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GASTON PHŒBUS ENSEIGNANT L'ART DE VÉNERIE

SUR LES C'est

MONNAIES un véritable traité d'économie politique, le plus ancien que nous possédions, que le Livre, de Nicolas Oresme, sur Vinvention des monnaies, écrit d'abord en latin (vers 1360) et traduit peu après en français. Après avoir expHqué l'origine de la monnaie, l'auteur démontre qu'elle est la propriété de ses détenteurs, dont elle représente le travail, et non du prince, qui n'a pas plus le droit d'en altérer le titre et troubler le cours, que celui de « muer les premières lois, statuts, coutumes et ordonnances touchant la communauté ». Ces principes, trop souvent oubliés au quatorzième siècle, étaient ceux de Charles V, dont Oresme ne faisait sans doute que traduire la pensée.

SUR Depuis longtemps les questions politiques étaient traitées

LA POLITIQUE gn latin par les légistes ou les clercs de l'Université ; elles avaient été abordées de biais dans les longs poèmes encyclopédiques énumérés plus haut, débattues avec plus ou moins d'ampleur dans les assemblées provinciales et les États généraux de 1356 et 1357. Mais elles n'avaient jamais été exposées directement, sans partis pris violents, dans des livres en langue vulgaire. Nous assistons vers la fin du siècle à cette nouveauté, souvent encouragée par le pouvoir royal. Charles V, esprit pondéré et lucide, aussi libéral qu'on pouvait l'être de son temps, avait compris que le gouvernement devait s'appuyer sur l'opinion ; il fut aussi le premier, Michelet l'a remarqué, à deviner la puissance du livre et à essayer d'agir sur l'une au moyen de l'autre. C'est parmi ses conseillers et confidents que se recruta cette école de pubhcistes, dont les uns formulèrent les principes généraux de la politique, tandis que les autres en tentaient l'application aux problèmes du jour.

E SONGE Ce sont certainement les idées de la royauté sur les rap-

Du VERGIER » ports entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel (i) qui se reflètent dans une des œuvres les plus importantes du siècle, le Songe du Vergier, écrit en latin en 1376, traduit en français l'année suivante. Le livre est anonyme, mais son attribution à Philippe de Mézières est vraisemblable, à cause des étroits rapports de pensée et de forme qui l'unissent à un autre « songe », celui du Vieil Pèlerin^ œuvre authentique de Philippe. Celui-ci était im gentilhomme picard, qui, après avoir été chancelier du roi de Chypre, Pierre I" de Lusignan, et s'être dépensé en vains efforts pour rassembler, contre l'infidèle, les forces de la chrétienté, avait été accueilli par Charles V, et nommé par lui membre du conseil de régence et précepteur du dauphin.

Comme l'exigeait alors la mode, il raconte un songe qu'il avait eu « moitié dormant, moitié veillant », dans un déUcieux verger ; il y avait vu le roi, assis sur son trône, ayant à ses côtés Puissance séculière et Puissance spirituelle, qui le suppliaient de mettre fin à leurs débats, et, sur son conseil, avaient choisi comme avocats im chevalier et un clerc. Les sentiments de l'auteur apparaissent nettement dans le rôle qu'il attribue au clerc, qui, trop enclin à remplacer les raisons par des récriminations sans portée, prête naïvement le flanc à son adversaire. Interrogé sur ce qu'il

(i) Le problème avait été traité par un autre familier de Charles V, Raoul de Presles, dans deux œuvres plus sereines (les traités De potestate Papte et De utraque potestate).

entend par le droit : « C'est, dit-il, ce que le pape a décidé. Dieu étant le maître du monde et le pape son représentant, le pape a tous les droits, et il peut se servir des rois comme d'un instrument, de même que le vilain se sert de son âne. » Aisément battu, il se réfugie dans le paradoxe et les opinions extrêmes : il va jusqu'à contester au roi le droit de lever des impôts et se déclarer partisan du roi d'Angleterre. Sur la question principale s'en greffent ime foule d'autres, intéressant la politique intérieure et extérieure, la loi salique, l'immunité des clercs en matière d'impôts, les limites de la juridiction ecclésiastique, l'utilité des ordres, la place des Juifs dans l'État, la suprématie de l'Empereur sur les autres princes, — sans compter des digressions sur l'éducation des rois, le duel judiciaire, l'usure, la polygamie, l'astrologie.

« y E SONGE DU Le Songe du

L^ VIEIL PÈLERIN ,, yidl Pèlerin, moins confus et moins passionné, est une sorte de Télémaque, où Philippe a résumé ses doctrines politiques et pédagogiques : il nous y montre la reine Vérité parcourant le monde pour y semer les bons « besants » en place des mauvais, c'est-à-dire y propager la sagesse et en extirper les abus, et s 'arrêtant en France pour y instruire « le blanc faucon au bec et pieds dorés », c'est-à-dire le jeime Charles VI, qui, au moment où le livre lui fut dédié (1389), avait déjà causé à son ancien précepteur bien des désillusions.

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