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LUTRIN DU XV SIECLE

la pièce (i). Tout au plus les poètes du Nord ont-ils réagi, peut-être plutôt par paresse que par scrupule de goût, contre la recherche des rimes rares et des rimes intérieures, contre l'emploi des formes strophiques trop longues et trop compliquées.

Ç^ON II serait naturel de penser que la poésie méridionale pénétra

v5 ORIGINE dans la France du Nord par voie d'infiltration, et que les premiers contacts s'établirent dans les États, ou, plus exactement, à la cour des Plantagenets, où les poètes des deux régions étaient si chaleureusement accueillis. On a supposé aussi que ces contacts s'étaient produits en Terre Sainte et à Byzance, au cours des

croisades, notamment de la seconde, de la troisième et de la quatrième.

Mais aucun de nos plus anciens poètes lyriques n'appartient à la région normande ou angevine : Gace Brûlé, le seul qui fut en relations avec Geoffroi, comte de Bretagne de 1181 à 11 86, n'appartient pas à la plus ancienne génération. Il n'y avait, d'autre part, à la croisade de 1 147, que peu de Méridionaux, et on ne constate encore, à cette époque, aucune influence de leur poésie sur la nôtre. Cette influence au contraire s'exerçait puissamment et depuis quelque temps déjà, quand les barons du Nord et ceux du Midi se rencontrèrent en 1191 sous les murs d'Acre, où ils eurent au reste d'autres soucis que de recevoir et de donner des leçons de poésie.

Ces deux hypothèses doivent donc céder le pas à une autre qui cadre bien mieux avec les faits. Il est certain que les plus anciens imitateurs des troubadours apparaissent entre 1 160 et 11 80 dans l'Ile-de-France et les provinces voisines, tout particulièrement dans la Champagne, la Bourgogne et l'Artois. C'est vers 1170 qu'un seigneur artésien, Huon d'Oisi, enseignait l'art nouveau au jeune Conon de Béthune ; c'est au même moment, ou dans les vingt années suivantes, que Chrétien de Troyes fut protégé par Marie de Champagne, Guiot de Provins par un comte de Mâcon (pr®bablement Guillaume V, mort en 1226), Gautier d'Espinau par Philippe de

(i) De plus, les pièces de la première sorte, plus aisées à construire, sont plus fréquentes chez les poètes du Nord, alors qu'au Midi ce sont celles à rimes continues (coblas unisonans) qui l'emportent, au moins à partir de la fin du douzième siècle.

HUON d'oisi.

LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU XIF SIÈCLE

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