‹ Histoire des lettres, cour de littératures comparéesChapitre 7 sur 19 · S8 HISTOIRE DES LETTRES · texte numérisé non relu

S8 HISTOIRE DES LETTRES

dans ces hommes-machines la pensée artistique» Ils végétaient comme les plantes, moins leurs grâces et leurs fleurs ; et , comme Ta dit un des plus grands artistes du monde , Shakspeare , il faisait nuit dans leur Ame.

A une société de matérialistes , l!art serait nonseulement ijUiitjJe^.mai&,in{)pfi&ib^

L'homme qui , brisé par les passions de la terre, étouflTé par ses entraves, exilé, froissé parle monde, suant sous le fardeau de la pensée humaine et aspirant à une existence supérieure, a jeté le premier un cri vers le ciel , un cri d'espérance et d'amour, celui-là a trouvé la poésie.

L'intelligence de l'homme est servie par des or^ gçtnes ; — elle est sans cesse en rapport avec les objets physiques. Il y a dans l'hcfmme deux éléments, . spiritualiste et sensualiste, l'âme et le corps. Aussi l'art les. reproduit tous les deux : il. est le reflet de. Dieu, de l'homme,, et de la nature., « CestTâme qjii prend une voix ,^ et se répand en flots d'harr monie^ en. couleurs. étincelantes. Cest le inondé extérieur avec ses mille formes., ses beautés sans nombre , ses mers immenses qui gémissent sur les grèves comme la voix du Très-Haut dans le désert , ses moBtagjics qui nous élèvent dans les deux ^ sesk campagnes solitaires qui nous plongent en de grandes mélancolies^ ses villes bruyantes ,, Paris si nwjpstaeux. qijiand le silence de la nuit s'étend sur. son fleuve! L'art, ce sont les ruines qui jonchent

AVAirr LE GHKlBTIANISIfiB; 39^

la(tBia*e» ruines de toctes leç naticdift et ds. tOQ» le» ftgeB^ : égyfrtssnacsbt gracques^ »iiiiaiM3^ maareft^ ques^ gothiques^, images 'de nqovt^ débris dupassfi qi» eiiBeigawnt VamnÎT.^ d'est iatTÎettlé émisse toute: parfomée djeneem et de pcièfesy. dbnt tes veâtes soodires et tristes parlJent à l'taaaune de TamertiHiie de ces jours de: passage , dont la flèdie élftn^< céesemUe le guider rers Thifini^ G*e^ la. coloimei d'airaici oit sont gçasvéea lès anaaies d^un peuple, coloiBne paqrée de sang etdepteui^s*! C'est la beauté, sous tau» sesi aspects ; . e'^t te laid dana ses capri* cesf les pbns greteaqae»^^

L'art ^ G'^est le monde îoKriBibte y le manAe de rame.. Oh. ! c^est là surtie^at qu'ail détient immense, inépuisable^ Ècbo de tau:t ce que le cœur a senti , il répète lest mysitères de la pensée hnmedha Sa** vea^voias dans queUes profondeurs il faut péïiétrer pour saisir tcwisle&secrets cachés daflis lacifMiiecience de l'homme? Cmoont d'abord les passions quisdiit à toua,. commet la piété filiale, l'asnour ixuatatqicl, ce sentiment exquia, le plus ardent et lé plus>' dé« voué, celxd qui sourit am "sattriflcev L'amoiir arec SCS myriades de nuances : si pur , si embammé de douces illusions ^ puis si brûlant , si plein de malheurs et de larmes , si fertile en fureurs I Puis la dooleur sous toutes ses formes : les regrets sans e^oir qui génûsaent sur une tombe ,. tous ces b;i-^ sezoents du ccrar qui dé&iUe en voyanrt périr via être chéri, et ces grandes douleurs du géttriie qpdeto

UO HISTOIEB DBS LETTABS

vulgaire ne comprend pas , ce dégoût d'une àme sublime qui se consume dans Tisolement et Foubli, qui se berce d'espérances toujours trompées^ sans cesse froissée par le regard stupide ou le ricanement niais de la foule ; àme perdue , torturée d'infernales souffrances « si Dieu ne l'arrache pas au supplice de ses rêves en s'emparant de ses facultés et de son amour. Et ces maladies sans remède 9 les maladies de l'ennui , dont le malade ignore les causes , sorte de nostalgie qui saisit l'homme exilé dans ce monde , voyageur au milieu de contrées dont les fruits sont sans saveur , les fleurs sans parfum. Pauvres cœurs privés d'enthousiasme , souvent blasés avant d'avoir vécu , ils ne sentent ni les molles clartés du ciel , ni les harmonies de la campagne, ni le sourire d'une femme aimée , ni le frémissement de la voix d'un ami qui nous devine , ni le charme des vieux souvenirs, ni l'extase religieuse , rien enfin des jouissances divines que Dieu a semées sur l'orageuse route de l'homme. Ils sont tentés de demander comme René des misères et des douleurs pour les arracher au monotone chagrin qui les mine.

Pour toutes ces Âmes malades , je ne connais de remède que l'amour de Dieu. Seul, il peut tout suppléer et tout dépasser. Ce sentiment est au-dessus de tous les autres , comme le ciel est au-dessus de la terre. Incompréhensible pour certaines âmes, inondant de joie celles qui en sont possédées , il

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est la plus .sublime élévation où nous puissions atteindre, ety sous le rapport artistique, il devient une intarissable source d'inspirations célestes.

Nous avons jeté un coup d'œil sur quelques passions , sur les diverses nuances de la douleur et de Tamour. Les mauvaises passions , les passions de haine (ce mot donne une idée parfaite de cette lamentable histoire de Thomme) sont encore du domaine de Fart. Il les peint pour les faire haïr. Ainsi Fart embrasse tout, l'univers physique et moral, le Créateur , la création , les honmies , leurs rapports , leurs mœurs , leurs vertus ,^ leurs crimes » leurs passions , leurs costumes, leurs langues, tout. Pour qui sait voir, la tête tourne comme lorsqu'on se penche sur un abîme.

Nous venons de donner en quelques mots une idée bien imparfaite de ce qu'est l'art ; bientôt nous verrons que sa principale mission est religieuse , et que les plus grands artistes ont puisé à cette source. Maintenant si nous cherchons à pénétrer dans l'intimité de l'âme de ces grands hommes , nous trouverons que leur organisation était bien rare et bien étrange , que l'art pour eux était un culte et qu'ils étaient fanatiques de ce culte. C'était le dernier mot de tout, le but auquel tout se rapportait , l'idée fixe de toute leur vie. Ils entreprennent de périlleux voyages, ils sacrifient leur fortune, ils foulent aux pieds leurs affections, pour voir , pour teindre leur imaghiation des nuances

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d'HOBB nnbaiBiiieawU»^ poarremidiiUDde œ%mtx^ veiilt6i^'P0iKP lu ftoondèrpar CaaqpedefcFétm^des: peuples étFaa^ers;; Itraïka qbs* fàtiipraft^. teutesi cw. dovteiinv UbVistoe^eUèi^iiiâDiet ils braoreiul toaCi, pane qo'ili^ poiteot eo eus vaut pensée favte ^ m auMur^ qp«i' teur lii^oti Iwa d'oat ambre: beAftenir;. te pasëion de Kèvt^ 11/ a'est. pas jaaqQ^aiDc: chagnon^. réeto'd^ tau rîe qpufite .oa finisseol paor cansiAéirer coiottia ToiDjtfb ^tfoe étwLê psydtaoibgsque et ajotistiipKc Uae^ • dmdeqr le» leur révèle> toutes ; ù» meâSi^eM^déQ&wmM cfaaqae* jantr* qiwlqaeS' raplis^ cacbésidtû cœi^ humain ;' teor imagiiiatioiv deA^ne^' ayatiuiii» sagadté innu&e les pas»ioiai qui Drar^ent^ étrangère^j, elle le» aottaiyset daàs lensB/ pLoa^ mi^ nutieuses parties, comme si te. même cneor airait pa éproiiprer toutes >l€sr 9eiiaatiniiB>> tontes: les; joies et tom tes; désespoirs de rhamaintâL Souvei^ ;

tiste a Tapparence dhs malheur^ souvent le miolheur lui-même ;. mais, su toi» saviez: tout i ce: que Tart M d^nue de coia^olatioins I. Cestmi amouc*: plui» puissaiat encore qa» celui dm* jeune homme: pour la femme qu'il a enÉbelliK^ de tous les rêv^sL* de son imagination déUrante.; c'est usi amour seoo^ blable à cette flanBxme quit consume le^ coeur dur solitaire dans son commerce iiatime: avec Dieu,, lovsgue sa brâilante pt ièce perce le ciel , ei que^ f ate à feice aarec son CiréaleuDr; iL toiixbe dans' une: eîiCaise céteste^ ets'éerie oimnna Frai8ÇDL»-Xavnnr ait) mffîetr des torture» ph^Tsiqui» de sa vie sublime >r

▲YAifruT craiSTixifsnHr.' A9^

«O^mon Dieu I je suis efihtyé' dte PsAbndH^iœ dé»' joies* qui m'inondtent • 1 1

H BOUS reste à montrer sous qudlèsr formes* 14 pensée artistique s'est réTëiée aux hommes. H yen' a six principales r

ETâiJorci et" avant tout, làr parole-, qui comprentf*' la poésie etFélôquencç,

La'musîque,

L'architecture-,

Ea sculpture ,

ta peinture,

ta danse.

Ce Ifrre étant consacré k !a poésie proprement dfte, nous y reyiendrons longuement r nous allons* maintenant nous occuper en peu de pages des cinq dernières formes de la pensée artistique.

La nrasique est TUrt de réveiller au fond' de Tâme humaine , ébranlée par^ desr sons combinés- entre* eux, des souvenirs et des passions; Né pouvant formuler la pensée aussi clairement que la parole, la musique est nécessairement vague, et ce vague* est peut-^tre son plus puissant moyen d*aetk)ii; Elle exprime* la tristesse ou fe joie, maïs ell^e» n'en? précise pas les causes. II y a dans chaque individualité des nuance» diverses de la même passion ; la musique n^exprime pas ces nuances , mais YSmes^ supplée et saiisit ses magiques accenti^ qui font vi^-

* Revue européenne, novembre i8S8« — Article de Tauteur.

&& HISTOIBE BBS LETTRES

brer en elle tant de douleur ou de joie I Voilà pourquoi cet art est le plus puissant sur les hommes assemblés ; un mot réveille un souvenir dans plusieurs cœurs , un son vague en réveille mille dans la foule. Le chant court comme un fluide dans une salle inunense, électrisant les âmes, les jetant hors de la vie présente , les plongeant dans le passé ou dans Tavenir, et tout cela sans qu'elles en aient la conscience, instantanément ; c'est du délire I Questionnez tous ces hommes, ils ne vous diront pas ce qu'ils éprouvent, mais ils sont heureux, ils aiment, ils oublient I La musique gagne des batailles , elle exalte les guerriers et les prépare à l'étrange et énergique volupté' du combat. Mais dans toutes ces circonstances le caractère de la musique est de porter la pensée de l'homme vers l'infini et de l'élever vers Dieu ; la musique est une prière sublime et elle n'est jamais mieux sentie que par l'âme extatique des hommes profondément religieux. Si quelque chose détache de la terre, c'est un chœur de Mozart ou de Beethoven , dans une grande et sombre église, le soir à la lueur des torches, quand dix mille chrétiens à genoux prient et gémissent»

Il ne faudrait pas conclure que cet art délicieux n'a d'empire que sur les hommes réunis. Qui de nous, dans la campagne, à l'heure mélancolique où la nuit descend sur la terre, n'a été doucement ému par une mélodie simple et rêveuse, la voix d'un jeune pâtre sur le coteau voisin? Qui de nous

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n*a pas senti tout un passé surgir devant ses regards à Taudition d*un air oublié depuis longtemps? Il serait bien difficile d'écrire une histoire de la musique ; on peut croire que nous avons perdu un grand nombre d'œuvres remarquaUes; mais cependant tout porte à penser qu'elle n'a reçu depuis le christianisme de larges développements que dans ce siècle. C'est l'art le plus florissant att« jourd'hûi en France, Il a obéi à l'inspiration de la poésie. Il y a plus d'un rapport entre Beethoven et Lamartine, entre Weber, Meyer-Beer et Byron*

La mission artistique de l'architecture est principalement d'exciter dans l'àme l'amour de Dieu et de la patrie. Elle exprime aussi la vie d'un peuple , car elle est empreinte du caractère dominant de ce peuple. Un grand monument est plus souvent l'œuvre d'une nation pendant plusieurs siècles que l'œuvre d'un individu.

Dans l'Orient , l'architecture a été colossale. La grandeur était ce qui frappait le plus des peuples préoccupés surtout de l'idée de Dieu , de l'infini. Les magnifiques débris qui étonnent le voyageur aux sables de la Haute-Egypte , et dans le désert où dort Palmyre, portent tous cette empreinte grandiose ; ils ont tous iine attitude gigantesque et solennelle. Ils , confondent nos imaginations occidentales, habituées à un art plus varié, plus humain. On a retrouvé dans l'Inde la même physionomie qu'aux bords du Nil et de l'Euphrate.

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\Vtiaœi9m^. uNie.BsV^pimke à'ërt 6t:>d*iiae sorte de iiredbenîhe'rélégac^te. Uiàée^ rififiu ne . suffisait (^iil>4 .IrhonHaie. rH rs'^iecupait siurtoiU.de Jui:et4e Ja i9B;fréis«ilte, (ju'Âl^embeUifisaît^ tous.les rfiCfiB- .]^esvd'\u«feiûi»teTim£igiaati^ wqyez ^fueUe

;:)imiiBOBie ^SBfuante -dans >ces tesaples d'AlihèaesI *00mrae cra ;3e€rk)Bnes;Soot ^veHes .et .blanches ! nCommaieeiib^pite^uHÛBimple se4essine^vec|^^ I ^7ou9(seI»fe(8 ^pie 4e £artiiéaon et ies trfgédie6.4e

SQpbooIe BourtnnéS'Saus 1er uâna ioieL..

La'fiQ$ii6{aali(|iie a <]|tt*a6fqpie toujours été- dans iï^mchltMtâute nn reOtt ée isL Gârèce. Mais admixiez -^aroc -qtfebioQde table «aarcbenJ; ; toutes ces belles rchosesîNtAiS'tFou^erdns ici la même différ^ee -que mms Avons remai^iuéedans kpoésie. La Grèce 'tà'BomX fâs élevé leClelysée ; eUe n'était ni assez

puissante ni assez fiâroce. Il fallait que* Aaxuenlt oson xaaichet dmïnense sur son archiitâctuire comme ^eUe :hà mettait «sta* leiaaoonde.

.Avec lie.cIun0tîaBîsQae ruccbitecture devait chanfger. Jiésus^Qbmt'étaitryeiui étabUrrlaTie de.r&me, ries raiforts rde. Dieu TavftCvrbqmjue. Jl fallait .des ^templies «n barmenie ravec cette jgrande .tristesse r4es eiifadatS(de.Dieu)d(Hit parle Bossuet .^près^aint .SattL.Sie '^là les ég^s .gothiques , M sombres^ si .|deiii6& demélanoolie.!

:;^ILQJeBitEe,pasdans notre plan de suiia*e rarchi-

tectuœi^tts tous, ses dévelojpp^aaeats depuis ie

men «difetio&cta, > tes cailliédnlBB . towÊM âlf asboioq^ ,

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montrant le ciel.

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losses sacrés. Ce Christ qui porte da icroix., ces ranges ($uuL tibant^ort (sa :]^tmm^ ces aairaphins ailés àpii |)lfitiiiontd€3 pédteÂs âcsrhommes^ ces Menlœia- .'iteOKÀ gBttOQX'qfid'adôFeiBît rÉberael, cesaint Michel (Qui ternu^e le diable , cds pécheurs âansTe- )mordi& ttomtnièiiyfcés dasuB les flaii^^ oes liépums -iUQL^âgm*eSfhideacifies religrotesqaeB, avec<lem*)ii6â- )n6nmtiiiièmal etieursoiaiilor^ions affreuses, œs salamandres, ces gnomes qui peuplentiies/végifllis du désë$pcdr , ees^Aiûe&AfifpufipËtairedBoilfiiv^ ^œaisû'a^anitipÉâ fperdu ledmi de kuprièfe^oBiqp- .fUi^nt 4aL ^yiearge'qiliies^comele et. te 4311001^ «es rois dèktiid;na¥ec]lMirtcoÉaoADe«t;te

A8 mSTOISS inS8 LETTBBft

plac^ au-dessous de la tiare et des clés pontificales, ces hommes d'armes qui brandissent leurs dagues , ces clercs qui lisent , ces femmes qui prient, n'est-ce pas le moyen Age tout entier serpentant le long de ces murailles nœrcies ? Il est impossible de n'être pas frappé de la ressemblance de tout ce poème avec la Divine Comédie de Dante»

La sculpture a suivi la marche de Tarchitecture. En Orient, des sphinx colosses, des figures symboliques et mystérieuses frappent Timagination de je ne sais quelle vague terreur, et semblent un impénétrable rêve.

En Grèce, la sculpture se passionne pour la beauté physique , et elle est encore une preuve de ce que nous avons avancé, que la Grèce a eu pour mission le développement de l'élément humain, la mise en relief de l'homme.

. Les grands artistes grecs nous ont légué les plus admirables formes humaines ; l'Apollon du Belvédère et la Vénus de Médicis sont les plus parfaits modèles qui soient sortis du marbre chez tous les peuples de la terre. Les Grecs, quand ils ont sculpté la douleur, l'ont presque toujours jointe aux tourments physiques , comme dans le célèbre groupe de Laocoon.

Lq christianisme spiritualise la beauté; elle ne consiste plus seulement dans l'harmonie des formes, mais dans l'expression de la pureté et de l'amour de rame. Aussi, depuis le christianisme, les

AVAiNT LE GHaiSTIAISISMK. h9

grands sculpteurs se sont-ils appliqués à faire deviner l'âme dans les contours du marbre. Toute Tanti^quité n'aurait pu enfanter la Madeleine de Canova.

Là est donc l'avenir de la sculpture, les mystères de Tâme animant le marbre , lui donnant une vie passionnée et rêveuse. Toutes les reproductions de la sculpture antique ne sont que de malheureux anachronismes , elles sont froides comme ces temples grecs qui s'élèvent sur nos places publiques , et qui ne répondent à aucune idée de no* tre temps.

La peinture a une mission plus vaste. D'abord le paysage qu'elle reproduit avec ses aspects variés qui rappellent à l'exilé la patrie absente , puis cette faculté de grouper dans un tableau une foule de figures, donnent à cet art ime puissance magique. D'ailleurs la couleur émeut plus que le marbre.

Nous savons peu de chose sur la peinture des temps antiques. Winkelmann a tout dit sur les œuvres découvertes dans les cendres d'Herculanum. La religion a été la meilleure inspiratrice de la peinture comme de tous les arts. Heureux les grands artistes qui viennent aux siècles de foi , car les hommes adorent leurs travaux ; ils pleurent devant eux des larmes d'amom- ou de repentir, et leurs noms vibrent dans tous les cœurs. Allez en Italie : dans la moindre cabane vous trouverez une

SO trtStôIAË DBS LËTTRfiS

Vierge de tlaphaêL Le crayon a reproduit par mlllierg ces douces figures que Tartiste aurait pu rendre plus célestes s'il avait lui*-même été plus chrétien. La religion , dans ce qu'elle a de majestueux et de terrible comme dans ce qu'elle a de tendre et de consolant , est une source inépuisable d'inspirations sublimes. Quand l'artiste vit dans un siècle sceptique , les spectateurs se glacent et le génie s'éteint. L'amour de la patrie inspire bien aussi le peintre , l'histoire lui ouvre ses trésors ; mais Famour de la patrie n'est une passion que dans les jours de crise ; la patrie n'est bien aimée que dans Texil ou à l'instant qui voit menacer son indépendance. La religion, au contraire , est toujours une passion; car le ciel est toujours absent, et l'homme toujours exilé sur cette terre. Sans la foi , l'art , comme nous le concevons , est impossible. Ainsi pour que la peinture sorte de l'engourdissement où nous la voyons plongée, il faut que la régénération sociale ait marché , il faut que la philosophie du moi , que le rationalisme , que le scepticisme enfin ait fait place à la grande synthèse religieuse. La peinture a suivi le mouvement de la jeune école poétique ; sans doute il y a aujourd'hui d'habiles dessinateurs, des coloristes ardents, des hommes d'une imagination forte, gracieuse et bizarre; maïs où est la pensée qui, sur les ailes de la religion , arrache au plus haut du ciel le mystère de la vie humaine ? Je serais injuste si j'en faisais aux pein-

ïtes m graye reproche, Cest la feute de ce temps, et mon la leur»

Il est une brapiche de la pei^ture que notre époque cQipnifince à apprécier, et qui est digne de la vénération des hommes , c'est le portrait Qui de nous n'est pas resté des heures Fœil fixé sur les traits 4'juin être chéri qjie nous avons perdu ? Oh I il n'y 9 pas çu^e^ de reconnaissance dans le cœur pour remercier l'artiste qui fait ainsi survivre au tp0]Lbeau la forme sous laquelle pensait l'âme qui nous a aimé et qui est allée nous aimer dans le ciel. Nous croyons que la gloire de Lawrence n'est à dédaigner par personne. Honneur au peintre qui exprime p^s l'âme que le corps , qui pénètre sous l'envi^lpppe 4^ l'homme les secrets de ses passioqs e); de sa penisép I

Jj^ d^ffise, /|ui est l'expression des sentiments par 1^ ge$te I < a commencé avec le monde. Nous la voyons §e mêler à toutes les fêtes publiques des peuples primitifs, à leurs joies comme à leurs deuils. Grave et religieuse dans l'Orient, sensuelle et ardent» dans Ja Grèce , suivant dans le monde moderne les diverses phases de la pensée humaine, elle devient moins importante à jpesure que la civilisation marche , et semble appartenir surtout au berceau de l'humanité ; car elle est le plus souvent aujourd'hui un frivole délassement. Toutefois , il est impossible de ne pas renfiarqaer encore ici Tenchaînement de tous les modes d'expression de la

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pensée poétique, et avec quel admirable instinct la danse a suivi toujours chez nous le développement intellectuel. Solennelle et un peu froide sous Louis XIV , elle devint folle sous Louis XY , et presque nue pendant les saturnales de notre révo-r lution.

Après avoir effleuré ces belles choses, nous allons examiner la poésie qui se révèle par là parole , le plus magnifique don que Dieu ait fait à Thomme,

n faut souvent de longs voyages, de grandes sommes d'argent , de dures fatigues , pour apprécier les chefs-d'œuvre des arts dont nous venon.^ de parler. L'œuvre du poète va vous chercher dans l'intimité du foyer domestique , elle vous suit partout ; à toute heure elle est là pour vous consoler ou vous instruire. Aussi la renonunée d'un poète populaire vole-t-elle de bouche en bouche; elle se mêle aux souvenirs de la vie ; on aime le poète comme celui dont la voix a endormi nos souffrances; son imagination nous devine, et elle exhale la grande plainte de l'humanité.

Comme on l'a remarqué avec raison dans une préface célèbre , la poésie a été d'abord lyrique , — puis épique , — puis dramatique : -^ la Bible — Homère — Shakspeare ^.

* Des critiques ont coatesté la Térité de ces trois grandes divisions, sans doute parce qu'ils ont treu^é Tépopée dans le monde oriental

La poésie lyrique est une inspiration brûlante , un élan vers l'infini , un cri d'amour pour ce qui est beau, un cri de haine contre ce qui est mal. La poésie lyrique à froid est une des plus ridicules choses que je connaisse; malheureusement c'est une des plus communes. Il faut que le poète , fatigué de la terre ou étonné de Dieu , laisse échapper malgré lui de ces accents dont la puissance ébranle tous les cœurs, il faut que, sous le joug d'une passion dominatrice , la poésie soit pour lui un bonheur enthousiaste avec lequel il puisse braver toutes les soufirances de la vie.

Le poète lyrique a deux missions : mission sociale, mission intime. Dans la première, il s'identifie avec les peuples, et, possédé d'un ardent amour de la patrie , il en chante les malheurs , qu'il éprouve comme les siens propres. Alors on remporte dans l'exil, on rêve en le bénissant la forêt ou la grève qui nous reçut dans notre enfance. ~ Dans sa mission intime , le poète lyrique élève vers Dieu le profond gémissement de l'honmae qui souffre et aspire au ciel. Les rapports de Dieu et de l'homme , l'âme froissée par la société , la

et le drame dans la Grèce. Je ne dis pas qu'il faille prendre dans un sens très rigoureux cette classification; mais il me semble hors de doute que la poésie lyrique domine le vieux monde oriental, que répopée a dans Tlliade son plus magnifique monument^ et que ^akspeare est le poète le plus dramatique de Tunivers. En considérant la chose dans Vesprit et non dans la lettre , Tidée de M- Victor ^ago nous paraît parfaitement juste,

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poésie psychologique , voilà la mission intime du poète lyrique.

Le monde oriental a été le monde lyrique par excellence, car il est tout plein de l'idée de l'infini. L'humanité â son aurore ne s'occupait que. tle Dieu. Rien n'a égalé les écrivains sucrés, et les poésies que Dieu a inspirées aux hommes senk sous. le rapport artistique d'une supériorité; incoirtestable sur tout ce qui les a suivies. Cherchez, un secret d^ la pensée humaine, une souffrance de l'âme, qui ne soient pas dans Salomon et dans David. Feuille^ tez les livres profanes, vousne trouverez nulle part l'enthousiasme céleste d'Isaïe et la profonde douleur du chantre des Lamentations.

Les fragments antiques publiés sous le nom d'Orphée sont empreints d'une grande pensée religieuse. Les odes de Pindare , qui nous laisi^nt assez froids aujourd'hui malgré le retentissement du vers pindarique , ont rempli une haute mission patriotique. Et si nous nous reportons à ces vaste» assemblées de la Grèce, où les héros recevaient l'immortalité de cet homme, nous comprendrons le nom de Pindare.

IVtais des livres saints à Pindare il y a déjà un espaee immense, la religioii étant Fînspiratrieé nattlrelle de la poésie lyrique. Rome eôf ïtioîtis lyrique encore que la 6rèce; Horace est trop pliilosophe, trop réfléchi ^ malgré ses passions toutes^ romaitfes et les mei-tfeîlles de soft styîe. C'est rtn

AVàBTT tM CHRISTIANISME. 5S

homme plein de grâce et d'esprit , dont Tenthousiasme est savant et consciencieux. Quand nous arriverons à cette époque, nous verrons par quelles admirables qualités se fait remarquer l'ami de Mécène. Il y a dans Virgile une foule de beautés élégiaques d'une tristesse adorable , et qui sont plus lyriques peut-être qu'Horace, car l'élégie est la poésie lyrique dans sa mission intime.

Nous son^mes bien loin du grand lyrisme d'Isaïe. Dieu inspira à saint Jean un magnifique morceau de ce genre dans l'Apocalypse. Les véritables poésies lyriques des peuples , depuis le christianisme, sont les aspirations de saint Augustin et de pinceurs autres Pères. En Europe, çà et là des moreeaui échappés à plusieurs ; mais un poète lyrique plar nant sur les peuples étoimés , je n'en ccfnnais pas. Quand il y aurait un poète ^ le monde n'est plus fait pour le comprendre; il est trop vieux et trop jeune. Peut-être lorsque l'humanité épuisée tou chera à son terme , lorsqu'à l'exemple de l'individu elle retrouvera à la porte du tombeau la naïveté de l'enfance i il s'élèvera des voix sublimes qui crieront à Dieu : Glohrel gloire! qui chanterei»t l'hymne du sépulcre à la veille du jugement dernier. La poésie lyrique sera revenue peut^tye.

Aujourd'hui elle est pleine d'artifioQsetde méa songes. Je n'ai pas cité une foulg de cheseï^ que Fon prend pour terès lyriques dans le «i^ide; par exemy pie les odes de Rousseau. C'est q^ue pQ^r mn u»

56 nrsTOJnn des lrttrbs

souflle glacial a passé là-dessns. Quant aux chœurs et aux cantiques de Racine, ils sont sans doute bien supérieurs à Jean-Baptiste, mais reflet comme lui des Livres saints. Il n'y a rien de moins lyrique que l'imitation.

Si la partie enthousiaste de cette poésie est perdue pour les peuples modernes , la partie triste et rêveuse qui se révèle par l'élégie est merveilleusement adaptée aux sombres préoccupations des hommes de ce siècle, au grand dégoût qui pèse sur toutes les âmes. C'est là le secret de la popularité de Lamartine.

Le monde oriental, aux commencements de l'humanité , a eu la poésie lyrique. — Le monde grec, l'épopée.

L'épopée était un besoin pour une société qui commençait à acquérir la conscience d'elle-même. L'humanité s'occupait d'elle et des développements de son existence. L'épopée est l'aurore de l'histoire ; sous des formes symboliques et brillantes, elle contient comme l'histoire tous les éléments de l'humanité ; mais elle les enveloppe dans son langage mystérieux. Elle n'analyse rîen d'une manière apparente.

Les poèmes d'Homère tiennent dans l'histoire des hommes une place à part , et c'est ce poète qui a fait concevoir d'un poème épique une idée si élevée , qu'aucune œuvre de ce genre ne pourrait aujourd'hui répondre à ce qu'on exige d'elle. Que

AVANT LS GHRISTIAmmE. 57

si nous examinons la cause de cette supériorité d'Homère , nous verrons que, sans parler de ses immenses facultés de poète, et de sa langue si harmonieuse , son siècle était unique pour produire cette merveille. Ce siècle était vide ; point d'histoire écrite ; rien sur les lieux, les peuples, la religion. Homère offrit aux hoïnmes tout ce qui leur manquait , et nous verrons dans la seconde partie de cet ouvrage avec quel incroyable bonheur il a rempli cette noble tâche. Pour savoir quelque chose sur les temps héroïques de la Grèce, sur ce grand premier duel de ses peuples avec l'Asie, sur leurs mœti'T îiînilives, sur leur religion, leur navigation, leur géographie, il faut feuilleter Homère. On concevra aisément que cette position est unique dans l'histoire de la poésie. Aucune rénovation sociale ne pourrait amener une telle œuvre ; car il faudrait anéantir l'histoire, les livres religieux, la philosophie, les sciences exactes et naturelles, pour faire place à cette création. — L'épopée homérique s'est donc montrée une fois aux hommes pour ne plus reparaître. C'est un monument solitaire quHl faut étudier avec amour et admiration , mais dont on ne peut raisonnablement rêver le retour.

Les autres poètes épiques ont sans doute des noms glorieux , mais aucun n'a approché de celui que Dante a appelé le poète souverain, Virgile, malgré sa gracieuse tristesse qui fait pressentir le christianisme , a été évi^emmeqt inspiré par Hot»

58 HIBTOm BB8 UTTRBd

mère. La Divine Gdmédie^ si grandiose, si dramatique , si passionnée , est une peinture à part (|ue nous admirons profondéoient , mais qui ne saurait prétendre à être seule tout son temps. Si nous voulons goûter les suaves plaisirs de Timagination^ si nous voulons frémir ou rêver, nous prenons lefi vers immortels du poète. Mais que nous chérchicms à percer le voile qui recouvre ces guerres intestines de ritalie au moyen âge, nous interrogeons Machiavel et rhistoire^ Les chroniqueurs seront plus consultés que le Tasse ; Dante , Milton et Klopstock seront lus , mais après la Bible et T Évangile. Oa* moêns a écrït un magnifique voyage. Quant aui grands poèmes de ritide$ ilous en parlons tdus un peu en aveugles; fnais ce que nous atoiis entrevu ne les classe pas^ selon nous, silr la ligne d'Homère. On peut encore produire de sublimes vers^ des tenbleaux admirables, mais occuper la place de Tlliade et de rOdyssée, jamais.

Tout porte donc à croire que l'épopée a fini te mission. Le roman hlstoriqtie est le modeste sue* cesseur de cette grande poésie qu'Homère a rendue impossible; mais il ne rept*oduit que la partie ter^ restre de l'épopée.

Les botaoïmes sentirent bientôt le besoin d'impressîoûs plus viveà, d'une représentation plus réelle de la vie, et la poésie dramatique fut créée. Homère fut la source où s'abreuvèrent les tirâgi^ues grecs. La poésie dramatî<|tte apipàrut dans Ssohyiev

AVANT LS GHHISTIAIIIS10. M

mêlée de lyrisme oriental ; Part des siîtiAatiQn&n'oc* cupait guère ce poète. S(^hocle fonda la véritable tragédie grecque , harmonieuse Gonune les temples de sa patrie, simple et claire comme le poème homérique. Euripide ne changea rien à la ferme du drame qu'il reçut de Sophocle ; nous examinerons plus tard ces trois hommes et essaîercina de earaetériser leurs œuvres^ Aristophane < plus original peutrêtre que les tragiques , entreprit de corriger ses concitoyens par le ridicule et créa la partie comique du drame.

L'art dramatique languit à Rome ; ce peuple étrange et féroce courait à d'autres spectacles. U se réveilla en Angleterre , et reçut son développement le plus vaste du génie de Shakspeare. Il unit les deux parties du drame qui, jusqu'à lui, avaient marché séparées , la tragédie et la comédie , et il fit dé son œuvre une exposition de la vie bien plus variée et bien plus vraie. Puis il recula les bornes de rhorreur ; il inventa des situations terribles; il . tortura Tâme du spectateur avide de percer le mys^tère des destinées humaines qu'il livrait à ses regards. Puis il pénétra dans les plus secrètes profondeurs de l'âme , et exprima des passions nouvelles , par exemple l'amour de sa Juliette ^ spirituaiisé et rêveur comme une page de Lamartine ^ ou encore la mélancolie sceptique d'Hamlet ^ qui semble un enfant de notre siècle.

En Espagne , Calderon élevait un monument re-

/ 60 mSTOIRB DES LETTRES

ligieux et sublime. Plus tard , la France s'empara de Tart dramatique. Il y apparut, ici avec grandeur et force, là avec une grâce tout élégiaque, mais les deux éléments se séparèrent de nouveau, Corneille et Molière n'osèrent les confondre. Cependant le drame complet est celui de Shakspeare, et nous pensons qu'il se naturalisera tlans notre patrie. Aujourd'hui tous les jeunes talents le sentent. On peut remar<per que le drame de la nouvelle écolç se distingue par une entente merveilleuse de Fart des situations ; ou plutôt ce drame n'est guère que cela. Quand on a trouvé une position étrange qui ne peut changer qu'en passant à travers des scènes qui étonnent ou glacent le spectateur, on croit que c'est tout le drame, et l'on ne s'occupe pas des développements de l'âme humaine , de la psychologie du drame. On n'a pas le temps peut-être ; aussi il ne s'élève pas un édifice durable. Espérons!

Il est un poème qui a eu de grands succès à la - fin du dernier siècle et dans les premières années du dix-neuvième, c'est le poème didactique. Il remonte à Hésiode, et, malgré les merveilles des Géorgiques et de l'œuvre de Lucrèce, nous pensons que la poésie n'est pas là dans sa voie.

Un autre genre qui a un long avenir est la poésie appelée poésie intime, qui se révèle le plus souvent par l'épître. Dans les sociétés vieillies , toutes les passions qui ont des généralités pour objet s'usent, çî Thooiniç 9e réfugie dans le foyer domesti(jue, U

s'enveloppe de cette vie cachée ; il a vu le néant de tout , il sourit de dédain aux grandes choses qui firent noblement battre le cœur de ses ancêtres. Ce qu'il demande, lui, c'est du repos, une famille qui voie avec lui les jours passer lentement, et qui le consoler de runiertume des choses publiques. Horace, dans sa solitude loin de Rome, a pressenti cette poésie, et nous a laissé d'exquises confidences. Les poètes de nos jours commencent à entrer dans cette voie ; le livre des Consolations fait £on chemin solitaire; ceux qui l'aiment ne l'aiment pas à demi. Je connais de nobles cœurs passionnés pour ce petit volume. Courage donc, ô jeunes poètes, jetez sur la vie de famille les grâces de votre langage , poétisez les vertus qui fuient le bruit du monde. Trop longtemps la poésie s'est éprise , comme les peuples , de folies brillantes. Elle peut bien travailler au repos des hommes.

11 existe d'autres genres encore , par exemple la fable, que La Fontaine a rendue presque impossible. Je m'en occuperai à mesure qu'ils se présenteront à mes regards.

Je ne sais si je suis parvenu à donner quelque idée de l'art ; je serai plus heureux, j'espère, dans les développements qui suivront ce chapitre , et la compréhension de l'ensemble deviendra claire par les détails.

mmm

W ifsîon religî«iiM de la poéfi*.

De toutes les choses saintes que la France a oubliées en publiant Dieu , aucune p'a été insultée d'une voix plus dédaigneuse et plus sauvage que la poésie. On Ta frappée au cœur en la faisant servir au libertinage le plus éhonté comme à l'impiété la plus hideuse. On lui a ri à la figure de ce rire stupide qui fait qu'on se détourne de dégoût.

Le poète a été un être ridicule , à charge à la société qui le nourrit, un homme qu'on reléguait dans un grenier, ou que l'on faisait apparaître sijr le théâtre pour y être le Jouet de la compagpie.

C'était vraiment une déploraljle q>n4itjion pour la poésie ; c'était encore une reine sans trône , trat-

6& HISTOIAE DES LEÏTA£S

née duus la boue , etli'ayant pour consoler ses douleurs que le souvenir amer de ses grandeurs passées, La France délirante n'entendait plus la voix d'en haut, et comme si la poésie devait partager le sort de la religion et de la royauté , cette même année qui moissonna tant de prêtres du Christ vit rouler les têtes de Louis XYI et d'André Chénier t

D'où venaient donc ce dédain , cette haine? Étaitce seulement une fureur bizarre et insensée, étaitce une foule imbécile qui , ayant perdu le bien de l'intelligence , se ruait sur l'autel qu'elle adorait naguère ? Non , il faut le dire , c'est que la poésie enivrée avait été infidèle à la sublime mission qu'elle a reçue de Dieu.

Rappelez-vous ses orgies incroyables, rappelezvous à quel excès d'impudeur elle s'était laissé entraîner; rappelez-vous surtout que cette folle dans sa rage se prit à insulter Dieu. Alors les hommes , les impies eux-mêmes , la traitèrent comme une prostituée. Ils l'abandonnèrent dans la fange , où elle se vautra longtemps.

Ainsi les poètes ont recueilli ce qu'ils ont semé. Ils ont souillé la muse , et la nation corrompue comme eux , qui applaudissait d'abord à ces chants obscènes , a Uni par mépriser ce qui était méprisable.

^ Je le dis avec douleur, je ne crois pas que Dieu » la vertu, la patrie, l'héroïsme, tout ce qui est beau , aient été insultés nulle part avec tant d'effronterie

AYÀlfT LB GHRISTIÂNISMB. 65

que dans notre France. Quand je songe que Thomme le plus populaire de la secte philosophique a produit cet odieux poème de Jeanne d'Arc^ qui est un crime de tant de natures , et qu'il est resté longtemps le bien*aimé d*une grande partie de la première nation de la terre, de celle à qui Dieu semble avoir confié les destinées intellectuelles du genre humain , je ne puis me garder d'un sentiment d'efltroî K

Une réflexion me rassure : c'est que l'on peut re- , marquer dans la vie des peuples, comme dans celle des individus, des périodes de désordres et de folies , d'où ils sortent quelquefois avec le remords dans le cœur, avec un plus grand amour pour la vérité , qui est Dieu. Toutefois, il faut s'y attendre , la régénération religieuse entreprise par les intelligences élevées de cette époque sera lente. Trop de préjugés , trop de haines , trop de mauvaises passions fermentent encore dans le coeur humain , pour espérer qu'il s'humilie promptement devant Dieu.

Nous pouvons remarquer cependant autour de nous quelque adoucissement à l'antagonisme qui

' Nous renvoyons le lecteur au jugement porté sur Voltaire dans notre septième volume. Son œuvre est bien vaste et bien diverse. Il est juste de faire observer ici que ce n^est pas seulement comme auteur de Jeanne d'Arc que Voltaire a été longtemps Tidole de la majorité de la

France.

( Nate de la 2* édition, )

66 HlftTOIU Mfi un»»»;

pèse sur la société. Les passons sont mieux ^ugéea» on s'aperçoit que les haines de partis sont le £ruit de rignorance et de raveuglement. Il y a dans uft certain nombre d'esprits tendance à se rapprocher^ à se dire franchement : Abandonnons nos étroits préjugés» et travaillons de concert au bonheur de la société. Mais, il faut le dire, il est encore daos tous les camps une race d'hommes arriérés , se faisant presque un point d'honneur de haïr ceux qui ne pensent pas comme elle« Ces hommes se jettent constamment au devant de ceux qui veulent éclairer et guérir, et retardent ainsi le mouvement social. Ils le retarderont malheureusement encore longtemps.

De ce besoin de rapprochement, vivement senti par tout ce qu'anime une pensée haute et chrétienne, naîtra une poésie nouvelle pour nous; ce sera une poésie d'amour et de foi , qui , se plaçant dans le ciel, verra les choses de la terre avec pitié et non avec colère. Elle s'efforcera de sécher les larmes ; prière continuelle, elle versera l'esprit religieux dans les âmes, et, agrandissant le cercle de la pensée, elle extirpera de l'homme les passions basses et orgueilleuses.

« La poésie, a dit madame de Staël, est une possession momentanée de tout ce que notre Âme soiidiaite. >

J'ai médité ces admirables paroles, et leur vérité m'a rempli d'enthousiasme. Ainsi la poésie est su-

i qjùatid ïè ()euplé* é^ animé d'îdéés élevées ; maïs, ail contraire', lorsque! la fol e^t moMe, lor^ qUé Y Me hitthéHxië, (ïéàolée et dans éroyancè, tfdsé tAà& tégtttééi^ le tié et se? plonge dans toute la turpitude d^ùà sensu&lisuié brutal , oli I alors It poésie peint ce i^é cette Atne dégradée souhaite , et devient, ce ^[ue nems ravons vue trop longtemps eilf¥«!ce, utt déplorable objet de mépris et de dégo&t. ÂiMi^ feuilletez rhistoire; aux époques religieustes , quels que soient d'ailleurs leurs désordres et leurs eritnes , la poésie est gt^ande et forte ; aux époques dé décrépitude et d'incrédulité , elle produit femtnelf'AM:^ et la GUerré deê Dieux.

k Torlgine, quand la poésie vint au monde , elle était la religion elle-même. Dieu la mit dans la bouche des pasœurs du* peuple. Il rassit sur le trône, comme pour enseigner que c*était une chose sacrée et digne de ta véhératio» des hommes ; car :aldps les hommes respeetai'ent une couronne.

Rien n'a égalé, che^ les peuples qui ont suivi , cette poésie inspirée des Livres saints. Pour nous, 'Chrétiens , la cause de cette supériorité est toute simple , puisque nous savons^ que Dieu parle par la bouche de David et de Salomon. Aussi , voyez quel a été le soFfr de ces poèmes t Encore auJour«d^hui , q«tel est le pays oîi ne retentissent Jamais ces paroles divines^? Elles sont la source de ce que nous trouvons de grand dans les chants |des nations modernes. Magnifique héritage que le peuple

68 msTOnuB dbs uimiBS atajvt lb christianisme. hébreu a légué au genre humain I II console la douleur, a élève vers Dieu le regard fatigué des turpi- Ju4çç 4ç la tçrrej il exprime avec un accent terrible le remords qui déchire le cœur du coupable ^ et prépare ainsi nos voies vers le ciel.

Quand la poésie est religieuse, quand elle chante et prie Dieu , elle devient une source de bonheur pour les hommes, la bienfaitrice du genre humain. Car , il n'est plus permis de le dissimuler , il faut le dire haut et souvent , le bonheur des nations comme celui des individus repose sur la religion. Elle seule inspire cet esprit de résignation indis» pensable aux masses sur lesquelles , quoi qu^on fasse , une grande somme de soufirances pèsera loujours.

La poésie est un sacwdoce, le poète est un prê-* tre. Il est l'interprète de Dieu et de la loi morale. S'il est infidèle à cette mission , qu'il soit maudit comme ayant abusé d'une chose sainte, comme s'étant servi, pour empoisonner, du génie que Dieu lui avait donné pour guérir. Hais s'il a fait germer dans vos cœurs l'amour de Dieu et de l'humanité , si ses vers prient et pleurent sur les maux de ses frères , s'ils ont adouci quelquefqis l'amertume de l'exil en élevant vers le ciel les regards de l'homme abattu et désespéré, oh I alors, honorez--îe comme un des bienfaiteurs du genre humain .

Ihi fljU ou de la fi

Nous avons vu que non-seulement le poète avait pouf mission de refléter Tunivers et d'émouvoir les honunes , mais qu'il avait encore une mission religieuse et sociale. Nous ayons dit que, sans Faspiration vers Dieu, sans une marche évidente vers Vamélioration de la société et de Thomme, le poète ne pouvait prétendre à la gloire ; car la gloire n'est pas le bruit que fait une population en délire, lorsque ses passions sont flattées et caressées. La gloire est Tœuvre des siècles, elle ne s'improvise pas.

Mais Tamour de la vertu et de Thumanité, une

70 HISTOIRB DES LETTRES

piété ardente» une âme enthousiaste , une sensibilité profonde, ne suffisent pas pour former le poète. Il est une partie artistique indispensable au grand écrivain, et sans laquelle les plus hautes pensées ne sauraient vivre : c'est la forme , c'est le style. Quand les 'œuvres d'art manquent de style , elles sont aussitôt frappées de mort.

* Mais qu'est-ce que le style ? — J'ai entendu dire que l'on naissait poète. D'autres sont venus qui ont prétendu que les intelligences sortaient égales delà main du Créateur, et que Téducation était tout.

Il est bien difficile de s'entendre sur ces matières, et je me garderai d'entrer dans une discussion qui ne pénétrerait pas plus avant dans les mystères de r&me , et surtout dans la connaissance de ses moyens d'action sur nos organes. Mais comme je sens profondément que cette âme est, je sens aussi que l'on naît poète^

C'est-à-dîre que Dieu, en créant une âme', lui donftie ime énergie artistique plus grande, une imagination plus forte , plus brûlante.

Voilà le don que Dieu fait à Tâme , et l'homme qui est doué de cette âme prend alors la direction qu'il reçoit des circonstances qui l'entourent , et aussi des premiers enseignements de son enfance.

Qu'il passe sa jeunesse dans les solitudes de Port-Royal, étudiant le jour les poèmes d'Homère

AfAIVT U CBBIfmÂJOSÊÊB. 71

et d'Euripide et y rêrant la nuit , il écrira Phèdre et Ipfaigéiiie.

Ilevédans une école d'artillerie, au milieii d^une époque guerrière et de peuples qui bouillonnent, fl ftra de la poésie , une épée à la main , au pied des PfraaàâBs et du Thabor.

Ainsi le igénie est un don du ciel ; mads Tétude, im trataH .op&niAtre, peuvent seuls rendre ce génie puiflsaiM: sur les hommes.

Cestà force de patience et de veilles que le poète peut acquérir ce style, cette forme sans laquelle ses œuvres seraient comme si elles n'étaient pas. Lk i>ù vous trouva un grand poète , il y a aussi presque toujours un homme profondément versé dans la vaste science des langues. Dans les vers surtout , il est bien difficile qu'un homme puisse sentir ce que c'est que l'harmonie s*il ne connaît pas plusieurs langues poétiques.

Le style est aussi indispensable à l'écrivain que le dessin îau peintre et au statuaire. N'avez-vous paB entendu dire chaque jour qu'Homère était enmiyeux, et que les pédants de collège étaient con*venus de le trouver admirable?

Ces gens avaient lu Homère dans une traduction, ils ne connaissaient que le cadavre d*Homère. Je ne sais rien de plus lourdement emmyeoi que riliade de madame Dader^ Que lui.manque*4-il donc? le style*

Qu'mi mfeéralde éoofiur copie les ¥tctgesde Ha-

72 HISTOIBB DU LBTTBE8

phaël , il estropiera ces femmes divines , puis il écrira au bas de son œuvre : Vierge de RaphaêL Et le public qui jugera Raphaël d*aprës cette parodie sera aussi juste que celui qui jugera Homère d*aprés une traduction. C'est qu*il y a un charme ravissant dans cette grande poésie d'Homère qui semble en vérité plus naturelle que la prose , tant elle coule abondante et harmonieuse I C'est que la force créatrice déborde ; c'est qu'aussi cette belle langue grecque n'a jamais été maniée avec une telle profusion de génie.

Nous avons vu que le plus grand honune de l'antiquité profane perdait son charme quand il était dépouillé des richesses de son style. Nous ferons la même épreuve sur tous les grands écrivains.

Le géant du moyen âge , Dante , ce poète que notre France a longtemps admiré comÉie elle admire Babylone et Palmyre , puis qu'elle s'est mise tout à coup à étudier et à aimer connue une gloire nationale, est surtout un homme de style. Otez-lui cette rudesse sauvage qu'il avait puisée dans l'horreur d'une guerre civile, et qui donne un charme inouï aux rares têtes d'une grâce toute céleste qui apparaissent çà et là dans son œuvre, et ce ne sera plus le Dante,

Certes , si une pensée a une valeur réelle, indépendante de tout ornement, c'est celle de Bossuet. £h I bien, arrachêz*lui cette audace de parole, cette

phrase heurtée venant briser tout à coup une période harmonieuse, cette adorable simplicité si grandiose et si pure I et Bossuet ne sera plus la voix la plus éloquente qui ait parlé depuis les prophètes.

I« pUlotoplii* et de iM y ap pTt g «vee Tart.

Dieu, rhomme, Tunivers, *- telles soat les études que se propose la philosophie, EUe explique, autant qu'il est donué à Thomme , ce que la religion croit et enseigne, ce que Tart peint et chante. EUe s'efforce d'initier rintelligenoe à la connaissance claire et scientifique de ce qui est mystérieux dans la religion et dansTart. La philosophie, c'est la réflexion. Elle tient une g;rax)Kde place dans l'histojre de l'humanité,, que qomplèlent avec elle quatre autres âémenta, la religion, FÉtat, l'art» Tindustrie*

Lorsqu'on jette un coup d'oejl sur les vastes et

76 HISTOIfiJS DBS LETTRES

innombrables travaux des philosophes, on demeure d*abord ébloui et confondu ; on croit quUl faut abandonner cette étude, et que jamais on ne parviendra à voir clair au milieu des nuages de ce chaos. Aussi Ton se prend à dédaigner la philosophie , on la repousse comme une arène de vanité où chaque homme vient faire parade de quelques mots emphatiques qu*il appelle un système. Puis , frappé de tous les mystères de la vie humaine, em-* porté par les mille fluctuations d*un siècle qui ne sait où il va, et qui s'ingénie à prévoir l'avenir, on est ramené à s'occuper des investigations philosophiques, soit que Ton ait la foi religieuse, soit que Ton se trouve ballotté par le doute : dans le premier cas, parce que, dans ce temps, on éprouve un grand besoin d'examen, et une soif ardente de combattre avec les armes philosophiques les attaques faites avec ces mêmes armes; dans le second, parce que, privée de croyances religieuses, l'àme qui n'est pas avilie par les vices abjects d'un sensualisme grossier s'élève malgré elle vers le ciel, accablée qu'elle est des dégoûts et des angoisses de ce monde.

Et d'ailleurs ce besoin de réflexion et d'analyse fait partie des éléments de notre nature. Il ne nous appartient pas de dire à la philosophie de ne pas être. Il faut donc se livrer à cette étude; mais il importe de le faire avec des guides éclairés, li l'on ne veut pas s'effrayer dès le début et perdre tous les fruits de ce labeur.

▲TANT LB GHBISTUNISMB. 77

Et d'abord, il faut reconnaître que les opinions philosophiques se divisent en un très petit nombre de familles.

Les deux sectes fondamentales de la philosophie antique -— le sensualisme — Tidéalisme ou spiri-^ tualisme.

Dans Torigine, lorsque Dieu révéla aux honunes par Torgane de ses prophètes les hautes vérités qui constituent la vie de l'humanité , les hommes crurent simplement ce qui était. Conduits par la religion , cette grande institutrice du genre humain , ils virent clairement qu'il y avait deux mondes, Tun invisible, l'autre visible, Dieu et Tunivers, l'âme et le corps.

Mais bientôt la raison individuelle secoua le joug de Dieu et voulut expliquer l'énigme de la vie. Elle rechercha comment nous acquérions nos connaissances et nos idées. L'honune , rencontrant à cha^que pas les merveilles de la nature, remarqua qu'un grand nombre d'idées lui venaient par ce spectacle, et comme il fut ébloui de cette découverte, il conclut que toutes les idées lui arrivaient parlessens.

De là la. philosophie sensualiste , qui , pousâéè à sa dernière expression, a produit le matérialisme , c^est-àrdire la négation de tout le moiide invisible, de Dieu et de l'âme , c'est-À-dire ce que l'on peut rêver de plus abrutissant et de plus igùoble ;

78 nsTonui Mn tifttsiv

c'edt-à-dire r égalité proclamée entré le eriue et la rertu.

Voilà une des folies de la raison humaine.

U est venu d'autres philosophes qui cmt vu qtât ce qui pensait en eux n'était pas une chose visible, qui ont trouvé dans leur intelligence des idées qui ne pouvaient arriver à elle par les sens, Ceux-lù ont déclaré qu'ils ne croyaient qu'à l'existence de l'esprit. Us ont nié la matière et tout le monde visible , qui n'ont plus été pour eux qu'une apparence sans réalité. Ils ont fondé le spiritualisme. — C'est une autre folie de la raison humaine, plus noble peut-être, mais aussi incroyable.

M, Victor Cousin compte deux autres grands systèmes philosophiques qu'il nous semble plus convenable de ne citer que comme deux négations de la philosophie.

Des hommes frappés des erreurs de ces deux écoles , le sensualisme et le spiritualisme , se sont mis à examiner leurs prétentions exclusives , & les combattre , à les réfuter. Mais, à peine parvenus à ce résultat , ils se sont empressés de mettre tout en doute , et ils ont dit fièrement : U n*y a aucune vérité , aucune certitude. Traduisez , dit spirituellement M» Cousin , il est vrai , il est cef toto qu*il ne peut j avoir aucune vérité , aucune cêrUttêdê, Yoilà le scepUdsme absolu. Nous le re^ gardons comme la plus insigne folie de la raison hniimhif

Enfin fl Sr'est rencontré des hommes qui ont mé* prisé le raisonnement après ravoir m tomter dans: ces extravagances ; des hommes dont TAme ardente s'est nourrie de foi et d'amour, et qui, abandon^ nant toute discussion oonmie chose vaine et coo^ pable , attendent, dans un état extatique, que Diea se révèle à eux, et dédaignent ce monde, qu'ils OQ- Uient dans leur contemplation céleste. M. Cousin appelle ceci le mysticisme. Nous ne croyons pas que jamais ces. hommes puissent former nne secte philosophique. Ce sont des religieux qui méprisent la phîlosoidiiie.

Dq[mis Torigine du monde, depuis la dvilisation orientale juscpi'à Kant et Hegel, jusqu'à nos jours, vous verrez la philosophie combattre contimielle>" ment , dans ce cercle, le sensualisme et le spiritua-* lisme. Puis viendront en tout temps et en tout pays des hommes qui disent: Rien n'est vrai, A qui vivent ainsi à l'aventure. Puis d'autres qui dé^ daigoent absolument la philosopbie^ ad^nrent Dû» et attendent la mort , n'espérant 4a liiiiaièm

qneliu

Belle science en vérité I éSiez^mm dire.: dwx fo^ Uee, puis la négation de ces iolies 1

Eemaixpiezque le aensuaUsme et le spiritimUsme ne sont £aiux que par la prâbention que chacun a d'être à lui seul toute la science, (Hoi4iaif celte ambition sidioule^ ils deviennent vrais et utiles; le sensualisme ^diant tout <eqm est tmgfUft d

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