IM HISTOIRE DES LETTAES
^ipoux* Dans plusieurs conti ées le bûcher des veuves Tatteste encore.
Les peuples ont de tout temps demandé à Tlnde ses tissus admirables et toutes les producticMis de son sol fertile ; mais on a toiyours été forcé d'aller trouver ce peuple qui ne sort pas de cheis luL C'est défendu par la loi.
L'architecture indienne offre des rapports évidents avec celle de l'Egypte, elle -est empreinte de ce caractère grandiose et mystérieux ; mais l'art ne se borne pas dans l'Inde à une manifestation architecturale. On trouve là une poésie que l'Europe moderne étudie aujourd'hui avec ardeur.
« Des grands poèmes héroïques des Indiens qui existent encore, l'un chante Rama^ qui, dit-oB, conquit la partie upcridionale delà péninsule, peuplée d'habitants sauvages, et l'ilc de Ceylan. C'e3t le héros favori de la nature ; on le représente dans toute la magnificence de la jeunesse, de la beauté, de la noblesse et de l'amour; mais presque toujours malheureux et banni , luttant continuellcr ment contre les dangers et les souffrances; caractère et aspect de la vie héroïque qui se retrouve dans toute fable belle et heureusement développée sous presque tous les climats , seulement avec de» couleurs locales différentes. Dans Ja fleur de la jeunesse et de 1^ beauté, au lajite de la victoire, de la force et de la joie, l'honame éprouve souvent comme un sentiment profond de ce qu'il y a dç vain
AViiNT LE CflRISTIANISBfE. 119
et de périâsable dans la vie. Ce poème héroïque de Rama , tel qu'il existe encore et d'après quelques preuves que j'ai acquises, ixie paraît être uu ou<- Trage d'une grande beauté , et tenir à peu près le milieu entre la simplicité et la clarté d'exposition homérique , et la plénitude d'imagination qui dis^ tingue la poésie des Perses. Il est encore rempli et orné d'une foule de sentences dé l'antique sagesse* A côté des ccmibats et des héros ^ s'y trouvent peints avec non moins de détails la vie intérieure des saints ermites, leurs silencieuses méditations , leurs sages doctrines , leurs pieux entretiens, — Il semble voir dans les poèmes épiques des Indiens Homère et Parménide , Hésiode et Solon réunis dans un même ouvrage, tandis qu'une foule de pensées et d'images dans le goût oriental rappellent les sublimes écrits de Moïse et les proverbes de Salomon. L'autre grand poème héroïque indien qui^ embrasse tout le système mythologique, le Maiiab^ haraia^ célèbre le combat général qui arma les uns contre les autres les héros, les dieux et les géants. Chez tous les peuples de l'antiquité qui possédaient une tradition ancienne, les prêtres ont rédigé, sous *une forme syinbolique et dans une semblable fiction d'une guerre merveilleuse entre Les dieux et les héros , leurs pressentimente et leurs souvenirs d'une nature encore plus sauvage, plus grande dans ses effets et non encore fixée , ainsi que la fin tragique d'un monde béroïqiius extérieur, Quelque
moderne que puisse être l'époque où les deux poèmes héroïques indiens, le Ramayan et le Makabharata^ ont été retouchés et ont reçu leur forme actuelle , la base de la fiction est d'une haute antiquité, puisqu'on la retrouve en grande partie représentée et sculptée sur des rochers, sur des monuments du monde primitif. Le Mahabharata est rempli d'idées qui appartiennent à la doctrine de Yédanta; aussi l'attribue-t-on à Vyasa, J'ignore jusqu'à quel point cette philosophie n'est point aussi la base du Ramayan , ce qui serait une circonstance décisive pour indiquer la place que l'on doit assigner dans l'histoire de la littérature indienne à cette grande composition épique; bien que selon les données historiques le poète Valmiki en soit regardé comme le créateur. » — F.
SCIILEGEL.
Le Mahabarata , qui , selon l'expression d'un orientaliste , l'emporte sur les autres grands poèmes de l'Inde comme le Gange surpasse les principales rivières de ces contrées, a peut-être plus d'importance encore pour les Hindous que les poèmes homériques pour les Grecs. En effet , l'Inde n'a pas d'histoire , on ne peut se faire une idée vague des temps qui se sont écoulés avant l'invasion d'Alexandre que par les poèmes antiques ; tout s'y retrace : les doctrines religieuses et philosophiques, un vaste panthéisme, la vie austère de certains brahmes , le sacrifice des biens terrestres pour ar-
AVANT LE CHRISTIANISME. iU
river au souverain bien qui est la pénétration de la science contenue dans les Védas ; les mœurs , les habitudes, les coutumes de ces peuples. La métempsycose fournit au poète mille métamorphoses fantastiques qui, au premier abord, n'ont l'air que de caprices de l'imagination , tandis que , pour les Hindous, elles ont leur origine dans les croyances philosophiques généralement adoptées. Ily a dans la partie mythologique du poème bien des passages étranges dont le sens est aujourd'hui impénétrable, soit que nous ayons perdu les connaissances nécessaires à leur intelligence , soit que le texte ait été altéré, ce qui n'a pu manquer d'arriver souvent. Le Mahabharata est encore une peinture de la société hindoue divisée en castes exclusives, dominées par celle des brahmanes. Mais des travaux récents nous permettent de faire connaître à nos lecteurs quelques fragments du merveilleux poème , ils révéleront bien mieux que toute dissertation cette littérature orientale encore si peu connue de l'Europe.
La poésie descriptive est grandiose et solennelle dans le Mahabharata. Voici un fragment qui renferme des vers magnifiques sur l'Himalaya :
« L'omaça dit : Or , ce roi de la terre, guerrier célèbre, au grand char, régnant sur tout l'univers, réjouit l'esprit et les regards des trois mondes. Ce héros aux grands bras apprit du magnanime Ka-
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pila la destractiontemUe de ses ajèuxet leur wmadmission dans le ciel', alors ^ déposant la royauté entre les mains d'mi de ses conseiUers, le cœur attristé, il s'en alla au revers de THimalaya se livrer aux mortifications , ù grand prince I Dans son désir d'attirer sur la terre la Gangà à force de piéVè , ayant détruit ses souillures par la mortification, il aperçut, ô grand roi, T Himalaya roi des monts , embelli de pics de formes diverses , tout rempli de minéraux, partout étincelantde nuages suspendus par le vent, orné sur ses flancs de berceaux épais et de rivières, comme aussi de palais; recherché des tigres et des lions disséminés dans ses cavernes et ses grottes, des oiseaux aux formés variées, roucoulant chacun selon sa voix , des éperviers et des coucous , des oies sauvages et des oiseaux de ri<vières ; retraite des paons dont la queue brille de cent plumes, des faisans, des kokilas, des perdrix dont le tour de l'œil est noir , et qui sont chères à leurs petite; montagne dont les étangs délicieux regorgent de lotus , qui retentit partout du doux murmure des ruisseaux , dont le sol pierreux plaît aux kinnaras et aux asparas , foulée en tous sens par les défenses des éléphante de cette partie du monde ; promenade ordinaire des demi-dieux, habitants de l'air, abondante en diamants d'espèces di vendes; séjour choisi des serpente pleins de ve<nin , à la langue brulaQte> tantôt étincelant d'or ^ tantôt brillant de la couleur de l'argent , tantdt
AYANT lE CHBISTIAMISME* lâft
prenant la nuance de raatùiaoiûe dont om £adt le collyre, ».
AiH*ès ce tableau des montagnes de Tlnde, nous placerons ces vers sur l'Océan :
« Saôti parle.
» Cependant, au crépuscule qui suit la nuit, le matin, dès le soleil levant, ^adroû et Vinatâ, ces deux sœurs passionnées et pldnes de trouble à l'occasion du pari qui entraine l'esclavage de l'une d'elles, ô brahmane , riche en mortifications , allèrent voir de près le cheval outchtchaïcrava, et elles aperçureni l'Océan, trésor des eaux , Incom* mensurable abîme, toujours agité et retentissant , tout rempli de poissons monstrueux, abondant en baleines, traversé par des êtres innombrables et de formes diverses ; l'Océan que l'on n'ose jamais affronter à cause de tant d'autres animaux effrayants, difformes, terribles, redoutables , se mouvant sous l'onde; agité par des tortues et des crocodiles; mine où reposent toutes les perles , asile de Varouna , asile des serpents , séjour agréable et sans égal ; la mer reine des rivières, demeure du feu des régions inférieures, alliée des asouras (qu'elle a recueillis) , redoutable à voir, trésor sans fin des sucs dont se nourrissent les êtres ; la mer divine et fortunée , isource suprême de l'ambroisie des inamortels , incommensurable , trop vaste pour la pensée , très pure dans ses eaux, mer^illeuse, formidable, glar çantjd'elOCroi pair le bruit des êtjes qu'elle recèle »
rendant un son épouvantable , se tordant en des tourbillons profonds , sujet de crainte pour toutes les créatures , tirant sa force du vent et du balancement des marées , grossie par la tempête , et comme sautant toujours avec ses vagues en mouvement. »
On le voit , c'est là une manière de peindre qui diffère profondément de celle des poètes hébreux , grecs et romains. Ici le naturalisme est dominant, toute la création fermente et s'agite , c'est une puissance de vie qui saisit l'imagination. On sent la prodigieuse fécondité de ces climats brûlants , où la nature produit incessamment des myriades d'animaux et de plantes , où lés mers , les fleuves , les montagnes et les forêts retentissent de cris et de murmures, où l'infini travail de la création gémit et bout comme une fournaise.
En d'autres parties du Mahabharata , le poète anime toute la nature ; il donne le langage aux animaux et aux végétaux :
« Après avoir ainsi parlé, Kacyapa souhaita du bonheur à Garouda : Quand tu combattras avec les dieux, puisses-tu être heureux ! Que les brahmanes, dont le pot est plein de riz donné en aumône , que les vaches et tout ce qu'il y a de meilleur au monde te soient favorables , et que la route où tu t'engages te sent propice , ô oiseau 1 Quand tu combattras avec les dieux, que le Rig et le Yadjou Yéda, que le Samavéda, les invocations, les offran-
des, toutes les prières secrètes et tous les livres saints deviennent ta force !
« Après que son père lui eut adressé ces paroles , Garouda s'en alla près de ce lac, et vit une eau pure, animée par divers oiseaux aquatiques ^ se rappelant les paroles de son père , le grand volatile, doué d'une effrayante rapidité, saisit d'une serre réléphant et de l'autre la tortue ; puis le grand oiseau s'élança au haut des airs, et, se réfugiant vers un petit étang sacré , il s'abattit sur de beaux arbres qui , dans leur frayeur , tremblèrent , secoués parle vent de ses ailes: «Qu'il ne nous casse pas, » se dirent ces arbres divins , aux branches fleuries» Mais lui, voyant ces rameaux couverts de fruits ravissants et leurs troncs agités, il alla, dans son vol, se poser sur d'autres arbres d'une beauté incomparable, aux branches de lapis-lazuli chargées de fruits d'or et d'argent, tout entourés des eaux de la mer étincelante et immense.
» Là, un beau tronc de bois de sandal d'une colossale grandeur dit à cet oiseau extraordinaire qui s'abattit d'un vol rapide comme la pensée : «Cette grosse branche que tu me vois est longue de cent yodjanas ; places-y ces deux animaux, l'éléphant et la tortue , que tu apportes du haut des airs. »
» Alors il ébranla l'arbre habité par des milliers d'oiseaux, et, pareil à une montagne, Garouda, en s' abattant au milieu des branches dans sa course
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Rapide ^ brisa cette masse de feuilles solides. »
Cette manière est surtout en relief dans le grand épisode brahmanique du sacrifice des serpents , morceau plein de mystère, que Ton ne sait trop comment interpréter. « Faut-il y voir, dit M. Th. Pavie ^, une ressourenance du paradis terrestre et de la promesse d'un rédempteur, ou simplement une allusion aux innombrables reptiles que les brahmanes rencontrèrent dans les parties méridionales de rinde, quand ils s'y établirent en venant des régions supérieures? faut-il, en interprétant le nom de leur roi ( Takchaka ) par le sens naturel de charpentier, y deviner la lutte des Hindous avec les anciens habitants des forêts , sauvages et hétéro^ dotes? »
Nous sommes tenté d'adopter la première idée et de voir dans le sacrifice des serpents, raconté par le Mahabkarata , un mythe ancien dans lequd cet animal mystérieux figure comme le symbole des anges rebelles.
Les parties purement humaines du grand poème des Hindous présentent plus de rapports avec la poésie homérique, et même avec la poésie chevaleresque.
Le roi Droupada a décidé qu'il donnerait sa fille à celui qui , ayant tendu un arc d'une force extraor^
^ Toutes les citations sont empruntées à cet orientaliste, qui vient 4e publier un volume sous le titre de Fragments du fHahabharata.
AVANT w camsnkmsm. 127
diiaire, fréppei^mi kbut aprèê mair traversé l'appareil avec des flèches armées de fer. Ced rappelle les tournois du moyen âge dam Arioste au dans Walter Scott. Todtefofi» la poésie des Hindous est bien au<^ trement éblouissante. Qu'on nae pennette de citer encore, puisque cette poésie est aujourd'hui toute nouTelle pour la France,
« Arrivés sous la tête de la constellation du DaulAin , les princes entrèrent par le nord-est en une belle plaine unie, hors de la ville. Alors resplendit l'enceinte , complètement environnée d'habitations, ornée de portes et d'arcs de triomphe, défendue par des clôtures et des fossés, embellie tout autour par un large espace bien décoré, animée cofifusément par cent instruments de diverses espèces , parfumée d'aloès choisis , arrosée d'eau de sandal , parée de festons et de guirlandes, environnée de palais d'une éclatante blancheur , aux sommets pareils aux pics du Kaïlacâ, qui forment comme des sillons h travers le ciel , couronnés de dômes élégants garnis de balustrades d'or, enrichis d'un en-> duit où brillent les perles , ayant des escaliers faciles h gravir, fournis de grands sièges et de beaux ameublements , couverts de bien riches tentures , rafraîchis par un air imprégné du plus fin aloès ^ reflétant les rayons du soleil , parfumés d'odeura qai se mêlent en s^exhalant, ouvrant k la fois cent itf ges portes, décorés de couches et de trônes revêtus dans temtes leurs parties de métaux sans
128 HISTOIU 0BS LBTTABS.
nombre, étincelante à leurs sommets comme les cimes de F Himalaya.
« Làt sur des trônes dé diverses espèces* prirent place tous ces princes revêtus de beaux ornements, animés de Jalousie Tun contre Tautre ; là « on vit assis les lions des rois , parfumés d'huile d'aloés n6ir, grands en puissance et en vertus , doués de qualités éminentes, pleins de bienveillance, amis des brahmanes, protecteurs attentifs de leurs royaumes , et chers à tout le monde à cause de leurs belles actions bien accomplies. Puis , sur les échafauds , par milliers , de toutes parts vinrent s'asseoir les habitants pour bien voir Krichnà. Les ûls de Pandou prirent place aussi , en compagnie des brahmanes, et ils admirèrent la prospérité sans égale du roi des Pântchâliens.
n Cependant, 6roiI l'assemblée, pendant bien des jours, s'accrut, enrichie de dons précieux, embellie de mimes et de danseurs ; mais cette multitude agréable à voir étant ainsi réunie, au seizième jour, voici qu'après avoir pris le bain, richement vêtue, parée de toutes ses pierreries, et posant sur sa tête une guirlande d'or enrichie d'ornements , au milieu de l'enceinte descend Krichnâ, ô Bhârata I Un prêtre deja famille, pur brahmane, habile dans les prières de ceux qui préparent le soma , sacrifia au feu avec le beurre clarifié , qu'il répandit tout à l'entour, selon le rit du Yéda, et, après avoir rendu la flamme propice et salué les brahmanes par dea
bénédictions , il fit disposer tous les instruments de musique ; puis le silence se rétablit, et Drichtadyoumna, ô roi I prenant sa sœur par la main, se- . Ion le rite, s'avance dans Tenceinte quand les tambours bruyants se sont tus; et là, d'une voix retentissante comme la foudre , il fait entendre cette excellente parole affable et pleine de sens :
» — «Voici le butderarc, voici les flèches. Écoutezmoi , maîtres de la terre assemblés , vous devez faire passer par le trou de cet appareil cinq flèches aiguës volant dans Tair. Celui qui accomplira ce grand exploit, doué d'ailleurs de noblesse, de beauté et de vigueur, celui-là, aujourd'hui même, aura pour épouse ma sœur Krichnâ que voici. Je ne parle point en vain. »
Toute la suite du swayambara (tournoi) , la victoire d'Ardjouna et la révolte des rois vaincus, sont rendus avec une verve puissante qui égale les descriptions homériques.
Le poème indien renferme non-seulement une multitude de tableaux grandioses , mais une grâce touchante s'y mêle parfois, et cette grâce a encore un caractère particulier. Telle est cette peinture de la jeune fille du roi Matsya :
« Envoyée par son frère , elle courut , la jeune fille aux guirlandes d'or , à la taille fine comme le milieu de l'autel, aux yeux de lotus, célèbre par sa
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beauté et la finesse de son esprit; elle courut, la gracieuse fille du roi, d'un pas docile, les cheveux relevés en mèches , portant une ceinture ornée de pierreries ; la princesse , protégée par la fortune» traversa , Vceil baissé , la demeure des danseuses, comme l'éclair traverse la nue. Pareille à la femelle de l'éléphant qui va vers l'éléphant, elle aborda Ârdjouna, la charmante fille aux jambes solides comme la trompe du roi des animaux , aux formes irréprochables ; enfant vénéré du roi Matsya, joyau précieux au cœur de son père comme I^kchmi Test au cœur d'Indra; gracieuse fille aux longs yeux , renommée par sa beauté , elle aborda en face Ardjouna ; et lui , voyant la princesse au pas ferme, au teint luisant comme l'or, il lui dit : » Quel objet t'amène ici , belle femme aux yeux de gazelle, au collier d'or? Pourquoi viens->tu en courant? Pourquoi ton visage paraît-ii ainsi inquiet ? dis-le moi vite» ô jeune fille { »
Il est possible que la poésie sanskrite marche l'égale de la Bible et d'Homère dans les descriptions de la nature , dans la peinture de la vie héroïque (toutefois , en lisant les récits de bataille , nous avons plus souvent pensé «lux poèmes que Macpherson nous a donnés sous le nomd'Ossian) ; mjûs sous le rapport pathétique , malgré la touchante histoire de Pramadvata, tuée par un serpent, et dcHit son amant obtient larésurrection en sacri--
AVANT LE CHRISTIANISME. ISf
fiant la moitié de sa propre e:(istence, nous n'avons rien trouvé, dans ce qu'il nous a été permis d'étudier* qui rappelle les tableaux saiBflsants de Thistoire biblique de Joseph ou de l'intérieur du palais de Priam au moment delà mort d'Hector.
Après avoir essayé de donner une idée de la poésie primitive de l'Inde autant que nous l'avons pu dans l'insuffisance actuelle de nos connaissant ces relativement à cette partie du monde, il nous reste à parler succinctement des idées religieuses et philosophiques de ces peuples.
Les Hindous croient que leurs livres sacrés connus sous le nom de Védas ont été révélés par Brahma lui-même ; mais ils n'ont reçu leur forme actuelle que de Yéda-Vyasa, philosophe, poète, théologien et lé^lateur, le plus illustre, sans contredit, des nombreux philosophes de l'Inde ^. Nous voudrions pouvoir analyser ce qu'enseignent les Védas sur Dieu et sur la création.
* Les Védas t oi; livres de la parple, de la science divine, ont été révélés par Brahma et conservés par 1^ tradition jusqu'à ce qu'ils fussent mis dans Tordre où ils sont aujourd'hui» par tin sa^e qui obtint le nom de Vyasa. Ce sage divisa la parole divine en quatre partie^, sous les ti(rt38 suivants :ie Rig, VIadjour,\e SamaeiVAtharva;d'dtt\e iHg-Véda, Vladjour-Véda, le Sama-Védaf VAtharva-Vécfa, )L.es Oupani^ chadê sont des livres dans lesquels les doctrines théologiques des Hindous se trouvent expliquées avec plus ou moins d'étendue. Plusieurs de ces livres sont extraits des Védoi ; quant aux Pourânas, les uns les ççQ^idèrent comme des romans my&tiqifps dpnp l^s id^,es xv^ilïm^pt^î'^ res de certaines parties découleraient aussi des Védas, ou les Jj^et^
182 HISTOIRE DBS LBTTEBS
Le Sama-Yéda dit :
t Avant toute production, Brahm était. Il était pur, seul, sans égal et sans fin. Sans fin il était dans les régions orientales , sans fin il était dans les régions du midi , sans fin il était dans les régions de l'occident , sans fin il était dans les régions du nord ; sans fin il était en haut , sans fin il était en bas ; sans fin il était de tous côtés ; car il n'y a point d'orient pour lui, point de midi, point d'occident, point de septentrion , point de dessus , point de dessous. C'est lui qui est cette grande Ame sans fin, et cette grande âme n'a point été créée, et elle ne sera point détruite. Il n'y a point en elle de défaut , et elle n'entre point dans la pensée ; et cette âme c'est FAkash, c'est l'éther, l'étendue qui comprend tout. Après la résurrection , ou quand tout aura été détruit, aucune différence, aucune altération, ne s'y feront sentir.
nent simplement pour une collection de faits mythologiques ; d'antres y voient des encyclopédies élémentaires destinées aux écoles brahmaniques. Colebrooke, le célèbre indianiste anglais , leur attribue une* plus grande importance : il les regarde cpmme des recueils scientifiques traitant de cinq principaux objets , savoir : la cosmogonie , la généalogie des demi-dieux et des héros, la géographie, Thistoire et Je culte. ""
(Note de M, Daniélo. )
Les Hindous désignent tous ces livres sous le nom général de Sastra.
i Quiconque sait que le soleil , qui est la forme du temps, est Brahm, et réfléchit que le feu du sacrifice est aussi Brahm ; que le vœu que Ton prononce en jetant de l'aliment au Iteu du sacrifice est aussi Brahm ; que la réunion de toutes les œuvres, c'est Brahm; que Yishnou , c'est Brahm ; quePrajapate , c'est-à-dire le père des créatures , c'est Brahm; que la partie et le tout, c'est Brahm; oui , celui qui sait cela est Brahm lui-même. »
Ce fragment , traduit en latin par Anquetil-Duperroa d'après une version persane , est cité par M. Daniélo dans son Histoire de l'univers^
On trouve dans tous les livres primitifs des Hindous un mélange de vérités et d'erreurs : la trinité, le panthéisme. Un moment on croit lire les prophètes; puis on retrouve, comme dans le fragment que Ton vient de lire, les rêves gigantesques d'un naturalisme effrayant. Parfois aussi l'on se demande quelle idée bien précise est cachée sous les paroles des Védas. On craint de les accuser injustement d'erreurs. L'imagination domine tellement chez ce peuple qu'on a bien de la peine à distinguer dans ses livres l'exposition sévèrement scientifique d'un système. Mais, ce que l'on ne peut nier, c'est que les savants de toutes les contrées affirment que le panthéisme décoiile de tous les livres sacrés des Hindous. Les savants ont raison ; seulement nous désirons que Ton se souvienne que ce
IS/i HISTOIBB DES LETTRES
peuple est bien plus poète que philosophe , et qu'il a adopté sans trop d'examen sans doute tout ce qui frappait son. imagination»
Ce qu*il y a d'incontestable, c'est que de grandes vérités, des vérités universelles , se trouvent dans l'Inde, non-seulement l'unité de Dieu et la Trinité; mais le dogme de la chute qui changea tout l'ordre social des Hindous. Quand ce dogme s'est-il introduit dans leur religion? il est difficile de le savoir; mais il y existe de la façon la plus évidente. La doctrine si profondément vraie de l'expiation et du progrès par la souffrance régna longtemps sans partage sur les populations hindoues • C'est à l'époque de Vyasa que s'introduisit la doctrine du salut par la foi sans le concours des œuvres ; il ne s'agissait plus, pour arriver à la vie bienheureuse, que de s'élever par la science à la connaissance des Védas et de s'identifier avec Dieu dans une muette contemplation. Il est très remarquable que cette négation du mérite des œuvres, erreur colossale adoptée par plusieurs sectes détachées de l'église catholique, se rencontre dans l'Inde à ces époques reculées. Dès lors, l'Hindostan se remplit à'Ioghnh de solitaires ne vivant plus de la vie humaine. Voici la peinture que nous fait de ces hommes le poète Kfldidasa ^ :
c Le roi Dushamta demande au conducteur du
« KftUdâM ¥ifAll tu pea anniic le siècle d'ÂugtMte.
AYiNT UB GHRISTUNISME. 135
cfaar de Flndra où est la sainte retraite de celui qu'il cherche ; à quoi l'autre répond : « Va plus loin que ce bois sacré, là même où tu vois un pieux ioghni , à la chevelure épaisse et hérissée , se tenir immobile , les yeux fixés sur le disque du soleil ; considère-le : son corps est à moitié couvert de l'argile que les termites déposent , une peau de serpent lui tient lieu de ceinture sacerdotale et entoure à demi ses reins; des plantes touffues et noueuses s'entrelacent à son cou, et des nids d'oi-
seaux couvrent ses épaules. »
Frédéric Schlegel, après avoir cité ce passage ^, prévient qu'il ne faut pas prendre ceci pour une exagération poétique ou pour un caprice de l'imagination ; il ajoute : « Les forêts , les solitudes de rinde , et surtout les alentours des lieux consa- / crés aux pèlerinages dont nous avons parlé , sont peuplés de plusieurs centaines de ces hommes étonnants , phénomènes du plus haut degré d'absorption et d'aberration mentale. »
Bouddha , que les uns ai&rment être une incarnation de Yishnou et les autres seulement un mortel inspiré, parut, selon les annalistes chinois, en 1027 avant Jésus-Christ. Sa doctrine semble encore se baser sur le panthéisme ; mais les vues sociales de Bouddha, qui niait la division des castes^
* P1iilûêoplH0 de fhiêMfê, tom. l*^
excitèrent la colère des Brahmanes et des Kshatryas (guerriers). Les Bouddhistes furent chassés de rinde et se réfugièrent dans l'île de Cey|an et dans lehautThibet '
Les Djainofi , autres hérétiques hindous , sont à peu près du même temps que les Bouddhistes'; ils professaient les mêmes idées religieuses , mais ils reconnaissaient la distinction des castes.
Le travail philosophique de l'Inde présente les phases diverses que l'on peut remarquer à peu près chez tous les peuples et à toutes les époques de l'histoire. Quoique la philosophie des Hindous se divise en six systèmes célèbres, elle n'a réellement suivi que trois directions bien distinctes : la théorie philosophique appelée sankya n'est autre chose qu'une philosophie de la nature , qui consisterait à la regarder ello-même comme éternelle et créatrice ; la raison infinie n'occuperait que le second rang : il serait moins absurde de n'en pas parler du tout. Les Hindous font à cette secte le reproche d'athéisme ; le savant Anglais Colebrooke adhère à ce jugement, tandis que Frédéric Schlegel cherche à démontrer que la philosophie sankya admet le dualisme , parce qu'elle n'a pu comprendre le mode de création par lequel le fini est sorti de l'infini. Le philosophe allemand soutient que jamais les Hindous n'ont nié positivement Dieu. Nous avouons ne pas comprendre cette intelligence infinie placée au-dessous de la nature , cela ne peut,
AfANT LS GHAISTIANISME. 137
selon nous, être accepté que comme un matérialisme plus insensé encore que le matérialisme moderne,
La seconde partie du Sankhya, nommée Yogha^ réfute la première partie et développe la théorie du mysticisme dont nous avons parlé plus haut.
Le Nyaya , essentiellement différent de ces deux premiers systèmes, eut pour propagateur Votama. Le point de départ de cette philosophie est le moi pensant. Les savants modernes qui ont étudié la philosophie des Hindous n'ont pas donné une idée très précise du Nyaya. Éblouis par Fextrême abondance d'idées qui s'élaborent dans les temps antiques sur les bords du Gange , ils n'ont pu faire sortir de ce chaos une éclatante lumière. Cependant il paraît que le Nyaya représente l'idéalisme ou le spiritualisme.
Ces divers systèmes n'ont exercé qu'une influence peu étendue, tandis que la philosophie du Védanta, qui se rattache aux Védas et à toute la révélation hindoue , régit et domine la littérature et la vie sociale de l'Inde. Les explications données sur cette doctrine sont encore loin de satisfaire les esprits habitués à se rendre compte avec clarté des enseignements philosophiques, < Ainsi, nous dit-on, le Védanta est un panthéisme franc et décidé ; mais il n'exclut ni la personnalité ^e Dieu , ni la liberté de l'honmie K » Nous ne comprenons pas,
« F. ScUegel, PhUotophit de VlMoire.
138 HISTOIRE DES LETTBES
Ce qui est clairement visible dans ce vaste travail philosophique des Hindous, c'est qu'ils ont remué comme tous les peuples les idées fondamentales que nous avons relatées dans notre chapitre sur la philosophie : le sensualisme, le spiritualisme et le mysticisme. Ils paraissent avoir souvent mêlé toutes ces notions, et en ont fait sortir un panthéisme poétique et gigantesque , dont les principales parties se retrouvent dans les écrits de Spinosa et chez quelques Allemands modernes; mais il ne nous est peut-être pas donné encore d'apprécier justement les travaux philosophiques des Hindous; s*il fallait s'en rapporter aux études de leurs interprètes occidentaux , on ne distinguerait rien d'assez précis et d'assez net pour asseoir une opinion réellement éclairée et consciencieuse sur la place que doit occuper dans l'histoire de l'esprit humain ce mouvement philosophique comparé à celui de la Grèce et de l'Europe chrétienne.
Mais nous n'avons pas encore parlé d'un livre venu après les Védas, et résumant peut-être d'une manière plus complète les doctrines de l'antiquité indienne.
Le recueil des lois de Mmou remonte , selon les autorités les plus compétentes , à quatorze cents ans avant notre ère.
Dans la mythologie de Hnde, Manon est le premier-né de la poésie divine, la plus parfaite des in-
telGgences créées. Il reçut son livre de Dieu même et le transmît aux Brahmes.
« Le plan de cet ouvrage est digne de son origine , dit un écrivain contemporain. Placé en haut de l'échelle des êtres, le législateur embrasse sans effort l'harmonie universelle. Lui qui est né le jour où naquirent les mondes , il raconte leur formation, il dit la naissance de l'homme et la fondation de la société. Puis, parcourant tour à tour toutes les conditions humaines, il leur distribue les droits, les fonctions et les devoirs. Il ordonne le culte et mesure tous les instants de la vie des pontifes ; il jette les bases de la cité et règle l'autorité des rois. Il s'assied au tribunal pour décider les querelles ; au foyer domestique il prend place pour consacrer les liens de la famille; il pénètre jusque dans le tabernacle de la conscience pour donner un frein même à la pensée, pour prescrire des expiations aux fautes les plus secrètes. Et tout à coup, repoussant du pied la terre , il rentre dans la sphère de l'infini, assiste aux peines et aux récompenses qui suivent la mort, et, accompagnant les âmes vertueuses ou coupables à travers leurs transmigrations successives, remonte avec elles au trône de l'Éternel ^ »
Comme on le voit, ce livre embrasse toute l'existence humaine : il est rédigé en vingt-quatre
^ Ozanam^ Revue européenne, décembre 1833.
illO HISTOIRB DES LETTRES
chants qui forment cent mille distiques ; la critique allemande a comparé cette poésie à celle d'Hésiode et de Lucrèce ^.
Nous citerons quelques belles paroles d'une solennelle moralité.
f L'homme naît seul , meurt seul ^ reçoit seul la récompense de ses bonnes actions, et seul le châtiment de ses forfaits. Après avoir abandonné le cadavre à la terre , comme un morceau de bois ou une motte d'argile, ses parents s'éloignent en détournant la tête ; mais la vertu accompagne son âme. Que l'honmie augmente donc sans cesse sa vertu , afin de ne pas aller seul dans le monde des morts ; car, si la vertu l'accompagne , avec elle il traverse les ténèbres impraticables 2, »
Comme dans les Védas, la nécessité de vaincre les sens est souvent exprimée; on lit au livre 11 2
« Lorsque les organes extérieurs se trouvent en rapport avec des objets attrayants , lé sage doit faire tous ses efforts pour les maîtriser , de même qu'un écuyer pour retenir ses chevaux. — Certes le désir n'est jamais satisfait par la jouissance de l'objet désiré : semblable au feu dans lequel on répand le beurre clarifié, il ne fait que s'enflammer
* M. Loiseleur-Deslonchamps a donné une bonne traduction firançaM des lois de Manou.
^ Lois de Bfanou» lit. 4.
^ AVANT LE GH&ISnANISME. l&l
darantage. — L'homme qui entend, qui touche, qui voit, qui sent ,quî mange des choses qui peuvent lui plaire ou lui répugner, sans éprouver ni joie ni tristesse, doit être reconnu comme ayant vraiment dompté ses organes. Mais si un seul de ses organes vient à s'échapper, la science divine de Thomme s'échappe en même temps comme Feau s'enfuit d'une outre percée par la base. »
Nous citerions des fragments cosmogoniques des lois de Manou si nous n'en avions pas déjà reproduit d'à peu près identiques. C'est toujours le même système d'unité panthéistique qui peut se résumer par ces mots de VOupenekhat : «Celui qui sait que les animaux sont Brahma, que les éléments sont Brahma , que le Véda n'est que la première parole de Brahma, celui-là s'anéantit lui-même , il devient Brahma, le maître de toutes les œuvres. »
L'imagination est le caractère dominant de la littérature de l'Inde. A l'orient de cette contrée s'étend l'immense empire de la Chine , qui , sous le rapport intellectuel , nous semble une exception dans le monde oriental. En effet , la raison caractérise principalement les livres de ce peuple. Nous ne trouverons pas là de poèmes gigantesques tels que ceux des Hindous. Le grand homme de la Chine est un philosophe , un moraliste ; c'est lui qui a recueilli les fragments antiques épars çà et là dans ces vagtes contrées et qui en a formé les li-
142 mSTOIEE DES LBTTJUSS
vres sacrés ou classiq[ues du premier ordre. Il a composé , ainsi que ses disciples , des traités moraux et religieux qui sont les livres classiques du second ordre.
Confucîus (Khoung-Fou-Tzeu) naquit 551 ans avant l'ère chrétienne dans une bourgade du royaume de Lou , aujourd'hui la province de Canton, Thaïes venait de mourir, le grand philosophe de la Chine fut contemporain de Pythagore, Socrate parut peu de temps après ; Confucius offre quelque analogie avec ce dernier , la morale fut l'objet de leur étude constante à tous deux. Le philosophe chinois parcourut les divers royaumes soumis à l'empereur, combattant sans cesse les erreurs et les vices ; nommé à une des premières charges du royaume de Lou, sa patrie, il le réforma comme par enchantement dans l'espace de quelques mois. Confucius joignait aux facultés du philosophe celles de l'homme d'État; mais il ne put empêcher le roi de Lou de tomber dans la mollesse et dans Texcès des plaisirs : le royaume se corrompit de nouveau, et le philosophe s'exila pour chercher des disciples plus dignes de lui. On dit qu'il en eut trois mille, et que cinq cents d'entre eux ont occupé avec distinction les premières charges dans plusieurs royaumes.
Confucius mourut dans la tristesse à 73 ans ; oa rapporte que quelques jours avant sa mort il disait à ses disciples : Les rois refusent de suivre me>
AVJlMX XB CHiaSIIiUlfZSlIE. 1^
maximes ; je ne suis plus utile sur la terre, il faut que je la quitte.
Les livres sacrés des. Chinois étaient au nombre de neuf. Il n'en reste que cinq :
i'^VYking, qui traite de la cosmogonie, de la morale et de la divination. Ce livre , rédigé par Fohi en caractères symboliques, n'a pu être déchiffré que par Confucius. L'Ykîng ne contient pas, comme les livres de l'Inde, des doctrines hasardées sur la création, il se borne à indiquer l'ordre dans lequel elle s'opéra. Il est très difficile pour les lettrés chinois de savoir si Confucius n'a réellement fait que traduire les idées cachées sous les signes mystérieux de Fohi^ ou s'il a voulu donner à ses propres pensées l'autorité de ce livre antique.
2° Le Chouking, recueil des traditions historiques mises au jour et arrangées par Confucius. On y trouve de précieux renseignements sur divers règnes des anciens empereurs; le caractère sentencieux de ce peuple s'y fait remarquer à toutes les pages.
â*Le Clùking^ poésies traditionnelles, odes, cantiques, recueillis par Confucius. Des interprètes modernes ont pensé qu'il s'était glissé dans ce livre quelques poésies qui ne lui appartenaient pas à l'origine , car pluâeur» sont dictées par l'impiété et l'extravagance.
lie Chiking renferme des morceaux d'une mo* nde grave et calme qui rappellent le livre de la Sa-
gesse de Salomon, quoiqu'ils oflfîrent bien moins de profondeur ; mais ce qui apparaît le plus dans les pièces qu'il nous a été donné de lire, c'est un amer sentiment de tristesse, le souvenir douloureux delà chute de l'humanité , une lamentation déchirante sur le sort de ce peuple :
« Je lève les yeux vers le ciel ; il paraît comme de bronze. Nos malheurs durent depuis longtemps, le monde est perdu , le crime se répand comme un poison fatal ; les filets du péché sont tendus de toutes parts , et l'on ne voit point d'apparence de guérison.
» Nous avions d'heureux champs, la femme nous les a ravis. Tout nous était soumis, la femme nous a jetés dans l'esclavage. Ce qu'elle hait, c'est l'innocence , et ce qu'elle aime, c'est le crime.
» Le mari sage élève l'enceinte des murs ; mais la femme , qui veut tout savoir, les renverse. Oh I qu'elle est éclairée ! C'est un oiseau dont le cri est funeste; elle a eu trop de langue; c'est l'échelle par où sont descendus tous nos maux. Notre perte ne vient point de Dieu , c'est la femme qui en est cause. Tous ceux qui n'écoutent point les leçons de la sagesse sont semblables à cette malheureuse.
» Elle a perdu le genre humain : ce fut d'abord une erreur, et puis un crime. Elle ne se reconnaît seulement pas, et dit : Qu'ai-je fait? L'homme sage ne doit point s'exposer aux périls du commerce, ni
ATAIVT LE GHBISTUNISMfi. 1&6
la femme se mêler d'autre chose que de coudre et de filer K »
Ainsi se retrouve partout Tantique tradition de la chute de Thumanité par la première femme. Écoutons maintenant des lamentations sur les misères du genre humain :
•rai reçu la vie de mes parents; ne me Font-ils donnée que pour que je fusse accablé de tant de maux?...
» Quand je pense au maître de l'univers, à sa grandeur et à sa justice , je m'abaisse devant lui et je tremble qu'il ne me reprenne. Cependant toutes mes paroles partent du fond de mon cœur et sont conformes à la raison. Les méchants ont des langues de serpents pour déchirer les gens de bien, et ils sont tranquilles.
» Voyez cette vaste campagne : elle n'est remplie que de mauvaises herbes qui sortent de son sein. Le Ciel paraît se jouer de moi , comme si je n'étais riçn ; et il exige un compte exact , concune si j'avais encore quelque chose exposée à la rage de mes ennemis. Ai-je la force de m'en délivrer?
» Mon cœur est plongé dans la tristesse ; il est étroitement serré par la douleur. D'où viennent
* Ode b'.
iiifi^ raSTOIRB PIS LBTTBBS
à/^pifi Mm 1^ désordres qui naissent aujousd^bui t Llûcendie va toujours croissant, et il est impoa>s^)^e de l'éteindre» Abl malheureuse Pao-Ssee*, c'est toi qui as allumé le feu qui nous consume.
» SpOge? mx^ cesse k Yotra dernière heure* Le chwiiA ou yavSï marchez est obscur, il est glissant, il est dangereui» Youa traînez un char rich^nent chargé : que faites-vous ? Hélas I vous brisez les deux côtés de ce chariot , vous laissez périr toutes vo^ richçssçs ; et quand tout est perdu , vous criez au secours»
» Ne brisez point les côtés du char, ayez grand scjôn dç sea. roues; veillez sur vos gens, ne laissez pa^ p^i;ir.un si précieux trésor; ne vous exposez poii^t dans les endroits où il y a du> péril. Mais hélaf^I JQ parlB en vain ; on ne pçnse pas seulement &ç«.<P)^jedi&.
^l^ méchants croient être bien cachés ; mais c'est comme les poissons qu'on tient en prison dans un étang : ils ont beau s'enfoncer dans Feau , on les vQit tela qu'ils sont de dessus le rivage. Mon affliction est extrême à la vue de leur misère.
» Ih passent leurs jour« dans la joie ; ils se font s^E^vk des vins exquis et des mets délicats; leurs festins^ ne finissent point; Us assemblent des com*
*Les commentateurs chinois pensent que cette Pao-Ssee est la femme d*Yeou-Vang, roi qui fîit plongé par elle en d*a£freux malheurs. Le Chiking contient beaucoup d^inTectiyes contre les femmes.
AVANT LB CHMSTIANISBIE. H?
pagnoDS de leurs débauches ; ils ne parlent que de noces et de plaisirs. Considérez que je suis de* meure seul , et que je suis contraint de cacher jusqu'à mes larmes.
9 Les plus petits vers ont leurs trous : les plus vils insectes trouvent leur nourriture , et le peuple meurt aujourd*hui de faim et de misère.
Ciel ! qui nous envoyez justement tous ces maux^ voyez comme les méchants sont dans Tabondance, et prenez pitié des justes qui sont dans une né-
çessité extrême K »
Ainsi, la poésie nous retrace à toutes les époques et chez tous les peuples ces lentes et terribles souffrances du pauvre que le christianisme lui-même a été jusqu'à présent inhabile à détruire. Cette plaie horrible saigne encore au flanc des nations les plus civilisées.
Nous pourrions citer d'autres extraits du Chiking; mais nous ne trouvons pas qu'ils oifrent de caractère fortement prononcé. Cette poésie n'a aucune qualité originale; elle ressemble aux écrits en prose des philosophes chinois. Il n'y a, nous le répétons , chez ce peuple aucun grand monument poétique des temps primitifs qui rappelle le Mahabhàrata des Indous : c'est à l'étude de la phi-
^ 6* ode. — Ces extraits sont traduits par le père du HaldC; Description de l'empire de la Chine»
148 HISTOIEE DBS LETTEEft
losophîe qu'il faut revenir pour se faire une idée de la civilisation de la Chine.
4* Le Shun-Tsiou est un livre historique composé , d'après les meilleures opinions , par Confucius ; il fait suite au Chouking et retrace la vie de plusieurs empereurs. Les récits historiques des Chinois ne sont guère que des biographies de princes , dans lesquelles on fait ressortir les avantages de la vertu et les résultats déplorables des vices chez les chefs des États.
5* Le Liki, ou livre des rites, est une sorte de mémorial des lois, des cérémonies et des devoirs de la vie civile.
Tels sont les cinq livres classiques du premier ordre ; c'est là qu'ont été puisées toutes les règles et les maximes qui ont servi par la suite à fonder la société chinoise.
Quatre ouvrages sont considérés comme les livres classiques du second ordre : le Milieu immuable 9 la Grande étude^ Lemyu ou le livre des sentences de Confucius , et le Livre de Mencius. Deux autres ouvrages sur la piété filiale et sur Téducation des enfants sont regardés comme livres classiques et dignes de la vénération publique.
Ces ouvrages échappent à l'analyse ; ce sont des recueils de maximes qui ont pour but de conduire r homme dans le chemin de la vertu, de lui apprendre à combattre et à diriger ses passions. Elles révèlent en général une sagesse profonde.
AYAiM LE CHRISTIANISME. 1^9
Confucius a pour les esprits philosophiques un défaut grave, c'est qu'il n'appuie pas assez sa morale sur la religion. Sans exposer ses idées sur Dieu, sur la création, sur ses rapports avec le Créateur, il proclame que le premier devoir de l'homme est de se perfectionner lui-même pour agir avec efficacité sur ses semblables. Admettez son principe, et toute la doctrine en découlera naturellement ; mais s'il avait remonté plus haut, il aurait trouvé des démonstrations qui eussent donné à son enseignement toute une autre force. Quand l'homme a rétabli en lui la lumière véritable, il doit s'occuper de la faire pénétrer chez les autres et de régénérer les peuples. Confucius ne prêche pas le sacrifice entier des passions , mais seulement la modération de leur essor; c'est une doctrine très tempérée qui peut produire des mœurs douces et honorables, mais point d'héroïsme, point de ces grandes vertus qui naissent de l'enthousiasme.
La prudence, la force et l'amour, telles sont les vertus que doit pratiquer l'homme. La prudence dirige l'homme selon sa raison; la force lui permet seule de suivre les enseignements de la prudence ; l'amour n'est autre chose que la sympathie qui nous lie à nos semblables.
Les relations entre le prince et le sujet , le père et le fils , le mari et Ici femme , l'aîné et le cadet, ne sont qu'une puissance absolue et une obéissance passive,
150 HISTOIRE DES LÈïtAES
Gonfucius s'occupe souvent des princes , paf ce que de son temps la corruption régnait dans les cours ; il ne craignait pas de flétrir leurs vices et de les mettre en regard des vertus antiques.
Lao-Tseu enseigna peu avant Gonfucius ( il tiaquit Tan 604 avant Jésus-Ghrist). Selon les historiens chinois , son père n'était qu'un pauvre paysan ; mais les sectateurs du philosophe ont entouré sa naissance de merveilles ; les saintes légendes sur Lao-Tseu, disent qu'il a précédé la naissance du ciel et de la terre^ qu'il est de la pure essence du clel^ et quë sa nature appartient à cette des Intelligence^ divines ^.
Mais laissons là toute cette poésie et restons dans les limites historiques. Il parait que Lao-Tseu vécut dans la solitude , plein de simplicité et de iho^ destie, méditant sans cesse sur Dieu et sur l'homme. Il s'occupa beaucoup plus du dogme que Confu-^ dus.
Lao-Tseu, dit M. Ozanam, né six cents ans avant notre ère, enseveli dans une longue solitude, abreuvé d'abord aux sources de la contemplation, puis frappé de l'impuissance de l'homme alors qu'il se livre à ses forces individuelles, pressé du besoin de savoir et de comprendre, abandonne sa patrie, lui laissant pour adieu son livre immortel de la Raison et de la Vertu. Ses pas ont franchi les sables mouvants ; c'est vers les contrées occidentales qu'il
* La Chine, par H. Paulhier.
/ AVANT LE GHKII&TIANimE. \h\
a guidé sa iharche, peut-être jusque dans là Perse alors sî brillante et si éclairée sous M dynastie "de Cyrus , peut-être jusque dans tes vîlièîs ittUienn^efs qui s'épahouissaiëilt sous le ciel embàtithë d% l'Asie , peut-être jusque dans rhétoîqùë Heîladfe qui s*éVéill*it alors pour préluder à sa glbîre. Et, dans te tSmiis-là , d'auti-éis Sages quittaient alifeéi les tiitéS naissantes de la ^t^aiidë Grèce M îeS fies de r Archipel, pbttr aller puîset- deS ItnhîètéS âilk «eui d^ôù Vient ie jbûf : en tfe tenlpS-tti P^rtliagore, dépouillant le paîlittîii du sbphîsfe, fe*éteît ceint de ht eeitittti*e flu Voyôgeiir ; leS mages de là €haldée^ tes gynl&dSophisfes de rbidé, êiaiëtit Tob» jet dé ses pérêgriiiâtiotis WihtainfeS. Peut-être une fois ces deux hommes, qui ëtaîeht Venus deS eltrèmités dtt ihôiide poui^ chercher la sagëSèè ; se reiicontrêi-ent SurpMs dans les plaines de là Siftlk. Peut-être le même Soleil dessina-t-il leurs ^ândeS ombres sur 16S pàrVis dU temple de Jénlsàlèiii.:.,: Quoi tju'ii en soit, L,nb-Theù ne dût pbirit i^Venir les maihs Vides auxliëuîde son premier èéjbUi'; dé fréquentés réminiscences dfe ses entretiens avec les sages des terres étrangères durent enrlctitr sdil enseignement : les traditions dii brahiiiéinîsfilé et de la religion de Zorbastre purent s'y refléter : elles y laissent encore une ineffaçable empreinte. *
Le Tao-té-Kitig ou le Livre de la raièofi iùfirême et de la veriu^ qui remonte à près de six siècles ava^t notre ère, contient toute la dôctririe dèLab-Tèed.
152 lilSïOIA£ DE8 LBTXABS
Il appelle la raison suprême universelle Tao; on a remarqué que c'était à peu près le même mot que le Theos (Dieu) des Grecs. Lao-Tseu enseigne que ce Dieu a deux modes d'être : le mode spirituel et le mode corporel.
L*esprit est très supérieur à la matière, et rhomme doit tout faire pour anéantir les passions matérielles afin de contempler la nature spirituelle divine, et de s'identifier avec elle.
Lao-Tseu voit dans toute la création une émanation du Tao, le sage finit par s'absorber dans l'intelligence suprême. On a dit que cette idée rappelait la réunion des justes avec Dieu dans le christianisme. Le rapport est visible ; mais la différence l'est plus encore , car dans le Tao-te-King est renfenpée la tendance panthéistique de la nondistinction f ou plutôt de r identification réelle de la créa* tion sanctifiée avec le Créateur qui est l'âme universelle de l^univers, sa forme extérieure manifestée ^.
La morale de Lao-Tseu est tout à la fois sévère et pleine dé commisération. Gomme Gonfucius, il plaide avec ardeur la cause du peuple contre les puissants.
On conçoit que les sectateurs du philosophe chinois aient éprouvé le besoin de fonder une religion avec sa doctrine ; ils eurent de nombreux disciples ; mais la secte des bouddhistes, qui sortit
A léd Chine, par M. Ppntliifr,
AVANT LE GHEISnANlSME. 158
de rinde , en eut dans la suite de bien plus nombreux encore. On dit que ce fut en Tan 7 de notre ère que le premier prêtre bouddhiste pénétra en Chine. Cette secte avait atteint une grande puissance vers le quatrième siècle. Sa doctrine était toute panthéistique, isotérique et exotérique, intérieure et extérieure. La doctrine intérieure ressemble beaucoup au bouddhisme deTInde, qui, lui-même , différait assez peu du védantisme. Le but de Tune et de l'autre doctrine était Tanéantissement de Findividu par Tabsorption dans Têtre universel K
S'il faut en croire les hommes qui ont le plus étudié la Chine, tous ces enseignements religieux et philosophiques n'ont pu lutter contre les passions et l'incrédulité, et les Chinois sont un peuple très immoral et très misérable. Le panthéisme des doctrines de Lao-Tseu et de Bouddha pourrait bien avoir amené ces tristes résultats. Comment prétendre que cette gigantesque erreur qui anéantit la vie individuelle après le séjour sur cette terre puisse rendre un peuple moral 7 Quant à Confucius, son enseignement tout humain avait peu de puissance, parce qu'il ne remontait pas assez à Dieu , dont l'idée peut seule inspirer l'esprit de sacrifice sans lequel rien de grand ne s'est fait jus* qu'à présent sur la terre.
* JUanuel thistoire^ par M, le docteur Ott.
15& HIftTOIIfi DSS LËTtASê
Voilà à peu près tout eè que iMUs aviôiM à ^tl% sur la littérature chiboise flaiM teb t^ftps aiM^éiM. Nous reconnaissons toute rin»ufflia&ce de cetSk étude ; mais rOccident sait encore peu de ehdHè Mt cette vaste contrée» L'homme de France le plus compétent, M. Abel Rémusat, a dit : Nous tte pd^ Tons guère nous Aiire une idée de cette littérature des peuples de la haute Asie , ^^ nmè m tftitét^ ment inconnue; son immensité surpasse toutceiftlë Ton peut imaginer K Le même orientaliste et M. Pauthier citent dans les temps modemeè quelques poètes, quelques philosophes et surtout dettk historiens qui jouissent dans leur pays d'une immense célébrité. Le premier ^ lise^MthKomnp , Vi*vait au onzième siècle sous le régne de Temperetl* Jin-Tsoung. Son livre, qui embrasse treize t^l soixante -deux ans de Thistoire de la Chine, est itl* titulé : Mlrolf' unlverêel à Vuiage de ceiix yni j^oftDW*nent. Le second de ces historiens, Ma-Tûnan^Liû^ écrivit, sottsle titre de Recherches approfondies des monuments laissés par les savants , un livre que M. Abel Rémusat compare aux MénuAren de l'Aûâdè^ mie des inserlptimê, eti faisant observer que Y où
< tlecherehei iur les langueê iariam, tome t. Mil. Abel A^musat, MnirMiétif Bi«!n aîné, ont publié qttekjtref thidtietions de r&Aiûti iA de piècef d^ tbéAtre appartenant attx têtopi iiodemêi. Gêi cravitA MK excité la curiosité, maïs ne sauraient suffire à donner une idée de la littérature cbinoise. On parle d'une collection d'auteurs choisie qui n*a pas moins de i 80,000 volumes f
AYANT IB CHAISTIÂNISMB. 155
trdtttâ dans TotiTrage chinois Wen plus à'otâre et dé méthode.
La connaissance de la langue chinoise offre tant de diâ3cultés qu'elle constitue presque toute la science de ce peuple. Les mots appelés primitifs se réduisent k deux cent quatorze. Les autres ne sont qne des modifications des premiers ; mais ils s'élèvent k plus de qhatre-vingt mille. L*étude des signes représentatifs de ces mots absorbe la rie des mandarins. Les sciences naturelles et inathématlques parai§setit être dans YénianCd.
Nous n'avons aperçu dans le pouvoir politique qu'un despotisme immobile. L'empereur est un représentant de Dieu , un être sacré'. L'obéissance passive est un devoir impérieux. La Chine a été régie par vingt-deui dynasties. Elle a fini par recevoir des rois de la main des Tartares. On ne trouve paà là de castes religieuses comme dans l'Inde. La tyi*an. nie semble d'abord exercée par les chefs de famille. L'agriculture est la vie primitive de ce peuple isolé, ttus tard les lettrés se sont élevés dans l'état et se sont emparés d'une grande partie du pouvoir ; plus tard aussi , le commerce y a pris quelque développement.
L'art a été peu étudié dans- ce pays par les peuples modernes ; l'architecture y semble bien inférieure à celle de* autres peuples de î'Oiient. Sa grande muraille n'est étonnante que pat* sa loip*
156 HISTOIRE DES LETflUSS
gueur. D*après un passage cité par M. Ozanam , dans la Revue européenne (Croyances religieuses de la Chine ) , il paraît que les anciens Chinois avaient un sentiment élevé de la musique : c C'est l'expression et Timage de T union de la terre et du ciel, r La danse était aussi en grande faveur parmi eux.
Il est temps de s'arrêter. Pour évitera la critique la peine de m'en avertir , je veux constater ici que je sais bien laisser derrière moi , en m'aventurànt vers la Grèce et Rome , aussitôt après avoir étudié la Bible , un monde immense et presque inconnu , vers lequel je reviendrai quand la science aura jeté sur lui de plus vives clartés.
Sombre et majestueux Orient , toutes les imaginations poétiques de ce siècle se sont tournées avec amour vers toi. Le sceptique Goethe a jeté dans le Divan ses rêveries d'un autre ciel. Byron erre avec bonheur sur les rives de l'Euphrate pendant les voluptueuses nuits de Sardanapale. Chateaubriand porte en Orient sa rêveuse jeunesse , et y retrempe sa parole sublime déjà colorée des aspects gigantesques du Nouveau-Monde. Lamartine va chercher la poésie à Jérusalem... il y rencontre la douleur I Victor Hugo promène ses étranges et spirituelles fantaisies du harem au désert.
Et nous f faible historien de tant de grandeurs , non» allons essayer d'analyser la plus haute poésie
▲VAIIT LB CHBISTlAllISIfB. 157
qd fiit Jamais , la Bible. En nous tronvant en face de cette vaste et magnifique inspiration , de cette inépuisable source de science et d'amour, notre âme est saisie d'effiroi , et nous nous étonnons d'oser parler de choses si sublimes 1