme cette voix qui , après quatre mille ans , se trouve en rapport avec les plus récents résultats de la science. C'est qu'il n'y a point de progrès pour l'intelligence dont elle émane. Non moniale sonat. C'est que la science qui a force de vie ne révèle que la vérité , et que toute vérité est en Dieu.
Si nous cherchons dans Moïse la science de l'homme , nous serons encore émerveillés de cette étude. Nous y trouverons une aussi parfaite connaissance de notre nature morale , la cause de tous les liiystères qui nous étonnent dans cette nature , et leur solution en Dieu. Ce n'est qu'en admettant la révélation mosaïque , développée par l'Évangile , que l'on peut espérer et être consolé.
I^a première cho^e qui frappe l'esprit du philo-
AYANT LB GHlUSTIAlflSME. 18S
sophe méditant sur Thomme est la perpétuelle contradiction qu'il trouve au fond de Fâme humaine ; c'est de la voir sans cesse aller du bien au mal, c'est cet amour qu'il y a en elle pour le bon , pour la vie, et cette pente qui l'entraîne vers le mauvais , vers la mort. Ce qui inquiète encore le philosophe , c'est l'origine du mal lui-même ; car enfin comment le mal a«*t41 pu sortir de l'Être infiniment bon ? comment le non-être ( car le mal est cela) a-t-il pu émaner de ce qui est l'Être essentiel.
Eh ! bien, toutes ces questions sont résolues par Moïse , et toute philosophie qui a voulu trouver d'autres solutions que les siennes a marché d'erreurs en erreurs. Si le mal existe dans la création, il n'est point sorti de l'Être incréé, de celui qui est ; mais de l'être créé. Le mal dans la création purement intellectuelle est venu de l'ange; dans la création terrestre il a été introduit par l'homme. Et pourquoi l'ange et l'homme sont-ils tombés ? Par l'amour excessif du moi. Ils ont voulu s'affranchir de Dieu , source de toute vie et de tout bien.
Si l'homme souffre de cette lutte perpétuelle du bien et du mal en lui , c'est qu'il sent que là n'est point la loi de sa véritable nature , qu'il était fait pour tout autre chose; c'est qu'il devait habiter l'Éden et y satisfaire ce goût de l'infini qui le travaille sans relâche. De là ses mélancolies si sombres et l'insuffisance des apparences à éteindre son gémiSr
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sèment interne. !^ poésie n'est que la plainte oq te vœu instinctif de l'exilé. Il pleeffê , mm il y a uâ chant ààTi^ sa voix , son gémissement est «i» regtet dû ciel.
Ce qui fait que la révélation prôchée par Moîtt répond si bien aux besoins de notre nature, à nois convictions indestructibles , c'est qu'elle ûow Te*, connaît une volonté capable de dominer le pécbé \ ce qui la rend si consolante , c'est que le salaire ml promis à qui fait le bien. Car il est écrit dans raimirable récit du meurtre d'Abd : € Bt le Seigneuif » dit à Cai'n : Pourquoi es-tu irrité , et pourquoi ton » visage est-il abattu ? Si tu fais le bien , n'en re^ it cevras^tu pas le salaire 7 si tu fais le mal , sur le » seuâ de ta porte , ton péché ne paraîtra-t-il paê » soudain ! alors il t'attaquera sans cesse , mais tu » peux encore le dominer. — Et Caïn dit à Abel son » frère : Sortons î — Et lorsquUls furent dans la cam-
> pagne , Caïn s'éleva contre son frère et le tua, et » !e Seigneur dit à Cafti : Où est Abel ton frère? —
> Caïn répondit : Que sais-je ? suiSje le gardien de » mon frère ? et le Seigneur lui dit : Qu'as-tu fait t » !a voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu'à >moi. — Maintenant donc, tu seras maudit sur » cette terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir » le sang de ton frère, versé par ta main ; et , aprèf • que tu l'auras cultivée, elle ne te donnera pas » ses fruits. Tu seras errant et fugitif sur la teire. » (Ch. ÏT. )
AVlfft LE CnllISTIANlSMB. i^^
Nous voyous le! !a terre recevoir de DîéU la p\A^ sance clé malédiction Contre le meurtrier , tant il est vrtd 'qa'ime utiicn mystique exlrte entre elle et ce qui èôûftté en nous* car la parole dé Dieu n*«t point une parole de poésie vaguement figurée , mais elle exprime toujours quelque réalité mystique.
Nous àiwertoiis à continuer nos recherches sur les p^es lès plus mystérieuses de ce livre dtôè commenceùientè ; tnais les limites de notre tra^ vàil s^y opposent. Nous passerons donc à la formation de ia sbciété, ce qui UôUS tônduirâà Phistoire.'
tQueiservàit à l*hoïnme d'être ititrôfluît dans ce paràdi* de délices, daus lout uti V^ste pays que Dieu avait ûais en Son pouvoir, et au milieu de quatre gratids fleuves dont les riches eaux tratttaîent des trésors, sous un ciel si pur que, sans être obscttrci par les nuages qui couvrent le nôtre et produisent les orages, il s*élèvait de terre, par une bénigne chaleur, une vapeur douce qu*il distillait en rosée, et qui arrosait la terre et toutes ses plantes? L^homme était seul, et le plus seul de tous les animaux ; car il voyait tous les autres partagés en deux sexes, et, dit rÊcriture, il n'y avait que Thomme à (jui « on ne trouvait point d'aide semblable à lui. » Solitaire, sans compagnie, sans conversation, sans douceur, sans espérance de postérité, et ïie isâChant à qui laisser et aVec qui partager ce grand héritage, et tant de biens que Dieu lui avait donnés, il vivait tranquille, aban-
188 msTOiaB des lbttbbs
donné à la Providence, sans rien demander. Et Dieu aussi, de lui-même, ne voulant jiaisser aucun défaut à son ouvrage, dit ces paroles : « Il n*est pas bon que Thomme soit seul, donnons-lui un aide semblable à lui. »
» Peut-être va-t-il former le second sexe comme il avait formé le premier : non, il veut donner au monde, dans les deux sexes, Timage de Tunité la plus parfaite et le symbole futur du grand mystère de Jésus-Ghrist. C'est pourquoi il tire la femme de rhomme même ; mais pour montrer que c'était 1& un grand mystère, et qu'il fallait regarder avec des yeux plus épurés que les corporels, la femme est produite dans une extase d'Adam, et c'est par un esprit de prophétie qu'il connut tout le dessein d'un si bel ouvrage. « Le seigneur Dieu envoya un sommeil à Adam » un sommeil, disent les saints livres, qui fut un ravissement et la plus parfaite de toutes les extases* « Et Dieu prit une côte d'Adam, et il en remplit de chair la place. » Grave expression de l'Écriture, pour nous faire voir dans la femme quelque chose de grand et de magnifique, et comme un admirable édifice où il y avait de la grAce, de la majesté, des proportions admirables et autant d'utilité que d'ordre.
n La femme ainsi formée est présentée « de la main de Dieu » au premier homme, qui ayant vu dans son extase ce que Dieu faisait : » G'est ici, ditil d*abordf Tos de mes os, la chair de me^ chair* »
ATiIfT U CHUSnANUU. 180
Elle s'appellera (Fun nom pris du nom de l'homme. parce qu'elle a été formée de l'homme, etrhomme quittera son père et sa mère et il s'unira À la
Toilà donc la famille établie. L'homme c'est la puissance intelligente ; la femme c'est l'amour , c'est quelque chose de soumis à l'homme. L'un tire sa beauté de la force, l'autre de la grâce; mais c'est un aide et non point un esclave selon la notion viciée des temps antiques, qui dans tout remplaçaient l'esprit par la brutalité. La femme est dans la famille l'élément consolateur.
Toutefois à cet être collectif ( l'homme et la femme ) il manque quelque chose, il manque ua produit, une création qui lui soit propre, et dans laquelle il s'aime, lui image de Dieu, comme Dieu lui-même dans les produits de sa puissance. Or, l'enfant est précisément cette création de l'homme et de la femme, qui les lie plus intimement tous deux, et dans lequel ils s'aiment comme dans un nouvel eux-mêmes.
Mais, avant la naissance du second homme, un événement terrible arriva : l'homme désobéit à Dieu, et cette faute altéra toute sa nature ; et cette nature envahie par le mal, il la communiqua à ses enfants. • Le péché originel, dit le comte de Maistre, est un mystère sans doute ; cependant si
* BoHDiT, ÊUvatioiuiur ktHyttèret.
190 mUOWM Mf IKTIWi
rhomme ^ient à rexamwer de plus prèi, fl »
trouve que ce mystère a, comme les eutrei», das côté» plautiUde», même pour notre ioteUigenca bornée... Tenons-nous-en à cette observation vulgaire, qui a'accorde si bien avec nos idées les plus Qouvelles : Que tout être qui a k faculté de se propager ne $wrqU produire qu*m être semblable à lui. La r^gla neêouffre pae d'exception; elle est écrite ear touties la» jparties de Tunivers. Si donc un être est Ur gndét sa postérité ne isera plus semblable k Tétat primitif de cet être, mais bien à Tétat où il a .été ravalé par une cause quelconque. Cela se conçoit très clairement, et la règle a lieu dans Tordre pbyi^que comme dans Tordre moral. »
Uillastre philosophe a rendu un grand service m appliquant à cette question la rare lucidité de son jugement. Ce que ma raison à moi ne saurait comprendre, c'est qu'Adam, corrompu par sa désobéissance, eût produit une race d'anges; mais, selon la noticm de Moïse, Dieu a toujours le remède prêt pour la blessure, et, à peine la faute commise, la promesse du réparateur fut faite. La femme, {dus coupable que Thomme, dut subir une peine plus vive ; il lui dit : « Tu enfanteras avec douleur », et un instant après pour consolation : « Tu écraseras la tête du serpent. » La sainte Vierge était dès lors conçue dans la pensée de Dieu.
Ici commencent les temps historiques, car ici commencent nos misèpes. Le pv^onier meurtre en-
AYANT LE CaÉIsnàmBIBL 191
ttnghoite la teire; les hcMiimes se corrompent, le déluge détroit la race coupable, Fesclavage natt dans la famille de Noé ; Dieu a permis Tesclavage^ Mn comme une chose juste en elle-même et con- Ibrme au droit, mais comme une punition impo^ sée par lui aux infractions k la loi. Toute douleur est une expiation, et en ce sens elle est un bien, c*est im moyen de rédemption que Dieu noua demie* Noé prononce la malédiction de Dieu sur son fils Ghom, pour avoir révélé la honte de son pto^ : € Que Ghanaan soit maudit ! qu'il soit Fesdave des esclaves de ses frères ! » ,
Or, parmi ces trois races primitives, distinguées par la science de nos jours, en est-il une sur laquelle la malédiction de Noé semble irrémissible? La race éthiopique témoigne bien tristement de la vérité du récit de Moïse.
L'orgueil enfanta encore un granc^ malheur , la profonde division des peuples par la diversité des langages. Les hommes parlaient la même langue ; mais l'orgueil descendit dans l'esprit de cette immense association de forces ; et, mésusant des fruits de la bonté de Dieu, qui leur donnait la vie commune, ils voulurent bâtir dans la plaine de Sennaar une ville et une tour dont le faîte s'élevât jusqa*au ciel. Mais Dieu brisa l'audace de leur dessein en les frappant dans la cause même de cette force prodigieuse, dans l'union des esprits, opérée par l'identité du langage, et bientôt Babel
i9i HISTOIEB DB0 LETT&B0
croula, ruinée et délaissée dans son désert; car Dieu confondit les langues des hommes, et les dispersa sur la face de la terre.
Mais cette confusion ne fui pas telle que la science n*y puisse trouver quelque ordre. « Les huit cent soixante langues et les cinq mille dialectes, nombre très approximatif des langues éteintes ou vivantes encore sur le globe, peuvent se réduire à trois classes correspondant aux trois races primitives ^.i — « Nous trouvons justement dans l'ancien monde, où Moïse nous représente Foriginë des sociétés et le berceau de tous les peuples de la terre, les trois classes essentiellement différentes auxquelles le célèbre baron de Humboldt pense que Ton peut réduire les formes grammaticales de rétonnante variété des idiomes connus^ »
Les hommes étaient, comme dit Bossuet, ensevelis dans la chair et dans le sang ; Tidolâtrie couvrait la terre. Dieu, dit le même grand homme, appela d'en haut son serviteur Abraham, dans la famille duquel il voulait établir son culte et conserver Tancienne croyance, tant de la création de l'univers que de la providence particulière avec laquelle il gouverne les choses humaines.
Dieu se communique à l'humanité par l'élection d'un homme , et plus particulièrement par la béné-
^ RosBLLY DE LoRGUEs, ChftH dâvant lesiêclef mA2, 103. ^ Balbi, Athêethnogrt^hiquedugkbe,
diction de la race* Ces élus de Dieu sur la terre sont, dans l'ordre moral, les sages; dans r ordre religieux, les saints , et dans Tordre purement historique, les grands hommes. Nulle part cette doctrine n'est enseignée avec plus de suite et de forceque dans Moïse. L'élection de l'homme par Dieu , qui s'est faite dans Noé, se continue dans Abraham. Elle saisit ensuite Moïse , et , traversant les prophètes , vient 3e diviniser dans le Christ.
Mais si Dieu avait béni Abraham, il lui avait aussi promis qu'en lui seraient bénies toutes les nations de la terre. C'était aussi la croyance de l'antiquité païenne que la bienveillance ou la malveillance des dieux s'infiltrait avec le sang, et que cette dernière ne cessait de passer du père au fils qu'après les plus terribles expiations. La famille d' Œdipe est, dans la tradition grecque, le mythe le plus frappant de cette vérité exprimée par la parole des Livres saints.
Sous une autre face encore , Abraham est notre père dans la tradition de la loi. Il est en quelque façon la loi personnifiée , comme depuis fut Moïsp. Le verbe de Dieu retentit à ses oreilles ; la puissance de Dieu émane de se3 mains, de sorte que tous ceux qui se rattachent par la foi à la loi divine se rattachent à Abraham , qui la reçut de Dieu et nous engendra à cette foi. Dieu bénit dans ce père des vivants et des voyants tout ce qui croit et pratique sa volonté avec un esprit simple et soumis. Il y a là
iOii HISTOIAB BBS LBTTllBd
Bans doute une notion de cette unité d^àme â6 rhumanité qui plus tard apparut dans le Christ; car, sur le Golgotha, Jésus, pour souffrir et expier^ résuma en lui Thunianité entière»
Quelles sont donc les pensées fondamentales de la Genèse? La reconnaissance d*un Dieu unique et d'une création opérée par ce Dieu; le mal, qui, en définitive, est le non-nôtre, provenant non du principe infini, qui est Dieu, mais du principe finî^ qui est Thomme ; la révélation d'un état antérieur au mal , et dans lequel nous vivions selon les qualités normales de notre nature ; tous les hommes sortis d'un seul hoinme '^ viciés dans un seul et devant être glorifiés dans un seul, c'est-à-dire Tunité et la fraternité humaines ; le travail d'âme et de corps imposé comme expiation par la justice; l'offrande , la prière et le sacrifice apaisant Dieu ; toutes vérités développées dans l'Évangile d'une façon pleine de mansuétude et d'amour, et qui se trouvent tellement en rapport avec les instincts et les croyances des peuples, que les plus barbares les reçoivent. Certes il y a comme une fatalité divine dans ces événements , et lorsque la science de nos plus vaillants esprits ne peut , quoi qu'ils fassent, être autre que celle de Moïse, le front s'incline devant la face du pâtre de l'Horeb.
Après ce coup d'oeil bien imparfait , nous le sentons , sur les parties les plus philosophiques de la Genèse , si nous voulons la considérer sous le point
AYANT LE CHBISTIANISME. 195
de vue littéraire ^ nous y trouverons une poésie que rien ne surpassa jamais. Moïse est bien autrement profond et solennel qu'Homère ; car il est le poète de Dieu et des vraies adorations ^ tandis que l'aveugle du Mélès est le poète de l'homme et de la déification de Thomme* Il y a dans l'esprit des deux poètes toute la différence qui existe entre l'idolâtrie et le culte légitime.
Le sentiment des relations de l'&me de l'homme avec la nature abonde dans la Genèse* Ce qui domine dans cette œuvre, c'est le grandiose et la poésie de la solitude , mais d'une solitude pleine de Dieu. Si la scène de ce poème des commencements savait eu lieu dans les régions voisines de la mer , Dieu se serait montré dans les solitudes des vagues et des grèves , car H y a beaucoup de l'esprit de Dieu dans ces choses ; mais si , dans les contrées patriarcales , Dieu n'avaîT pointTâ mer, il avait les montagnes. Aussi est-ce là surtout qu'il parle à Foreille de l'homme.
Si Moïse n'avait pas allié ainsi la nature et l'homme, l'effet poétique de ses récits eût perdu presque toute sa puissance. — « Et Gain dit à Abel : Sortons! — Et, lOTsqu'ils furent dans la campagne. Gain s'éleva contre son frère et le tua. » — Ce récit sans doute est remarquable par son énergie sauvage; mais ôtez-en cette émanation du désert, « et, lorsqu'ils furent dans la campagne » , toute la poésie disparait du tableau.
196 HIS'iOIAË DES LETTAVS
11 y u certes un charme ineffable dans cette simple expression de la douleur : « Elle éleva la voix et pleura* » Mais combien ces mots acquièrent de puissance , encadrés comme ils le sont dans Thistoire d'Agar I
« Abraham se leva dpnc de grand matin, et, prenant du pain et un vase plein d'eau , il les mit sur répaule d'Agar, et lui donna Tenfantet la renvoya. Celle-ci , s*en étant allée, errait dans la solitude de Bcrsabée. Et quand Teau du vase fut consommée , elle laissa Tenfant sous des arbres qui étaient là, et elle s'en alla et s'assit vis-à-vis de lui à la distance d'un trait lancé par un arc, et elle dit : Je ne verrai pas mon fils mourant ; et , s'asseyant loin de lui , elle éleva la voix et pleura. »
La poésie de cette charmante scène est principalement dans ces deux phrases : «Et, s'en étant allée^ elle errait dans la solitude do Bersabée... et, s'asseyant loin de l'enfant^ elle éleva la voix et pleura. » Il s'en émane réellement une musique qui retentit dans les mystérieuses profondeurs de notre âme. Ce que l'on sent ainsi ne peut se rendre. C'est in* saisissable à l'intelligebce comme le mode d'action de l'âme sur le corps , mais cela est.
Quant au coloris et à la vérité des peintures de Moïse, nous citerons pour que le lecteur en juge par lui-même. Attacher nos notes à de pareilles l)eautés est au moins superflu.
« Et Adam et Eve entendirent la voix du Sei-
AYANT LE GHRISTIANISMB»^, 197
gneur qui s'avançait dans le jardin , à Vheure du jour où il s'élève un vent doux , et ils se cachèrent parmi les arbres. »
Il y a là en germe toute la fraîcheur et toute la grâce dti paysage de Milton. ^
Gomment ne pas admirer ce vague tout céleste dans la grandeur ? « La vie d'Hénoch fut de trois cent soixante^iiiq ans. II marcha avec Dieu , puis il ne parut plus . parce que Dieu Tenleva. »
Plus loin s'offrent des peintures de la vie pastorale des hommes. On les peut comparer à celles d'Homère pour la vérité du ton et rémission large de la voix.
« Abram donc monta en Egypte vers le midi , lui , sa femme et tout ce qu'il possédait , et Lot avec lui.
»0r Abram. était riche en possession d'or et d'argent, et il feu retourna par le chemin du midi, en Béthel , jusqu'au lieu où auparavant il avait dressé sa tente , entre Béthel et Hai , là où il avait d'abord élevé un, autel. Et il invoqua le Seigneur.
>LAt, qui allait avec Abram, avait aussi des troupeaux de brebis , des bœufs et des tentes.
» Et cette terre ne leur suffisait pas pour demeurer ensemble, car ils avaient de trop nombreux troupeaux.
> C'est pourquoi bne querelle survint entre lei pasteurs des troupeaux d"" Abram et de Lot. Abram donc dit à Lot : Je vous prie qu'il n'y ait point de
498 HISTOIBB DES LETTRES
débat entre tous et moi , ni entre vos pasteurs et les miens ; car nous sommes frères, — Voilà qiie toute la terre est devant nous. Séparez^vous de moi , je TOUS conjure* Si vous allez à gauche , j^irai à droite , et si vous allez à droite , j'irai A gauclie.
» Lot, levant donc les yeux, vit la plaine autour du Jourdain , qui était tout arrosée , avant (}ue le Seigneur eût détruit Sodome et Gomorrhe, comme le jardin du Seigneur, et comme la terre d*Égypte, quand on vient de Ségor.
» Et Lot choisit pour lui la plaine du Jourdaf n , et s'en alla du côté de TOrient Ainsi ils se séparèrent Tun Fautre.
» Or le Seigneur apparut en la vallée de Meml)ré à Abraham , assis à rentrée de sa tente , dursoit la chaleur du jour.
» Et comme il levait les yeux , trois jeunes hommes apparurent debout près dé liiî ; et , aussitôt qu'il les eut vus , il courut au devant d'eux dès l'entrée de sa tente , et il adora s'inclinant vers la terre.
)r Et il dit : Seigneurs , si j'ai trouvé grâce devant vos yeux , ne passez point au delà de votre servitétfr. J'apporterai un peu d^eau , lavez vos pieds , et vous reposez sous cet arbre , et j'ajouterai un peu de pain , et fortifiez votre cœur. Puis vous irez plus loin , car c'est poiir cela que vous êtes venus vers votre serviteur. — Et ils dirent : Fais comme tu as dît.
AVANT Lë CHRISTIANÎfiMË. 100
» Et Abraham se hâta d'aller dans sa tente vers Sapa , et lui dit : Mêle trois mesures de fleur de farine , et place des pains sous la cendre.
» Et lui-même courut au troupeau , et prit un veau tendre et excellent, et le donna à un serviteur qui le fit cuire aussitôt. Et il prit du beurre et du lait , et le veau qu'il avait fait cuire , et le toit devant eux, et lui-même était debout près d'eux sous l'arbre ^. •
Nous venons de voir l'hospitalité daps la solitude des vallées ; voyons-la maintenant aux abords des villes.
« Sur le soir deux anges arrivèrent à SodQme , et Lq% était assi§ k 1^ p^1:e de la ville, et dès qu'il lespqt vu§, il se levei &t alla au devant d'aux, ef il a(}oFa 9 et il dit ; 3^ vous prie, seigneurs , retires;vouif ^n )a maiiftoi^ de ^^ot^a serviteur- L^vez vos p|e4s, etdeojaiiî, ^è§ l'aiirpre, vous reprendrez votre chemin. — Ils répondirent : Non, nous i^rp/durerops sur }a plm^p
» Et il les força d'eutrer cbez lui ; eU lorsqii'ils furent en ^a maison , il leur P^épa^Ft^ W )>anq)^t ; il fit cuire des g&teaux , 9t ils go^^gôrent. »
La scène que nous allons transcrire est peu mentionnée , et nous semble parmi tant de mer-
* On s'est servi de plusieurs traductions pour ce travail, — souvent 4e€eU« de M. de Geaoude.
veilles une des plus touchantes et des plus curieuses : c'est un marché dans ces simples âges.
« Or Sara vécut cent vingt-sept ans, et elle mourut dans la ville d' Arbée , qui est Hébron , en la terre de Ghanaan, et Abraham vint pour ses funérailles et pour la pleurer.
» Et lorsqu'il eut accompli les devoirs qu'on rend aux morts, il parla aux enfants de Heth, disant :
» Je suis parmi vous un étranger et un voyageur ; donnez-moi le droit de sépulture au milieu de vous , afin que j'ensevelisse celle que j'ai perdue.
» Les enfants de Heth répondirent , disant :
Écoutez-nous, seigneur, vous êtes auprès de nous un prince de Dieu ; ensevelissez dans nos sépulcres les plus beaux celle que vous avez perdue... Abraham se leva et adora le peuple de cette terre , les enfants de Heth.
» Et il leur dit : S'il vous plaît que j'ensevelisse celle que j'ai perdue , écoutez-moi , et intercédez pour moi auprès d'Éphraïm, fils de Séor, afin qu'il me donne sa caverne de Macphélah, qui est à l'extrémité de son champ ; qu'il me la cède devant vous pour un prix convenable, et qu'elle soit à moi comme un sépulcre.
> Or, Ephron habitait au milieu des enfants de Heth ; et Ephron répondit à Abraham devant tous
ceui qui s'assemblaient aux portes de la ville, disant : Il n'en sera pas ainsi, mon seigneur ; mais écoutez ce que je vais vous dire : je vous donne le cbamp et la caverne qui est dans le champ, en présence des fils de mon peuple : ensevelissez celle que vous avez perdue.
9 Abraham s'inclina devant le peuple de cette terre, et il dit à Ephron, au milieu de tout le peuple 2 Je vous prie de m'écouter : je donnerai l'argent de ce champ. Prenez-le, et j'ensevelirai celle que j'ai perdue.
9 Et Ephron répondit : Mon seigneur, écoutezmoi ; la terre que vous demandez vaut quatre cents sicles d'argent ; c'est le prix entre vous et moi , mais qu'est-ce que cela? ensevelissez celle que vous avez perdue.
9 Ce qu'Abraham ayant e^tendu , il fit peser l'argent jqu^Ephron avait demandé, quatre cents sicles d'argent en monnaie qui avait cours ; et le champ jadis à Ephron , situé à Macphâah devant Membre, passa à Abraham, le chatnp^et la caverne et tous les arbres , comme sa possession , en présence des enfants de Heth et de tous ceux qui entraient par la porte de la ville. Et ainsi Abraham ensevelit Sara sa femme dans la caverne du champ de Macphélah qui regardait Membre , où est la ville d'Hébron, en la terre de Ghanaan. >
En abordant la valeur pathétique de la Genèsef
jious sdmmei attirés par une telle richdfiSÊ de doucQs ehoié» , que notre embarras est peutt-ôtre plus grand que partout ailleurs. Il y aiiur ce poème des solennelles origines une teinta de mélancolie infinie , et comme un voile de saintes larmes. L^ contraire nous eût surpris, car nopa trouvcHis des larmes au fond de tous les grandioses , quel que soit le sentiment qu'ils éveillent en nàtre Ame, tristesse ou boqheur*
Ici c'est Raehel « qui mourut m printemps en enfantant Benjamin dans ses. stations à ti^avâps Ifs solitudes, et elle fut ensevelie sur le chemin qui mène à Ephrata, qui est Bethléem ; et Jaeôb mit une inscription sur son sépulcre , et o^est Tiniscriptiondu sépulcre de Raohelque F on voit encore aujourd'hui ; et, parti de là, Jacob vint dresser sa tente près de la tour du troupeau.
Ailleurs c^e3t une appellAtioa ai tendr^, qu'on la dirait émanée d'Ossian ou de Wordswovth. « En ce temps mourut Débora, pourriœ de Bébeooa, et elle fut ensevelie au pied de Béthel, soue un t3héne, et le nom de ce lieu fut le Chêne des plenrs^ N'oublîens pas , dans l'histoire de Rébeect , leaac allant vers le déclin du jour, dans la compagne , près du puits du désert, et tellement charmé à la tue de la fille de Bathuel , que la douleur de la mort de sa mère en fut tempérée, ~ S«aves paroles qui révèlent dans l'homme en deuil, dès l'oi^igine de la Boçiété^ If besoin de a^entrvtelenir
ÀTANT LE CHRISTUmSMS. 20â
avecDieu vers les heures mélancoliques du soir. L'histoire de Rachel et de Jacob, et celle de Joseph , sont trop connues pour que je m*y arrête ; mais elles renferment des choses si belles, que je voudrais pouvoir les citer toutes.
« Lorsque les frères de Joseph vinrent en Egypte chercher du blé , parce que la disette ravageait le pays de Jacob , ils ne reconnurent pas leur frère au milieu de ses grandeurs ; il y avait bien longtemps qu*ils ne Tavaient vu.
> Joseph étant donc entré dans sa maison, Ils lui offtirent leurs présents quMls tenaient en leurs mains , et ils l'adorèrent en se baissant jusqu'à terre.
» Il les salua aussi en leur faisant bon visage , et il leur demanda : Votre père, ce bon vieillaM dont vous m* aviez parlé, vlt-îl encore? se pof te-t-il bien?
» Ils lui répondirent : Notre père , votrç serviteur, est encore en vie, et il se porte bien ; et, en se baissant profondément , ils Tadorèrent.
» Joseph levant les yeux vit Benjamaîn, son frère, fils de ftachel sa mère, et il leur dît : Est-ce là ïe plus jeune de vos frères, dont vous m^avie? parlé? Mon fils , ajouta-t-il , je prié Dieu qu^lî vous soit toujours favorable.
» Et il se hâta de sortir, parce qufe ses entraJUes avaient été émues en voyant son frère, et qU*îl ne
30& msTOme des lettabs
pouvait plas retenir ses larmes. Passant donc dans une autre chambre, il pleura. » §
Je n'ai jamais lu ce passage sans être saisi [de froid. Je ne connais rien de plus beau dans le monde. Oh que j'aime mieux cette touchante naïveté que la poésie élégante et étudiée, écrite plus tard dans les palais t
Dans les deux livres saints qui sont le plus près de Dieu, ^i Ton nous permet cette façon de dire, il y a une égale simplicité de parole. Leur essence est Tamour, et ce en quoi ils diffèrent, se trouve dans réxpression même de cet amour. La Genèse nous inspire ce sentiment, mais il y a en lui trop d'austérité, trop de devoir; il est trop craintif. L'Évangile l'insinue en notre âme, le fait circuler dans nos veines ; nous aimons cet amour comme notre vie ; il est tellement nous-mêmes que, s'il s'allanguit, nous croyons mourir ; et de, là vient notre familiarité avec celui qui nous l'inspire. La Genèse est sévère comme la face d'un patriarche, l'Évangile doux comme le visage de Jésus. Dans la Genèse, c'est la paternité, dans l'Évangile, à peine nous osons le dire, mais le mot nous semble vrai, car lui seul exprime la divine condescendance, dans l'Évangile, c'est la fraternité de Dieu. Le langage du Christ n'est qu'onction et suavité péné- ^trante ; on sent là les éléments d'une société morale plus avancée, plus élevée vers les régions de l'esprit.
Le commencement de ce chapitre est en grande partie emprunté à L'Exode. Moïse raconte dans ce ' livre sa naissance, les dangers qu'il courut sur le Nil, son éducation, sa fuite, son mariage, et la mission que Dieu lui donna.
La marche du peuple fugitif guidé par une nue ardente, emportant les os de Joseph, le passage de la mer Rouge, les murmures du peuple dans le désert, la Pâque, la défaite des Amalécites, la loi donnée à Moïse sur le mont Sinaï, toutes ces merveilles sont racontées avec une poésie puissante, qui retentit comme la foudre.
• Le troisième jour étant arrivé , vers le matin , comme le jour était déjà grand , on commença à entendre des tonnerres et à voir' briller des éclairs ; une nuée très épaisse couvrit la montagne, la trompette sonna avec grand bruit, et le peuple qui était dans le camp fut saisi de frayeur.
» Alors Moïse le fit sortir du camp pour aller au devant de Dieu , et ils demeurèrent au pied de la montagne.
• Tout le mont Sinaï était couvert de fum^e, parce que le Seigneur y était descendu au milieu des feux. La fumée s'en élevait comme d'une fournaise, et toute la montagne effrayait. »
C'est. là que Dieu donna à Moïse les dix commandements, a qui contiennent les premiers prin-
206 OMTOIEB DBS LETTRES
cipes du culte de Dieu et de la société humaine K » Mais Dieu appela de nouveau Moïse sur la montagne sainte.
« La gloire du Seigneur reposa sur Sinal, l'enveloppant d'une nuée pendant six jours, et, le septième jour, Dieu appela Moïse du milieu de cette obscurité.
9 Ce qui paraissait de cette gloire du Seigneur était comme un feu ardent au plus haut de la montagne, et visible à tous les enfants d'Israël.
» Et Moi'se, passant au travers de la nuée, monta sur la montagne et y demeura quarante jours et quarante nuits. »
Dieu lui dicta « les autres préceptes par lesquels il établit le tabernacle, figure du temps futur ; l'arche, où Dieu se montrait présent par ses oracles et où les tables de la loi étaient renfermées ; l'élévation d'Aaron, frère de Moïse ; le souverain sacerdoce, ou le pontificat, dignité unique donnée à lui et à ses enfants ; les cérémonies de leur sacre et la forme de leurs habits mystérieux ; les fonctions des prêtres, enfants d'Aaron; celles des lévites avec les autres observances de la religion ; et ce qu'il y a de plus beau, les règles des bonnes mœurs, la police et le gouvernement de son peuple élu, dont il veut lui-même être le législateur 2. »
BoftsrcT .
2 BoÎMOET, HUtâire univênelk»
AYANT LB fcâftISTîANtSMË. 509
H faut lîre dans cette grande histoire la révolte du peuple contre Moïse, qui ne redescendait pas du Sinaî. — Faites-nous, disaient-ils, des dieux qui marchent devant nous; — les fous adorèrent un veau d*or ! — Moïse, à cet aspect, brisa les tables que Dieu lui avait remises ;v — le sang de vingt-trois mille hommes expia cet égarement fatal.
Puis ce sont les larmes du peuple, et Moïse remonte sur le Sinal avec de nouvelles tables, selon Tordre de Dieu. Ce commerce intime avec Dieu saisit Timagination. Le grand homme tombe à genoux, son cœur est triste des crimes de son peuple : Seigneur, si j'ai trouvé grâce devant vous, marchez avec nous, je vous en supplie.
Dieu renouvelle ses promesses. Ce fut un terrible effroi à la vue de Moïse, lorsqu'il redescendit de nouveau vers ce peuple, car « son visage lançait de tels rayons que le législateur fut obligé de se voiler. »
L'Exode finit par l'érection du tabernacle. « La nuée du Seigneur se reposait sur le tabertiacle durant le jour, et une flamme y paraissait pendant la nuit, les Israélites la voyant de tous les lieux où ils logeaient. •
Le Lévitîque, — les Nombres — et le Deutéronome complètent le Pentateuque.
Ces trois livres sont occupés, en grande partie, par le recueil des lois de Moïse. ( Cette étude n'est pas la nôtre.) lamais ordonnances ne sont entrées en de plus ïmnutieux détails ; c'est qu'il fallait pré-
server le peuple saint des coutumes des peuples idolâtres qui Tentouraient.
L'idolâtrie était le péril de ce temps, comme Tindifférence est celui du nôtre. La peine de mort apparaît partout dans ce code en caractères sanglants. C'était une race fière et rebelle que la race juive, une race enti'aînée par de féroces et ardentes passions. Il fallait un joiig de fer pour maintenir un peuple d'où sortit ce lévite d'Ëphraïm qui fit douze parts du cadavre de sa femme outragée, et en envoya une à chaque tribu pour l'appeler aux armes; quel cri de vengeance !
Quand la philosophie rationaliste étudie le Pentateuque, elle oublie souvent Dieu, et la voilà s'étonnant qu'une force humaine ait pu accomplir les prodiges de Moïse ; il y a bien de quoi, en vérité. Lorsqu'on étudie ces livres avec les yeux d'un chrétien , c'est-à-dire avec un sens droit et ferme , ils grandissent encore , mais l'Iiomme devient moins colossal. En effet, suivez son r^écit avec soin , vous le voyez à tout moment trembler sous sa tâche ; il est pris parfois d'un invincible découragement, il demande à Dieu de lui donner de la force.
Ce bras terrible , qui enchaîne toutes ces passions brûlantes, est celui du Seigneur, c'est sa main qui trace les lois de Moïse.
O hommes! tout s'explique avec la foi, hors d'elle il n'y a que ténèbres et erreurs.
Ce n'est pas qu'il n'y ait encore dans ce livre de
AYANT LE GHAISTIAMSUE. ^09
belles pages d'histoire : ce voyage qui se continue à travers les déserts, ces révoltes nouvelles, les calamités qui les punissent, offrent encore çà et là de dramatiques descriptions. — Les conseils de Moïse aux Hébreux , les reproches sur leu^ vie passée , sont empreints d*un caractère grandiose et triste.
Les douze tribus bénies par le grand homme, « Moïse, dit rÉcriture, monta donc de la plaine de Moab sur la montagne de Nebo, au haut de Chasga, vis-à-vis de Jéricho ; et le Seigneur lui fit voir de là tout le pays de Galaad jusqu'à Dan ;
» Tout Nephtali, toute la terre d'Éphraîm et de Hanassé, et tout le pays de Juda jusqu'à la mer occidentale ;
» Tout le côté du midi, toute l'étendue de la campagne de Jéricho, qui est la ville des palmes, jusqu'à Ségor.
» Et le Seigneur lui dit : Voilà le pays pour lequel j'ai fait serment h Abraham, à Isaac et à Jacob, en lear disant : Je donnerai ce pays à votre postérité. Vous l'avez vu de vos yeux et vous n'y passerez point. '"
> Moïse, serviteur du Seigneur, mourut ainsi en ce même lieu dans le pays de Moab, par le commandement du Seigneur.
» Qui l'ensevelit dans la vallée du pays de Moab, vis-à-vis de Phogor ; et nul homme jusqu'aujourd'hui n'a connu le lieu où il a été enseveli.
» Moïse avait cent vinçt ans lorsqu'il mourut :
210 HISÎOIBB BBS LBTTABB
f» vtta ne baissa point et ses dents ne furent pbM éinranléestf
t Les tiifants d' Israël le plenrëreift dans la plaine pendant trente jenra, et le dè«U de ëeux ^1 le pleuraient finit ensuite.
« Pour ea i^ est de Josué, fils de Nub ^ il M rempli de Tesprit de sagesse, parce que Moïse lui aviait imposé les mains , et les enfants d'Israël lui obéirent en faisant ce que le Seigneur avait commandé à Moïse.
> Il ne s'életa plus dans. Israël de prophète sem* blable à Moïse, à qui le Seigneur parla face à face ;
» Ni qui ait fait ^s miracles et des prodiges comme ceux que le Seigneur envoya faire par Moïse dans r Egypte aux yeux de Pharaon, de ses serviteurs, de tout son royaume;
» Ni qui ait agi avec un bras si puissant et qui ait fait des œuvres aussi grandes et aussi merveilleuses que celles que Moïse a faites devant tout Israël. >
Certes, il tient une immense place dans Thumanité, celui qui enseigna aux hommes tant de hautes vérités ; celui qpii psETla tant de fbis au Seigneur et qui entendit sa voit ; eelul dont il se servit pour promulguer la première loi écrite.
Moïse apprit aui nations leur origine et vit leur avenir. Il ne faut pas un regard pénétrant pour découvrir ce que lui doivent la religion, la philosophie, Fhîstoire, h poésie»
Sa parole est sublime comme Dieu, franche comme la vérité , naïve comme Fenfance , terrible comme la mort, solennelle comme le désert.
Cette figure rayonnante , cette grande voix de Dieu qui s'appelle Moïse , et qui parle aux commencements du monde, ont saisi d'admiration les hautes intelligences — Michel-Ange , — Milton , — Bossuet.
lo wé , J 0ggi,--B<H«, -^ WmrMjfomèmmh — * f< f Mf — If éliéiiii«^.
Mon dessein n^est pas de m'arrèter longtemps sur les livres historiques; notre enfance à tous a été nourrie de ces chroniques merveilleuses. Les beautés poétiques qu^elles renferment, moins saillantes que celles des livres de Moïse, rentrent dans la même nature. C'est continuellement un récit fort et d'un naturel exquis; pour ceux qui trouvent la Bible trop longue , je rappellerai que Bossuet , dans le Discours sur Thistoire universelle , a donné avec la largeur ordinaire de sa pensée un résumé de ces belles pages.
Le grand législateur étant niprt^ Josué , désigné
Si/i UISTOIAE DES LETTRES
pour lui jsuccéder , se trouva à la tête du peuple. Le livre qui porte son nom nous raconte sa vie et ses victoires. Josué n'est pas un homme qui approche de Moïse. Cest un bras fort et un cœur indomptable ; c'est un glaive. Mais les vues providentielles éclatent de mille manières sur cet homme. Les fleuves reculent , les mura de Jéricho tombent, là lumière du jour s'arrête pour lui donner le temps de vaincre ; ses victoires mettent le peuple de Dieu en possession d'une grande partie de la terre promise , qui fut partagée entre onze tribus.
Le livre des Juges offre plusieurs récits très dramatiques ; c'est une époque héroïque et barbare. D'abord , dès la mort de Josué , les Hébreux retombent dans le crime de ce temps , l'idolâtrie. Ils en sont punis par la servitude et l'oppression étrangère ; toutes les fois que le peuple est saisi de remords , Dieu pardonne et lui suscite des vengeinrs. La vaillance de Gédéon est célèbre ; puis viennent des épisodes pleins de détails pathétiques et gracieux. Jephté , chassé de la maison de son pèf e parce qu'il était le fils d'une courtisane , puis choisi pour commander Israël , fait un vœu qui conduit sa fille unique à laniort. « Toutes les filles d'Israël s*assen^lent une fois l'année pour pleurer I9 |ille
de Jephté de Çralg^^^ pep^ftOt <juatre joursu h (Juges-r-çhapeXI.) /
C'est une figure étrange et gigantesque que ce S&msoi^, dont la naissance est merveiUeu^, Un
t(û^ a^^irut h sa mère pour lui annoncer (tue sa stérilité ollait cesser. A dix-huit ans il se marie , et, en allant deiaander sa femme avec son père et sa mère, ilrmcontreun lion qu'il déchii^e eomme un chetreau ^ dit la Bible. Et eette énigme qu'il ^f^jM^aux jeunes gens , en pariant trente robes et trente tuniques ; il perd parce que sa femme trahit son secret ; alors il court vers Ascalon et tue trente bommes pour payer sa dette , puis il quitte sa femme qui épouse up des jeunes gens avec qui Samson avait parié. Pour vengeance , il brûle les blés des Philistins , qui viennent à leur tour brûler la maiaan ém m» beau-père qui périt avec sa ôUe. Après cela , Samson se retire dans la caverne du rocher d'Efam , U 7 vit solitaire comme le lion.
Les Philistins vinrent vers ceux de Juda 1 ils demandèrent Samson ; trois mille hommes de cette tFibu le garrottèrent pour le livrer aux Philistins. U brise ses xxxrdes , saisit une mâchoire d'âne et tue mille hommes avec cette arme singulière. Entré k Gaza , les Philistins l'y enferment ; il met les portes sar ses épaules et fuit avec elles.
Nous verrons plus tard la sagesse vaincue par les femmes , id c'est la force qui succombe. On se rapr. pelle cette chevelure coupée par Daiîla { Samson devient dès lors un simple me^el. Ibehaf&é , les yeux crevés, on emploie cet homme terrlMe à tourner la meule d'un moulin ! Voilà ce que les passions font des plus forts !
316 mSTOlBB DB8 LBTTBBS
^ Sa fin est digne de sa vie , une mort vulgaire sans doute ne pouvait Tatteindre. Ses cheveux commençaient k revenir lorsque les Philistins donnèrent une grande fête en Thonneur de leur dieu Dagon. On envoie chercher Samson pour s*amuser. Metstoi là entre ces deux colonnes , lui dit-on. Samson les ébranle , la maison tombe et broie avec lui toute cette multitude.
A peine a-t-*on quitté Samson que Ton rencontre cette effroyable histoire du lévite d'Éphraim , dont Rousseau a fait un poème. J'aime bien mieux le simple récit de la Bible. En général, il faut se garder de faire de la poésie sur les chapitres de r Écriture , ils écrasent.
C'est en vérité quelque chose d'épouvantable que cette malheureuse femme du lévite mourant à la suite des plus sanglants outrages.
« Étant venu chez lui , il prit un couteau et divisa le corps de sa femme avec ses os en douze parts, et envoya une part à chacune des tribus d'Israël, »
Il surgit de là une guerre d'extermination de tout Israël contre la tribu de Benjamin dans laquelle ïe crime s'était commis , et bien des milliers de victimes le payèrent de leur sang.
La variété est un des grands charmes de la Bible. Après les orages de l'Océan , la tranquille limpidité des lacs; aprèç le lévite d'Éphraïm, rbisloire de Ruth,
ATANT LB CBBisnAifnaB. 217
Cette délicieuse églogae est un doux repos pour Fàme. Que j'aime cette pauvre femme qui chérit sa belle-mère d'un si grand amour , et qui va pour la nourrir glaner dans les prairies de Booz!
c Alors Booz dit au jeune homme qui veillait sur les moissonneurs : A qui est cette fille ?
» n lui répondit : C'est cette Moabite qui est venue avec Noémi du pays de Moab.
» Elle nous a priés de trouver bon qu'elle suivit les moissonneurs pour recueillir les épis , et elle est dans le champ depuis le matin jusqu'à cette heure , sans être retournée un moment chez elle.
» Booz dit à Ruth : Écoutez , mafille , n'allez point dans un autre champ pour glaner , et ne sortez point de ce lieu , mais joignez-vous à mes filles ;
> Et suivez partout où on aura fait la moisson ; car j'ai recommandé à mes gens de ne pas vous faire de peine. Quand vous aurez soif , allez où sont les vaisseaux, et buvez de l'eau dcmt mes gens boivent.
> Ruth, se prostemantle visage contre terre, adora, et elle dit à Booz : D'où me vient ce bonheur que j'aie trouvé grâce devant vos yeux, et que vous daigniez me traiter favorablement , moi qui suis une femme étrangère ?
• Il lui répondit : On m'a rapporté tout ce que vous avez fait pour votre belle-mère après la mort de votre mari , et de quelle sorte vous avez quitté vos parents et le pays où vous êtes née , pour venir
9i8 m:fM9H M9 uiivftsa
PfMFpii UQ p^AÎple qui ¥0U» étftit iaconnu «tiparavaqt.
il Que le Seigneur vous rende le bien que wm avez fait, et puisaiez-voui recevoir une pleiae fé^ cQpipense du Seigneur le Dieu d'Isriâl veri lequel vous êtes vepuei et soufi les lolea duquel vooi avei ebercbé votre refuge*
» Elle lui répondit ; j'hI trouvé g|rAee deiwnt veg yeux, mon seigneur, et vous m'weig eoMoléet et vous ave^ parlé au eœur de votr^ servante ^ qui se mérite pas d'être Tune des filles qui vous serrent^
9 Boos lui dit ; Quand rbeure du manger sera venue » venez; id et mangez du pain , et trempez votre part dans le vinaigre. Elle s'assit done à côté des moissonneurs , et prit de la bouillie pour elle (
» Elle se leva pour continuer à reoueill» les épis. Or Bootz dcmna cet ordre à ses gens t Quand elle voudrait couper Torge avec vous , vous ne l'én^ obériez point
» Vous jetterez même exprès des' épis de vos jê^ velles, et vous en laisserez sur le cbamp, aiki qu'elle n'ait point de honte de les reeueUlif , et qu'on ne la repremie jamais de ce qu'elle awa ramassé* »
Tout ce qui suit a la môme grâce et la même naiveté«
Lés quatre livres des Rois comprennent depuis la naissance de Samuel jusqu'à )a ruine de i^ntsa^
AVAUT IB CHRIftTIÀlIlftilB. S19
|em et 4u temple par Farmée de Nabwdtfdonosor, juaqu*^ 1^ captivité de Jyda.
Samuel était retiré k {(amutl^ , lorsque les anciens d'Iaraêl se rendirent près de liU pour lui de^ piander un roâ< L'esprit prophétique de Moise avait annoncé que le pouvoir purement théocratique ue couviei)dr$4t pas touJQW^ aux Hébreux. Dès que ce peuple eut des villes e^ une civilisatioD p)u4 compliquée, U lui <9Uiit un roi, hàfk vieilles in^ura finissq^eQt, ^amu^ «aern Saul , désigné pw le Salt^ gneur. Ce pr^nu^or roi d'Israël msff(i]m d'Abord d« victoire en victoire ; mais , étiint W^M d Wft la déi sobéissance , sa vie devint une suite de malheurs et de folies. Le Seigneur ordonna S Samuel de sacrer David. Les deux premiers livres des Rois sont remarquables par la vie de Tauteur des Psaumes , par les persécutions que Saûl lui fit souffrir , par les victoires de David, qui subjugua tous ses ennemis, et régna avec splendeur.
Cet éclat s'obscurcit; l'adultère de David, la mort d'Urie, tachèrent cette belle existence. D'affreux désordres déshonorèrent sa maison et navrèrent son cœur. Son propre fils souleva le peuple contre lui et trouva la mort dans sa révolte.
Au troisième livre parait Salomon. Il est très
curieux de ccMuparer Texistence du peuple saint au temps de ^omon aveq celle de ces l^oiuinas f u temps de Moïse. Qu'il y a loin de cette vie ^frswte du désert a^x rafiinements 4q f^iU«atioQ et de, )fi99
220 HISTOIRE DBS LETTRES
qui distinguent la cour de ce roi , si célèbre par sa sagesse et par sa chute I Toutes les magnificences de la Perse et de F Assyrie étaient surpassées à Jérusalem. Nous reviendrons bientôt sur la biographie de Salomon et de David , à Toccasion des Psaumes et de FEcclésiaste.
Le troisième livre des Rois nous apprend qu'Israël tomba dans le crime. Les rois eux-mêmes drainèrent au monde le scandale de Tidolàtrie. Hors Dieu suscita Élie, Élie une des figures les plus gigantesques et les plus mystérieuses que Ton rencontre dans la Bible.
i Le Seigneur s'adressa ensuite à Élie , et lui dit : Retirez-vous d'ici, allez vers Torient, et cachezvous sur le bord du torrent de Garith , qui est visà-vis le Jourdain.
9 Vous boirez là de Peau du torrent , et j'ai commandé aux corbeaux de vous nourrir en ce même lieu.
> Ëlie partit donc selon l'ordre du Seigneur » et alla demeurer sur le bord du torrent de Garith , qui est vis-à-vis le Jourdain.
•* Les corbeaux lui apportaient le matin du pain et de la chair , et le soir encore du pain et de la chair , et il buvait de l'eau du torrent. »
Les prêtres de Baal morts à sa voix, Élie, poursuivi par Jésabel , s'enfuit dans le désert , où il reçut sa nourritured'un ange. Le prophète continue
AYANT LE CHBISTIANISME. !22i
à prédire aux rois la punition de l'impiété. Puis il meurt. Écoutons le merveilleux récit du quatrième livre des Rois.
< Alors Élie prit son manteau, et, TayantpHé , il frappa les eaux qui se divisèrent en deux parts; et ils passèrent tous deux à sec.
'Lorsqu'ils furent passés, Élie ditàÉlisée : Demandez-moi ce que vous voudrez , afin que je l'obtienne pour vous. Elisée lui répondit : Je vous prie de faire que j'aie une portion de votre esprit.
» Élie lui dit : Vous me demandez une chose bien difficile. Néanmoins , si vous me voyez Icnrsque je serai enlevé loin de vous , vous aurez ce que vous avez demandé ; mais si vous ne me voyez pas, vous ne l'aurez point.
» Lorsqu'ils continuaient leur chemin , et qu'ils marchaient en s'entretenant , un char de ieu et des chevaux de feu les séparèrent tout d'un coup l'un de l'autre , et Élie monta au del au milieu d'un tourbillon.
» Elisée le voyait et criait : Mon përel mon pèrel le char d'Israël et son conducteur I Après cela, il ne le vit plus. Et , prenant ses vêtements ; il les déchira en deux parts.
> Il leva de terre en même temps le manteau qu'Élie avait laissé tomber, afin qu'il lui demeurât ; et, S'en revenant, il s'arrêta sur le bord du Jourdain;
»Et prit le manteau qu'Élie avait laissé tomber.
Sââ ttisîolàË DÈS LËïmËS
Il en frappa les eaui , et elles ne furent point divisées. Alors il dit : Où est maintenant le Dieil d'Élie? Et, frappant les eaux une seconde fois , elles se divisèreilt , et il passa au travers,
» Ce que voyant , les enfants des prophètes , qui étaient dans Jéricho, dirent : L'esprit d'Élie s'est reposé sur Elisée , et , venant ati devant de lui , ils se prosternèrent à ses pieds avec Un profond respect, »
Éliséie marché & son tour de miracle en miracle; il va jetant latérite aux hommes ; le contact de son cadavre ressuscite. Notisrehcoîitrotis âuèsi dans le quatrième livré ^histoi^e d'Athalîe qui n'occupe que quelques Versets. Ils ont inspiré à Racine le plus majestueux monument de la poésie française. Je ne reprocherai pas à celui-là d*avoir fait des vers ëuf les éhapiti'éS dé l' Écriture.
Puis nous voyons se succéder plusieurs rois dont les noms ne brillent guère auprès de ceut de David et de Salomon. C'est le grand prophète tsaîe qui domine Thistôif e dé cette époque. Peuples et rois tl'emblént sotlS Sa haute pâtole. Nous allons la retrouver bientôt. Une grande catastrophe termine ce dernier livre ; c'est la destruction du temple , la pff îse de ^éf Us&lètii paf TarUiée de Nabuchodonosbf , et là captivité dé Judà.
Les Paralipoiœtënés ne sont qu'an recueil de gé« néalogies, et un résumé des faits que nous venons de parcourir»
Les deux livres d'Esdras, dont le second porte le nom de Néhémîas , contiennent en peu de pages l'histoire de la délivrance des Juifs de la captivité de Babylone. Le début du premier livre nous offre le spectacle d'une grande puissance humaine, d'un nom gigantesque dans le vieil Orient.
« La première année de Cyrus , roi de Perse , le Seigneur , pour accomplir la parole qu'il avait prononcée par la bouche de Jérémie , toucha le cœur de Cyrus , roi de Perse , qui fit publier dans tout son royaume cette ordonnance , même par écrit :
» Voici ce que dit Cyrus , roi de Perse : le Seigneur, le Dieu du ciel, m'a donné tous les royaumes de la terre, et m'a commandé de lui bâtir une maison dans la ville de Jérusalem qui est en Judée.
» Qui d'entre vous est de son peuple? que son Dieu soit avec lui. Qu'il aille à Jérusalem , qui est en Judée , et qu'il rebâtisse la maison du Seigneur, du Dieu d'Israël. Ce Dieu qui est à Jérusalem est le vrai Dieu.
Tolne, — JacUth, --X»iher,
Frédéric Schlegel appelle ces récits Légendes hébrtûques. On trouve dans Esther et dans Judith une poésie grande et suave ; mais Tobie nous a toujours inspiré une admiration plus profonde. Le sentiment exquis dont ce livre est plein porte Vàme auï pensées religieuses, à la contemplation de Dieu. Cette rare simplicité , si opposée et si supérieure aux efforts de Fart contemporain , doit servir de leçon aux écrivains convulsionnaires de cette époque. Puissent-ils se pénétrer de cette vérité, que ce qu'il y a de plus difficile à atteindre dans Fart , est la naïveté , Tabseisce de Tai^t luimême.
On éprouve un grand embarras en voulant analyser Tobie. Je me rappelle que, fatigué des oeuvres i. iô
226 HISTOIRE DBS LBTTaES
sataniques de la littérature de nos jours, blasé sur toutes les horreurs qu'elle étalait en vain à mes regards, je fus pris d'un dégoût amer pour les livres. Un de mes plus chers amis entra dans mon cabinet, et me dit : Lis-moi Tobie.
Je lus haut cet admirable ouvrage , et je sentis à chaque instant le froid de Tenthousiasme. Sous Fempire de ce souvenir, je me proposais de consacrer dans ces études un long article à Tobie ; mais, pour en donner Tidée, j'ai trouvé qu'il fallait le citer en entier, et c'est en tremblant que j'essaie ces lignes. Là point d'événements extraordinaires, partout absence d'art , des idées d'une simplicité angélique, et d'une grandeur réelle gigantesque; je ne sais quoi de divin soufflant sur l'&me une paix toute céleste*
Quoi de plus simple en effet que ce vieillard aveugle , dont le fils part sous la conduite d^un ange pour aller chercher une somme due à son père depuis longues années ; que ce saint et pur mariage qu'il contracte durant ce pèlerinage ; que ce retour du jeune homme apportant le fiel d'un poisson qui rend la vue au vieillard ? Toute la magie est dans le style, dans l'exposition , comme dit Schlegel.
Où trouver dans les livres des hommes quelque chose de comparable à ceci ?
• Étant donc partis pour revenir, ils arrivèrent
AYANT LB GHRISTIANISBIB. 227
à Gbaran , qui est à moitié chemin vis-^-vis de Ninive, le onzième jour,
» Et Fange dit : Tobie, mon frère, ta sais comment nous avons laissé ton père ;
»8i ttt le Tenx allcms en avant, et que tes serviteurs nous suivent à pas lents avec ta femme et tes troupeaux.
» Gomme il leur plut d*aller de la sorte, Raphaël dit à Tobie : Prends avec toi du fiel de ce poisson, car il te sera nécessaire. Tobie prit du fiel , et ils partirent.
» Or, Anne était assise tous les jours sur le chemin , au haut d'une montagne , d'où elle pouvait découvrir de loin, et aussitôt elle reconnut son fils qui arrivait ; et courant elle l'annonça à son mari, disant : Voilà votre fils qui vient.
» Et Raphaël dit à Tobie : Dès que tu seras entré dans ta maison, adore aussitôt le Seigneur ton Dieu, et, lui rendant gr&ces, approche de ton père et embrasse^le.
•Et aussitôt frotte-lui les yeux avec ce fiel de poisson que tu portes ; car sache que les yeux de ton père s'ouvrfront à l'instant, et que ton père verra la lumière du ciel et se réjouira à ton aspect.
• Alors le chien qui les avait suivis durant le chemin courut devant eux ; et , comme s'il eût porté la nouvelle de kwr venue , il t^nolgnait sa
joie par le mouvement de sa queue et par ses caresses.
» Et le père de Tobie, quoique aveugle, se leva et commença à courir, se heurtant à chaque pas, et, donnant la main à un serviteur, U alla au devant
de son fils.
» Et, le recevant sur son sein, il l'embrassa, et sa mère Tembrassa aussi, et tous deux commencèrent à pleurer de joie.
»Puis, ayant adoré Dieu et lui ayant rendo grâces, ils s'assirent.
«Alors Tobie prenant du fiel du poisson en toucha les yeux de son père ,
» Durant presque une demi-'heure, et la taie commença à sortir de Tœil comme une membrane d'œuf.
9 Tobie , la saisissant , Tarracha de ses yeux et recouvra aussitôt la vue.
»Et ils glorifiaient Dieu, lui et sa femme et toos ceux qui le savaient.
» Et Tobie disait : Je vous b(>nis, Seigneur Dieu d'Israël, parce que vous m'avez châtié et sauvée et voilà (fue je voie Tobie mon fiU^l
» Et, après sept Jours , Sara , la femme de sort fils, arriva , et toute sa famille , et ses troupeaux , et ses chameaux, et la dot considérable de l'épouse^ et l'argent reçu do Gabélu^.
« Ce tmit oou» «emble d'uo pattiétique «dfflirable.
» Et Tobie raconta à ses parents tous les bienfaits dont Dieu l'avait comblé en lui donnant rhomme qui Tavait conduit ;
»Et Âchior et Nabath, cousins de Tobie, vinrent pleins de joie vers Tobîe, et le félicitèrent de tous les biens que Dieu lui avait faits ;
i Et sept jours se passèrent dans les festins, tous se réjouissant d'une grande joie. »
J'ai cité ce chapitre, parce que je ne voulais pas tout citer, car le poème entier est de cette beauté grande et simple.
Jamais la puissance de Dieu , intervenant dans les affaires humaines , n'apparaît avec plus d'éclat que lorsqu'elle se sert d'un être faible pour changer les destinées d'un peuple.
Holopherne , qui commandait sous Nabuchodonosor, parcourait l'Orient en vainqueur. Israël lui résiste. Quel est donc ce peuple , dit-il aux chefs assyriens qui l'entouraient durant le siège de BéthuUeî .
Achior se lève, et, récapitulant l'histoire du peuple de Dieu, il dit à l'orgueilleux soldat qu'il ne faudrait pas espérer vaincre Israël si cette nation n'avait pas offensé le Seigneur.
« Qui ose dire, s'écrie le barbare, que les enfants d'Israël puissent résister au roi Nabuchodonosor et à toutes ses troupes, eux qui sont sans armesiet sans ibrce, et qui ne savent ce que c'est que l'art de combattre ? »
2ft0 HI8T0IBE DES LBTtEEê
Holopheme imagine, dans sa stupidecolèra, d'envoyer Acbior à Béthulie« aux Israélites I pour qu'il meure avec eux dans le sae de la villes
Béthulie, pressée de toutes parts et privée â*eiLU, allait tomber aux mains de TAssyrien, lœ*sqa'iiM jeune veuve, célèbre parmi tout le peuple par sa beauté et sa vertu, tombe à genoux devant le Seigneur, pénètre dans le camp ennemi, charme le chef barbare qui s'enivre dans un festin» lui tranche la tète, revient chaste et pure vers les siens avec ce trophée sanglant, et sauve IsraêL
c Alors, dilrelle, dans un cantique qu'elle chanta au Seigneur, alors le camp des Assyriens a été rempli de hurlements, quand nos pauvres citoyens^ mourant de soif, ont commencé à paraître*
»Les enfants des jeunes femmes les ont percés de coupst et les ont tués comme des esclaves qui s'enfuient ; ils ont péri dans le combat en la présepce du Seigneur mon Dieu, »
Ce récit est plein d'intérêt Sans doute le meur* tre entouré de périls, qui sauve la religion et la patrie-, est une chose qui saisit l'ftme ; et le con* quérant farouche qui souille un sol étranger doit s'attendre à courir cette chance terrible ; mais nous sommes de ceux qui admirent froidement les femmes comme Judith et Charlotte Corday.
Le nom d'Esther est tout parfumé de la poésie la plus suave du plus mélodieux poète de notre France. Cette rêveuse élégie, élégante comme la
cour de Versailles, est un des plus beaux titres de Racine.
C'est bien ici un véritable triomphe de femme ; la beauté et les grâces d'Esther la placent sur le trône d'Assuérus, et c'est par Tamour qu'elle délivre son peuple de Tédit cruel qui le sacrifiait.
Il y a sur tout ce récit, dans la Bible, un luxe oriental, une teinte douce et triste ; mais, sous le rapport poétique, il n'a pas perdu en passant pai* les vers de l'auteur d' Athalie*