REPRESENTATION DU MYSTERE DE LA PASSION A VALENCIENNES EN I
(D'après un manuscrit de la Bibliothèque nationale).
l'action. Celle-ci se transporte à chaque instant d'un pays dans un autre, de la terre au ciel; les personnages, prélats, princes ou simples bourgeois, parlent la même langue, simple, même vulgaire, mais souvent vive et énergique. Le plus grand intérêt de ce recueil est de nous mettre sous les yeux, sans parti pris d'aucime sorte, toute la société du temps, avec ses instincts violents ou cupides, naïvement étalés, à peine combattus par ime foi également ardente et superstitieuse : peinture d'autant plus frappante et instructive que la préoccupation satirique en est tout à fait absente (i).
(i) Deux des Miracles du recueil (Berthe et Macaire) où l'intervention de la Vierge est très artificielle, sont empruntés à des chansons de geste, et exploitent le thème de la femme innocente persécutée, de même que celui de Griselidis (1395), purement profane, qui a été empnmté à Boccace ou à la source utilisée par celui-ci. Nous n'avons de cette époque que deux Miracles de saints, un de saint Nicolas et un autre, en provençal, de sainte Agnès.
'lES DE SAINTS La mise en scène, non plus d'un miracle isolé,
PAR PERSONNAGES mais de la vie entière d*iin saint, devait fournir au théâtre une matière très riche et variée. Nous avons, de la fin du treizième siècle, quelques mentions de pièces de ce genre (un Jeu de saint Martial était représenté à Limoges dès 1270), mais deux seulement nous sont parvenus qui sont du quatorzième, la Vie de saint Denis et celle de sainte Geneviève, au reste fort médiocres.
PASSION Longtemps on s'était borné à figurer la Nativité et la Résur-
Du CHRIST rection, en évitant, par respect, de mêler la personne divine à celle des témoins de ces deux événements. Nous avons montré plus haut que, dès la fin du treizième siècle, on s'était mis à représenter avec son cortège de scènes diversement pathétiques, la Passion du Sauveur, mais en se tenant très près des textes sacrés. Au quatorzième, on développa ce thème, avec plus d'ampleur et de liberté. Des sociétés même se fondèrent en vue de ces représentations, qui se firent de plus en plus fréquentes et solennelles; des sociétés de ce genre, formées de bourgeois et d'artisans, existaient à Rouen dès 1374, à Paris, dès 1380, sous le nom de « Confrères de la Passion et Résurrection Nostre-Seigneur ». Nous avons une Passion méridionale (gasconne ou catalane, mais sûrement traduite d'im original français), au moins contemporaine de Charles V, qui déroule en scènes très rapides presque toute la vie du Sauveur. Nous avons conservé enfin la mention de deux représentations de la Passion, données, l'une à Paris en 1380, l'autre à Saint-Maurles-Fossés en 1398, probablement par les Confrères de la capitale. Ceux-ci obtinrent de Charles VI, le 4 décembre 1402, l'autorisation et le privilège exclusif de jouer en pubUc « quelque mystère que ce soit, soit de la dite Passion et Résurrection, soit de saints comme de saintes ».
C'est probablement au répertoire de cette confrérie qu'appartenait un précieux recueil, des environs de 1430, conservé dans un manuscrit de la Bibliothèque Sainte-Geneviève : sur les onze morceaux dont il se compose (parmi lesquels les Vies de saint Denis et de sainte Geneviève mentionnées plus haut), quatre sont relatifs à la Vie de Jésus-Christ. La Passion, qui comprend quatre mille quatre cents vers, met en scène, avant le jugement et le supplice du Sauveur, le repas chez Simon, la résurrection de Lazare et l'entrée à Jérusalem. Ce sont à la vérité des essais encore timides, des drames embryonnaires, qui n'ont même pas le charme naïf et la vivacité de coloris des Quarante miracles de Notre-Dame.
LE THEATRE Du théâtTC plaisant nous avons conservé moins encore. Des
COMIQUE mentions isolées de « farces », « moralités » ou « dialogues », représentés par des « joueurs de personnages » aux gages des grands, nous prouvent du moins que la matière comique commençait à s'organiser, à se distribuer en genres définis. Le Dit des Quatre Offices de la maison du roi par Eustache Deschamps (1360), qui met en scène des allégories (Paneterie, Échansonnerie, Saucerie et Cuisine), est déjà une moralité ; celui de Maître Trubert et d^ Antrongnart, du même auteur (1359), où nous voyons un avocat perdre aux dés, en jouant avec un client plus madré que lui, les honoraires qu'il vient de lui extorquer, a tous les caractères de la farce et le mot est au reste inscrit en tête du morceau, sous forme de rubrique.