‹ Histoire des lettres, cour de littératures comparéesChapitre 17 sur 19 · S2 HISTOIRE DES LETTRES · texte numérisé non relu

S2 HISTOIRE DES LETTRES

les mémoires en traits plus ineffaçables que sur le bronze et le marbre. Cette grande trace de la puissance d'Alexandre, du monde grec sur FOrient, ouvre admirablement une histoire admirable. Le premier livre dés Machabées nous raconte la barbare conquête d*Ântiochus, un des héritiers du Macédonien, qui se rua sur Israël, souilla les temples et réduisit le peuple au plus dur esclavage.

f Les princes et les anciens furent dans les gémissements et la, beauté des femmes fut toute

changée. »

Ce dernier trait peint la misère et les douleurs d*un peuple avec une' rare énergie et une grâce bien touchante. Voilà de ces images saisissantes que Ton est heureux de rencontrer et d'indiquer à l'enthousiasme des hommes qui sentent Tart.

Au sein d'Israël il y* avait une famille de héros. -^ Ifatctthifts, son dief, se retirer avec elle.dans les UMMitagpes. <-T Un de ses fils est Judas Machsd)ée; depuis on Vé nommé le lion de Juda. -—

C'est de cette famille iiue sort la glorieuse résistance h l'oppression étrangère, la délivrance de deux choses sacrées, la religion et la patrie. Il faut entendre le grand vieillard exhorter ses enfants, qui sont dignes de leur père.

f Tout ce que nous avions de saint, de beau et d'éclatant a été désolé et profané par les natioas.

t Pourquoi donc vivons-nous encore? >

n meurt; et Judas Machabée» lui

:uik^j.»

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marche de victoire en victoire. Tous ces détails sont d'un style simple et ardent. Cette sainte retraite dans les montagnes m'a rappelé les guerres pour rindépendànce de la Suisse, et surtout la vie de Pelage en Espagne, a Tépoque de la conquête des Maures.

Ici apparaît la puissance la plus colossale de rhistoire.

« Le nom des Romains fut alors connu de Juda. »

Après avoir fait alliance avec la reine des nations. Judas Machabée meurt. Yoici un verset qui est igie sublime oraison funèbre :

« Après la mort de Judas, les méchants parurent de tous côtés dans Israël, et tous les hommes d'iniquité s'élevèrent de toutes parts. »

Jonathas succéda au Lion de Juda ; Israël triompha encore et se reposa dans son triomphe.

Le second livre répète le premier ; c'est une autre liistoire des mêmes faits. Il s'arrête aussi sur la retraitede la famille libératrice, et la peint de couleurs fortes et sauvages.

c Cependant Judas Machabée s'était retiré , lui dixième, dans un lieu désert, où il vivait avec les siens sur les montagnes, parmi les bêtes ; et ils demeuraient là sans manger autre chose que l'herbe des champs, afin de ne prendre point de part à ce qui souillait les autres. »

C'est dans ce second livre que l'on rencontre l'épisode célèbre du martyre des sept frères Ma-

6â& mSTOIRB DES LVftAlt^ iVÂÈT LIS dmiSTIAlfIMB.

chabées et de leur mère. ïl n*y a rien de plus patbétique ni de pltrà sublime.

L'héroïsme des six premières victimes expirant aux regards de cette mère a quelque chose qui terrifie; mais Tadmiration n'a plus de bornes lorsqu'Ântiochus , voyant que le supplice ne dompte pas ces cœurs d'hotnnïes, promet ad plus jeune' de le combler de biens et d'honneurs. — Voyant cet enfant inébranlable, iï s'approche de cette déplorable mère, et Texhorte à inspirer à son fils des sentiments plus doux. '

C'est alors que cette femme se baisse vers son dernier enfant, et lili dit :

« Mon fils , ayez pitié de moi qui vous ai porté neuf mois dans mon sein, qqi vous ai nourri de mon lait pendant trois ans »

Oh I oui, elle implore sa pitié , mais c'est pour lui demander de mourïr pour la loi.

« Qu'attendez-vous de moi? cria le glorieux enfant. Je n'obéis point au commandement du roi ; mais au précepte de la loi qui nous a été donnée par Moïse. »

Puis i! prédit au tyran sa chute et sa mort, et précède au ciel son héroïque mère.

Il n'y a point de paroles pour louer dignement de telles choses.

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àê rAmiimipTiUaiett»,

Après avoir essayé de donner une idée des principales parties des livres saints, nous croyons convenable de jeter un coupd'œil surTensemble de la Bible, d'en grouper les beautés pour faire mieux sentir encore l'admiration dont elles sont dignes.

D^abord c'est Moïse»— Alors sur toute la surface de la terre TidolAtrie la plus grossière insultait Dieu ; la corruption la plus eflfrénée dévorait les nations. Les Juifs eux-mêmes, chez qui seuls la véritable notion de Dieu n'était pas éteinte^ s'abandonnaient à toutes sortes d'erreurs et de crimes. Moïse eut tout à refaire, la science, les lois, les mœurs, et il refit tout. D'abord, dans cette

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magnifique histoire de la création, nous le voyons réhabiliter Dieu. Sur toutes les rives du grand fleuve de TÉgypte, comme en Phénicie, on adorait les astres, les éléments, d'autres objets encore bien moins dignes d'admiration. Moïse proclama Funité d'un Dieu créateur de l'univers, d'un Dieu qui récompense la vertu et punit le crime. — Il fonde ainsi la science métaphysique et morale. — Puis vient la faute d'Adam et Eve, qui corrompt la race humaine, mystère qui seul peut expliquer l'histoire des hommes. — Puis ces admirables chroniques qui racontent la vie des patriarches, et nous montrent Dieu choisissant la race d'Abraham pour en faire un peuple à part, conservateur des saintes doctrines, un peuple d'où doit sortir le Sauveur du monde, quand sera venue Fheure de ce grand avènement ; et ce déluge universel, immense châtiment des crimes des hommes, qui avaient pcnélré Dieu de douleur K

« Puis la nouvelle formation des peuples après cette vaste destruction. Trois grandes familles ou races différentes par l'esprit et le caractère, celles de Sem, de Japhet et de Cham. La première répandue dans l'Asie centrale et plus éclairée que les autres, dès les temps les plus reculés ; la seconde disséminée dans le Nord, composée de peuples rudes et grossiers, mais dont les mœurs se

* Gbnâsi.

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aontconservées plus pures, et qui précisément pour cela ont tiré plus tard le plus grand avantage de la supériorité intellectuelle des peuples éclairés avant eux ; enfin unç troisième race qui reçut de bonne heure et partagea de hautes connaissances et un magnifique développement intellectuel, mais qui les défigura et les dégrada même dès les temps les plus reculés par la corruption la plus tomptète de ses mœurs et par Tabrutissement de Fesprit qui en résulta ^. »

Et cette tour de Babel, ouvrage d^orgueil, dit Bossuet, qui tourna à Thumiliation des peuples et les divisa par la confusion des langues. Et tout cet amour de Dieu pour son peuple, vivifiant This^ toire des patriarches, si tendre dans la vie d'Abraham, de Jacob et de Joseph. Et sa justice terrible planant au-dessus du goufire qui fume encore sur Gomorrhe et Sodome. Et toutes ces choses, dans quelle poésie! Sublime, gigantesque, simple et d'une naïveté adorable. Il ne nous appartient pas de parler de cette longue suite de lois qui sont ' encore une des grandes gloires de Moïse. En lui commence la brillante série de prophéties qui annoncent au genre humain celui qui dMt venir. « Dieu TOUS suscitera un prophète comme moi , de votre nation et àist milieu de vos frères : vous Técou-^ terer ^. »

* F. SCBLEGIL.

* DeuUronome,

AfHnte le» éçni» 4e Hoftw» m reMeatoa éaitlt Bible le» UTves bistMi^ies, |tem> de éétaib mor^ Yeilleux» retraçant lea eoBelee 4e {miple sainte li resaplie» de lairadtss et de IqnL C'est Ûi qu'il toai étudier Tensfimble des égeremœta et des travam de ce peuple, et les tum previdentielles sur lui F. Schlegel a remarqué avec raison que les livres de Rutb» de Juditb, d'Esthw et 4e Tebie, qui se» blent n'être que des épisodes détacbés de ce grwd tout, nous montrent sur des individus les vues mir raculeuses de la Providence, que les livres historiques nous ont montrées appliquées aux peuples. «^L'admirable poème de Job ouvre cette série d'aspirations vers Dieu, de chants d'amour, divine exposition de ce qu'il y a tout à la fois de plus élevé et de plus tendre dans l'âme humaine» Il nous fait assister à un grand spectacle : la force qui vient du ciel terrassant toutes les souffrances morales et physiques. Et avec quel art l'humanité y est peinte ! Rappelez-vous toutes les crises d'une faiblesse près de succomber sous le poids de ses douleurs et se relevant au souffle de la gr&eei Quelle abondance de hautes pensées et d'images sublimes !

David vient continuer cette œuvre d'adoration; il fait entendre à la terre ces accents consolateurs qui soutiennent les cœurs brisés. Les Psaumes sont peut-être le livre où l'intimité de Dieu et de l'âme est peinte avec le plus de chaleur et de

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charme. C*est une pcière perpétuelle qui va deviner en nous toutes les nuances du chagrin qui nous broie ; elle élève vers Dieu nos désirs et no& pensées*

Salomon, en nous annonçant aussi le mystère de Tamour divin, foudroie avec une éloquence inconnue tous ces plaisirs de la terre si enivrants quand on les rêve et que Ton ne s'est pas élevé aux hauteurs du monde spiritualiste, toujours si amers et si trompeurs , abreuvant le co^ur de Thomme de dégoûts et de remords.

Job, David et Salomon sont les livres poétiques par excellence de l' Ancien-Testament, Ce sont ceux qui offrent la lecture habituelle la plus suave et la plus féconde.

En les quittant on se trouve devant les grands prophètes. — Isaïe nous éblouit comme la foudre ; nous baissons devant lui nos fronts avec respect. C'est la parole la plus haute, la poésie la plus pittoresque et la plus vibrante que Dieu ait données aux hommes. Elle flagelle les peuples coupables comme le glaive d'Attila et de Getigis, et fait pâlir toute autre inspiration lyrique. — Jérémie se traîne sur les ruines en poussant des gémissements comme une mère qui voit mourir le dernier de ses enfants. — Tandis qu'Ézéchiel nous étonne par Tétrangeté de ses visions et l'accent sauvage de sa voix , Daniel est terrible comme la main qui trace les mots mystérieux du festin de Balthasar. Les petits pro-

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phètes, reflétant les beautés de ces grandes figures, étincellent comme les petites étoiles qui entourent les grands astres; et TAncien-Testament se ferme par la forte et belle chronique des Machabées.

Mais ce qui emplit tous ces hommes d*un esprit surhumain, c*est cette grande voix de Dieu qui parle clairement par leur bouche , et qui crie au monde : Un Sauveur naîtra, qui apportera la vie et la liberté

Oh I oui , tous sont pleins de ce grand mystère^ la venue de Jésus-Christ et rétablissement de TÉglise. C'est cette idée gigantesque qui domine tout . ce monde comme un phare lumineux , comme le soleil dans sa plus haute splendeur. Ils voient le Christ, ils Tentendent, ils le touchent, ils le suivent pas & pas, des siècles avant sa venue, comme s'il était réellement là devant leurs yeux. — « Il a goûté le fiel et le vinaigre *. — Il annonce la vérité aux gentils dans la grande Église ^. — Ses pieds et ses mains sont percés, ses habits divisés et sa robe jetée au sort*.— Enfant, homme-Dieu, fort et toutpuissant ^, c'est pour nos fautes qu'il souffre, et nous sommes guéris par ses blessures '. Le fils de l'homme à qui est donné un empire ^ t

« David. •

* Ibid.

» IWd.

. * iMïe.

«^ Ibid.

* Daoiel.

AVANT LB CHBISTIAlflSME. Zki

Tout est là. Ce que Tart offre de {dus tendre, dé plus suave, de plus gracieux, de plus gigantesque, de plus, étrange, de plus fantastique , de plus effrayant, de plus céleste, voilà la poésie de la Bible.

Au bruit de ces eaux qui noient la terre, de cette terre qui disparaît, de ces peuples qui se heurtent et se massacrent, au bruissement de la flamme qui dévore ces villes coupables, succède toujours une voix consolante pleine de clarté et de douceur, qui crie : Un Dieu naîtra pour sauver le monde I Du sein de ces -gouffres de sang et de larmes s'élève toujours , comme un astre éblouissant qui perce les ténèbres, cette grande image du Dieu d'amour qui mourra pour nous racheter.

La Bible est la grande source d'où sont sortis les fleuves de la pensée humaine. Brûlez les livres de rinde, brûlez les livres d'Homère, ce grand peintre de la nature et de l'homme, et la poësie sera tout entière conservée au monde. Il nous semble en effet que la Genèse contient les caractères les plus sail* lantsdela poésiehomérique.— -Le lyrisme d'Eschyle^ rappelle parfois Isaie et les autres grands lyriques des Livres saints ; mais qu'il est encore loin de ces modèles sacrés I — La Grèce n'a donc réellement enseigné aux hommes que certaines formes de l'art; la forme dramatique, par exemple, que Ton a dernièrement retrouvée dans l'Inde, est à peine indiquée dans Job, dans Jérémie et dans le Can* tique des cantiques. — Ainsi le monde doit te drame

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&Sophode et & Eorlpldet A Aristophane et à Béftttn- Are. Hais quant & l'esprit de Fart, & la connaissance profonde des passions de rhomme, à Texpodticfa éloquente de ces passions et des grandes scènes de la nature, enfin & ce qu^il y a de réellement tM* fiant et divin dans la poésie, aux rapports èe Diea et de la créature, à Tamour qui les lie, la BIbte aurait seule tout appris aux hommes. Et voyez atec quelle abondance, et pendant quelle suite it siècles, la poésie des Livres saints s^est répandne dans le cœur des mortels.

Le Christ^ durant son passage sur la terre,, rap* pela souvent ces vieux monuments de la pensée divine, et saint Jean vint clore par son admirable Apocalypse la majestueuse série des prophéties dont il est le complément.

Puis on rencontre cette adorable poésie dans tes écrits des apôtres, et saint Paul nous offre un magnifique développement de toute la loi évangé- Ûque. Morale, métaphysique, tout est renfermé dans ses épîtres que Bossuet admirait si profondément I Les Pères continuent, pour ainsi dire, sans interruption la poésie biblique et en nourrissent les peuples. Saint Augustin se lève, et, au milieu de ses vastes investigations sur toute la science du christianisme^ il laisse déborder de son coeut des torrents de poésie,, d^amour et de foi. Toyez i toutes les pages de ses Confessions ses brûl&nttf aspirations vers Dieu ; et que sont les médîtatlons

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comme nn géant. Se nourrissant des Livres saints» méditant saint Paul, lés Pères et surtout Tertullien et AugustiQ, il reproduit leurs pensées dans un style qui n*a encore été égalé chez aucun peuple littéraire. Fénélon semble consacrer sa vie et sa Yoix à faire admirer et aimer cette brûlante charité qui est Tapogée de la vertu humaine. — Puis aa dix-huitième siècle la poésie biblique abandonne 4:ette terre frappée ua moment de vertige et se réfugie en Allemagne dans TAme extatique de Klop* stock, pour reparaître de nos jours en France avec jin nouvel éclat.

FIN ne PRBMIBA VOLUXB»

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