‹ Histoire des lettres en BelgiqueChapitre 9 sur 25 · HISTOIRE DES INSTITUTIONS NATIONALES · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES INSTITUTIONS NATIONALES

gaulois et V indimdualisme germanique , où il étend le contraste, du passé des Gaulois et des Francs, à l’époque moderuq. La Remie trimestrielle paraît (1854); dès le premier volume, il y commence des Lettres sur Vliistoire de Belgique, suivies de Nouvelles lettres, continuées par des fragments, répliques et ripostes. Lorsqu’il s’était associé avec Warnkœnig pour écrire Y Histoire des Carlovingiens, couronnée en 1862, il avait dû concéder quelque chose aux idées de son collaborateur et au programme du concoilrs. Mais il eut soin de le déclarer et V Histoire des Francs d’ Austrasie, qu’il écrivit seul, parut aussitôt pour rétablir son système complet. Dans l’avant-dernier volume de la Revue trimestrielle (1868), il insistait encore. Elle n’avait pas cessé de paraître qu’il rassembla ces études en les retouchant : Histoire nationale de la Belgique depuis César jusqu'à Charlemagne. La science moderne était arrivée à détruire les hypothèses qu’il avait combattues sur les pierres prétendues druidiques; il triomphe dans une préface nouvelle. Dix ans après, sa dernière œuvre, ultimus labor, dit l’épigraphe, embrasse toutes nos annales au même point de vue et il appelle son Précis de Vliistoire cléricale de Belgique un « résumé d’un demi-siècle de travaux historiques » .

Le système de cet écrivain qui, à son dernier livre, dut encore se défendre d’écrire un pamphlet, est d’un germanisme à toute épreuve. Selon lui, les Belges furent et sont des Germains; la question de race, question vitale, ne tient ni à la langue ni au sol, mais à l’esprit des hommes et des institutions, et on ne trouve notre esprit intact qu’en remontant aux Francs Saliens; toute notre histoire est dans la lutte de l’autorité représentée par la coalition du clergé romain, de l’esprit gaulois et des chefs mérovingiens et carlovingiens, traîtres tour à tour à leur race, contre ce génie salien qui met dix-huit siècles à reconquérir, sur la double Rome, sur la féodalité et la royauté, les véritables institutions germaniques. Charlemagne, dès lors, cesse d’être le César frank, le héros du germanisme, pour devenir le despote auquel revient « l’honneur d’avoir établi l’Église et la féodalité par l’écrasement des institutions germaniques ». Si radical qu’il soit, ce jugement me semble préférable au culte de Hénaux pour son

H4 SCIENCES HISTORIQÜES, MORALES ET POLITIQUES

empereur, né à Liège, dont il fait « le régénérateur de l’Europe et le créateur du monde moderne ». A la prétendue perpétuité du droit romain, à l’œuvre du catholicisme couronné, le puissant démolisseur oppose la pérennité des coutumes franques, toujours renaissant des cendres des empires.

Tout est vrai dans cette histoire, sauf la théorie, trop étroite pour être juste. L’auteur qui a dit aux Thierry et à Guizot : « L’esprit de système est dangereux pour un historien, » en arrive à voir dans les forêts de la Germanie « une . espèce de roi constitutionnel moderne», à rattacher Léopold P' aux Germaims de Tacite et à fêter dans nos institutions le retour au génie des Saliens. Il va plus loin : il parle des Celtes, des Gaulois, des Français avec autant de mépris que des évêques de la. Gaule et des ultramontains modernes; pour lui, ce serait une injure de supposer seulement que les Wallons aient aux veines du sang de fénians; et sa haine du socialisme en fait un autre vice rédhibitoire de race contre les Gaulois en faveur de l’individualisme, indestructible qualité germanique. L’impartialité manque ici, ou, si Ton veut, la charité, pour des peuples qui luttent, et c’est manquer surtout à l’esprit de science, qui constate sans haine, caractérise sans insulte et voit partout des hommes, plus ou moins cultivés, différemment développés.

Eomain ou germain, impérialiste bu rationaliste, ce lit de Procruste de l’histoire, si constitutionnel, si patriotique, si antisocialiste qu’il soit, en est-il de meilleur aloi scientifique? Pourquoi ne pas rattacher aussi Léopold P^ au cousin germain de Priam?

Il ne faudrait cependant pas confondre ces ouvrages historiques avec des œuvres qui jouent des variations sur la même doctrine, sans apporter rien à l’histoire. Ici, la hardiesse de l’exposé, l’âpreté des recherches, les coups de boutoir imprévus rachètent les hasards du système. Ces sortes d’œuvres nuisent plus à l’auteur, qu’elles font taxer de paradoxe par tous les partis, qu’à l’histoire, qu’elles éclairent d’un jour brusque, qui ne laisse pas quelquefois d’être juste.

Plus d’une fois, l’histoire des autres pays viendra éclairer la nôtre. Un de nos journalistes catholiques a débuté par une

Page 1