HIST. NATION FRANÇAISE. LETTRES I
PLANCHE Xt.
chinot (i), où il est traité, non comme on pourrait le croire, des devoirs des rois, mais de ceux des hommes, en général, qui sont tous vraiment princes, <( ayant reçu de Dieu gouvernement d'âmes » : des dites lunettes, que Dame Raison offre à l'auteur pour l'aider à lire au livre de Conscience, les verres sont Prudence et Justice, montés sur l'ivoire Force et assemblés par le clou Tempérance : d'où résultent quatre dissertations sur ces vertus.
La poésie moralisante continua à sévir, plus pédantesque que jamais, sous les règnes de Charles VIII et de Louis XII, et même jusqu'aux environs de 1530; mais ce serait vraiment faire trop d'honneur aux Robert Gobin, Simon Bougouin, Symphorien Champier, Jean d'Ivry, Laurent Desmoulins, Guillaume Michel et autres rhétoriqueurs attardés, que de citer même les titres de leurs poèmes, non moins illisibles qu'édifiants.
MARTIN Graves ou badins, tous
LE PRANC ces écrivains s'emprisonnent invariablement dans les mêmes formules, usent des mêmes procédés, triste héritage du Roman de la Rose, c'est-à-dire qu'ils racontent un songe où ils ont entendu, dissertant ou plaidant, des personnages allégoriques, étrangement mêlés à de très modernes et positives réalités. Néanmoins, dans ces cadres surannés, quelques-uns ont fait preuve de liberté, d'indépendance d'esprit, et même d'un certain talent, trop souvent gaspillé à plaisir. Tels Martin Le Franc et Georges Chastellain, que de récents critiques ont vengés d'im oubli ou d'im dédain également injustes (2).
(i) Jean Meschinot, sire des Mortiers, né vers 1420, servit très fidèlement, sans être enrichi par eux, cinq ducs de Bretagne, et mourut maître d'hôtel de la duchesse Anne en 1492.
(2) Sur le premier, voy. A. Piaget, Martin Le Franc, prévôt de Lausanne, Lausanne, 1888, et G. Paris, Un poème inédit de Martin Le Franc, dans Romania, XVI, (1887), P- 3^3 ss. ; sur le second, G. PÉROUSE, Georges Chastellain, Paris, 1910.