‹ Histoire des lettresChapitre 180 sur 206 · AMANT RENDU CORDELIER · texte numérisé non relu

AMANT RENDU CORDELIER

La plaisanterie est plus fine dans P Amant rendu cordelier à Fobservance d'amour, poème en deux cent trente-six huitains, que quelques ressemblances avec les Arrêts d'amour n'autorisent pas à attribuer au joyeux procureur qu'était Martial d'Auvergne. L'auteur nous montre, dans l'inévitable cadre du songe, un jeune gentilhomme qui, par désespoir d'amour, va solliciter une cellule dans un cloître de la plus stricte observance. Sa confession, la mercuriale du prieur, la description de la prise d'habit, en présence d'une foule éplorée et bavarde, forment autant de piquants morceaux où sont joliment, mais trop longuement décrits les manèges et simagrées des freluquets et des coquettes.

GUILLAUME Guillaume Alexis, moine de

ALEXIS l'abbaye bénédictine de Lyre, au diocèse d'Évreux, qui s'intitiile lui-même « un homme plaisant entre mille » ne développe que des lieux communs, mais il le fait sans prétentions, avec une bonhomie spirituelle qui permet de le ranger parmi les précurseurs de Marot. Dans les Feintises du monde, il énumère en cent dix huitains, d'un style sobre et net, émaillé de proverbes et locutions populaires, les multiples formes que revêtent l'hypocrisie et l'art de s'aveugler soi-même. Le Blason (c'est-à-dire la description satirique) des fausses amours, que La Fontaine avait lu et dont il a reproduit la forme strophique dans les « Stances en vieux style de Janot et Catin », est un ser-

(i) Les pièces de ce genre forment la plus grande partie du Recueil de poésies françaises des quinzième et seizième siècles publié par A. DE MoNTAiGLON et J. DE Rothschild. Paris, 1855-1878, treize volumes (Bibliothèque elzévirienne) .

mon, en forme de dialogue, entre un gentilhomme et un moine, sur ce thème que, dans les frivoles et volages amours, on trouve infailliblement « pour un plaisir mille doulours (i) ».

GUILLAUME Plus légères encore de fond, mais plus lourdes de forme,

coQuiLLART gout les œuvtcs de Guillaume Coquillart, qui mourut vers 1510 chanoine et officiai de Reims. Comme les Arrêts d'amour, elles empruntent tout leur sel à la parodie du jargon juridique. Le Plaidoyer entre la simple et la rusée (deux petites bourgeoises qui se disputent la possession d'un galant), VEnquête entre la simple et la rusée (même sujet) appartiennent à ces « causes grasses » qui se plaidaient entre basochiens en temps de carnaval ; les Droits nouveaux sont une glose burlesque de quelques chapitres du Digeste, où sont introduites quelques « espèces » fictives, non moins plaisantes que scabreuses : bluettes absolument dépourvues de la haute portée morale que leurs éditeurs modernes (2) leur ont attribuée, composées de 1477 à 1480 par le jeune Coquillart, encore étudiant à Paris, pour égayer des solennités scolaires et divertir un public de robins.

ŒUVRES DIVERSES DE II ne faudrait pas croire que la littérature

CARACTÈRE SÉRIEUX moralisante, en vers ou en prose, ou en prose mêlée de vers, eût alors renoncé à l'allure pesamment dogmatique qu'elle avait adoptée dans l'âge précédent. Il y a beaucoup de banalités prétentieuses et de pédantesque érudition dans le Spécule des Pécheurs (où le latin alterne avec le français) de Jean Castel, petit-fils de Christine de Pisan (1468), dans le Doctrinal du temps présent (en prose et en vers) de Pierre Michault, secrétaire de Charles le Téméraire (1466), dans la Danse aux Aveugles, où le même Michault nous montre Cupido, la Fortune et la Mort, ces trois aveugles, menant le branle du monde, dans le Parement et Triomphe des dames, de l'honnête et solennel Olivier de La Marche (vers 1493) (3), dans les Lunettes des Princes, de Jean Mes-

(i) L'œuvre la plus ancienne du moine de Lyre est un recueil de sentences morales en vers équivoques {VA B C des doubles) daté de 1451 ; la plus récente (en prose mêlée de vers), im Dialogue entre le Crucifix et le Pèlerin, qu'il composa en i486, alors qu'il était retenu, avec ses compagnons de pèlerinage, à Jérusalem, dans les prisons du Soudan.

(2) P. Tarbé et Ch. d'Héricault; 1 édition de ce dernier a paru en 1857 dans la Bibliothèque elzévirienne.

(3) Olivier de la Marche, né en Bresse vers 1425, fut employé comme soldat et diplomate par Philippe le Bon, Charles le Téméraire, Marie de Bourgogne et Maximilien ; il fut longtemps maître d'hôtel de la maison ducale, puis préceptevu: de Philippe le Beau, et mourut en 1502.

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