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nations ou de leur individualité , se remarquent également dans les origines poétiques. Bien que le dualisme soit le cachet propre des doctrines ï)ersaneç , les livres de Zoroastre se rapprochent des j^ Vedas , qui se rapprochent de la Bible , qui se rapproche du Tao-te-tsing. Les mêmes rapports existent entre les poèmes de Vyasa , de Calidasa , et celui de Ferdusi, entre les écrits chinois et ceux des Juifs. — En second lieu , sous le rapport de la pensée , le Cantique des cantiques est un hymne de ravissement. Il représente l'amour de l'âme pour Dieu et de Dieu pour l'âme ; il la personnifl^B par l'épouse qui soupire après le bien-aimé , dans une langue passionnée. En troisième lieu , sous le rapport de la forme , le Cantique des cantiques tient de l'Orient et de l'Occident. De l'Occident , par cette abondance de détails, par cette franchise de couleur et d'idées qui se montre avec tant d'éclat dans notre poésie française actuelle ; il tient de l'Orient par quelque chose de colossal, d'antique, de mystérieux, qui reste voilé comme un sanctuaire , et par d'étranges hardiesses de style qui lui appartiennent spécialement , comme celle-ci :
«Vos dents sont comme des troupeaux de brebis tondues et qui sont montées du lavoir ; votre cou est comme la tour de David , bâtie sur les boulevards. Filles de Jérusalem, je vous conjure, parles chevreuils et les cerfs de la campagne , de ne point réveiller celle que j'aime , etc. »
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Viàée profonde d'amour qui inspira le Cantique des cantiques devait en faire un gracieux prodige parmi les sévérités dont les Livres saints abondent. Il devait également sortir de l'ordre de la poésie antique, qui peignait l'homme déchu avec de vagues espérances de réhabilitation. Salomon franchit le mystère des» sacrifices et des souflFrances, et il trouve au delà de ce calvaire , couronné par une croix divine , l'homme glorifié , et il chante l'inexprimable empressement avec lequel la nature se rapproche de Dieu. Au milieu des ténèbres antiques , cet hymne d'amour est comme un météore plus brillant que le jour qui devait les suivre ; il est comme une vision de la céleste Jérusalem. En eflFet, la poésie de l'antiquité pouvait-elle briser le sceau de malédiction qui pesait sur le monde ? iPouvait-elle puiser ses inspirations ailleurs que sur la terre , puisque sa patrie lui était fermée ? Le caractère du poète était alors un sacerdoce de tristesse ; son ministère d'espérance ne venait qu'après. Il n'en est pas ainsi du prophète. Sa voix s'élève de la triste vallée pour s'en aller avec l'humanité dans un divin asile , par delà les limites de l'ordre terrestre.
Une chose singulièrement remarquable , et qui porte vraiment une empreinte divine , c'est la pudeur qui règne dans tout l'ensemble du tableau , au milieu des peintures les plus séduisantes. Un peintre ordinaire , en voilant son œuvre , ne l'aurait
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pas rendue si chaste. La nudité de cette nature n'a pas de quoi elTarouclier la vue la plus délicate. Elle est toute belle de cette humanité virginale si doucement épanouie au souffle des brises, sous le regard de Tamoui^ ; un voile gâterait les manifestations de cette beauté surhumaine ; car tout est pur dans les lignes de ce corps gracieux , tout est spîrituàliste , tout est chrétien. Eve est nue, il est vrai; niais qu'importe puisqu'on ne la voit qu'au t^aradiS terrestre, ou plutôt dans TÉden du Christ ^Âusii le mélodieux chantre ne descend-il jamais juiiqu'aux orages du cœur. Assis sur le mobt Liban, comme Jésus sur le Thabor, il reçoit les rayons du vrai soleil et les répand sur la terre ; son front est paisible, et il repose les yeux sur la chevelure de l'épouse, belle comme la lune, éclatante corûmé k soleil.
Ce monument fut regardé par les Israélites comme tellement au-dessus de l'humanité dans Tétât de déchéance , qu'il était comme un temple où nul mortel ne devait pénétrer avant d'être parvenu au tiers de la vie. Mais , à l'âge de trente ans , les lîébreux ne faisaient encore que le tour du temple ; ils n'entraient pas dans son esprit intérieur. Ils se promenaient sous les portiques de ce chef-d'œuvre, comme un incrédule dans une cathédrale chré-
tienne. Au reste , la loi qui défendait la lecture de ce livre avant l'âge de trente ans était infiniment sage. Les Juifs, grossiers et charnels, enclins à
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tôtiè les désordres de rîdoWtrie et de Tadiiltère , se seraient facilement arrêtés h Técorce dë'l^'bre pour y chercher un aliment k leurs passions imauvaises.
Mais le chrétien , qui vient avec une lumière de six mille ans derrière lui et une espérance qui à duré tant de siècles « peut voir beaucoup dans ce temple qui n'est pas encore tout illuminé , mais où chaque génération doit allumer une lampe jusqu'à la grande et dernière manifestation. L'Évangile jette sa douce et paisible lueur sur cette patrie qui est au delà ^ et dont parle le saint cantique.
Un onctueux prêtre de nos jours , qui porte l'iti* telligence de Thomas d'Aquin dans l'àme de Fran^ çois de Sales, appelle ce livre Y Apocalypse de la charité Juture ; et nous aussi nous le regardons comme la plus céleste des prophéties. — Une remarque nous frappe en finissant L'Apocalypse « qui est la plus terrible des créations bibliques, a suivi l'Évangile, et l'hymne serein qui en est en quelque sorte la consommation l'a précédé de dix siècles. C'est qu'à nos yeux il représente à la fois l'Éden primitif et l'Éden futur ; il est en même temps le passé et l'avenir.
Quant au livre de la Sagesse , on n*assure pas qu'il soit de Saloraon. Quel qu'en soit l'auteur, iî est inspiré de Dieu; et quand l'Église ne nous l'aurait pas enseigné , nous le sentirions à la première lecture.
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L'illustre auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg aimait particulièrement ce livre qui , dit«il , laisse loin derrière lui toute la philosophie antique.
Il se divise en deux parties : la première est un éloge de la sagesse; la seconde, beaucoup plus étendue , rappelle les immenses bienfaits que Dieu a répandus sur la nation sainte. Fuis viennent des conseils aux rois, à ceux qui Jugent les nations. On a cru remarquer dans cet ouvrage le genre d'éloquence des Grecs; on a dit qu'il rappelait Técole d'Alexandrie, fl y a du vrai dans cette opinion, il se trouve dans les livres des Grecs des passages tels que ceux qui suivent ;
« lis ont dit , pensant follement en eux-mêmes : Le temps de notre vie est court et plein d'ennui ; il n'y a pas de consolation dans la fin de l'homme , et on n'en connaît point qui soit revenu des enfers.
» Nous sommes nés de rien , et après nousserons comme si nous n'avions pas été; le souffle de notre bouche est une fumée , et la parole une étincelle qui agite notre cœur ;
» Elle s'éteint; notre corps n'est plus que poussière , et notre esprit se dissipe comme un air léger, et notre nom est oublié dans le temps , et personne ne garde la mémoire de nos œuvres.
» Et notre vie passe comme la trace du nuage * et
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s'évanouit comme la nuit qui fuit aux rayons du soleil et que la chaleur abat.
» Notre vie est le passage d'une ombre ; après notre fin , point de retour ; le sceau est posé , nul ne revient
» Venez donc , hâtons-nous d'user des biens , et jouissons parée que la jeunesse est rapide.
> Enivrons-nous de vins exquis , couvrons-nous de parfums , ne laissons pas tomber la fleur du printemps
Les fragments qui suivent ne ressemblent pas aux Grecs :
« Foulons aux pieds le juste misérable , n'épargnons pas la veuve , ne respectons pas le vieillard au front blanchi par le temps.
> Que notre force soit la loi de justice, car ce qui est faible est inutile.
» Dressons des pièges au juste; à quoi nous est-il bon ? Il est opposé à nos œuvres ; il nous reproche nos fautes contre la loi , et il tourne contre nous les œuvres de nos doctrines.
» Il se vante d'avoir la science de Dieu , et il se nomme le fils de Dieu.
• Il s'est fait le détracteur de nos pensées.
» 11 nous est odieux, même à voir; car sa vie est difiérente de la vie des autres et ses voies ne sont pas les nôtres.
» Il nous es^time menteurs, et il s'abstient de nos
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voies comme d'mie souillure; il appelle heureuse la fin des justes, et se vante d'avoir Dieu pour père,
» Voyons si ses paroles sont véritables , éprouvous ce quiluiarrivera, et nous saurons quelle sera sa fin;
» Car, s'il est vraiment le fils de Dieu , Dieu le soutiendra et le délivrera des mains de ses ennraiis.
» Interrogeons^le par Toutrage et par le supplies, afin que nons connaissions sa douceur et que nous éprouvions sa patience;
» Condamnons-le à la mort la plus infâme, car Dieu le regardera selon ses paroles.
» Ils ont pensé ainsi, et ils ont erré, et leur malice les a aveuglés ;
» Et ils n*on pas su les secrets de Dieu , et ils n'ont pas espéré le salaire de la Justice, et ils n'ont pas jugé rhonneur des âmes saintes;
» Car Dieu a créé Thomme dans Tinnocence et Ta fait à son image ;
» Mais par Tenvie de Satan la mort est entrée dans Tunivers , et ceux qui sont avec lui sont sa part. . • •
» Ils verront et mépriseront le Seigneur, mais le Seigneur rira d'eux ;
» Et ils tomberont sans honneur, en opprobre à Jamais entre les morts. Le Seigneur les précipitera brisés et muets, et il les ébranlera dans leurs fon-
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déments, et il renversera leur faîte, et ils seront (JflQS la douleur, et leur mémoire périra.
» Ils entreront tout tremblants dans la pensée de leurs péchés, et leurs iniquités s'élèveront contre eux pour les accuser. »
lie plus audacieux sceptique ne pourrait s'empâeber de reconnaître Tesprit prophétique qui marqiae chaque ligne de ce chapitre ; et ici la.pro-< phétie n'a rien de vague , elle précise chaque cir- Gonatance de Tagonie et de la mort de l'homme- Dieu. Il est une pensée qui se présente sans cesse à ïéme du croyant, et qui lui cause tous les jours la même surprise ; c'est que tant de preuves évi* dentés de la divinité de Jésus ne frappent pas tous hsyeui.
Quelle que soit Tinsuifisance des traductions, rincroyable bonheur d'expression de Toriginal ftree encore , « et ils tomberont sans honneur en opprobre à jamais entre les morts... Ils entreront toiit tremblants dans la pensée de leurs péchés I »
Il faut remarquer que Salomon s'est plus spécialement occupé que les autres grands poètes du bonheur de rhonune. Cette question d'un si puissant intérêt fait de ses poésies un des plus hauts enseignements de morale. L'unité des livres de SahunoQ est évidente, la recherche du bonheur a rempli sa vie. Après avoir foudroyé dans l'Ecclésiaste toutes les jouissances sensuelles et toutes celles de Vorgueil, il chante, dans le Cantique des
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cantiques, Tamour qui monte jusqu^à Dieu» et le livre de la Sagesse n'est que le résultat de ces deux idées.
L'Ecclésiastique qui se trouve dans la Bible, entre Salomon et Isaïe, est un recueil de sentences dans le genre des Proverbes et de la Sagesse. Ce sont des préceptes applicables à toutes les circonstances de la vie humaine. L'auteur est Jésus , fils de Sirach. Le traducteur grec nous apprend qu'il a trouvé ce livre en Egypte, sous le règne de Ptolémée Évergète.
Cet ouvrage échappe à l'analyse ; au milieu d'une foule de beautés, j'ai remarqué cette poétique peinture de la sagesse :
« Je suis sortie de la bouche du Très-Haut , je suis née avant toutes les créatures ;
n C'est moi qui ai fait nattre dans le ciel une lumière qui ne s'éteindra jamais , et qui ai couvert toute la terre comme d'un nuage;
» Seule, j'ai parcouru le cercle des deux, j'ai pénétré la profondeur des abîmes, j'ai marché sur les ' flots de la mer ;
V Je me suis assise dans tous les lieux de la terre et parmi tous les peuples. ....••••
» J'ai pris racine dans le peuple que le Seigneur a honoré ;
n Je me suis élevée comme les cèdres du Liban, comme les cyprès de la montagne de Sien ; >
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» J'ai poussé mes branches en haut comme les palmiers de Gadès et comme les plants des rosiers de Jéricho ;
» J'ai grandi comme un bel olivier dans la campagne et dbmme le platane placé dans un grand chemin sur le bord des eaux ;
» J'ai répandu la douce odeur du cinnamome et du baume, le plus délicieux parfum de la myrrhe la plus précieuse ;
» J'ai donné des fleurs d'une agréable odeur comme la vigne, et mes fleurs deviendront des fruits de gloire et d'abondance ;
» Je suis mère du pur amour, de la crainte et de la science, de l'espérance sainte
> Venez à moi^ vous tous qui me désirez avec ardeur, et remplissez- vous des fruits que je porte ,
iCar mon esprit est plus doux que le miel
» Ceux qui me trouvent auront ma vie éternelle.
» Moïse nous a donné la loi avec les préceptes de la justice, la loi qui contient l'héritage de la maison de Jacob et les promesses faites à Israël.
»Le Seigneur a promis à David son serviteur de faire sortir de lui le roi et le puissant qui doit être éternellement assis sur un trône de gloire ;
» Qui répand la sagesse comme le Phison répand
ses eaux, et comme le Tigre au temps des nouveaux
fruits ;