‹ Histoire des lettres en BelgiqueChapitre 10 sur 25 · HISTOIEE DES INSTITUTIONS NATIONALES · texte numérisé non relu

HISTOIEE DES INSTITUTIONS NATIONALES

œuvre historique, nourrie des travaux antérieurs et vivement rédig*ée, dont le sujet forme un pendant naturel de nos annales. V Histoire des communes lombardes, de M. de Hauleville, date de 1857. En 1859, l’auteur partag’ea le prix quinquennal des sciences morales et politiques avec MM. Ducpétiaux et Brialmont. Il caractérise sa théorie d’un mot qu’il répète souvent : Les institutions communales sont « germano-chrétiennes ». Comme Warnkœnig, il fait remonter son idéal aux Germains de Tacite; mais, contrairement à M. Gérard, il le rattache à Charlemagne et à l’Eglise. Sous la double influence, franque et catholique, les communes le réalisèrent; elles l’auraient maintenu, avec le concours de l’Église et de la monarchie. Mais l’auteur ne se sépare pas du rationalisme de M. Gérard pour se rapprocher de de Gerlache, qui condamne ces essais de démocratie ; l’histoire des communes lombardes l’autorise à accuser les deux éléments d’être tombés dans le romanisme, les peuples en rêvant la république antique, le pouvoir en aspirant à la tyrannie. Et encore, ce reproche, il ne l’adresse aux communes que sous forme d’hypothèse, tandis qu’il n’hésite pas à dénoncer « les prétentions despotiques, l’orgueil, la volupté et l’ambition » des monarques.

Les publications de la commission chargée de mettre au jour nos anciennes lois et coutumes n’étaient pas commencées, que Ferd. Hénaux traçait, à son tour (1851), le Tableau de la constitution liégeoise en 1788, qu’il devait refaire plusieurs fois, à part ou dans son Histoire de Liège.

L’histoire de Liège n’est guère qu’une série de révolutions en vue de la constitution des pouvoirs publics. Les institutions qui s’y forgent sont un modèle, de mieux en mieux trempé, de machine gouvernementale. A chaque expérience, à chaque défaite, en demandant le relèvement à l’héroïsme, on demande à des réformes la paix de l’avenir, et, de tâtonnements en tâtonnements, de souffrance en souffrance, la démocratie se perfectionne. Ainsi, le droit de vote conquis, il faut réprimer ce que nous appelons la corruption électorale. Le droit de résistance aux abus du pouvoir proclamé, il en coûte trop pour l’excercer par la force, on cherche des insti-

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tutions normales de redressement légal ; le tribunal des XXII J pourvoit. Dans toutes les questions, intérieures ou extérieures, on voit cette république croître et mûrir, en résistant. Ce spectacle, que Warnkœnig n’avait pas dramatisé pour la Flandre, Ferd. Hénaux, reléguant les détails et les preuves dans des notes, le burine en une sorte de style lapidaire, parfois trop moderne, que j’ai déjà caractérisé.

La préface que M. Stan. Bormans mit, en 1870, au recueil des Ordonnances de la principauté de Liège (1500-1794), dont Polain et Raikem avaient publié deux volumes, présente cbronologiquement le même tableau, par l’analyse des nombreuses constitutions, paix, chartes, règlements que Liège conquit ou subit de 1082 à 1487.

Dès 1869, M. Alph. Wauters, se proposant de faire une semblable étude pour tout le pays, s’y préparait par la publication d’un volume de chartes inédites devant servir de preuves à son œuvre. Sa préface traçait le programme tel que nous Tentendons : Exposer comment « naquirent et grandirent » nos libertés communales. Quand l’œuvre paraîtra, en 1870, elle obtiendra le prix du Roi, et c’est un fait intéressant que le sujet qui avait valu à Warnkœnig les faveurs de Léopold P*’ ait rapporté à M. Wauters le prix institué par Léopold IL

L’Académie avait déjà mis ce sujet au concours, mais en le restreignant — comme l’avait fait M. Alf. Giron, dans son Essai sur le droit communal — à la fin du xviii® siècle, époque où nos franchises étaient lettre morte. L’auteur du mémoire qui obtint le prix de Stassart en 1874, M. Edm. Poullet, ne put s’abstenir de donner un aperçu historique des origines, c< base des constitutions nationales » . La méthode par ordre des matières lui était imposée, mais la nécessité de n’analyser l’état constitutionnel qu’en 1794 ne lui permit pas de suivre la gestation et la croissance de nos institutions. Ce mémoire, substantiel, bien ordonné, parfois créateur, me semble entaché d’une erreur générale : l’auteur y mêle à la trame de nos institutions l’élément monarchique qui leur fut toujours étranger ou hostile. Cet esprit vient du Louvre ou de Madrid, de Bourgogne ou d’Autriche ; peut-il être admis comme un des

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facteurs de l’esprit national, dont il fut si souvent la négation? On dirait, dans tout le mémoire, du coton exotique mêlé à un tissu de lin des Flandres.

Un autre côté de la question fut mieux posé en 1877. L’Académie demandait d’expliquer la persistance du caractère national à travers les siècles. C’était bien le cas de reprendre l’idée de Notliomb, de Moke, de Reiffenberg et de M. Leclercq, de montrer comment naquit et grandit cette constitution physique et morale d’un peuple, de distinguer, sous les caractères généraux qui appartiennent à l’homme, le fond autochtone qui peut nous caractériser, de chercher dans le type européen notre physionomie particulière. Le mémoire couronné de M. Ch. Quoidbach n’y a guère réussi, et ce n’est pas son esprit catholique qui l’en a empêché, car il y mêle l’esprit de liberté. Sa méthode, plus historique que philosophique, ne s’élève pas assez de l’analyse de nos annales à l’analyse de nos mœurs et de notre esprit, pour en arriver à une vue distincte, à un diagnostic réel. La manière dont la question avait été posée, marquant un des côtés les plus difficiles de l’étude dont je cherche les éléments, aurait pu faire faire à cette philosophie de notre histoire un grand progrès, que personne ne trouvera dans ce mémoire.

Les Libertés communales , de M. Alph.Wauters (1878), embrassent le sujet, se donnent ce but suprême de notre histoire, et c’est un honneur pour l’auteur que tout un siècle d’études, depuis De Paepe et Neny, Warnkœnig et M. Faider, jusqu’aux institutions du gouvernement et aux concours de l’Académie, semblait appeler son œuvre et la préparer. La conception y est ; le plan chronologique est, en somme, préférable à l’analyse philosophique, car les problèmes s’enchaînent et se déduisent ; il faut aussi approuver l’idée de l’historien d’étendre sa recherche aux pays limitrophes, pour ne négliger aucun des traits d’un ensemble identique et ne pas « décapiter son sujet ». Enfin, son système mixte, entre les extrêmes du romanisme et du germanisme, doit être le plus favorable à l’impartialité comme le plus proche du vrai, et les sentiments démocratiques de l’écrivain étaient ici comme une lumière indispensable.

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M. Wauters dit avec M. de Hauleville : « L’organisation de la commune se distingue nettement de la cité antique. » Mais il limite non moins strictement la part de la Germanie. Le romanisme s’appuie principalement sur la perpétuité du droit de propriété et de la liberté personnelle. « Renverser cet argument, c’est ruiner le système,» dit M. de Hauleville. M. Wauters renverse l’argument pour le germanisme, comme M. de Hauleville pour le romanisme. « Les chartes communales, dit-il, instituèrent une liberté qui n’exista jamais ailleurs qu’avec elles, car les coutumes germaniques et la vie féodale, le servage, c’est-à-dire la négation à la fois de la liberté et de la vie bourgeoise se maintinrent en beaucoup d’endroits. »

L’influence de l’Église devait aussi être remise dans les bornes du vrai : « L’Église et les communes, dit radicalement M. Wauters, ont toujours procédé de deux façons distinctes. »

En réalité, sans négliger l’analyse des autres éléments, on peut dire que cette civilisation naissante était plus germanique que romaine, mais plus autonome que franque ou latine.

L’œuvre serait définitive si la méthode d’exposition était plus sûre, la science mieux vivifiée, le style plus solide. 11 en coûte, dans un petit pays, de se plonger dans les recherches historiques avec la persévérance du colon! En donnant le prix royal à M. AVauters, le jury a tenu compte de ses autres œuvres, et M. Faider, parlant au nom de l’Académie et du souverain, sachant qu’il parlait à l’Europe, a cru nécessaire de faire des réserves; mais il a pris soin de rappeler des travaux antérieurs, presque demi-séculaires, de l’historien. Ce sont eux, en effet, qui, en acquérant à l’auteur une juste notoriété, l’ont empêché de prendre des habitudes de conception et de style, ne lui ont pas laissé le temps de composer, dans le grand sens du mot, une œuvre largement conçue, de vivre de sa synthèse, de se complaire dans son exécution. L’histoire a ses settlers sur qui pèse lourdement le travail.

Ce livre était à peine couronné que M. Poullet reprenait « l’étude des origines et des développements de nos anciennes

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institutions », pour donner « une idée claire de ce qu elles étaient, des transformations qu’elles ont subies, de la manière dont elles se sont formées ». Voilà le sujet mieux défini peutêtre. L’auteur s’était préparé à le traiter par plusieurs mémoires couronnés, et ce livre, rédigé en vue de l’enseignement supérieur, était -le résultat d’un cours à l’Université de Louvain. Mais le titre de M. Poullet marque aussitôt la nuance : l’essai sur les Libertés communales de M. Wauters devient Y Histoire de la 'politique interne de la Belgique. M. Poullet connaît trop l’histoire pour soutenir, avec M. Coomans i^es Communes belges], que notre état social n’a guère changé depuis l’introduction du christianisme jusqu’au xvi® siècle. Selon lui, cependant, les premiers éléments, celtes, romains, germains, sont primés chez nous par l’élément chrétien, et le principe fondamental de notre organisation politique, de Charlemagne à la révolution française, est « l’union intime de l’Église catholique, apostolique et romaine, avec l’État ». Un des points de cette étude, au contraire, serait justement de déterminer comment nos institutions se sont dégagées de plus en plus de la théocratie apostolique, aussi bien que de l’anarchie féodale et de l’autocratie royale. La méthode de l’auteur lui épargne ce soin : il donne pour chaque période un examen détaillé de situation. Il ne peut négliger d’y noter quelquefois la liberté; il n’y voit qu’une « cause nouvelle de développement local ». Il ne tait pas les faits exacts, mais ce sont des détails, il n’y voit pas un ensemble, et le travail continu, lent ou révolutionnaire, que les papes ont plus d’une fois traité de « violence laïcale » , se perd dans l’analyse des besoins, des causes, des procédés. Ce qui compte autant pour lui, c’est -l’œuvre, sourde ou violente, de nos oppres.seurs. Certes, il a raison de se garder d’attribuer au moyen âge « des aspirations et des procédés d’action qui sentent le xvni® et le XIX® siècle » ; mais l’erreur n’est-elle pas aussi grande d’attribuer au pays cette part du despotisme, qui n’a pu entrer dans nos institutions, pour les corrompre, qu’au moyen de tous les attentats? Arrivé à la « période monarchique » : 1425-1790, l’auteur pose en principe que l’histoire interne s’y « dé veloppe » plus que jamais dans des formes propres. Nous entendons

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autrement ce verbe : nos institutions ne se développent pas alors, elles sont falsidées, torturées, étouffées. Il n’en reste guère que la forme et le nom. On comprend mieux, en lisant ce livre, pourquoi M. Wauters a pris soin de marquer son opinion à chaque chapitre et de suivre partout les traces de l’esprit de liberté. Sans ce génie d’affranchissement, le sujet, tel que chaque auteur le pose, n’existe pas.

Le système de M. Poullet ne serait guère possible sans une autre erreur de méthode : l’auteur ne va pas au delà de 1790. Cela lui permet de conclure à la durée de ces prétendus développements par l’Eglise et par la monarchie. Je le crois bien: il met dans le plateau plusieurs siècles de compression et s’arrête au moment où un grand mouvement va rétablir la balance. Quelques pas de plus dans l’histoire, et tout serait changé.

Pour appuyer ces analyses, l’auteur a fait de nombreuses recherches, a approfondi les éléments de l’histoire, a consulté des documents comme le Recueil des Réclamations belgiques, auquel il attribue trop d’importance peut-être. Cela donne à son système une forte trempe historique, qui a dû lui faire illusion, à lui le premier, et qui seule pouvait rendre possible cette erreur à un savant consciencieux. Mais ce qui sert à étayer un système, vicieux en un point, est au moins gagné à la science dans cette œuvre forte.

Il est utile de mentionner ici une œuvre érudite, originale, qui ne touche qu’indirectement au sujet qui nous occupe, mais qui aborde un des côtés les plus intéressants de nos annales : V Histoire des classes rurales aux Pays-Bas jusqu'à la fin du XV IIP siècle, par un professeur de Louvain, M. Victor Brants.

Personne, en 1830, n’eût songé à contester à nos ancêtres,' non plus qu’au Congrès nouveau, le droit de nous donner des lois qui constituent l’être politique, l’existence organique d’un peuple. Mais n’était-ce pas là une de ces illusions du patriotisme, dont la science ne se paie pas longtemps, dont une nation ne se berce pas impunément et qui ne fondent rien, même dans l’exaltation d’un avènement national,'qu’à la condition d’être en conformité avec les lois de la nature? Le droit

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originel de vie et le droit de révolution semblaient alors également indiscutables, naturels. c< Pour lui, l’indépendance nationale est de droit divin. » Ce que M. Stecber a dit d’un de nos écrivains pourrait se dire du pays de 1830.

Le système du doute méthodique eût suffi pour poser à la science historique cette question préalable. On ne peut évidemment que sourire lorsque le général Renard — c’était en 1847 — pour ne faire qu’un peuple des Wallons et des Flamands, cherche à prouv^er qu’ils viennent d’une même branche germanique. L’auteur, dont on place très haut les études militaires, n’a pas achevé son Histoire 'politique et 'militaire, (1851). Est-ce parce qu’il sentit la faiblesse de son système? On l’honorerait en le disant. Le but patriotique d’union des Flamands et des Wallons égarait ici l’historien et ce fut un véritable progrès de vouloir rester dans la vérité stricte. Lorsque, en 1835, Moke avait publié le premier volume Histoire des Francs, l’ethnologie n’était guère qu’à l’état de tendance. Mais il voit où est la route, essaye d’étudier les caractères physiques des diverses familles aryennes, demande aux monuments et aux livres ce qu’ils peuvent lui donner, et esquisse les premiers linéaments d’un problème obscur. Cependant l’historien ne se sentait pas sur un terrain solide, la science n’était pas faite, il ne songea pas à la créer et laisse aussi l’œuvre inachevée.

Quetelet, en recherchant les influences du milieu et les lois de physique sociale, n’avait pas négligé son pays. Quand le major Bruck, esquissant la science du magnétisme terrestre, voudra l’appliquer aussitôt à la vie de l’humanité, il fera toute une philosophie de l’histoire du peuple belge. Rarement on a parlé du rôle de la petite Belgique avec un enthousiasme aussi original, mais qui, plus d’une fois, fait oublier au savant la langue et les conditions de la science ^ .

M. J.-C. Houzeau put utiliser la science ethnographique moderne pour tracer à grands traits un chapitre de son Histoire d'il sol de l’Europe (1857), sur les mouvements des peuples depuis la période antéhistorique jusqu’à nos jours.

^ Voir plus loin, liv. III, chap. ni, et le Génie de la paix en Belgique, chap. IX.

Treize ans après, M. Vanderkindere, après une théorie de la race (1868), commençait des Recherches sur l'ethnologie de la Belgique (1870), où Ton sent Tardeur et la persistance d’un esprit formé aux études g’errnaniques et allant au but par les procédés scientifiques.

On peut cependant aussi dépasser le but. M. Vanderkindere, dans le Siècle des Artevelde, se défend de placer ses sympathies du côté où il est ; il se demande si nos provinces wallonnes n’auraient pas eu bientôt à se féliciter d’être réunies à « la patrie française » de Philippe le Bel, au nom de la féodalité à conjurer, de l’unité à constituer, des parlements à consolider, des travaux de l’esprit à partager. Et comme il n’admet, en théorie, de grand principe fondamental d’une nationalité distincte que la race, marquée par le langage, il en arrive à dire que la Flandre seule avait des droits, grâce à sa langue germanique. «L’égoïsme particulariste, dit-il, n’est en aucune façon respectable; mais le sentiment de la nationalité, avec ses droits imprescriptibles, rend légitimes aux yeux des modernes le refus d’obéissance, l’infidélité, la rébellion, que le droit strict trouverait absolument condamnables. » Borner ainsi le droit à une condition unique, presque pliysique, n’est-ce pas sortir de la science par une autre porte ? A ce compte, les Flamands n’auraient pas eu plus de droit contre la « patrie germanique » que les Wallons contre la « patrie française ». Le droit n’est pas aussi absolu, et il a d’autres facteurs. Jamais des hommes doués de raison et de volonté ne feront abstraction des tendances qui les ont portés à créer, sans entente préalable, dans leurs villes, dans leurs provinces, des institutions identiques, puis des fédérations avec leurs voisins, pour tout sacrifier à la défense commune et à la prise de possession de leurs destinées. On n’abdique pas ces puissances intellectuelles et morales pour une théorie de frontière ou de langue !

Je crois plus dans le vrai ceux de nos écrivains qui constatent trois grands groupes de populations mixtes : la Flandre, le Brabant, le pays de Liège, où deux langues opposées n’ont jamais troublé l’union intérieure : « Malgré cette différence de langage, dit Rénaux, nos cantons présentent une grande

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homogénéité de mœurs » ; ni a empêché les alliances contre Tétranger » , dit M. [Flamands et Wallons). Plus dans le

vrai cette philosophie qui, ne négligeant aucune des conditions d’existence, depuis le sol jusqu’aux mœurs, s’appuyant sur des faits naturels tels que la supériorité des terrains élaborés, la stérilité des mariages consanguins et le retopr, par l’isolement, à l’état sauvage, considère avec Moke ou M. Laurent tout ce qui unit les hommes comme favorable à leur civilisation, comme le sceau du droit à la vie, place avec M. de Laveleye notre autonomie au rang des nationalités d’élection et dit avec M. Houzeau et Van Bemmel que « l’association est féconde tant dans la nature physique que dans la nature morale » .

Enfin, la comparaison historique peut trouver ici une large application de sa méthode. Pour M. Wauters déjà, l’aire où nos communes se sont développées ne peut être scindée, il faut en connaître le développement tout entier pour en bien apprécier une partie. La comparaison s’étendra plus loin, elle seule achèvera le tableau.

Nos historiens peuvent reprendre de haut ce sujet. Au seuil d’une ère nouvelle, on peut assurer que tout est prêt pour cette philosophie de notre histoire, même ce qu’y apportent les erreurs de méthode et les points de vue de parti. J’aurais voulu en tracer ici les principales lignes, mais on ne peut, comme le dit M. Poullet, « condenser à haute pression l’histoire des institutions » . Il nous suffit d’avoir vu germer cette œuvre dans l’esprit du pays, d’en avoir entendu affirmer les principes, d’en avoir noté les évolutions et les transformations, d’avoir rendu justice aux écrivains qui l’ont esquissée, et de pouvoir l’annoncer comme le couronnement de nos travaux historiques : legs sérieux que notre génération peut confier à nos jeunes historiens.

En résumé, l’Histoire, dans sa renaissance en Belgique, après un premier élan juvénile de patriotisme, s’est mise à rechercher, à inventorier partout nos archives, à les publier, à les résumer ^ ; a profité des études extérieures, servies

^ Il faut citer en première ligne les dix volumes in-folio des Inventaires des archives de Bruxelles, publiés par les archivistes de ce riche dépôt, et

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d’abord par la contrefaçon, puis par la traduction ; se place dans la science moderne en s’affranchissant petit à petit d’un nationalisme étroit, des imitations étrangères et du faux lyrisme qui lui est partout étranger; s’est répandue en des entreprises de librairie quelquefois bien conçues ; a trouvé des érudits pour l’approfondir, des lutteurs politiques pour la discuter, des écrivains pour la faire revivre dans l’impartialité de l’idée et dans l’éclat du style ; puis, embrassant tout l’horizon, religieux ou politique, ancien ou moderne, a commencé à demander des lumières aux annales générales du monde, des affirmations à la philosophie du droit, et à préparer ce qu’on pourrait appeler aussi V Esprit des Lois de notre existence.

la Table chronologique des chartes et diplômes imprimés concernant la Belgique (six volumes in-4®), publiée pour la Commission royale d’histoire, par M. Alph. Wauters.

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