ALCUIN
philosophes, ayant trouvé dans la nature humaine la vertu, la charité et l'amour que loue et honore la religion, ne sont séparés du chrétien que par la foi et le baptême : leurs œuvres forment donc une véritable préparation évangélique. Et comme « bien parler est tout aussi agréable à Dieu que bien vivre », il importe d'étudier la grammaire et la rhétorique, de même que la dialectique, avec laquelle on combat les hérétiques. Les livres d'Alcuin reproduisent son enseignement : presque tous emploient la méthode des deflorationes ou des reproductions littérales, sans indication des sources, qui est alors en pratique dans l'Orient comme dans l'Occident. Sa Grammaire utilise Donat et Priscien ; son traité d'orthographe montre déjà comment le latin se transforme en roman. La Rhétorique vise surtout la pratique ; la Dialectique reproduit les Dix Catégories du Pseudo-Augustin, des passages de Boèce et d'Isidore de Séville, avec rappel de la Genèse et de VEcclésiaste^ qui traitent de physique, des Proverbes qui constituent une morale, du Cantique des Cantiques, assimilé à 1? logique et à la théologie, avec des exemples empruntés aux livres saints, à Cicéron, à Térence et surtout à Virgile. Dans les Lettres, il est question de géométrie et d'arithmétique, de musique et d'astronomie, de morale et de théologie. Un poème adressé à Gundrade, la sœur d'Adalhard, traite de l'âme à la façon de saint Augustin et de Plotin; Alcher de Clairvaux en a fait le livre de
l'Esprit et de VAme.
Alcuinfut un véritable directeur de conscience pour ses contemporains les plus marquants dans la hiérarchie ecclésiastique et politique. Ses conmientaires sur les livres saints, son traité de la Trinité; les Vies de saint Richaire, de saint Védaste, de saint WilUhrod, V Histoire de V archevêché d'York, en un poème d'une incontestable beauté, une élégie sur la ruine du monastère de Lindisfarnensis, d'autres poésies, parfois mêlées à ses lettres, dénotent un théologien plein de ressources, im prosateur remarquable, im versificateur qui rappelle souvent Fortunatus et parfois Virgile. Son influence sur tout l'Occident apparaît clairement dans les lettres qu'il envoie en Angleterre, dans celles qu'il adresse à Charlemagne ou à Amo, l'évêque de Salzburg.
Paul Diacre, venu d'Italie comme le grammairien Paul de Pise, a été appelé, avec l'exagération habituelle aux panégyristes du temps, un Homère pour le grec, im Virgile pour le latin, im Philon pour l'hébreu. Historien et poète, il corrige en France les livres saints, compose un recueil d'homélies, une histoire des évêques
de Metz, des poèmes oii il répond à ce que lui écrit Pierre de Pise au nom de Charlemagne. Angilbert réunit plus de deux cents volumes à Saint-Riquier et laisse des poésies.
Le poème sur Charlemagne « phare de l'Europe et fondateur d'Aix-la- Chapelle, la seconde Rome et la Rome de l'avenir », évoque en ses vers musicaux et en ses descriptions remarquables, dans son admiration pour les belles femmes et les beaux vêtements, même pour les histrions et les jeux, la figure si frappante de l'artiste et du mondain qui aurait épousé secrètement une fille de l'Empereur, devenue ainsi la mère de l'historien Nithard. Naso, disciple d'Alcuin, rappelle, dans ime églogue, ce que Virgile, Lucain et Ennius ont obtenu de leurs protecteurs, ce que Théodulfe, Alcuin, Êginhard et Angilbert ont reçu de Charles pour leurs travaux poétiques ; puis il célèbre la renaissance de l'Empire, d'où viendra l'âge d'or, qu'il décrit d'après Virgile, Calpumius et Ovide. Un autre disciple d'Alcuin chante la Lutte du Printemps et de l'Hiver, en présence de bergers, parmi lesquels figurent Palémon et Daphnis : ceux-ci, avant de l'écouter, entonnent un dithyrambe en l'honneur du coucou, l'inséparable compagnon du soleil.
Le Goth Théodulfe, devenu évêque d'Orléans, recommande aux prêtres des bourgs et des campagnes d'instruire gratuitement les petits enfants. C'est à Prudence et à Fortunatus qu'il se rattache par im poème en quatre chants sur Jésus- Christ, sur le ciel et l'enfer, la lutte contre les vices, la conduite à tenir par les évêques