‹ Histoire des lettresChapitre 149 sur 206 · UR LA I NOBLESSE · texte numérisé non relu

UR LA I NOBLESSE

La noblesse de race est aussi ime chimère : les « gentilshommes » ne sont pas plus nobles que ceux qui vivent de leur travail :

... Nus n'est gentis S'il n'est as vertus ententis (e) Ne n'est vilains, fors par ses vices... Noblece vient de bon corage (/) ;

Car gentillece de lignage N'est pas gentillece qui vaille, Por quoi (g) bonté de cuer i faille.

La vraie noblesse, c'est la science ; le vrai noble, c'est donc le clerc ; il apprend dans les livres ce qu'est le bien et le mal ; l'histoire lui fournit les exemples qui l'inclinent vers l'un, le détournent de l'autre :

Par quoi tuit clerc, disciple ou mestre Sont gentil ou le doivent estre.

(a) Huttes. — (b) Il fallut de nouveau. — (c) Et que chacim se soumît à un impôt. — (d) Possessions, domaines. — (e) Adonné. — (/) Noblesse de sentiments. — (g) Dans le cas où.

SUR Autre chimère, non moins funeste : la supériorité de la

LES FEMMES femme sur l'homme ; parfaitement ridicules, ces billevesées dont les poètes nous rebattent les oreilles, qui propagent par le monde d'hypocrites et dangereuses conventions, dont la vie fait justice. L'amant s'humilie aux pieds de sa « dame » et sollicite l'honneur de la servir ; l 'épouse- t-il, cet esclave devient un

tyran, sa victime regimbe et se venge comme elle peut. En réalité, amour et « seigneurie » sont choses contradictoires ; il ne doit y avoir, dans le mariage, ni seigneur ni dame, mais deux loyaux « compagnons », associés par la loi.

Jean de Meung n'est pas toujours aussi libéral ni aussi sensé; il donne volontiers carrière à ses préjugés et dresse contre la femme un terrible réquisitoire, où l'on retrouve l'écho des diatribes familières à la littérature ecclésiastique : la femme est un être faible, changeant, bavard, opiniâtre, astucieux, dépravé, d'un gouvernement difficile ; elle nous est nécessaire pour tenir notre ménage et nous donner des enfants, mais le (( prudhomme » soucieux de sa tranquillité doit se défier de la sienne et ne pas trop lui lâcher la bride ; qu'il l'habille, la chausse, lui laisse le soin des menus achats, mais qu'il se garde bien de lui confier jamais un secret : Samson, entre autres, n'a pas eu à se féliciter de l'avoir fait.

SUR Dans la haine non moins farouche que Jean de Meung a

LES MOINES vouée aux moines, nous découvrons à la fois les préjugés du bourgeois et les rancunes de l'écolier. Ces multitudes d'oisifs, sans devoirs, sans responsabilités, qui, sous les dehors de l'humilité, cachent une ambition sans bornes, et, pauvres de nom, édifient d'immenses fortunes collectives, constituent, aux yeux de cet homme rangé, soucieux du bon ordre, im péril social ; suppôt de l'Univer-

r/uoRroci', df t \ i'assiox. - rexé piot.

DE SAINT LOUIS A PHILIPPE DE VALOIS

site, il en veut aux moines d'avoir usurpé des chaires, d'avoir obtenu de la complaisance du roi l'exil de maître Guillaume de Saint- Amour, et il tremble, en toute sincérité, pour l'Église : qu'elle se garde de ces loups déguisés en agneaux :

S'il a gaires de teus loviaus (a) Entre les apostres noviaus, Eglise, tu es mal baillie !

SA S'il combat les ordres mendiants, c'est aussi au nom d'une

PHILOSOPHIE philosophie très simple, dont il emprunte la formule aux anciens : suivre la nature, telle est sa devise, comme elle est celle des Epicuriens et des Stoïciens. Or la nature ordonne à l'homme de travailler, selon ses forces, au bien de ses semblables et de perpétuer l'espèce ; les vœux d'obéissance et de chasteté sont donc contraires à la nature et, partant, condamnables. Ce principe, s'il en tirait toutes les conséquences, le mettrait hors du christianisme ; mais il ne s'en est pas aperçu et il fait, en terminant, à sa façon, profession d'orthodoxie : dans ce paradis, mipaïen, mi-chrétien, dont l'incohérente et laborieuse description clôt le sermon de Genius, figure le divin Pasteur.

Le fils de la Vierge brebis O toute (b) sa blanche toison,

et les agneaux qu'il paît sous des ombrages élyséens s'abreuvent à une fontaine à trois canaux, où il est difficile de ne pas voir le symbole de la Trinité.

Ne nous hâtons donc pas de faire de Jean de Meung le « Voltaire du treizième siècle », le (( devancier des érudits païens et matérialistes du dix-huitième, des d'Holbach et des La Mettrie » (i), ni même un ancêtre de Rabelais. Il y a entre eux et lui cette différence que la critique de Jean de Meung n'a rien de subversif : s'il voit, dans le détail, beaucoup d'abus à réformer, il ne s'attaque, dans l'édifice social et religieux, à aucune partie essentielle.

Aussi toutes ces hardiesses n'ont-elles été aperçues que par une lointaine postérité ; elles n'avaient frappé aucune des âmes pieuses qui, au quinzième siècle, menèrent contre l'œuvre de Jean de Meung une si rude guerre : ce n'est pas son paganisme que lui reprocheront Christine de Pisan et Gerson, mais son injuste mépris des femmes, le cynisme de ses propos et un scandaleux « mélange de choses saintes et d'ordure ».

(a) Louveteaux. — (b) Avec.

(i) J.-J. Ampère, dans Revue des Deux Mondes, 15 août 1843.

LITTtRATCRK, T. I. 417 37

SON De tout temps, les adversaires les plus déterminés de ses doc-

TALENT trines ont rendu justice à son talent; déjà Gerson le proclamait sans égal dans le maniement de la langue et le très classique Bouhours (car le Roman de la Rose était encore lu au dix-septième siècle, dans le rajeunissement de Marot) n'hésitait pas à voir en lui « le père et l'inventeur de l'éloquence française ». Cette estime n'a rien d'exagéré. Sans doute son style est parfois diffus et les redites y abondent (il le sentait et parfois se rappelait lui-même à l'ordre : (( Bon fait prolixité fouïr «) ; il est prosaïque aussi et sent l'école. Mais ce sont là défauts d'un auteur plein de son sujet et qui aime mieux convaincre qu'éblouir. Dans la discussion ou les exposés de doctrines, il se contente d'être ferme, vigoureux, précis et fait fi de ces artifices dont son époque raffolait. Mais il sait être à l'occasion gracieux, pittoresque et nuancé : il a des descriptions, des récits (dans les épisodes mythologiques, par exemple) pleins de variété et de charme. Il lui arrive enfin, quand la passion l'échauffé, — et elle l'échauffé souvent, — d'atteindre à la sobre et rude éloquence du drame. Il y a, dans la confession de Faux-Semblant, des traits qu'eût enviés l'auteur du Tartuffe :

Trop sai bien mes habiz changier, Prendre l'un, et l'autre estrangier (a). Or sui chevaliers, or sui moines, Or sui prelas, or sui chanoines.

Or sui clers, autre ore sui prestres.

C'est cette robe-là qu'il revêt de préférence :

— Tu semblés être uns sains hermites.

— C'est voirs (è), mes ge sui ypocrites.

— Tu vas preechant astenance.

— Voire, voir, mes j'emple ma pance De bons morciaus et de bons vins.

Or sui desciples, or sui mestres, Or chastelains, or forestiers...

Or sui Robers, or sui Robins, Or cordeliers, or jacobins.

Tiex comme il affiert (c) à devins.

— Tu vas preechant povreté.

— Voir, mes riche sui à planté.

Et, combien que povre me faingne, Nul povre ge ne contredaingne...

— Dont ne criens tu pas Dieu?

— Non certes, Qu'envis (d) puet a grant chose ataindre En ce siècle, qui Dieu vuet craindre.

La peinture que fait le jaloux de ses tortures et de l'enfer qu'est la vie du mal marié est, dans un autre genre, un chef-d'œuvre, digne, par le jaillissement de verve comique et l'âpreté de l'invective, de l'auteur des Quinze Joies de Mariage, qui connaissait le morceau et l'a largement mis à profit.

(a) Mettre de côté. — {b) Vrai. — (c) Convient. — (d) Difficilement

DE SAINT LOUIS A PHILIPPE DE VALOIS

LA POÉSIE DE ciRCONS- Rutcbcuf cst, avcc Jean de Meung, le plus grand

TANCE. RUTEBEUF poète du treizième siècle; il a moins d'idées, et moins hardies, mais son style est plus vif, plus concis, plus personnel; il a de plus ime physionomie, et c'est le premier de nos écrivains dont on puisse en dire autant ; physionomie attachante et énigmatique, qui lui a valu depuis longtemps une place d'honneur dans toutes nos histoires littéraires, même celles où le moyen âge est le plus sacrifié.

C'était im simple jongleur, vivant de ce métier d'amuseur public :

En lieu d'ovrer, a ce (à rimer) m'atire (a) Car autre ovraigne (b) ne sai faire...

Tos jors ai engraissié ma pance D'autrui chatel (c), d'autrui substance...

... J'ai chanté Sor les ims por aus autres plaire.

Ce métier, il l'exerça pendant vingt-cinq ans au moins (de 1260 à 1285), cultivant, sauf l'épopée et le roman, tous les genres aloFS en vogue. Son œuvre, qui nous offre en raccourci un tableau de la poésie française à son époque, comprend des allégories morales et pieuses, des vies de saints, un miracle dramatique, des monologues ou parades de foire, des fabliaux, des satires générales, mais surtout — et ceci est tout à fait nouveau — des pièces qui ne se peuvent comparer qu'aux sirventés de quelques troubadours, et qui sont vraiment de la littérature d'actuahté et de combat; Rutebeuf y traite de la façon la plus précise les questions politiques qui divisaient ses contemporains ; distribuant hardiment le blâme et l'éloge, il vise manifestement à influer sur l'opinion et par conséquent

, ,. . j . . UN JONGLEUR (D'après un manuscrit du Xiv« siècle.

sur la durection des anaures. Bibliothèque nationale).

(a) Je m'applique. — (b) Travail. — (c) Fortune.

LA La question de la croisade, alors brûlante, a passionné Rute-

CROISADE beuf : selon lui la France ne peut se désintéresser de son œuvre séculaire, de sa mission providentielle ; elle doit reconquérir le saint sépulcre et affermir son pouvoir en Orient. Laissera-t-on sans secours ces preux qui défendent pied à pied des conquêtes qui nous ont coûté si cher ; sans vengeance ceux qui, comme Geoffroi de Sergines et Eude de Nevers, y ont laissé leur vie? Constantinople est perdue, la Grèce menacée : qui pourrait fermer les yeux à l'imminence du péril ?

Nos en sons bien entré en voie, N'i a si fol qui ne le voie.

Quant Constantinoble est perdue, Et la Moree se ravoie

A recevoir tele escorfroie (a) Dont sainte Église est esperdue :

Qu'el cors a petit d'atendue (b) Quant "il a la teste fendue !

Quand Charles d'Anjou, sous prétexte de croisade, entreprend de conquérir la Fouille et la Sicile, quand Louis IX fait voile vers Timis, il somme tous les vaillants, au nom de leur salut éternel, de les suivre :

Diex done paradis a toz ses bienvoillanz (c) : Qui aidier ne li vuet bien doit estre dolanz. Trop a contre le roi d'Yaumonz et d'Agoulanz (d). Il a non li rois Charles ; or li faut des Rollanz.

Dans le célèbre débat entre le croisé et le « descroisé », c'est la foi chrétienne, le sentiment de l'honneur et du devoir qu'il met aux prises avec l'égoïsme et la lâcheté et qu'il fait triompher : le « descroisé », en fin de compte, bat sa coulpe et reconnaît sa folie.

LES CLERCS Contre les adversaires de la croisade ou ceux qui s'en désin-

ET PRÉLATS téresseut, il n'a pas assez d'invectives. Que dire des clercs et des prélats qui, détournant l'argent destiné aux soldats du Christ, laissant Dieu pauvre et nu, se bâtissent des palais où ils mènent une vie de scandale ?

Ahi, prélat de sainte Yglise Qui por garder les cors de bise Ne volez aler aus matines.

Mes sires Giefrois de Sargines Vos demande (e) delà la mer ; Mes je di : cil fet a blasmer Qui nule rien plus vos demande Fors bons vins et bone viande

Et que li poivres soit bien forz !

C'est vostre guerre et vostre esforz.

C'est vostre Dieus, c'est vostre biens.

Ahi, grant clerc, grant provandier (/) Qui tant estes grant viandier.

Qui fêtes Dieu de vostre pance.

Dites moi par quel acointance Vos partirez (g) au Dieu roiaume...

(a) Coup violent. — (b) Il y a pour le corps peu d'espoir. — (c) A ceux qui l'aiment. — (d) Noms de rois sarrasins dans la chanson de geste d'Aspremont. — (e) Vous appelle. — (/) Bénéficiaires de prébendes. — (£) Vous aurez part.

DE SAINT LOUIS A PHILIPPE DE VALOIS

n est bien imprudent, le roi qui, dédaignant les chevaliers, les admet dans ses conseils comme s'ils étaient des Naime de Bavière. Vienne quelque trouble, il fera beau voir toute l'autorité remise aux mains de la « gent béguine » !

LES Dans les pièces relatives à la querelle entre l'Université et les

MOINES ordres, et dans bien d'autres, les moines sont traités plus durement encore que les clercs et les prélats : les portraits grotesques, les insinuations simplement malicieuses alternent avec les violentes objurgations; les reproches de Rutebeuf se confondent avec ceux de Jean dé Meung, et ses personnages du Pharisien et d'Hypocrisie paraissent une réplique de Faux-Semblant ; simulant la pauvreté, les Jacobins accumulent les richesses :

voyez ces vastes «hôtels»

où l'on pourrait donner des tournois! S'insinuant dans les familles, où ils répandent la terreur, ils captent les héritages : tout argent leur est bon, même celui qu'ils devraient laver avant de le toucher; celui-là est prud'homme qui leur ouvre sa bourse, fùt-il hérétique et (( bougre » fieffé ; les vrais hérétiques, ce sont ceux qui leur tournent le dos :

PORTRAITS SATIRIQUES DE JACOBINS (D'après un manuscrit du xiii» siècle).

Qui ces deus (a) n'obéit Et qui ne lor gehist (b)

Quanques il onques fist.

Tels bougres ne nasquit.

Jamais l'ironie n'a été poussée plus loin et plus savamment maniée que dans la Bataille des Vices et des Vertus^ où il reprend à sa façon un vieux thème très rebattu : décidément Orgueil est vaincu; Humilité, jadis si chétive, a bien grandi, car les frères dont elle est l'enseigne sont maintenant les maîtres des princes et des rois. N'est-il pas juste qu'une si haute dame ait grandes maisons et vastes salles et que la science des choses divines soit logée dans des palais ? S'il plaît au roi de combler les ordres de biens, les ordres auraient grand tort de refuser ; le sage sait que la prospérité n'a qu'un temps, et songe à l'avenir :

Le bien praingne l'en quant l'en puet, Qu'on ne le prent pas quant l'en vuet.

(a) Les Papelans et les Béguins.

(b) Avoue, confesse.

UN APPEL Dans le Dit de Maître Guillaume de Saint- Amouvy c'est sur un

AU ROI ton plus grave qu'il parle du roi et qu'il l'interpelle ; le pape, lui dit-il, en cassant l'arrêt d'une cour arbitrale régulièrement constituée, en exilant de Paris un maître respectueux des lois, a commis un criant abus de pouvoir : si le pontife romain peut prononcer en France la peine de l'exil, le roi n'a plus chez lui aucun droit. Un jurisconsulte gallican ne parlerait pas mieux. Et si le roi veut prendre sur lui la responsabilité de cet arrêt, qu'il interroge sa conscience, et se souvienne du sang d'Abel demandant justice. La fin de la pièce est d'une singulière solennité :

Quant Diex (a) se monstrera cloez, Que c'en (b) au jor du grant juïse Por lui (c) demandera jusdse ; Et vos, sor ce que je raconte.

Si en aurez paor et honte.

Endroit de moi vos puis je dire Je ne redot pas le martire Ne la mort, d'où qu'ele me viengne, S'ele me vient por tel besoingne.

LA BOHÈME AU TREi- Que de tcUcs idées aient pu être exprimées, et

ziÈME SIÈCLE sur un pareil ton, par un simple jongleur, gagnant son pain au jour le jour sur les places publiques, voilà qui est fort surprenant. Ce qui ne l'est pas moins, à un autre point de vue, c'est la complaisance avec laquelle Rutebeuf nous parle de lui-même, étale devant nous ses misères et ses tares, en plaisantant lui-même de sa détresse : <( C'est une première édition de Villon, » a dit de lui E. Faguet, répétant ce qu'avaient dit, en d'autres termes, Lintilhac, Lenient, Aubertin, Gerusez et Villemain. Qui ne la connaît, cette émouvante peinture du misérable intérieur où il n'ose rentrer les mains vides?

Ne me blasmez se ne me haste

D'aler arrière.

Que ja n'i aurai bêle chiere :

L'on n'a pas ma venue chiere Se je n'aporte...

L'âtre sans bûche, la huche « sans pain ne paste », la femme en couches, la nourrice réclamant ses gages et menaçant de renvoyer le nouveau-né « braire en l'estre », les amis d'antan brusquement évanouis :

Que sont mi ami devenu Que j'avoie si près tenu

Et tant amé ?

Je cuit qu'il sont trop cler semé,

Si sont failli {d)...

Je cuit li venz les m'a osté.

L'amors est morte :

Ce sont ami que venz emporte Et il ventoit devant ma porte...

(a) Jésus-Christ. — (b) Ce sera. — (c) Povu: maître Guillaimie, il... — (<f) Ils ont disparu

DE SAINT LOUIS A PHILIPPE DE VALOIS

Et cette navrante confession sur un sot mariage, avec une femme pauvre, vieille, « entreprise », « que nus fors moi n'aime ne prise », et cette vivante peinture de la vie du joueur :

Li enviai que j'envioie (a) M'ont avoié(è) quanques j'avoie

Et forsvoié...

Li dé que li detier ont fet M'ont de ma robe tôt desfet,

Li dé m'ocient ; Li dé m'aguetent et espient Li dé m'assaillent et desfient.

Li traïtor de pute estrace

M'ont mis sanz robe...

Mais bah ! Reviennent les beaux jours et toutes ces misères seront oubliées Vivent les dés, le bon vin et foin des économies !

Je ne di pas que jes despris (c), Ainz di qu'autres conseus (d) est pris

De cel argent.

Ne s'en vont pas longues charjant (e), Ainz entendent a autre afere :

Au tavemier font du vin trere;...

Ne boivent pas, chascims le cole j Tant en entonent par la gole,

Ne lor sovient Se robe achater lor covient :

Riche sont...

RuTEBEUF EST-IL Dans CCS beaux vers, si vifs et si pleins, on a salué

UN VILLON? la première apparition de la poésie personnelle. N'est-ce point ainsi qu'ont parlé, non seulement Villon, mais Régnier et Musset?... Je crois, pour ma part, que c'est se faire illusion ; ce qui me frappe dans cette description de la vie de bohème, c'est son caractère conventionnel : elle ressemble, avec plus de gaieté et d'esprit, à mainte autre de la même époque. Tout jongleur était par définition joueur et pilier de taverne; il s'en vantait volontiers, sachant bien que le pubUc, loin de se scandaliser, s'égaierait au récit de ses infortunes et que la bonne humeur stimulerait la générosité. Dans ces sortes de jeu il est bien difficile de savoir où finit le boniment de l'histrion, où commence la confession de l'honmie. Les plaisanteries même sur les misères domestiques ne sont qu'im nécessaire complément du tableau : Colin Muset et Adam de la Halle nous ont fait des confidences analogues, dont un biographe scrupuleux a bien de la peine à faire état, se souvenant de la définition du jongleur donnée par Brunet Latin, qui vécut à Paris précisément à cette époque et put connaître Rutebeuf lui-même : « Jugleor est cil qui converse entre la gent, a ris et a gas, et moque soi et sa femme et ses enfans et tous autres. »

(a) Les mises que je faisais (en enchérissant sur celles des autres). — (b) Fait perdre. — (c) Méprise. (d) Résolution. — (e) Les joueurs n'en sont pas longtemps encombrés.

LA POLITIQUE II est, je l'ai dit, bien plus surprenant encore qu'un jon-

DE RUTEBEUF gleur ait pu avoir sur les plus graves questions du jour des idées si personnelles ; mais il resterait à prouver que Rutebeuf a exprimé des idées personnelles et non celles de ses protecteurs. Or il en avait, et des plus haut placés : il appelle son « seigneur » Alfonse de Poitiers, qui, nous dit-il, « l'aidoit moût volontiers ». Il paraît avoir connu personnellement aussi Charles d'Anjou, et tous ces

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