LA « CONSOLATION DE LA PHILOSOPHIE « DE BOÈCE
(i) Comme tous les ouvrages très répandus, tous ceux-ci ont été souvent remaniés : nous avons de l'Image du Monde trois rédactions, deux du TrésoTy quatre du Sidrach, trois du Placides.
bonne partie des œuvres de Vincent de Beauvais et bien d'autres choses. Il nous faudra, pour retrouver un pareil zèle dans ce domaine, descendre jusqu'à l'époque de Charles V.
Tk^ANUEL DE MO- Les Hianuels d'enseignement moral et religieux ne furent
ITl RALE LAÏQUE pas moins nombreux. La plupart d'entre eux étaient aussi traduits, abrégés et paraphrasés du latin. A l'enseignement moral se rattachent de nombreux recueils de proverbes ou sentences, commentés ou non,
comme les Proverbes au Vilain ^ le Chatonet (traduction des Distiques du Pseudo-Caton), les Moralités des Philosophes, par Alart de Cambrai, qui prétend condenser la substance de la sagesse antique d'après ses principaux représentants, Salomon, Socrate, Diogène, Tulle, Cicéron (dont il fait deux personnages), Virgile, etc. ; VEnseignement Trébor, de Robert de Ho (Trébor est l'anagramme de son prénom), reproduit également des maximes antiques, mais en les illustrant par des exemples. Dans son Chastoiement des Dames, Robert de Blois enseigne aux dames de haut rang les <' beaux sens » qui feront d'elles des femmes du monde accomplies ; il leur apprend la meilleure façon de se comporter à table, à l'église, dans la rue, et même comment elles doivent s'y prendre pour décourager les galants trop audacieux.
Il y a beaucoup plus de prétentions dans deux longs traités en prose où les lieux communs sont traités avec ime certaine science du développement, le Livre du Gouvernement ilg^^^^^^]-j-2~^->^^^3 des Rois, traduit du De regimine principum ^ '^ de Gilles de Rome (mort en 1316) et le
Miroir des Dames, traduction d'un traité écrit en latin par le dominicain Durand de Cham- LE " CHASTOIEMENT DES DAMES ». pagne, pour Jcaune de Navarre, femme de
DE SAINT LOUIS A PHILIPPE DE VALOIS
Philippe le Bel, cette princesse pieuse et lettrée, à la prière de laquelle Joinville écrivit son histoire de saint Louis.
PHILIPPE DE Le plus intéressant de tous ces traités de morale laïque est
NOVARE de Philippe de Novare, qui a déjà été mentionné plus haut comme poète lyrique. Entré tout jeune, en qualité d'écuyer, au service d'un baron cypriote, Philippe devint l'homme de Jean d'Ibelin, seigneur de Baruth (Beyrouth), puis l'ami intime de Balian, fils de ce prince, et l'un des principaux soutiens de leur cause ; il prit une part active à la lutte qu'ils engagèrent, comme vassaux des rois de Jérusalem, contre Frédéric II, de 1228 à 1234; chargé de missions importantes auprès du pape et des rois de France et d'Angleterre, il mourut, probablement en Chypre, comblé de richesses et d'honneurs. Il était de ces chevaliers de médiocre naissance qui, par leur vaillance et leur sagesse, se firent dans la société féodale une si belle place, et dont l'autorité l'emporta peu à peu dans les conseils sur celle des plus hauts dignitaires. Comme Joinville, il aimait à écrire, et il ne nous a pas laissé moins de trois ouvrages, importants à divers titres : un traité de droit féodal, qui lui assure parmi les jurisconsultes un rang très honorable, le Livre de Forme de Plait, publié et plus connu sous le titre de Assises de Jérusalem, un récit, débutant par une autobiographie, des événements auxquels il assista de 1228 à 1243, enfin le Traité des quatre temps d^âge d'homme, qu'il écrivit, alors qu'il était âgé de plus de soixante-dix ans. C'est un livre de morale toute laïque, formé de réflexions et de conseils, qui ne doit rien à la lecture et s'inspire tout entier de la pratique de la vie et de l'expérience personnelle. Philippe l'a divisé en quatre parties, où il trace le portrait du chevalier et de la dame accomplis, aux quatre périodes de la vie humaine (enfance, jeunesse, âge moyen, vieillesse). Il insiste fortement sur la nécessité d'une éducation sévère, recommande avant toute chose aux chevaliers (il ne s'occupe ni des clercs ni des vilains), la largesse, la mesure, la « discrétion », le sang-froid, la patience. Quoiqu'il ne soit pas tendre pour les femmes et qu'il se défie