‹ Histoire des lettresChapitre 30 sur 206 · TRAVAUX PUBLICS EN GAULE · texte numérisé non relu

TRAVAUX PUBLICS EN GAULE

que, dans tous ses poèmes, la quantité est soigneusement observée. Son poème épique sur saint Martin, en hexamètres, s'inspire de Sulpice Sévère et de Paulin de Périgueux ; les métaphores, les images, les comparaisons, les antithèses, les jeux de mots, l'allitération et la rime, qui dénotent le rhéteur, ne laissent pas de rendre son œuvre très vivante. En prose, Fortunatus a écrit la vie d'Albinus, évêque d'Angers, de Marcellus et de saint Germain, évêques de Paris, peut-être de saint Médard, enfin celle de sainte Radegonde : il s'attache surtout aux miracles dont il veut dresser la liste et il n'y emploie que des expressions que le peuple puisse comprendre.

GRÉGOIRE DE Grégoire de Tours a été appelé, non sans raison, notre

TOURS Hérodote. Descendant d'une famille sénatoriale d'Arvema,

arrière-petit-fils par sa mère d'un évêque de Langres qui avait été canonisé et dont il prit le nom, il naquit en 538 et fut instruit par son oncle Gallus, évêque d'Arvema, et par son successeur Avitus. En 573, il succédait comme évêque de Tours à Euphronius, le cousin de sa mère. Fortunatus célébra l'élection de Grégoire, le pasteur idéal, capable de défendre, de toutes façons, ceux dont il avait la garde. Tours, la ville de saint Martin, restait le centre religieux de la Gaule, et Grégoire fut ainsi, pour tout le pays, le défenseur des peuples et le conseiller des rois. Il mourut en 594.

De ses nombreux écrits, VHistoire des Francs est le plus considérable. Composée de 576 à 592, elle a pour objet essentiel, dit l'auteur, l'histoire actuelle du pays, que la postérité ne doit pas ignorer. L'instruction grammaticale de Grégoire de Tours présente des lacunes, car elle n'a été faite que d'après Marcianus Capella. Il n'est ni rhéteur ni philosophe, mais il a entrepris cette lourde tâche, parce que, dans cette époque de décadence littéraire, il ne s'est trouvé aucim savant pour s'en charger. Dans un premier livre, Grégoire donne un abrégé de l'histoire universelle, d'Adam à la mort de saint Martin; à partir de l'ère chrétienne, la Gaule intervient et bientôt elle occupe le premier plan. Le deuxième livre consacré à Briccius, successeur de saint Martin, traite des Vandales, des Huns, des Francs, des évêques d'Arvema et de Tours, de l'histoire de Clovis jusqu'à sa mort ; le troisième et le quatrième, qui vont jusqu'en 575 (date de la mort de Sigebert), relatent déjà des faits observés par Grégoire lui-même. Les Uvres suivants poursuivent encore mieux le but que s'est proposé l'historien : année par année, l'auteur expose ce qui s'est passé chez les Francs jusqu'en 591 et il termine par un chapitre sur les évêques de Tours. C'est dans ces derniers livres que Grégoire montre pleinement ses tendances morales

et religieuses en racontant les luttes des impies, la vie des justes, les vertus et les miracles des saints, la ruine des peuples, l'histoire du royaume de Dieu, c'est-àdire surtout celle de l'Église, et l'action de la Providence dans l'existence des individus et des peuples : tout réussit à Qovis qui défend le catholicisme, tandis que les princes hérétiques sont punis et disparaissent. La narration, qui ressemble à celle des Mémoires, manque d'habileté, mais elle a de la fraîcheur et de la vie.

D'autres écrits de Grégoire traitent des miracles : quatre livres établissent que Dieu confirme, par ceux qui se renouvellent chaque jour sur le tombeau de saint Martin, les merveilles qu'il fit pendant la vie de ce saint et par son ministère. Grégoire les a composés après que sa mère lui est apparue et il s'attache surtout aux miracles qui ont lieu par l'intermédiaire d'objets contigus au tombeau du saint, poussière qui le recouvre, eau qui a servi à le laver, rideau qui l'entoure. Il procède de même pour saint Julien, pour la vraie croix du couvent de Radegonde, pour les saints clous, pour la couronne d'épines, pour les tableaux du Christ, pour les rehques de la Sainte Vierge et des Apôtres, pour saint Saturnin et les martyrs de la Gaule, d'une façon générale, pour la gloire des martyrs. Il continue ce travail dans la Gloire des Confesseurs, dont les miracles, moins éclatants, appartiennent à la Gaule,

surtout à la région de Tours et à celle d'Arvema : on y trouve des anecdotes pieuses, dont l'une rappelle une tradition païenne transférée à xme église de saint Hilaire.

L'auteur se plaint de son ignorance de la grammaire, des genres et des cas. Ses Vies des Saints ou des Pères relatent les actions des évêques, des abbés et des ermites de la Gaule, parmi lesquels se trouvent Grégoire, son arrière-grandpère, son grand-oncle, Nicétius, évêque de Lyon, et Gallus, son oncle, qui fut son précepteur. Son manuel liturgique traite des offices nocturnes, dit l'heure à laquelle ils doivent être célébrés d'après la position et le lever des étoiles les plus importantes, signale sept miracles de la main des hommes : l'arche de Noé, les murailles de Babylone, le temple de Salomon, le tombeau du roi des Perses, taillé dans une seule améthyste et richement sculpté, le colosse de Rhodes, le théâtre d'Héraclée, bâti dans une montagne, le phare d'Alexandrie. A ces sept

Page 1