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^ HISTOIRE DBS LETTRES AVANT LE CnElStlANl&llB.
>Qm répand rintelligence coiûme TËuphrate qui 3e déborde durant 1^ woistsons;
1 Qui fait rejaillir la science comme la lumière, et qui multiplie ses eaux comme le Géhon au jour de la vendange.
• C'est lui qui le premier a connu la sagesse, et rame faible ne peut la pénétrer,
• Car ses pensées sont plus vastes que la mer, et ses conseils plus profonds que Tabîme immense. »
C'est aujourd'hui que celte écriture que tous f eaez d*ciiten4re eal aooompllc.
Évangile.
Nous voici devant cette grande flgure du prophète Isaïe. Job, David et Salomon sont les poètes de rhoihme. Leur poésie est psychologique. C'est l'âme repliée sur elle-même , iet jetant au dehors, en sons d'une harmonie ravissante, ses espérances, ses douleurs , ses joies et ses remords. Isaïe est le poète des nations. Choisi de Dieu pour être l'interprète de sa pensée, son génie plane toujours sur ces vastes contrées de TAsie, à cette époque l'asile de la plus hante civilisation humaine ; sur ces villes si pleines du bruit des hommes , Babylone, Moab, Damas, Tyr I — Elles n*ont pas de vie à ve-
«^08 HISTOIM DBS LimSS
nir comme Thomme ; elles doivent expier leurs forfaits sur la terre. Aussi ces peuples ont disparu; les prophéties d*lsale s'accomplirent avec une scrupuleuse exactitude ; cet accomplissement dure encore* i Cette superbe Babylone elle sera déserte Jusqu'à la fin des sièdes ; les générations ne la verront pas rétablie, t Toutes les ruines annoncées par le prophète se sont amoncelées ; mais au milieu de cette immense destructionvil voyait sept siècles avant Jésus-Christ celui qui apportait la vie au monde , la véritable vie , celle de Tàme. Ses yeux s'abaissaient devant cette grande lumière, et il Jetait cette bonne nouvelle à la face des hommes parmi les formidables avertissements de l'austère Justice de Dieu* Les hommes n'entendaient pas.
Sous le rapport de l'art , aucun poète lyrique n'a approché d'Isalè, et l'on peut dire, sans crainte d'être démenti , que la poésie lyrique des peuples modernes n'a été qu'une imitation du prophète, imitation le plus souvent pâle et sans vérité. Comparez l'enthousiasme compassé de nos lyriques français à cette ardente parole qui brûle comme la foudre, ou comme le charbon ardent, que le prophète sentit sur ses lèvres au milieu du sanctuaire; comparez cette langue française, si merveilleuse sous beaucoup de rapports, mais si peu lyrique , au mouvement passionné du latin de la Vulgate, qui n'est encore qu'un écho affaibli de la
AVANT LE GOAISTIANISME. S09
langue hébraïque, et Vous tombere2 à genoux devant cette sublime manifestation de la pensée divine.
c Nations de la terre, venez, écoutez-moi ; peuples, soyez attentifs; terre , prêtez ToreiUe I que r univers se taise , qu'il entende Haa voix I
» La colère du Seigneur est sur les nations, et sa fureur sur leurs armées ; il les dévoue & la mort, il les livre au carnap^e.
> Jetés çà et là, leurs cadavres infecteront Tair; les montagnes dégoutteront de leur sang.
> Toutes les étoiles s'obscurciront; les cieux se rouleront comme un livre; la milice du ciel tom bera comme en automne la feuille de la vigne et du figuier.
» Mon glaive s'est enivré de sang du haut des cieux : voilà qu'il descendra sur l'Idumée et sur un peuple qui va devenir un monument de mu justice.
> Il est enfin venu pour le Seigneur le jour des vengeances^ et pour Sion l'année de la justice.
» Les torrents d'Edom sont brûlants ; la poussière est changée en soufre, et la terre couverte de flammes.
> Le feu ne s'y éteindra ni le jour ni la nuit ; il en sortira un tourbillon de fumée ; sa désolation subsistera de race en race , et personne n'y pas- ^çra dans toute la suîtç dçs ligçs,
310 mSTOIfiB DES LEÏTfifil^
» Sion sera abandonnée au pélican et au hérisson, elle deviendra le séjour des corbeaux et des hiboux ; Dieu étendra sur elle le cordeau pour la raseï^ , lé niveau sera sui^ ses ruines.
» Il n*y aura plus 1& de princes; on n'y rétablira jamais un royaume ; tous ses chefs seront anéantis.
» Les épines et les orties couvriront les palais; les ronces croîtront dans les citadelles : là se traîneront les serpents ; là s'entendra le cri du hibou.
» Les vautours et les hyènes s'appelleront les uns les autres ; les oiseaux de nuit s'y retireront et reposeront en pait.
» Le hérisson y ereuset'a sa tanière ; il y nourrkà ses petits; ils croîtront à l'ombre de la caverne; les milans s'y rassembleront en foule.
» Examinez avec soin le livre du Seigneur et lisez : Rien ne sera vain de ce que J'annonce ; ces calamités se succéderont, parce que ma bouche prononce ce que lui ordonne le Seigneur ; l'esprit du Seigneur assemble toutes mes paroles. »
Cette sombre propïiètîe eifraîe encore après vingt-cinq siècles : Isate voit dans l'avenir la délivrance du peuple juif et ïa venue du Messie. Avec quelle grâce charmante il dît :
« Le désert se réjouira ; la solitude sera dans Vallégressé, et lîteurirâ comme un lis.
• Ene getûûiêi'a de toutes parts ; ses hymnes , ses trahsports, témoigneront sajoie; la gloire du Liban lui est donnée , là beauté du Carmel et la fertilité
AVANÏ lE CllRlSTIAWililE. ^ll
Ae Sàfôù t reconnaissez la gloire dti iktgnètit et la grandeur de notre Dieu.
i Fortifiez les tnalns languissantes , affermissez les genotit tremblants.
i Dites aui cœurs chancelants : Ibrtifle^-vous et ne craignez point , vôilà que votté Dieu ramènera Ik vengeance due à sa gloire; il vient lui-mêinb et vous sauvera.
» Alors les yeux des aveugles et les oreilles des sourds seront ouverte
»Le boiteux seru c^gile comme le cerf, la langue du muet sera prompte et rapide; alors les rochers du désért seront brisés , les fleuves arroseront la solitude.
> La terf e là plus aride est devenue Un lac ; des fontaines jaillissantes arrosent deô terres desséchées : là où habitent les serpents s'élèvera la vef-dure des roseaux et des Joncs.
» El là sera une voie, la voie sainte t rîmpîe n*y passera pas, et elle vous fut ouverte; les Insensés n*y marcheront pas.
» Aucun lion , nulle bête farouche n'y ientrera ; c*est le chemin des hommes qui ont été délivrés.
p Le Seigneur les a rachetés ; Ils retournent à lui, ils courent à Sion en chantant ses louanges \ tnle joie étemelle couronne leurs têtes ; ils vivront désormais dans Tâllêgresse et le ravissement; la douleur et les gémissements ont fui à jamais leurs cœurs. »
512 HISTOIRE DBS LETTUBS
C'est la plus magnifique poésie appliquée au plus grand fait de rhistoire.
Au milieu de cette vaste inspiration on est porté sur les ailes d'un enthousiasme inconnu.
« Une voix m'ordonne de crier , et j'ai répondu.
» Que dirai-Je par mes cris? Tous les mortels ne sont que de Therbe, et toute leur beauté ressemble à la fleur des champs.
»Le Seigneur a répandu un souffle ^brûlant, rherbe de la prairie s'est desséchée , sa fleur est tombée. Oui, les peuples sont comme Therbede la prairie.
» L'herbe sèche , la fleur tombe ; mais la parole de notre Dieu subsiste dans l'éternité. ... «
» Malheur à l'homme qui dispute contre celui qui l'a fait ;
» Assieds-toi en silence, entre dans les ténèbres, flUe des Ghaldéens, on ne t'appellera plus la reine des nations.
» Écoute, cité voluptueuse , qui reposes en assurance, et qui dis en ton cœur : Je suis et il n'y a que moi ; Je ne serai Jamais veuve et J'ignorerai la stérilité. Ces deux maux te viendront soudain en un Jour.
» Jérusalem , ceux qui doivent te rétablir sont venus ; tes ennemis s'éloignent de ton enceinte.
» Lève le» yeux et regarde autour de toi : ces peuples assemblé» viçnnent vers toi. Je jure pw
AVANT LB CmSTIANIftXE. 313
moi-même, dit le Seignem*, ils seront pomr toi le Yètement dont se pare la nouvelle épouse.
» Tes déserts, tes solitudes, ta terre autrefois semée de ruines ne pourront suffire à la multitude qui se rend vers toi. Tes ennemis seront dissipés. » ••«,••••• ••••••••
La grande idée de Jésus-Christ et'de rétablisse* ment de TÉglise donne à toute la prophétie d'Isaie une majesté infinie ; l-homme n*a jamais parlé si haut et si ferme. Et cmnment les poètes lyriques modernes approcheraient-ils de ce géant, eux qui écrivent le plus souvent pour écrira, qui cultivent lapoésie comme un art? Lui, marqué du doigt de Ueu dès son enfance, plein des vérités célestes qui débordent de son sein, instrument sonore dans la main dç Très-Haut, s'en allait jetant la vérité aux sourds, et se faisant tuer par le roi de Juda, Manassès, parce qu'il blâmait ses crimes. Isaîe mourut scié par le milieu du corps ; mais que lui importait? Sa mission était remplie; il avait légué au genre humain la parole qui annonçait celui qui de-vmt venir l
Oh! qu'il était admirable lorsque, pénétré de douleur à la vue des maux du peuple, il s'écriait :
c Ouvrez les cieux, Seigneur, descendez : à votre aspect les montagnes s'écouleront.
» Elles seront consumées comme tout ce que le feu dévore, les eaux bouillonneront, votre nom sera
314 HISTOIRE Diis LfeWft^:S aVÀNt le CÙRISTIàNISMB,
conûa parmi vos ennemis, les nations tremblerotlt à votre présence.
» Quand vous ferez ces merveilles, noua ne t>ourrons les soutenir : vous êtes descendu, et lêà montagnes se sont écoulées devant vous.
i Dépuis roriginè dés siècles, les ' hofnmes ft'odt point GonçUf Fereillé n'a point entebdU^ auçuo œil n*a Vu, eicepté vOus^ Seigneur « ce tfùe ntui atez préparé pour celii: ^ui votti aiment^
» Vous venez à la rencontre de «eux qui irividult dans la joie et neUta là Justicei « » « ^ 4 «
» Qui vous invoque aujourd'hui^ Seigneur} qui se tient attaché à voas? Vous nous avex voilé votre face^ vous nous avez brisés contre nos iniqikitél
» Cependant, Sdgneur, vous êtes Qotfè pèroi 4 •
» Ne vous irriteK pas dans votre justice, M fMS souvenei pas désormais de nos crimes. Regttdei* nous ; nous sommes tous votre peuple.
> La ville de votre saint est devenue déserts : Sion est une solitude, Jéruftalem c6t désolée.
t La maison de notre sainteté et de notre glsfre, Où nos pères vous obt chanté; n'est plus qu'iln ntnas de cendres ; nos palsJB les plus bearn, un modcelu de ruines.
» Seigneur, ne nous regarderez-vous pas en pitié? Resterez-vous dans votre silence, et nous laîssetezvous en proie à la douleur ?
Jéréini«k
Voici encore un homme qtio les puissances de la terre ont martyrisé parce qu'il disait la vérité aux mortels. Ce prophète, fils du prêtfe fîelcias, naquit à Anathoth , près de Jérusalem ; Il commença à prophétiser vers Fan 629 avant Jésds-fchrist. Les Juifs, indignés quHl osât leur reprocher leurs dèsordres , le firent jeter dans une fosse , d*où il fut retiré par un ministre du roi Sédécias.
Cependant ses prophéties s^accomplîrent ; Jérusalem devînt captive. Le général de Nabuchodonosor proposa à Jérémie d'aller vivre en paix à Babylone. Le prophète voulut rester parmi les ^uifs pour les défendre et les guider. Lorsque malgré lui
316 SISTOIRE DES LETTRES
ils se rendirent en Ëgyptç , le prophète les suivit avec Baruch, son disciple. 11 continua sur la terre étrangère cette grande mission qu'il avait reçue de Dieu. L'Écriture ne parle pas de sa mort ; on croit qu'il mourut lapidé par ceux qu'il voulait convertir au Seigneur.
Jérémie est surtout le poète de la douleur ; il n'a peut-être pas l'éblouissant éclat de cet Isaîe, terrible comme l'aigle qui jette un cri du sein de la nue ; mais il est le créateur de cette poésie sombre qui gémit sur les tombeaux et sur les ruines, et, en la créant, il l'a donnée au monde dans toute sa sublimité ; il est resté, selon la belle expression de Bossuet, le seul homme qui ait égalé les lamentations aux calamités. Le cœur du prophète est un abtme de larmes ; on se sent saisi d'achniration devant cette grande simplicité du début des Lamentations.
t Et il arriva, après que le peuple d'Israël eut été emmené en captivité et Jérusalem réduite en solitude, que le prophète Jérémie s'assit pleurant, et il fit entendre ses lamentations sur Jérusalem, soupirant dans Tamertume de son âme ; et, gémissant, Udit:
» Gomment est-elle assise solitaire, la ville pleine de peuple? Elle est devenue comme veuve, la mattresse des nations ; la reine des cités est tributaire.
» Elle a été vue pleurant dans la nuit ; ses larmes coulaient sur ses joues; parmi tous ses amis, il
n'en est pas qui la console ; ceux qui lui étaient chers Font méprisée et se sont faits ses ennemis,
» Juda s'en est allé à cause de son aflUction et du fardeau de son esclavage ; il a habité entre les natiens et il n'a pas trouvé le repos ; ses persécuteur^ Tout saisi dans ses angoisses.
» Les chemins de Sion pleurent, parce qu'on ne vient plus à ses solennités : toutes ses portes sont désolées , ses prêtres gémissent , sei; vierges sont couvertes de leur douleur comme d'un voile, ellemême est oppressée d'amertume.
» Ses ennemis se sont élevés sur sa tète ; ses persécuteurs sont en paix , parce que le Seigneur a parlé sur elle à cause de la multitude de ses iniquités. Ses petits-enfants ont été traînés en captivité devant la face d'un dominateur. •
11 faudrait tout citer dans cette admirable poésie élégîaque qui serre encore le cœur après cette longue succession de siècles. Bientôt le prophète est fatigué de gémissements, et Sion elle-même déplore ses souffrances. Puis Jérémie reprend la parole. On trouve au milieu de ces sanglots une strophe de
douloureux sarcasme qui produit un effet merveilleux.
«Tous ceux qui passent par le chemin ont frappé des mains sur toi } ils ont sifflé et secoué la tête sur la fille de Jérusalem, disant : Est-ce là cette ville d'une beauté parfaite , la joie de toute la terre ? •
Jérémie paraît un moment oublier Jérusalem
3i& mSTQIEB DBà LETTl^S
pour parler de lui ; il jette vçrg Pieu des cris et des prières ; puis il revient à sa douce patrie, et, loin que .son ^énie ou plutôt sa douleur aient été épuisés dans leur première expansion, il semble trouver dans son 4me des expressions plus énergiques encore pour peindre Timmensité de son malheur.
€ lies animaux les plus £^roces ont découvert leur» mamelles et ont allaité leurs petits; la fille de mon peuple a été cruellQ comme Tautrucbe du désertf
1 La langue de Tenfant encore à la mamelle B*est attachée à son palais dans Tardenr de la soif; les petits enfants ont demandé du pain, .et personne n'était là pour lenr en donner. »
Quelle image I
En terminant ces sublimes élégies^ le prophète s'adresse à Dieu.
« La joie de notre âme s'est éteinte ; nos chants sont changés en lamentations.
9 La couronne de notre tête est tombée : malheur ^ UQUS^ parce que nous avons péché I
. » C'est pourquoi notre cœur languit , nos yeux sont couverts de ténèbres.
» V(ms seul , Seigneur, demeurerez éternellement ; votre trône est affermi de génération en génération.
» Pourquoi nous oublieriez*vou9 pour jamais ?
AVANT LE CHRISTIMISME. âlÔ
pourquoi nous abandonnçriez-vous dçins la longueur des jours?»
Telles. SQUt.*es imwprtelles plaittte^qui »'oot point d'égales sur la terre ; les plus grands noms de la poésie, Uomèvç^ Dante, ayant d^ semblables scènes à retracer, sont restés loin de cette hauteur. Dieu a passé par-Uu
Les prophéties de Jérémie annoncent principa* lement la destruction du royaume de Juda, la ruine de JérusalQn}» Texil de ses habitants à BabyiQue, et leur retour après soixante-dix ans de cap^ tivité, la. restauration de la république judaïque, sa constance dans le culte du vrai Dieu, et le bonheur temporel qi|i en fut la suite. Jérémie prédit aussi les temps des Machabées , leurs conquêtes . sur les nations voisines, la venue du Messie, la ruino dç Çabylone aviec toutes ses circonstances, enfin plusieurs événements plus prochains, con*^ cernant la mort de Joachim , qui 3'y trouvent déterminés avec beaucoup d'exactitude.
Les prophéties de Jérénûe se distinguent surtout d'Isaîe par le ton élégiaque qui les domine. Toute* fois, il ne faut pas croire qu'il n*ait pas lui aussi sa grandeur et son éclat.
«Voici ce que dit le Seigneur : Moi je susciterai contre Babylone et contre ses habitants, qui ont élevé leur cœur contre moi, un vent brûlant»
> Et j'enverrai contre Babylone des hommes le van à la main , qui la vanneront , et ils videront sa
320 OI&TOIRB DES LKTTHKi;
terre, parce que de tous côtés ils seront venus contre elle au Jour de son affliction,
9 Une coupe d'or dans la main du Seigneur, c^est Babylone enivrant toute la terre : toutes les nations ont bu de son vin ; c*est pourquoi les nations ont chancelé*
9 Babylone est tombée soudain et s'est brisée : poussez des hurlements sur elle*
» Tout homme devient fou par la science ; tout forgeur est confus de son idole , parce que leurs statues ne sont que mensonge, et Tesprit n*est pas en eux*
» Vanités , voilà toute Tœnvre de leurs erreurs* • •••••••*«**•**•
• Le coureur viendra au devant du coureur, les messagers rencontreront le messager, pour aller dire au roi de Babylone que sa ville est prise d'une extrémité à l'autre ;
»Que le fleuve est au pouvoir de l'ennemi, qu'il a mis le feu dans les marais, et que tous les hommes de guerre sont dans l'épouvante* ••
9 La mer est montée sur Babylone ; elle est couverte dé la multitude de ses flots*
» Ses dtés sont devenues en stupeur, sa terre déserte et inhabitable, terre où personne ne demeure, où ne passe pas le fils de l'homme* »
Bameh , — Siédiîel , — Dasiel.
Baruch fut disciple de Jérémie ; il partagea tous les périls de ce prophète, eut part à toutes ses persécutions. Il fut envoyé, avec son frère Saraïas, au roi Nabuchodonosor, pour réclamer les vases sacrés du temple, emportés à Babylone lorsque la ville de Jérusalem fut prise soùs le règne de Jechonias. Baruch était chargé d'une lettre de Jérémie aux Juifs captifs. Il leur exposait les malheurs qui devaient fondre sur Babylone, et leur promettait qu'ils seraient un jour affranchis. Le prophète avait ordonné qu'après avoir fait lecture de cet écrit , on le jetAt dans TEuphrate. Baruch exécuta fidèlement sa commission ; il lut la lettre au roi Jéchonias et à tous les captifs, qui en furent tou-
522 mStOIAE 0B8 LËtTllËft
chés ; ayant fait une quête, ils en envoyèrent le produit à Jérusalem par les mains de Baruch , pour en offrir des sacrifices au Seigneur.
Ils écrivirent aussi à leurs frères de Jérusalem une longue lettre , citée dans les cinq premiers chapitres de Baruch. Le livre de Baruch contient des plaintes éloi^uentes^ une poésie toujours grande et pure. Il se termine par un très remarquable chapitre sur les idoles , écrit aux Juifs prisonniers à Babylone , pour les préserver de Fidolâtrie. Rien de plus ingénieux que tout ce que le prophète leur dit sur Tabsurdité de ce culte.
Ézéchiel est une figure bien autrement étrange et gigantesque. Il offre la plus mystérieuse poésie que nous ayons encore rencontrée dans la Bible. G*est quelque chose d'inouï et d'effrayant. Ces mots, dans leur nouveauté, semblent n'avoir pu être écrits de cette terre :
« En la trentième année, le cinquième jour du quatrième mois^ lorsque j'étais au milieu des captift près du fleuve de Ghobar, les deux s'ouvrirent, et je vis les visions de Dieu
1 Ii,e Seigneur parla h Ézéchiel', prêtre , flls de Btiei , dans le pays des Ghaldéens, près du fleuve de'Ghobar, et la maiti du Seigneur fût là sur lui ;
»Bt je vis , et voilà qu'un tourbillon de vent veiiait de l'aquilon , et une énorme nuée, et un féu tournoyant, et tout autour une grande la-
AtANt LE CHniSTIANISME. 32â
mière, et au milieu du feu comme un œrl étincelant ;
»Et au milieu âtiten la reSsetoWance de quatre animaux , et dafis feur aspect il f arvaiî la ressem- ^ Wance d'un homtoé.
» Chacun d'euî atait quatre faeesét (Jùafre ailes. » La vision continue à ètte exposée daés ce lanfgage hiéroglyphique ; mais ces termes étaient clairs pour les hommes auxquels ils s'adressaient.
Il faut voir dans le prophète arec quel emporte^ ment lyrique il jette au peuple sa colère, son indignation pour tant de crimes ; conune Iç^ désastres de Juda sont déjà annoncés d'une voix haute et terrible; avec quelle fureur, pour ainsi dire, il foudroie les abominations du peuple qui avait oublié Dieu! Puis viennent les promesses du rétablissement des enfants d'Israël et de Juda.
Pour la grandeur des pensées , Ézéchiel a peut-être , dans Isaïe et dans David , des rivaux au-dessus de ÎÛi; mais il y a dans ce prophète une étrangeté de conception qui en fait une figure à part.^
Cherchez dans votre mémoire si vous avez jamais entendu rien de semblable à ceci :
« La main dtl Seigneur fut sur moi , et le Seigneur m'emporta en esprit; et il me déposa au *ifietf d^tm champ , et ce champ était plein d'ossenents ;
' Bt fi nié conduisit autour dé ces os , et ils
324 UISTOI&K DBS LETTRES
étaient en grand nombre sur la face du champ, 4ît très secs ;
> Et il me dit : Fils de Thomme , ces os vivrontils? Et je dis : Seigneur Dieu , tu le sais.
> Et il me dit : Prophétise sur ces os , et dis-leur :* Os arides , écoutez la parole du Seigneur.
> Voici ce que dit le Seigneur à ces os : Moi, j'enverrai en vous Tesprit et vous vivrez ;
9 Et je mettrai sur vous des nerfs , et je ferai croître des chairs sur vous, et j'étendrai la peau sur vous , et je vous donnerai Tesprit , et vous vivrez ; et vous saurez que moi je suis le Seigneur.
>Et je prophétisai comme il m'avait ordonné.
Pendant que je prophétisais, un bruit s'entendit, et voilà que tout est ébranlé, et les os s'approchèrent des os chacun à sa jointure ;
» Et je vis , et voilà les nerfs et les chairs qui recouvraient ces os , et la peau s'étendait , mais l'esprit n'était pas en eux;
• Et le Seigneur me dit : Prophétiseà l'esprit, fils de l'homme, et tu diras à Tesprit : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Viens , esprit , des quatre vents , et souffle sur ces morts pour qu'ils revivent.
» Et je prophétisai comme il m'avait ordonné ; et en même temps l'esprit entra en eux , et ils furent vivants , et une armée innombrable se leva sur ses pieds ;
> Et il me dit : Fils de l'homme i ces os , c'est
ktkm LE ^GHBISTIANISHiB. 325
toatç la maison d'Israël ; ils disent : Nos os ont péché 9 notre espérance s'est évimouie , et nous avons été moissonnés.
• C'est pourquoi prophétise , et dis-leur : Voici 'ce que dit le Seigneur Dieu : Moi , j'ouvrirai vos
tombeaux et je vous tirerai de vos sépulcres, et je vous conduirai dans la terre d'Israël.
» Et vous saurez que moi je suis le Seigneur, lorsque j'ouvrirai vos sépulcres et que je vous tirerai du fond de vos tombeaux ;
• Lorsque je répandrai mon esprit sur vous et que vous revivrez , et que je vous ferai reposer sur votre terre ; et vous saurez que moi, le Seigneur , f ai parlé et accompli ma parcde , dit le Seigneur Dieu.» ■
Il y a dans cette poésie je ne sais quoi de surnaturel qui épouvante. Oh ! qui soufflera sur les ossements arides de ce siècle? Qui fera des corps animes de cette poussière. Dites, ô Seigneur, ces os vivront-ils? Ces âmes, qui s'allaûguissent dans la torpeur du scepticisme , retrouveront-elles l'esprit de vie et de force? Ce chant du prophète convient merveilleusement à l'époque actuelle. Nul poète n'a atteint cette rudesse si pittoresque et si terrible.
On a souvent reproché à Ézéchiel l'audace de sa parole ; les philosophes dû dix-huitième siècle (si remarquables par leur pudeur) ont presque crié aw scandale ; ils ie sont montrés effrayés de la
uiio msïbiw D*s wriTOS.
nudité dç SQQr p^preaeipo. S£^)s dp^^ ce livi^ne doit pas êtfç présenté ep entiç.r h tous les r^garfls. Mais, je le demande, est-ce la faute d'Êzécbiel ^ m langage e^% deveQu ipicgnivend^t pour pos siècles fardés? Dans soit pmp?9 1^ P^ots n'effrayaient pas çt il a parlé aù^ j^Qnûpes U9 langage qvCîlB pussent comprendre; n'y a-t-U pas ignorance ou injustice à le juger ayec lesi préjugés de Fépoque corroippue et musquée du règne de X^uis XY?
On sait peu de chosç dé (a vie dp cç propb^t^r op croit ,cQpupunj^r{iént (}up« coQune Upt d'autres martyrs de l^ yéni^» il lut misa mort par tmpriitP^ auquel il reproçbii^t^j; primes.
Daniel, du sapg royal de Juda, fut conduit»
jeune encore , à Babylone parmi les captifs , aprèHi la pri^e dq Jérusalçm , yq^ 60Q avant Jésiis-CIjrist. Ses talepti^ eitraordii^^^Je n^ir^nten prédit prè$ de Nabuçhodonosoi: , q^i \vp, con^a un pouvoir élevé. Bientôt pe . prince , vainqueur d'un gf^i nombre de {latlp):^^, Ht £aire upp statue d'orà ii9i^ image et ordonna à ton^ ses sujets dp Tadore^. Da^ niel refuss^ , çe§ pon^pftgf^pns rimit^rent et furent je|és àam unjçrj&ji^pjjai^ *r4ei|te , d'où ils spftffeût s^i|§ e| sftpfe.
Daniel , sous le règne de Balthasar , expliqua & ce prince ips paroles ^lystépppses trapéps .^\ff la muraille de la salle du festin par une main iqpQO^ nue , arrêt de condamn^ttion du roi sacrilège- Apres la m,ort de Saltliasar, Darius le M^e Iç
AVANT M GttUSTIàNISIUU 31?
fit SOU principal ministre. Lui attssi edt lf3i ftntalsîe d'être dieu , et commanda qa'on Tadorât. Dbnibt n'adorait qne Dieu ; il Ait jeté dabs la feA» ma lions , et sauvé deux fois mirabuteuBement ; cat il iîit livré une seconde fois aux bêtes pour hvmr confondu les adorateurs de Tidole de Bd ^. U mpu** rut vers la fin du règne de Gyrus ^ ft quatre-vingt*» huit ana.
Les écrits de Daniel (dont la forme est liiétori-^ que) offirient des beautés de diverœs naturels. Rien dç p)u3 terrible qUe cette main qui apparaît au ïïuUeu des joies délirantes d*une tirgie , et trace les mets mystérîeiix et mortels que Daniel «{diqué au roi; Puis ce sont des visions à la paanièré d'J^é*» chiel; pois des prophéties d'une extraordinate clarté sur le Messie ; pttls em^ 1* histoire diç SfU* zwiie« qm offire de; piissages remarquables par la suavité de cette poésie ample et foîmitivâ qui efet celle des Livres saints.
Les petits prop&ètesl ne nous opt parri^ i^ôus le rapport de Fart^ qu'un reflet des ^an<|BS flgutes dont nous avons essayé de donner une id^ ; nous anois remarqué dans Nabmn des ^gès si beâes qu'isàîe les aurait signéea.
Le dix-huitième s^le a fait la guerre aox pto-
phétitts comme à tous les phénbniènes dtf moliié
. spiritualisle« Dei hommes o«t écrit qu'il ônii ià^
* Voit danft ce tohnoe leebftpîlfe inûiM C»up éF<gU $ur tùr'mi.
S28 mSTOIRB DM LETTRES
poêiible de prévoir ravenir. Ils ont dit : Dieu a pu créer Vunivers, les deux , la terre et ]^s mers ; il a pu créer Tâme de Thomme, et la douer de toutes les facultés imaginables, excepté celle de la prévision. Lui qui peut tout, il ne peut donner pour un temps à un homme connaissance d'un fait à venir qui intéresse Thumanitél C'est, en vérité, une stupidité qui passe toutes les bornes, que cette limite imposée à la puissance créatrice , par Tesprit borné d'une créature. Nous croirions insulter nos lecteurs si nous nous arrêtions à prouver que Dieu peut annoncer l'avenir par une bouche humaine, si ce moyen lui semble convenable. Les ennemis de la raison ne peuvent dire ici : Nous ne compre* nons pas, donc nous ne croyons pas. Ils ne l'oseraient par amour-propre. homme I qui ne crois pas parce que tu ne comprends pas, comprend^tu le brin d'herbe que ton pied foule?
Et d'ailleurs que dire à l'univers qui crie par toutes ses grandes voix : Je crois aux prophéties? Je ne sais , mais je trouve toujours une étrange fatuité à tenir tête au genre humain. Et ceci n'est pas une phrase : ouvrez non«seulement les Livres saints, qui sont pleins de cette croyahce, mais les vieux livres de l'Inde et de la Chine, mais ceux de la Grèce, de Rome, mais l'Évangile , mais tout le monde moderne , partout vous rencontrerez mille preuves de ce que nous avançons, Platon , dans le
AVAMT U CBRISTIANISIIB. 929
dialogue dlon , s'exprime ainsi relatiTement aux prénayants :
c C'est ainsi que la Divinité, leur enlevant Tinteliigence , se sert d'eux comme d'instruments et d'interprètes des événements à venir, afin que nous, qui les entendons, nous apprenions par-là que ce ne sont pas des hommes, ainsi privés de raison, qui profèrent des paroles d'un si grand prix ; mais que c'est la Divinité elle-même qui nous parle et qui s'exprime par leur bouche. •
La prophétie n'ayant rien que repousse la raison individuelle; étant admise par l'univers, étant d'ailleurs un fait accompli à la face de ce même univers, nous laisserons cette discussion , au moins inutile aujourd'hui, et nous reviendrons à l'examen des prophètes comme poètes. Nous en avons assez cité pour montrer que, même dans la traduction française, leur forme est bien supérieure à toute poésie lyrique connue. Mais ce que nous n'avons pas encore examiné, c'est leur immense supériorité sous le rapport historique. — Que mettrions-nous en regard.
Certes nous rendons toute justice à Pindare, nous savons ce qu'était cet homme pour les Grecs assemblés auxquels il rappelait tant de glorieux souvenirs ! niais qu'est-il pour l'humanité ? Depuis longtemps elle s'occupe peu de la généalogie des héros grecs et de l'histoire de leurs dieux, qui ne sont plus que des fables dont s'amuse notre en-
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fanée* {Undare^ 8i grand pour «)^ compatriotes, est pour les peuples modernes un poète ipcompris» Horace est plus iatéressaat, ses livres, pleiw 4q la grandeur roinaine, auront toujoiurs une véritajile ipiportance historique; mais, en vérité, le souve-r nir de Bégulus et de Caton pAlit deviu^t ceM de
rjbi0mme4)iea{ Abandonnant Tordra de 16} «t na nous occupant que de eonsidératioiLS }mBNtti|eHi les prophètes sont les poètes du plus gra»d lait <pi se soit passé dans 1! univers, la venue du Christ qui a changé la feee du monde/ S'il y a quelque ehope d'imposant sur la terre, c'est cette voix SQlennellQ qui part des temps prinûtife, et crie k travers les siècles et les peuples qui passent s Un Bien paiîtira I
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f Après qu'Alexandre, roi de Macédoine; fik'de Philippe, qui étaUit le jHPemi^ la monffirîdiie 'des- Grecs, fat sorti dû pays de Côthim, et <^il 4IM^ vaincu Darius, roi des Porses et des Hèdes; -
» n donna plusieurs bat^lles ; il prit tes VlBes lies plus fortes de toutes le» Bâtions ; il tu|i les rois de' la terre. • '
»U passa j^usçi^à FextnèÉiité du oaicgidÈril s'eu^ richit des dépouilles des nc^timis, et toute fei ter«Q se tut devant lùi^ ^' ^
>il asscBoJbla dé ^nniieA troupes el icmâà m&^ armée puissante ; son cœur s'élera et sféQfllr; » '
Ces pamles magmfiqiiesl;oM'9rkvëe& da»s« tbiiies