‹ Histoire des lettres, cour de littératures comparéesChapitre 13 sur 19 · ECCLÉSIASTE · texte numérisé non relu

ECCLÉSIASTE

Il est un état de Yàme que Técole poétique, qui ne jette plus que des lueurs mourantes, affectionna longtemps. C'est ce dégoût profond de la vie, ce dédain amer pour toutes les jouissances que Dieu a semées sur notre route.

Goethe, CbAteaubriand et Byron ont été les plus

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grands peintres de cette maladie que les Anglais appellent spleen.

On a dit que cette poésie était née des épouvantables convulsions politiques qui ont désolé la un du dernier siècle. Elle est surtout née de Taffaiblissement de la foL Voltaire et son école ont jeté sur Dieu leur sarcasme amer. Les hommes ont vécu quelque temps de haine et de colère; ils se sont précipités dans le torrent des plaisirs benstlels ; mais tous ces breuvages sont aigres ; ils s^eti bont lassés, ils ont cherché en eux et n'ont trouvé que le vide. Alors est venu le dégoût , le désespoir, et la poésie a reproduit ce déplorable état de l'âme.

Car la foi et l'amour de Dieu sont la vie spirituellCé Sans eux il faut que l'âme languisse ou se torture en des crises violentes. Pauvres hommes I qu'ils ont été fiers quelques jours de cette raison individuelle qu'ils ont déifiée, et qui n'a produit que l'affreux chaos où tant de nobles intelligences demeurent encore plongées I

Le genre humain doit être revenu pour longtemps de cette déplorable manie de s'affranchir de Dieu. En lui seul est la liberté, hors de lui l'anarchie et le plus hideux esclavage. Feuilletez ces poètes que je viens de nommer, et qui ont été les brillants représentants de leur époque. Voyez ce que le scepticisme a fait de l'âme de l'homme t

Eh bien, «il n'yarien de nouveau sons le soleil.»

AVANT LB CB&HTUmSlffi. fi71

Cette poésie que Ton a ente neuve, c*est la poésie de l'EcclésldSte*

Jamais tous les plaisirs de la terre n'ont- été fou* droyés comme dans ce magnifique livre. Jamais le dégoût de la vie n'a été plus éloquemment exprimé. Écoutez.

» J'ai dit en mon cœur : J*iraî , et je m'enivrerai de délices , et Je jouirai des biens , et j'ai vu que cela aussi était vanité.

» J'ai dit au rire : Tu es un fou ; et à la joie 1 Pourquoi me trompes-tu 7

» J'ai médité en mon cœur de m'arracher aux plaisirs sensuels , afin de livrer mop âme à la sa-* gesse et d'éviter la folie, pour découvrir ce qui est utile aux enfants des hommes , et quels sont leurs

besoins pendant les jours qu'ils vivent sous le soleil

» J'ai ébloui par la magnificence de mes travaux ; J'ai bâti pour moi des maisons, et j'ai planté des vigpoes.

» J'ai fait des jardins et des vergers, et je les ai remplis d'arbres de toute espèce.

» J'ai creusé deis réservoirs pour arroser la forêt de mes jeunes arbres.

* J'ai possédé des serviteurs et des servantes, et «ne nombreuse famille et de grands troupeaux de bœufs et de brebis , au delà de tous ceux qui ont été avant moi dans Jérusalem.

» J'ai entassé l'argentet Tor , le revenu des rois et

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des provinœs; j*ai eu des musiciens et des musiciennes , et les délices des enfants des hommes , des coupes et des vases pour répandre le vin*

» Et j'ai surpassé par mes richesses tous ceux qui ont été avant moi en Jérusalem , et cependant la sagesse a habité avec moi.

• Et tout ce qu'ont désiré mes yeux , je le leur ai donné , et je n'ai pas défendu à mon cœur de goûter les voluptés, et de se complaire dans tout ce que j'avais préparé, et j'ai cru que ma part était de jouir de tous mes travaux.

»Et lorsque je me suis tourné vers les ouvrages de mes mains , vers les travaux où je m'étais fatigué vainement ; en toutcela j'ai vu vanité, affliction d'esprit, rien de stable sous le soleil.

> J'ai passé à la contemplation de la sagesse , et je n'ai vu qu'imprudence et folie.....

» Car la mémoire du sage comme de l'insensé ne sera pas pour toujours; l'avenir couvrira tout également de l'oubli ; le savant meurt comme l'ignorant.

» C'est pourquoi je me suis lassé de la vie , en voyant que tout est mal sous le soleil , et que tout est vanité et affliction d'esprit.

» Tous les jours sont pleins de douleur et d'angoisse; on ne se repose pas même en son àme durant la nuit. Et cela n'est-ce pas vanité ?

> J'ai tourné mon esprit ailleurs , et j'ai vu les noirceurs qui se trament sous le soleil , et les larmes

des innocents, et personne qui les console , et leur impuissance à résister à l'oppression , et l'abandon où ils sont de tous.

» Et j'ai loué les morts plus que les vivants.

• Où est la tristesse , là est le cœur des sages , et le cœur des insensés là où est la joie.»

Connaissez-vous une poésie moderne qui égale celle-là? Comparez les déclamations souvent éloquentes de Childe-Harold à ces versets où chaque mot est une pensée, et vous comprendrez quel poète était Salomon. Mais il diffère de la poésie moderne. Dieu ne lui a pas inspiré de laisser l'âme sur cette impression désespérante, que tout est vainl car Dieu n'a jamais voulu désespérer l'homme.

Voici comment le grand roi termine ce livre :

«Craignez Dieu et observez ses commandements, car c'est là tout l'homme.

»Et Dieu jugera tout ce qu'il fait de bien et de mal,»

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