JONGLEURS DÉBITANT DES LAIS
LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU Xir SIÈCLE
paraître son amie; si, au jugement de tous, elle n'est pas plus belle que la reine, il mourra. Il se résignait à périr quand on voit arriver, précédées d'un splendide cortège, deux damoiselles, puis deux autres encore ; chacune d'elles, tous le reconnaissent, est plus belle que la reine : (( Laquelle est votre amie ?» — « Aucime d'elles, répond Lanval, ce ne sont que ses suivantes. » Enfin apparaît la fée : elle salue le roi et laisse tomber son manteau. Tous les yeux sont éblouis, tous les cœurs réchauffés de joie. « Par ma foi, dit Lanval, voici mon amie. » Et tandis qu'on se prépare à l'absoudre, il saute en croupe sur le palefroi de la fée et tous deux
LA FÉE APPARAir.
disparaissent, chevauchant vers l'île d'Avalon, séjour des bienheureux. « Je n'en ai plus ouï parler, ajoute Marie, et ne saurais vous en dire davantage. »
« ^^ONEC » En voici un autre. Depuis sept ans une femme jeune et belle est
•*■ enfermée dans une tour par un mari vieux et jaloux. Un matin
d'avril elle voit luire le soleil, entend gazouiller les oiseaux : « Ne sommes-nous point, se lamente-t-elle, dans cette terre de Bretagne, où l'on dit que nobles dames et preux chevaliers trouvent amants courtois et dames fidèles? Ne pourrait-elle m'échoir, à moi aussi, cette belle aventure ? » Tout à coup l'ombre d'im grand oiseau voile le soleil ; un autour pénètre dans sa chambre et se mue en un beau chevalier : « Je vous aime depuis longtemps, dit-il, mais je ne pouvais venir avant que vous m'eussiez souhaité. » Longtemps cette sombre existence est consolée par les visites du mystérieux oiseau ; mais un jour celui-ci se déchire aux pointes acérées dont le mari a fait renforcer les grilles ; le chevalier blessé se traîne mourant jusqu'à
son manoir, où son amante réussit à le suivre ; avant d'expirer il lui confie un anneau et une épée ; tant qu'elle portera l'anneau, son mari ne se souviendra de rien ; l'épée,
elle doit la remettre, dans vingt ans, au fils qui naîtra d'elle... Vingt ans après, l'enfant, armé chevalier, se rend, selon la coutume, avec sa mère et celui qu'il croit son père, à un monastère voisin : il y voit une tombe magnifique, autour de laquelle se lamente tout un peuple, <( Cette tombe est celle de ton père, que ce vieillard a tué : voici son épée, que j'ai trop longtemps gardée. » Ayant ainsi parlé, la dame tombe morte.
L'enfant saisit le glaive et tranche
UN AUTOUR SE MUE EN UN BEAU CHEVALIER. , .a. ,^ ^^^ «„^At^o , A ^o«^
la tête de son paratre. « A grand honneur on ensevelit la dame à côté de celui qui l'aima. Dieu fasse paix à tous deux ! »
AUSTIC »