mnroiu dis lbttbbs
Tisibtet le spiritualisme tout ce qui est invisible , le monde de Tftme; et tous deux concourant ainsi à former la vraie science, celle qu'enseigne le chris» tiianisme. De même , le scepticisme n'est d'abord que rexamèUf et sans lui il n'y aurait pas de philosophie^ Ainsi ce qu'il y a de faux et d'absurde, c'est l'exclusif et l'extrême.
Voici, selon moi , comment on doit diviser aujourd'hui la philosophie :
Deux grandes familles: — les catholiques, «-les rationalistes.
Les philosophes catholiques pensent que la raison individuelle ne peut acquérir aucune certitude par elle-même , et ne regardent comme infailliblement vrai que ce que Dieu enseigne par la voix de l'Église.
Les rationalistes proclament la souveraineté de la raison individuelle ; mais ils n'ont pu parvenir à rien fonder avec elle,, et, dans là grande lutte du dix-néuvième siècle , ou ils ont été vaincus , ou ils ont évité le combat. r
Le sensualisme , l'idéalisme, le scepticisme, viennent se fondre dans le rationalisme.
Il y a une autre secte rationaliste qui s'est appelée éclectique; elle enseigne qu'il y a du vrai dans tout, et proclame TalHance de tous les éléments philosophiques.
' C'est ce que la rdigîon enseigne depuis Moïse , et que le christiaijdsme enseigne depuis dix-lAiit
▲TAirr U GH&ISTIAinSlIB. 81
siècles. Vous trouverez à chaque page de rËvangile cette lutte de la matière et de Tesprit, du corps et de rame.
Malgré la passion de Téclectisme pour la raison individuelle, je pense qu'il a servi la cause de Thumanité en rapprochant du christianisme les esprits égarés alors dans un labyrinthe de préjugés et de haines.
Il y adansThumanité trois époques principales : — r Orient, — le monde grec et romain, — le christianisme.
Que si nous errons par la pensée aux bords antiques du Tigre et de TEuphrate, du Nil et du Jourdain , et que nous demandions aux historiens de ces grandes contrées ce qu'était la philosophie dans ce monde oriental, ils ne nous répondront pas. En effet , la religion était presque tout alors ; les philosophes de l'Egypte étaient ses prêtres. Cette haute morale égyptienne , ces arts magnifiques qui embellissent encore aujourd'hui les déserts où dort Thèbes , tout était enveloppé sous la forme religieuse. La philosophie se dessina mieux dans l'Inde et à la Chine ; mais il me semble qu'elle revêt là encore des formes symboliques, et que la religion la domine.
La plus haute puissance de la philosophie s'est rencontrée en Grèce, le premier écrivain philosophique du. monde est Platon. La philosophie a été
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réellement là le dernier mot de llitananitét car die a été très aa-dessos de ce qu'il y a ordinair rement de plus élevé dans le monde, de la religion.
Quand on se prend à réfléchir sur cette grande folie du polythéisme, que Ton nous fait balbutier dans l'enfance , on demeure frappé d'étonnement. L'habitude nous empêche d'abord de sentir pro^ fondement tout ce délire , et ce n'est qu'après des études graves et sérieuses que , revenant sur cette mythologie qui a charmé autrefois les rêves de notre enfance , nous en découvrons les extravagantes chimères.
Ces dieux soumis aux aveugles passions des hommes ; le plus puissant de tous , Jupiter , entraîné par ses appétits grossiers, et remplissant l'Olympe du bruit de ses aventures; cet autre- dieu, grotesque et boiteux , jouant le rôle ridicule d'une dupe, d'un vieil époux laid et difforme , trompé par une femme jeune et belle; la volupté des sens déifiée et recevant Tencens dû à la vertu ; l'or, ce grand corrupteur du genre humain, cette séduction terrible qui courbe le dos de l'orgueil et traîne la honte après elle , personnifié et déifié ; les voleurs euxmêmes ayant un dieu parmi toutes ces immorales divinités ; enfin tous les vices, toutes les débauches remplissaiit le ciel de scandales sans nombre : voilà le culte qui a régné sur ces belles contrées depuis Homère josqu^au chnstîanisme. N*est-ce
pas merveilleux de voir cette inameDse orgie eu-^ censée par un peuple d'où sortirent Eschyle et Socrate, reçue et eiacensée encore par un autre peu-^ pie qui a vu naître Cicéron et Taeite I J'ai été souvent tenté d'accuser Homère d'avoir corrompu kt société par sa mythologie fabuleuse. Cet immortel poète avait une raison frop haute pour croire à ces singulières divinités. Dans les pages que je consacrerai aux poésies grecques antérieures à Homère, nous verrons quelle idée pure et sublime ces fragments antiques expriment sur Dieu , sur un Dieu unique, cause première de tout ce qui existe. Nous verrons quelle ressemblance il y a parfois entre ce dieu et celui de Moïse. Homère , en revêtant tous ces mythes des brillantes couleurs de son imagination créatrice, ne les a peut-être adoptés que comme des fables poétiques propres à embellir ses magnifiques travaux , et les hommes , fascinés par la puissance incroyable de ce génie , l'auront pris au mot et auront élevé des autels à ces rêves fantastiques. Aussi tous les hommes avancés de ces nations se riaient de ce culte. Socrate est mort pour avoir prêché aux hommes de son temps un Dieu unique et l'immortalité de l'âme. Il paraît que les initiés aux mystères d'Eleusis , si célèbres dans l'antiquité, ne professaient pas un grand respect pour ce peuple de dieux, et c'est [sans doute à cette cause qu'il faut attribuer l'admiration de viadare, de Platon^ de Cicéron, d'Épietète
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et de tant d'autres pour ces mêmes mystères.
Ohl certes, la philosophie socratique , dont Platon est le grand artiste , planait de bien haut sur cette religion. Elle devait prendre en pitié ces fêtes de tout un peuple se prosternant devant de tels mensonges; car elle avait pénétré bien avant dans les mystères de la science, et, quoique placés beaucoup plus haut qu'elle, puisque nous avons reçu renseignement de Dieu même, nous devons conve* nir que les livres de Platon renferment de magnifiques idées sur la nature de Dieu et sur celle de r&me. Quand on remonte au siècle de ce philosophe, au milieu de ces contrées échauffées par un soleil ardent , sous ce ciel voluptueux , parmi ces arbres parfumés, ces danses, ces jeux de la Grèce, parmi tout ce peuple si impressionnable , s'abandonnant aux plaisirs que sa religion déifiait, on est saisi d'admiration à la lecture des écrits de ce premier philosophe de tous les siècles. Ouvrez le Phédon. Le grand homme va mourir. Socrate a été condamné à boire la ciguë. Ses disciples Tentourent; ils pleurent. Socrate sourit, fait éloigner sa femme , que rapproche des funérailles épouvante, et lui, regarde la mort et la trouve belle. • Qu'estce autre chose , dit-ijl , que r&me qui se délivre du corps?... Toute l'étude, tout le travail du philosophe, est-ce de soigner, d'honorer son corps, ou plutôt de se séparer de lui et de s'attacher & l'&me 7 Oh t certes la mort fait une grande œuvre philoso-
AVANT LK GHEIiTIANIftMB. &^
phique en rendant notre âme libre, affranchie fe Tenveloppe du corps ^.b
C'est ravissant , n'est-ce pas , ce langage au milieu de TAthènes d' Alcibiade , au sein des fêtes de Ténus? On croirait presque entendre saint Paul s'écrier: Qui me délivrera de ce corps de mort? n a fallu que Dieu descendît sur la terre, qu'un miracle d'amour s'accomj^t , pour faire faire un pas de plus à la pensée humaine. Mais il est impossible de n'être pas frappé du pressentiment du christiarnisme qui éclate dans ces paroles.
Que si nous examinons avec soin cette philosophie de Platon, nous marcherons de surprise en surprise, et nous trouverons d'étonnantes idées sur tous les grands objets de la science métaphysique^ et, par exemple, sur l'amour : • Un amour grossier se prend à la beauté dans sa forme la plus grossière ; un amour plus pur à une forme plus élevée de la beauté , jusqu'à ce que l'amour le plus pur et la beauté parfaite se perdent dans le sein de Dieu, sujet étemel de la beauté et objet étemel de l'amour 2. »
Il suffit de ce coup d'œil rapide sur quelques fragments de la philosophie de Platon pour apprécier sa hauteur. Personne , nous l'espérons , ne sera
* Platon, — Phédon.
* Platon.— -Voyex Victor Cousin» Nm>eaux fragmenU philoiaphique$t •«• tniécédents de Phèdre, pag. 172.
M ffiSTOilUS B» KETTBBS
tenté dMcmtestâr'M Mpéirlértté^rarto Feligion ëfh!^ lors. Sans doute ces sublimes Tâfités chrétieimes^ pjraclaniBéesplusieurssièclesavaiit là venue de Jésas- €3inst , suffiraient poui* établit* ce que nou^ svBVt» dit en coiancKiiçaiit, que eette époque a été la ptas gran^ épo(pfle philosophique. Que sera-ce à&tle ^i Ton igoirï:e que jamais rétoquesree n^a déplié plqsi de merteilles qu^ pomr l'oraernent de ee^ ad*-fiiirables pensées^? C'est Falliance te plus brillante de la philosophie et de Tart; c'est une incroyable magie de parole. L'exposition des cHalogues de Platon est poétique comme celle des meilleures tragédies de Sophocle; puis, du sein dfune dissertation SÂTante, s*élère tout à coup une ÎDspiraftîo» lyrique, un éîan de Pâme vers Dieu. Alors celte prose detfeôt dithyrambique comme une ode de Pîndare m un chcemrd'Escbyle, puis elle se cafane et reflète des images^ purca et belles ; elle murmure doucement comme im lac pendant une belle soirée d'automne. Oh l ouï, c'est la plus grande gloire de la philosophie que ce nom de Platon à l'époque au milieti de laquelle Dieu l'a fait vivre.
Noos^veûOûs de voir que la philosophie a dominé le monde grêc par la hauteur de ses Idées et lee magnificence» artistiques de son exposition ; nou9 avons trouvé aussi que le polythéisme , étant inférieur à la science philosophique, avait contri* hué à la rehausser encore. La philosophie ne peut plus prétendre à cette immense gloire de dominep
kum £B c»Ki«ru»i«ii&. 87
lemœde, d'être le dermermot de rhunanité. Le cfaristiwôame i^y oppose. Les IneiB-s dent nom aTBaa été ^Uoids tout à rheure teuaîent de ï'OrieiM^ dg$^ keux m les Juifs éêcAent dispersés , et c^esfe là q^e Blatcm aivait fNoJsé ses hautes doctrines; mais la gfaadfi lumière rkit éclairer le monde : Jésu»- GkrisI ajppwta sur la teirre toutes. les vérités que llheiBiBe peut saisir daoê eet exil.. Il annonça que lai vie était uiOie épreuive , et que rhomme ne devait attendre aucune récompense temporelle^ parce que son but était 911 delà. Les vérités métaphysiques , les mystères de Tâme, reçurent de sa bouche divine dâ magnifiques lumières. Le paradis du paganisme consistait à errer dansde belles campagnes arrosées' par des fleuves limpides , au milieu des plus grands hommes^ écoutant les chants des poètes inspirés^ coQv^saot avec les philosophes. C'était la vie de la^ terre-,, moins ses malheurs. Le paradis chrétien lajss& Mn derrière lui toutes ces pauvres créations hunaainesL Le^ paradis chrétien ^ qu'un Dieu seul' pouvait féfféier^ se peint, par deux paroles qui éveill£M. danft rame une foule de sentiments et de pen^ aâsMb: laiaciencee etFamour, conna£t)re et aimer. Ges"^ àOBL OEoIdes et ardentes soifs de rhomme', il les" étaneiisca pleinem^it dans ce lieu de délices. Puis^ tODSi IfiSb mystères dm dmsIÂanisme jettent des- tor- FeBt&dathiniitossurD&euetsur rhomme. Désor^ mua lai nelîgiea' vai neprendre sa place; elle va donBnftEle mondes edïde'sl haut, que l'esiPsefatigue'
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à la suivre. Voyez comme dès lors la phUosophie se traîne sur ses pas. Dans les prenders siècles , les immenses travaux des Pères développent les écrits des Évangélistes et de saint Paul ; Técole d'Alexandrie lutte en vain contre le christianisme, qui la terrasse ou Tentraine. Pendant tout le moyen dge , la: scolastique entreprend sur le culte de Jésus-» Christ des recherches qui étonneraient ses détracteurs s'ils prenaient la peine de Tétudier. Enfin, le temps d'épreuves du catholicisme était venu, le temps des rudes combats qui tourneront infailliblement à sa gloire. Les crimes des hommes, et les mystérieux desseins de la Providence, firent naître la réforme. Luther parut. Peu après, la philosophie obéit à sa voix, et Descartes vint réhabiliter la raison individuelle. Les grands hommes du siècle de Louis Xiy eux-mêmes reçurent cette influence* Le dix-huitième siècle fut l'époque des orgies de cette philosophie rationaliste. Elle perdit souvent toute pudeur ; elle cracha à la face de Dieu , puis elle cria aux hommes : Il n'y a pas de Dieu t... Les sublimes mystères devant lesquels Newton inclinait sa tète puissante, elle se prit à en rire avec bruit et stupidité. L'Allemagne , tout en restant dans l'erreur, était loin d'applaudir à ce dévergondage, et ses philosophes gardaient le plus souvent un calme plein de dignité et se livraient consciencieusement à de longues et laborieuses études. Tout ce mouvement de philosophie négative , précédé et
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causé par Luther , s^arrèta enfin devant Tœuvre imposante de Técole catholique au dix-neuvième siècle , et ce qui reste de rationalisme en France professe un profond respect et une ardente admiration pour le christianisme.
U demeure , je crois, évident que, depuis la venue de Jésus-Christ , la philosophie a été surtout une lutte pour et contre la religion de Dieu. Il lui reste encore un beau rôle dans cette longue bataille des intelligences.
Toutes les vérités sont dans le christianisme ; mais elles y 4pnt seulement annoncées et remises à la foi des hommes. Dieu ayant permis que sa religiœi fût livrée aux disputes humaines , dans le dessein de lui préparer un triomphe , la philosophie, dans ce siècle de doute, mérite la reconnaissance du monde toutes lesi fois qu'elle fait d'une vérité religieuse une vérité philosophique ; car, en rendant un seul mystère tangible par quelque point k la raison humaine, elle foudroie T orgueil de cette même raison qui disait : Je ne crois pas, parce que je ne comprends pas. Et l'homme le plus aveugle est amené à ce raisonnement que, si la vérité scientifique finit par apparaître dans un des mystères , elle pourrait bien apparaître dans tous, Fesprit humain venant à franchir les bornes qui l'arrêtent , et dont la plus grande partie l'arrêtera toujours.
Par exemple, le mystère de la Trinité, qui a tant
Ift .jurons SES uarnuss
éafus exdÉé teriFemEdaâ'hammes qui ne savaieftt même pu^ ce qne c^est cpoe le Msobre^ wtàk eecor pé dès les prenners sièdbes du daristifmisma reqprat si puisflaïKiflaeat fdnlosopbiqpie de saint Augustin» Il avait retrouvé en lui-même , âans la nature de FhomÎBe, une merveittmBse image des choses t^siiîes, et loesnet développe cette lAiéorie admirable amc s» manière elsâre et profonde dans le Itisceurs sur FMstoire nniverselle. M. Cousin, à son twwr, a jeté de belles paroles sur cet adorable mystère, et nonsi nous rappelons quei ef£et elles produisirenit sur nou6 y qui alors avions encore des doutes et une étrange indifSéreoce.
Ainsi la philxDeophie véritable est TauiKiliaipe du eluribsiâavisme, et le défend contire la science insensée qut s^t appelée philosophie. Le philosophe réftéichit €»r ce que le prêtre enseigne , et naarcbe dans les ténèbres métaphysiques , d'un pas ferme, à Ih hsmxT du flam^beau céleste. Cette missien est assez belle sasis doute. Quafi4} ans rappopts^ d(B Ite philosophie avec Fisurb , elle ne le ^torâera pas' eemme au> temps de sa toute-pui^satice. Depuis les lippes, die. MatOTi jusqu'à l'Évangile, tout ce que» ITapt a renfi^pmé de hautes vérités métepbysCques & été emprunté à la philosophie; I]>epuii3 le christih^ sdane^ l*^a^ a surtout vécu des ibspi<Fati(&ns de cette^ gt«»ade religion 4 et coitfkiuera' à en- vivre. €èpen^ dant il faudrait être aveugle pour ne pas voir qne I^phitewphei sert puissamment Far^H^ toutes les
ITANT LE GHKISTIANISME. 91
fois qu'il ëclaire un fait de Fâme , qu'il le pénètre et l'anatomise.
Mais la philosophie reçoit plus encore peut-être de Fart qu'elle ne lui donne. Une œuvre philosophique , quelle que soit d'ailleurs la portée des idées qu'elle renferme, n'éblouit les hommes et ne vit quelques siècles qu'à la condition de revêtir une forme brillante , un style savant. Toute cette magie est indispensable à la propagation de la vérité ; voyez avec quelle abondance Dieu Ta répandue dans les Livres saints.
Il y a donc une intime alliance entre l'art et la philosophie : les développements de tout ceci viendront en leur temps. Plus nous avancerons dans notre travail , plus nous sentirons l'enchaînement merveilleux qui existe entre toutes ces belles choses dont nous avons parlé au commencement de ce chapitre : la religion, l'art, la philosophie.
FIN DES gonsidiSeations giSniSmles.
OMip 4'iBÎI tÊSt l'OriMit»
rinde*— La Chine.
Les mystères du monde oriental , ce vieux berceau de la civilisation , préoccupent étrangement notre siècle. Il y a longtemps que la Grèce et Rome ont été entrevues; aujourd'hui la pensée se tourne Tsrs les peuples qui ont précédé la Grèce dans la domination du monde par la parole , les armes et le commerce. L'homme de notre temps a vu tant d'essais de civilisation aboutir au néant, qu'il s'est pris de dégoût pour ces efforts ; il y a tant de mouvement dans notre société, que l'esprit se rattache, sans en avoir la conscience, au vieux monde immobile dont l'Egypte , l'Inde et la Chine attestent la
9& mSTQIBB DES LBTTRES
durée. On se rejette vers les régions priaiitives où régnait avant tout Tidée de Finfini, de Dieu, aujourd'hui que Toubli de cette idée menace Thumanité de tant de désastres. Il y a dans Tesprit humain de ces passions instinctives qui le poussent et sous lesquelles se cache toujom» une pensée profonde. On va demander à l'Orient , aux lieux où s'est levé le monde, ce qui manque àl'Occident dans ce siècle, ridée du ciel, la foi. Les têtes puissantes se courbent en pleurant élevant le sceptieisme décoloré des peuples de notre époque, et elles rêvent d'autres régions. Si la foi n'y est plus qu'éparse çà et là dans quelques monastères isolés , sur le penchant des montagnes saintes , du moins c'est la terre qui a frémi sous les pas de Moïse; c*est une grande poésie qui désaltère , et délasse du prosaïsme des temps modernes. Les hommes qui ont remué le monde parla parole oule^aivaont senti le besoin de s'échauffer au soleil wiental : Napoléon ,. Chateaurbriandi Lamartine. Autrefois aussi, en Grèce, les hommes illustres parcouraient ce pays de l'inspiraticm : Homère^ HérodotOi Alexandre se soot égarés sur le Nil ouTEuphrate.
kv9sA 'd'entrepren^e l'examen de la poésie hébraïque, il m'a semblé hoa de placer ici quelques études suri26»pettples^u^ti(|ues ; car la poésie sacrée se^lie teUemeat à L'histoife^oriantale, qu'il est imr possible, de les séparei^
A4Jes&iémitémiwtaled^l'AfpiqjHe apparaît uae
AfAJfT u casKisnâianDs. %
région sai)l<Hiiieose , traversée par an immense fleave, le plus grand des fleures de Tanciea monde, qui âiit toute la fécondité . de ce pays. Resserrée entre la Méditerranée, la mer Rouge , la fiarbarîe ^t la Nubie , on Taperçoit à peine sur la carte au milieu de œ vaste continent La sublime et désolante poésie de cette contrée , comme de t(mt TOrient , c'est le désert* Le désert produit sur Timanation humaine un effet inconnu ; il l'agrandit et lui inspnre je ne sais quel dédain pour les choses ordinaires. Le désert est bien plus profondément triste que l'Océan. L'Océan , c'est la vie ; le désert, la mort Cette solitude infinie avait saisi l'âme de Bonaparte. U aimait à rappeler que son nom signifiait lion du désert Singulière destinée que celle de l'Egypte! Perdue ainsi dans un continent barbare, seule elle fait honneur à l'Afrique , qui sans elle ne serait rien dans l'histoire du monde ; car on ne compterait pas l'apparition de Garthage , peuple redoutable dans la guerre , et chez qui la Providence a fait naître un gigantesque soldat. An* nibal ; mais qui n'a rien fait pour le bien de l'hu* manité, et auquel toute idée morale était inconnue. L^Égypte , parmi tous ces pays sauvages , est là comme pour sauver l'honneur de TAMque. D y a encore dans cette contrée quelques villes qui of«^ firent Taspect vivant du commerce et de la civilisa» tf<m; mais le passé estla gloire de l'Egypte. Le Caire ffefbc/^ cbns la mémoire du voyageur avant cet
96 hutoirb dbs lsttebs
éternelles pyramides de Giseh, saluées par le dernier conquérant de TEurope. On ne trouve que dé colossales ruines où bouillonna Fimmense population de Thèbes chantée par Homère,
Il ne nous reste aucun monument de la littérature égyptienne des temps antiques. Hérodote et Diodore de Sicile, qui voyagèrent tous deux dans cette contrée et reçurent Tinstruction de la bouche de ses prêtres , nous ont donné des notions fort insuffisantes. GequMl y a de plus précis sur TËgypte est la chronologie de Manéthon , prêtre égyptien , qui vivait sous les Ptolémées. Il avait écrit une histoire générale de TËgypte, dont Josèphenous a conservé un fragment précieux. Quant à la chronologie de Manéthon , elle a été conservée par Eusèbe et Georges Syncelle^qui vécut à Gonstantinople à la fin du huitième siècle et écrivit lui-même une chronologie importante pour la connaissance des dynasties égyptiennes. Quant à cette fameuse doctrine des prêtres égyptiens , étudiée par Hérodote et Platon, et si célèbre dans toute Tantiquité, qu'en reste-t-il? Des savants dont l'autorité est imposante pensent que les livres intitulés: le Pimaudre et l'Aêclépiu^ d'Hermès TrUmégiste^ sont réellement des produits sacerdotaux de T Egypte. Ges livres contiennent les dogmes de la chute que nous trouverons dans tout Tunivers et Tidée de la transmigration des Ames qui se rencontre dans plusieurs religions de TOrient et entre autres dans celle de
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rinde» Le Pimaudre et l'Asclépius contiennent aussi de précieux enseignements sur la mythologie de l'Egypte.
En s'avançant vers TOrient , on rencontre l'Arabie , pays qui offre encore çà et là Firnage de la vie patriarcale décrite par Moïse. A Textrémité orientale de ce pays on aperçoit TEuphrate , et sur ses rives ^ aux environs de Hella, un amas de décombres qui furent Babylone. c Lorsque Cyrus eut imposé des lois à TAsie , il porta la guerre chez les Assyriens, dont le pays est plein de grandes cités. La plus grande , la plus renommée , la plus forte , estBabylcHie, demeure du prince depuis la destruction de Ninive. Cette ville, située dans une plaine,, est de forme carrée et a de chaque côté 120 stades. Babylone est si grande, si belle, si bien bâtie, qu'il n'y a point de viUe dont nous ayons entendu parler qu'on puisse mettre en comparaison avec la grande Babylone. Elle est environnée de fossés larges et profonds, qui sont toujours remplis d'eau* Les murailles de Babylone ont cent portes d'airain. La ville est traversée par l'Euphrate , qui, descendant de l'Arménie vers le golfe Persique, est grand, profond et rapide en cet endroit. Cette ville est remplie de maisons de trois et de quatre étages ; elle a beaucoup de rues de traverse qui vont jusqu'au fleuve et sont terminées par des petites portes d'airain... En entrant dans Babylone, et en sortant vers la campagne , l'Euphrate baigne les
98 «iSTOiBa us» lbïtrxs
murailles dont les couctess'ava&ceQt dans le flemre; et son conrs sinueux,renfermë dons de maignifiques quais de briques, partage la ville en deux parties, dans chacune desquelles on voit un grand enclos de murailles ; Fun renferme le palais du roi , qui est d'une grande étendue et très fortifié, et Tautare
le temple de Bélus avec ses huit tours bè*
ties les unes sur les autres. ••.» » ( Hérodote». »•, ^ Clio. )
A la voix de notre vieil Hérodote, Babylone perce le sable chaldéen. Cette seconde capitale de FAssyrie , qui avait pris le sceptre depuis la destruction de Ninive sur le Tigre , devait être une magnifique cité, d'après la complaisance avec laquelle la décrit un homme qui avait étudié l'Egypte et auquel les merveilles de Thèbes étaient familières. Babylone^ que r Écriture appelle la prostituée des nations, nous occupera quelque temps quand nous allons essayer de donner une idée de Thistoire de ces peuples. Lorsqu'on a passé l'Euphrate, on met le pied sur une terre dont le nom réveille encore de gigantesques souvenirs : la Perse , cette vaste région où se sont agités les Mèdes , les Parthes , les Perses , occupe une grande place dans l'histoire de l'ancien monde.
Sur la côte de la Méditerranée , est une langue de terre serrée entre la mer et les vastes contrées asiatiques qui ont dominé les premiers siècles du monde. La Judée a été écrasée de tout temps par
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la guerre; sou sol, arrosé du sang de Dieu, était depuis longtemps baigné de celui des }iommes. Ses petites populations ne furent jamais en ét^t de réaster au torrent des peuples qui débordaient sur elles» Aussi la Judée a été frappée de tous les glai-» ves domiaaleurs : l'Egypte,— l'Assyrie, — ^la Perse, ~ la Grèce ,— Rome , —l'Europe moderne au temps des croisades,— la France, guidée par Bonaparte , sont tour à tour apparues dans son sein. Sa mission était plus haute que celle des conquérants ; Dieu ne lui avait pas conûé le glaive , mais la pensée. Elle devait éclairer le genre humain sur son origine, lui révéler sa destination, lui apprendre k nature de Dieu , conserver la loi morale sans laquejUe l'humanité meurt, léguer la Bible au monde, et <f est un admirable spectacle que cet accomplissement des prophéties, la naissance du Christ sur cette terre où Dieu avait parlé à Moïse. C'est ce qui fait que^ pour le philosophe et le poète, cette petite contrée est plus riche en souvenJbrs que la Grèce et Borne.
Le vieux monde tendait à l'unité politique» L'emfixe universel a été le rêve de tous les hommes^ 4ont le nom est venu de ces contrées avec 'un piisme de grandeur ^ de force. Nous les verrons tom 15e ressembler, et si nous avions le goût de$ «Utbesqpû 9L saisi plusieurs historiens denoj^ j[ours^ mM& pourrioas» avec quelqui^ hardiesse^ nier l'exiatmeeâe.«a8(MV8»wwgô& célâ>r«s% Sfeid&s'il &jul$e
^vQ HISTOIRE DES LETTRÈli
dé^cr d'être trop crédule relativement aux téittoignages historiques, je pense que notre siècle doit être surtout en garde contre la passion du scepticisme , qui le porte à douter de faits que le genre humain a affirmés jusqu'à lui. Il ne faut pas croire que l'on avance ainsi dans la science de l'histoire. Le scepticisme est un merveilleux instrument pour détruire ; je ne sais pas ce qu'il a fondé.
On croit que ce fut vers l'an 1809 du monde que Mesraïm, petit-fils de Noé, établit la première mo^ narchie égyptienne. — Thèbes et Memphis ne tardèrent pas à s'élever. De glorieux suffrages ont , dans tous les siècles , salué cette contrée comme riche de sagesse et de vertus. La science antique et moderne , Hérodote et Platon , Fénélon et Bossuet ont admiré la législation et les coutumes de ce peuple. Ils ont vanté son mépris de la guerre , son respect pour les dieux, ses découvertes dans les sciences. Enfin ils nous ont montré l'Egypte comme un sénat de sages , institué pour servir de décoration à la terre. Toutefois il y a des taches à ce tableau , et il ne faudrait pas admettre sans restriction cet enthousiasme. Hérodote nous raconte qu'un roi d'Egypte, Chéops , prostitua sa propre fitle pour avoir de l'argent afin d'achever une pyramide. Et cet horrible trafic ne révolta pas ce peuple que l'on nous représente comme si sage I L'historien cite plusieurs courtisanes qui semblent occuper en Egypte la place des Laïs dans lavolup-
ÀVÀKt Lis CHRiSTIANlSMÉ. ÎOi
tueuse Grèce, et rÉcriture nous montré souvent rÉgypte comme ayant mérité la colère de l'Éternélé Mais îl y avait chez ce peuple de belles institutions , telles que le jugement des rois après leur mort. La grande figure égyptienne, Sésostris, était un conquérant qui pesa sur les nations ; et quoiqu'il n'ait pas exécuté la conquête du monde qu'il avait méditée , il paraît qu'il étendit son pouvoir dans les Indes plus loin qu'Alexandre , et qu'il régna du Danube au Gange. Sésostris semble avoir eu le pressentiment de la chute de l'Egypte ; il eut peur de ses triomphes, et employa toute son influence sur ses sujets à éteindre l'ardeur belliqueuse qu'il avait allumée dans leurs âmes.
Nemrod fonda l'empire des Assyriens à peu près dans le temps de la fondation de l'Egypte. — Ninive et Babylone sont ses deux grandes capitales. La isplendeurde l'Assyrie est le règne de Ninus et surtout celui de Sémiramis, sa femme. Les poètes ont chargé cette reine de crimes atroces pour la rendre plus dramatique. Lorsque l'art s'empare d'une figure historique , il doit être avare de forfaits. La poésie devient ainsi une calomnie ; elle est infidèle à sa mission. Les historiens ne parlent de Sémiramis que pour la louer. Ninus et Sémiramis ont étendu par des conquêtes l'Assyrie vers l'Orient; mais leur véritable gloire est d'avoir fondé deux des plus magnifiques cités de l'ancien monde : Ba-
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li^ylane et ' Nûiive K Hérodote parle iweore d'ooe fjitre reine , NUocris. Lorsf u'îl ps^icourut rOrieot, ]a wnfx de cette femme était en gr^iide vénération; «lie avait fait fleurir Tindustrie et les arts, et reB4|i )e peuple beureuic; mais son nom s'est presqu/s çlfacé de U pdémoire des l^ommea. Est-ce parce qu'elle n'a pas ravagé la terre ?., L'Assyrie s'étejjdit bien autrement sotis le règne de N^buxîhodçjuosor, ce fou furieux , si célèbre par Im m^lédiqtions des prophètes , qui finit par se réfugier daus les forêts , où il vivait parmi les bétes. Il désola la Syrie , la Palestine , Tldumée et r Arabie, l'Egypte et une partie de la Perse.
Nous venons de prononcer le nom de la véritable monarchie orientale, de celle qui a le plus réalisé Tidée gigantesque d'unité politique , d'empire universel* Hérodote a entouré le berceau de Cyrus , le grand homme de la Perse , d'un merveilleux que Xénophon n'a pas adopté. Il aurait, selon le premier^ couru dans son enfance des dangers comme Moïse* On rencontre souvent dans les vieilles chroniques des peuples ces enfances périlleuses des hommes qui portent en eux la destmée des nations.
Crésus^ roi de Lydie, poussé par un oracle, eut la folie d^ déclarer la^^uerre k celui devant qui il
^ Auo«iilm« a|i|iaKauiit4 l'Ajqfri«i à hliéfie, à taPiiéiiici«,ii*iit
AYANT &E GHIOSTIANISME. 103
avait plu à Dieu d'humilier le monde. Crésus fut iait prisauuier. — ^Dites-moi^lui demanda le Perse, gui vous a persuadé d'entrer dans mon pays avec une armée , et de vous déclarer mon ennemi, lorsque je pensais être en amitié avec vous 2 — Prince, lui répondit Grésus, votre bon destin et ma mauvaise fortune m'ont fait faire cette entrefffise , et le dieu 4es Grecs m'a persuadé de vous déclarer la ^erre, car enfin il n'y a point d'homme assez in-sensé pour aimer mieux la guerre que la paix* Les enfants ensevelissent leurs pères dans la paix, et les pères ensevelissent leurs enfants dans la guerre. » { UÉRûJàOTE , livre P'. )
Ces belles paroles séduisirent le conquérant. Dès l©rs Crésus fut attaché à la fortune de ses vain- ^eurs , il suivit partout Cyrus et son indigne successeur, Cambyse, comme une sorte de philosophe injstruit par le malheur. On le rencontre partout dans les historiens , aidant de ses conseils les momarques dont il avait rêvé la chute. Cyrus, entrafnai^tles Mèdes sur ses pas, réduisit les peuples de l'Asie mineure, dq)uis la mer Egée jusqu'à l'Euphrate; subjugua la Syrie, l'Arabie , une partie de l'Assyrie, et forma le siège de Babylone. Les temps de Sénairamis n'étaient plus ; Babylone était plongée dans la volupté et la débauche. Nous remar- ^erans toujours la même marche dans la destinée •de» ^andes nations; à l'époque de leur splendeur, elles obéissent à des lois sévères , elles ne s'amol-
iOll HJSTOIHE DES LETTEES
lissent pas dans Toisiveté et le luxe ; elles se jettent alors sur des. peuples corrompus qui passent sous le joug ; mais les richesses de leurs conquêtes les énervent, et elles tombent à leur tour sous des peuples nouveaux. Cyrus arrivait avec les Mèdes , qui , ainsi que Ta remarqué Bossuet , étaient déjà dégénérés ; mais les Perses , dont il avait fait sa réserve , étaient des soldats dans toute l'ardeur d'une nation belliqueuse durant sa période d'agrandissement , des honunes rudes et forts. On n'aurait pas soupçonné de tels a'.cûlres aux esclaves amollis qui tombèrent plus tard sous le sabre d'Alexandre. Babylone prise , l'antique empire des Assyriens rayé de la liste des nations , Cyrus régna sur presque tout l'ancien monde. En mourant il. laissa l'empire à Cambyse, prince insensé et furieux, qui se jeta sur l'Egypte comme un fou , et vit périr dans les sables du désert une grande partie de son armée. Il se maintint cependant dans sa conquête. Fratricide et incestueux, s'il faut en croire Hérodote ; tourmenté dès son enfance par l'épilepsie, il poussa la violence en Egypte jusqu'à faire fouetter les prêtres , et à frapper le dieu Apis de son glaive.
C'est ici , comme dit Montesquieu , qu'il faut se donner le spectacle des choses humaines. Le vieux monde oriental va finir ; il était dans les desseins de la Providence de transporter là civilisation , la vie de l'humanité sous d'autres cieux, dans la Grèce.
Aussi les antiques nations de l'Asie s'allanguîssent sous le sceptre de la Perse. L'Orient dort au murmure de ses fleuves, sous le dôme scintillant de ses nuits transparentes; ses immenses cités filament dans Tombre les mille flambeaux de l'orgie , ]et retentissent de chants de joie. Les harems parfuz)aés, les festins nocturnes énervent l'homme et l'anéantissent, tandis que l'humanité travaille ailleurs et s'élance à de nouvelles destinées. Le bruit du monde grec va jusqu'aux oreilles de Xercès, qui régnait alors sur l'Orient; et, poussé par je ne sais quelle puissance mystérieuse, comme si l'ancien monde ne devait pas périr assez tôt sous la pensée du monde moderne , Xercès veut marcher à sa rencontre. Pendant plusieurs années il prépare ce grand voyage , et , traînant derrière son char toutes les populations asiatiques, il vient fondre s,ur la Grèce , s'arrête devant une poignée de héros , et ne doit la vie qu'à une honteuse fuite. Plus tard , le Macédonien Philippe ayant réuni sous sa domination tous les États de la Grèce, son fils alla demander compte à la Perse de tant d'audace , et porta le dernier coup au vieux monde oriental. Alexandre , c'est l'esprit grec qui se répand dans l'univers , l'esprit actif et remuant' qui donne à ce peuple une physionomie si animée et si vive I « Qu'est-ce que ce conquérant qui est pleuré de tous les peuples qu'il a soumis?... dit l'auteur de Y Esprit des lois; qu'est-ce que cet" usurpateur sur
106 HISTOIBE DBS L£TTB£S
U mort duquel la famille qu'il arenversée du trône ¥^rfte4e§]arB2es?»
Nous fi'avous eQcor.e feit qu'entrevoir la auperfidie du monde oriental , oe qu'il y a de plus apparém 9 la puissajDkce politique née de la icurce des armes. U est diffîcile de pénétrer bien avant dans ces ténèbres. L'Orient est un grand hiéroglyphe que personne ne déchiffrera entièrement. Toutefois dfi laborieuses recherches qui se font de nos jours auront, j'espère, les résultats qu'elles méritent. Il faut cependant que nous essayions de lever un^oki du voile ; il faut , avec le secours de tous , chercher au moins à constater ce que nous savons sur le J^erceau du monde.
U est assez visible que le pouvoir politique était le plus souvent théocratique. Tout venait se fondre dans la religion. Suivez Hérodote dans son voyage d'Egypte- Il ne parle que des prêtres. Ce sont eux qui conduisent les princes. L'oracle est le grand despote du monde oriental, c'est une voix mystérieuse qui fait Le destin des empires. A-t-il parlé, un roi pwt avec son peuple pour en écraser un autre. Les crimes le plus atroces s'exécutent sur un naot anibigu de l'oracle. L'Orient légua ce fléau À la Grèce ; mais l'humanité se développa en Grèce av^c luie telle liberté qu'elle échappa à ce joug. Hem la Ghaldée , dans l'Assyrie , non-seulement Toraicle, mais la magie, «xerçaienl une grande iPuissaAce aur l'État. Sians les pays comme laPerse,
AYjmi LE GfiBISXIiLNIftlIE. JL07
()^ le pQUTOJr était moins sacierdatsdt ^ était aitH 9oln çt tout entier dans la piain d'un ^eul hommç. J^'inmobilité, Puiiité étaiem les caractères du ppu- Toir oriental. Le mot de liberté ^ si retexxtjjssailt depuis le christianisme , n'aurait pas été compns des peuples asiatiques. On Toit cependant (px'k la mort de Cambyse il s'éleva une discussion parmi les grands de la Perse sur le gouvernement qja'il convenait de donner à ce vaste empire, et Ton entend là pour la première fois une voix qui parle de république, et qui ne fut pas écoutée. J'avoue que je soupçonne Hérodote d'avoir prêté une pensée grecque aux Perses ^ et ce qui m'étonnj^ait ne serait pas le rejet de cette proposition, mais bien que quelqu'un eût songé à la faire. Ainsi donc^ dans VZtat, immobilité et despotisme.
Dans la religion^ vous trouverez enveloppées de symboles souvent obscurs les hautes vérités enseignées par tous les peuples. En Perse, on voit le nombre trois apparaître dans Orntuz, Hom et Hithras, qui gouvernent les génies subalternes. Arhiman n'est-il pas une sorte d'ange déchu » la jg;énie du mal ? L& aussi se montre wx premier hom- Qie séduit par l'orgueil , un jugement terrible à subir, le paradis et l'enfer* Zoroastre est le grandprêtre de la Perse^
« Les Perses,» dit F. âchlegel^ adoraient et roi;oniiaissaient le même Dieu à/^ Uumère et de vï&- JTlté que les Sébrei»^ gDoiqqe celte qnMwissatvçp
i08 ' HISTOIRE DES LETTBEd
de la vérité fût mêlée de beaucoup de poésies, d'idées mythologiques , et même de beaucoup d'erreurs essentielles, L'Écriture sainte appelle même Cyrus oint du Seigneur, ce que l'on n'eût jamais dit d'un Pharaon égyptien, quelque reconnaissance qu'on eût pu lui devoir. Toute l'organisation sociale et politique de l'empire des Perses était basée sur cette croyance élevée. Le monarque devait, comme soleil de la justice , être une image visible du Très-Haut et delà lumière éternelle, et les sept premiers princes de l'empire correspondaient aux Amshaspands ou aux sept puissances invisibles qui, les premières dans le monde des esprits, dominent les diverses forces et les diverses régions de la nature. »
On n'est pas certain de l'époque où vécut Zoroastre, qui est pour la Perse ce que Confucius et Lao-Tseu sont pour la Chine. Les uns placent son existence avant les temps historiques; d'autres prétendent qu'il y eut plusieurs réformateurs de ce nom ; d'autres encore affirment que Zoroastre précéda immédiatement Cyrus; d'autres enfin veulent que le grand réformateur de la Perse ne soit venu que plustard encore, sousDarius, fils d'Hystaspe.
Le Zendavesta , qui renferme la doctrine de Zoroastre, reproduit toutes les antiques traditions religieuses et nationales de la Perse. La croyance erronée aux deux principes du bien et du mal est la base de la religion de ce peuple. L'adoration du
AVANT ÎA epaiSTUNISHE. lOgt:
feu caractérise fortement soa culte. Ormuz et Abri-. man, le premier représentant la lumière et le se*, cond les ténèbfes, le bien et le mal , semblent des fitres créés, tandis que Zervané Akéréné (le temps sans bornes) est de toute éternité. Il y a là, peutêtre, sous des termes insuffisamment compris, ridée d'un principe primitif et supérieur ; mais, dans tous les cas, il serait comme enseveli dans des nuages*.
En Egypte et partout on rencontre des idées .fondamentales de la religion de Dieu. Il est inutile de s'étendre sur ces preuves après les développements; donnés à cette question par on célèbre écrivain de nos jours.
Mais si ces vérités apparaissent partout, combien elles sont obscurcies par uiie idolâtrie grossière , par mille superstitions criminelles I On peut croire que ces peuples avaient à pdne Fidée de ces hautes révélations , et qu'ils voyaient surtout dans la religion les dieux informes devant lesquels, ils se prosternaient. En Perse , Tadoration du feu et la croyance que la puissance du mal balance celle de Dieu. En Egypte , Fadoration d'un bœuf, la vénération des crocodiles. i
Quant à l'Assyrie, il ne fout que se rappeler ce curieux passage du prophète Daniel :
• Les Babyloniens avaient alors une idole nom-r
« Consulter \eZendavetto;tndini par Anquetil-Doperron.
119 mmom» m» eetim»
mée Bel pour fti<faelle on saeriftait fous Ie# |oict douze mesures de forioe du pltis pur fromettl, (pNU* rante brebis et six grands vases de yin».
j» Le roi honorait aussi cette idoles et il allait tous les jours Tadorer. Mais Daniel adorait son Bieu, et le roi lui dit : Pourquoi x^^Aofteik^wn» point Bel 7
9 Daniel répondit au roi : Parce que je n^adovB point les idoles qui sont faites de la main des bon»» mes y mais le Dieu vivant qui a créé le ciel et la terre , et qui tient en sa puissance tout ce qui a vie.
» Le roi dit à Daflu^iel : Croyez-vous que Bel ne soit pas un dieu vivant 7 Ne voyez-vous pas oonabien il mange et combsen il boit chaque }our î
» Daniel lui répondit en souriant : O roi, ne vous Y trompez pas. Ce Bel est de boue au dedans et d^ai* rain au dehors, et il ne mangea jamais.
» Alors le roi entra en colère , appela les prêtres de Bel, et leur dit : Si vous ne me dites quel est eelui qui mange tout ce qui s'emploie pour Boit, irons mourrez.
» Mais si vous me Mtes voir q»e c*est Bel qm mange toutes ces viandes , Dsuûel mourra, parce qum a blasphémé confire Bel. Daniel dit aa roi : Qu'il soit fait 43elon voire pan^e.
» Or il y avait sowcapte-dix prêtres de Bel » sans leurs fenmies, leurs enfants et leurs petits-enfants.
Le roi.aUA ûamvfsti DjhhwI au texati» de BeL
» Et les prêtrea de Bfel lui dirent : Nous allons sortir dehors ; et vous, ô roi, faites mettre leB vian-^ des et servir le vin ; fermez la porte du temple , et h cachetez de votre aimeau.
» Et demain au matin, lorsque vous entrerez , sî vous ne. trouvez pas que Bel ait tout mangé , nous mourrons tous, ou bien Daniel mourra pour avoir rendu un faux témoignage contre nous.
» Ils parlaient ainsi de lui avec mépris, parce qu^ils avaient fait sous la table de F autel une en^ trée secrète par laquelle ils venaient toujours et mangeaient ce qu'on avait servi pour Bel.
» Après donc que les prêtres furent sortis, le roi mit les viandes devant Bel , et Daniel commanda & ses gens d'apporter de la cendre , et il la répandit par tout le temple devant le roi , la faisant passer par un crible. Ils sortirent ensuite, et fermèrent la porte du temple; et, l'ayant scellée du cachet du roi, ils s'en allèrent.
9 Les prêtres entrèrent durant la nuit, selon leur coutume , avec leurs femmes et leurs enfants , et mangèrent et burent tout ce qui avait été servi.
» Le roi se leva dès la pointe du jour, et Daniel vint au temple avec lui.
» Le roi lui dit : Daniel , le sceau est-it en son entier? Daniel répondit : O roi , le sceau est tout entier.
Aussitôt le roi , ayant ouvert la porte et voyant la table de Tautel , jeta on grand cri , en disant :
lift HISTOIHB DXS LETTBBS
Vous êtes grand, ô Bel ! et il n'y a point en tous de tromperie^
» Daniel commença à rire ; et , retenant, le roi. afin qu'il n'avançât plus avant, il lui dit : Voyez ce pavé ; considérez de qui sont ces traces de pas.
» Je voâs^ dit le roi, des traces.de pieds d'hommes, de femmes et de petits enfants. Et il entra dans une grande colère.
» Il fit alors arrêter les prêtres, leurs femmes et leurs enfants, et ils lui montrèrent les petites portes secrètes par où ils entraient et venaient manger tout ce q\ii était sur la table.
: » Le roi les fit donc mourir, et il livra l'idole de Bel en la puissance de Daniel, qui renversa l'idole et son temple.
» Il y avait aussi en ce ^ lieu-là un grand dragon que les Babyloniens adoraient ;
9 Et le roi dit à Daniel : Vous ne pouvez pas dire présentement que celui-ci ne soit un dieu vivant, àdorez-le donc.
» Daniel lui répondit ; J'adore le Seigneur mon Dieu , parce que c'est lui qui est le dieu vivant ; mais celui-ci n'est point un dieu vivant.
» S'il vous plaît, ô roi, de me le permettre, je tuerai ce dragon sans me servir ni d'épée]^ni de bftton. Le roi lui dit.: Je vous le permets.
» Daniel prit donc de la poix, de la graisse et du poil ; et, ayant fait cuire tout cela ensemble , il en fit des masses qu'il jeta dans la gueule du dragon,
AYANT LE GHRISTIA^flSMB. 113
et le dragon creva. Et Daniel dit : Voilà celui que vous adoriez ! »
Toutes ces folies révoltèrent V&me ardente de Moïse , à qui Dieu avait révélé les mystères admirables d€î la nature divine. Il avait pu examiner en Egypte ce culte des idoles, et il retrouvait avec horreur chez les Hébreux un penchant vers les mêmes erreurs. C'était un peuple né avec des passions terribles que Moïse dompta par une force qui venait d'en haut. M. Ampère dit judicieusement en parant de Mahomet : « Il a prescrit à ses disciples ce qui pouvait leur plaire davantage, la conquête du monde. Qu'est cela en comparaison du mors que la main de Moïse a placé dans la bouche d'Israël? A côté de lui je trouve Mahomet bien petit. Il flatte la nature humaine, Moïse la dompte. » [Revue des deux mondes, 1" juin 1833.)
Mais nous ne nous arrêterons pas ici sur la religion enseignée par Moïse, puisque nous allons nous livrer dans ce volume à l'examen des Livres saints. Maintenant , si nous recherchons quel a été l'état de la philosophie dans le vieux monde oriental , le voile s'épaissit encore, et nous sommes obligés de convenir que la philosophie n'existait pas , ou qu'elle était entièrement dominée et absorbée par la religion. Comme nous l'avons déjà remarqué, la philosophie ne peut naître que du développement de l'humanité. L'Orient', préoccupé de l'idée
de l'infini, ne pouvait guère se livrer aux investi galions curieuses de cette science. L'Inde et la Chine offrent cependant de précieux travaux dont nous allons bientôt parler*
L'art nous a laissé en Orient de magnifiques tra* ces. L'Egypte, la Perse , l'Assyrie n'ont point révélé aux modernes de monuments poétiques. Les poèmes persans que l'Europe connaît sont d'une date bien postérieure à l'époque qui nous occupe. Nous ne pouvons juger l'art de ces peuples que par les débris de leur colossale architecture. Rappelonsnous que l'armée française qui suivit le jeune Bo-* naparte en Egypte fut saisie d'une telle stupeur à l'aspect de Thèbes qu'un silence religieux régna dans ses rangs* La grandeur était le caractère de l'art oriental; tout ce qui rappelait Dieu, l'inûni, faisait battre le cœur de ces peuples; et s'ils nous avaient légué une poésie autre que la poésie révélée, elle serait certainement empreinte de ce grandiose. L'humanité y occuperait peu de place ; elle serait tremblante aux pieds de la divinité, qui absorberait toutes les idées do poète. L'architecture seule parle haut des miracle» de l'art dans ces contrées ; elle est une preuve incontestable des immenses richefh ses que ces monarques possédaient, et ces preuves existent non-seulement à Thèbes, à Palmyre, mais à Jérusalem , mais dans tout l'Orient Les trésors de Salomon étaient inépuisables ; il a fallu que le commerce ait beaucoup enrichi ce grand hommef
AVANT LE CHRISTIANrSME. 115
à en juger par les prodiges du temple qu'il éleva au Seigneur. lOn se rappelle que ses flottes couvraient les mers. Nous avons encore des renseignements assez vagues sur le commerce des plus anciens peuples du monde K L'opinion de Montesquieu, que ce commerce ne devait être alimenté que par le luxe des monarques, me semble fondée. On se rappelle ce qu'étaient les cours de Persépolis, de Babylone , de Ninive , quelle foule innombrable de courtisans et de hauts dignitaires , de femmes et d'esclaves encombraient ces immenses palais. Le commerce qui a pour but d'améliorer le sort des masses n'a pu venir que plus tard.
Nous avons deux fois rencontré le nom de l'Inde dans ce chapitre. Quoique son existence soit peu mêlée à l'histoire des grandes monarchies orientales, cependant les coursiers de Sémiramis , de Sesostris, d'Alexandre, ont bu Teau des fleuves indiens. Aux rives du Gange et de l'Indus, l'humanité, dans ses commencements, semble s'être enfermée et craindre le contact des autres peuples ; comme si ce beau climat , cette terre féconde et couverte de fleurs , portaient dans l'esprit de Thoname la conviction qu*il n'a nul besoin de secours étrangers. Mais la société indienne solitaire et rêveuse ne s'est pas isolée ainsi dans un lâche repos. Son imagination est errante et laborieuse.
* Consulter le saTant ouvrage de Heereû.
il6 niSTOIAE DES LETTBEg
Là, comme dans le reste de TOrient, la religion plane sur tputes les intelligences. UÉtat est une théocratie. Les brahmes enchatnent pour ainsi dire la caste des guerriers et celle des traflquants.On conçoit que dans un pays non conquérant les gens de guerre n*occupent pas la première place dans rÉtat. Nous retrouvons encore dans la religion les grandes vérités universelles (ou catholiques) révélées par Dieu à Moïse, et adoptées par tous les peuples. D'abord Brahma , le grand être , celui qui e$i par lui-même; le nombre trois apparaissant partout^ puis une foule d'intelligences secondaires. Jamais mythologie n'enfanta de telles myriades d'êtres; la fécondité de i'iniagination indienne est incroya* ble. Puis douze régions du ciel, vingt et un enfers; tout cela revêtu d'une pittoresque poésie, du gigantesque oriental. Le législateur divin s'appelle Manou (esprit) , nom sacré qui se retrouve chez plusieurs peuples de l'antiquité. Les Indiens considèrent la vie comme un lieu de combat. Ils voient dans l'avenir des récompenses pour le brave , des tourments pour le lâche. Voilà le bon côté.
Auprès des hautes vérités révélées apparaissent d'étranges erreurs humaines. Le brahme est un être surnaturel Porter la main sur lui est un crime inexpiable. Voler un prêtre est un forfait énorme. Tuer un esclave n'est pas plus criminel que tuer un chat. La vache est sacrée. —Que les philosophes voient ce que le Christ avait à faire dans ce monde {
Les solitaires indiens, qui étonnèrent les Grecs d'Alexandre, et que Ton révérait jusqu'à Tidolâtrie, étaient des hommes qui avaient déclaré une guerre terrible au monde des sens, et s'efforçaient de s'élever, aidés par la lecture habituelle du mystérieux livre des Védas , jusqu'à la vie pure de l'âme et à Funion avec Dieu. Cette muette contemplation est considérée comme le plus haut point de gloire où puisse parvenir l'humanité. La métempsycose est indienne ; elle a passé de là dans le monde philosophique.
Dans ce pays, l'individu, avant de naître, est enchaîné par une loi immuable. Manou ne semble avoir eu pour but que d'immobiliser la société. C'est un contraste frappant avec la société moderne, si mobile, si progressive. L'obéissance aveugle eàt le plus impérieux devoir de l'Indien. — Les brahmes dirigent le roi jusque dans ses pensées ; toutes les minutes de sa vie sont surveillées par eux. Les hommes, divisés par castes, ne cherchent jamais à changer de condition. Le fils du guerrier est guerrier , celui du marchand est marchand. Les doctrines brahminiques sont pacifiques. Les prêtres craignaient l'influence des guerriers , aussi ils ont horreur de la guerre. Les femmes sont toujours dans un état de dépendance absolue. Dans leur enfance, elles obéissent à leurs pères; à leurs maris, dans la jeunesse ; dans la vieillesse, à leurs fils. On sait jusqu'où va le culte qu'elles portent à leurs