‹ Histoire des lettresChapitre 158 sur 206 · JOINVILLE ET SAINT LOUIS · texte numérisé non relu

JOINVILLE ET SAINT LOUIS

généralement attribué ces défauts à Tâge avancé de l'auteur, alors octogénaire. Ce n'est que tout récemment que G. Paris, en mettant en pleine lumière le plan suivi par Joinville, les a expliqués, et plaidé d'une façon décisive les circonstances atténuantes (i).

Ce plan, qui consistait à rappeler d'abord les « saintes paroles », puis les « bons

faits » du roi, a été suivi dans son ensemble. Mais les deux parties sont de longueur extrêmement inégale (la première forme à peine le douzième de l'ensemble) parce que Joinville, arrivé au récit des événements de la croisade, a eu l'idée d'y insérer en entier des mémoires personnels sur ses aventures en Terre- Sainte, qu'il avait écrits pour ses amis et ses proches, une trentaine d'années auparavant; ainsi s'expliquent non seulement la disproportion entre les parties, mais le fait, dont on s'était quelque peu scandalisé, que l'historien est aussi souvent en scène que son héros ; que, parmi les belles actions du roi il intercale sans façon les siennes, même les plus insignifiantes, que, des « saintes paroles » de celui-ci, il paraît n'avoir retenu que celles qui s'adressaient à lui-même.

Certains autres défauts de Joinville, qui sautent aux yeux, trouvent leur explication dans la tournure de son esprit, qui n'était nullement profond, et même médiocrement réfléchi. Comprendre les causes secrètes des événements, les chercher dans le conflit des passions et des caractères ne l'intéresse guère et il n'y songe point du tout ; il est incapable de dominer les faits et de saisir les ensembles ; il

Page 1