THÉODULFE A NARBONNE
LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE
et les prêtres. Dans un autre, il raconte sa mission à Narbonne avec Leidrade et les offres aux juges qu'on veut corrompre, de monnaies d'or arabes, de draps et de cuirs de Cordoue, de vases précieux. Dans un troisième, il trace un des tableaux les plus anciens que l'on connaisse des arts libéraux. De petits poèmes, des épîtres en vers, des épigrammes témoignent d'une imagination assez vive et d'un véritable savoir en versification. Son compagnon de mission, l'archevêque de Lyon, Leidrade, affirme, dans une belle lettre à Charlemagne, qu'il a travaillé pour la science et la religion, en fondant des écoles de chantres et de lecteurs pour les ofiSces, d'interprètes pour les Écritures et de copistes chargés de multiplier les livres. L'ami d'Alcuin, le patriarche d'Aquilée, Paulin, possède ime culture théologique et littéraire assez remarquable. Il écrit contre les Adoptianistes et explique comment on peut convertir les Avares. Une Exhortation pour Érich, le margrave du Frioul, compile, entre autres ouvrages, celui de Pomerius sur la vie contemplative, et donne une direction à l'homme vertueux et chrétien. Son poème sur la Foi, où il traite de la Trinité et de l'Incarnation, offire une curieuse description des champs fleuris du Paradis. Une hymne sur la naissance du Christ, des poèmes sur la dévastation d'Aquilée par Attila, sur la mort d'Érich, qu'on lui attribue, expliquent bien l'admiration d'Alcuin.
Éginhard, chargé de veiller aux travaux pubHcs, rassemble des auteurs classiques qu'il étudie avec amour. D'après une légende charmante il aurait épousé Emma, fille de Charlemagne. Peut-être est-il un des auteurs des Annales trouvées à Lorch. Sa Vie de Charlemagne est, d'après Guizot, une vraie composition littéraire ; c'est, selon Ébert, le seul ouvrage du temps qu'on puisse comparer à la Vie <ï Auguste par Suétone. Nul, après Alcuin, n'a contribué plus qu'Éginhard à la renaissance des études classiques.
Smaragde, l'abbé de Saint-Mihiel, écrit sur la procession du Saint-Esprit. Dans im Commentaire sur Donat, il christianise la grammaire en prenant ses exemples dans l'Écriture et les Pères. Le Diadème des Moines ^ composé de sentences tirées des docteurs et des Pères sur les devoirs du moine chrétien, devait être lu le soir aux moines, auxquels on lisait le matin la règle de saint Benoît : il
fut imprimé et réimprimé plusieurs fois au seizième et au dix-septième siècle. La Voie royale traitait de l'amour de Dieu et du prochain, des commandements, de la sagesse divine, des vertus propres au roi, des fautes qu'il doit éviter et de la prière qui lui obtient le secours divin.
JEAN scoT ÉRiGÈNE ET Les successeurs de Charlemagne furent impuis-
SEs CONTEMPORAINS gauts à maintenir l'unité de l'Empire. Mais l'Ecole du Palais subsista sous Charles le Chauve ; d'autres écoles continuèrent à instruire
les prêtres, les laïques et les moines.
C'est autour de Jean Scot Érigène qu'on peut ranger la plupart des écrivains en latin du neuvième siècle. D'abord les Irlandais : Dungal, qui écrit sur l'éclipsé de soleil de 8io, puis sur les images, l'intercession des saints et les pèlerinages à Rome, en invoquant les Pères, les poètes et surtout Virgile; Sédulius Scotus qui se compare à Orphée et se nomme le Virgile de Liège, qui met en lutte la rose, palme brillante des martyrs, et le lis, ornement de ceux qui conservent la virginité; il rappelle tout à la fois Boèce, Prudence et Smaragde dans le Miroir des princes et les poèmes qui l'accompagnent ; Ricul qui offre à l'empereur, au début de chaque année, des hexamètres, im comput en prose ou en vers, un traité sur la mesure de la terre, rapproché souvent de Vltinéraire d'un moine champenois, par qui nous apprenons que l'hôpital latin de Jérusalem possède, grâce à Charlemagne, des ressources abondantes et même une bibliothèque. Jean Scot Érigène, appelé en France par Charles le Chauve, est un lettré parfois cicéronien et de pensée plus nourrie que les humanistes de la troisième Renaissance. C'est un érudit qui fait des vers grecs, un chrétien et un plotinien, im dialecticien et un penseur qui entend user en tout et partout de la raison.
En 848, le moine Gottschalk, dont la double Confession n'est pas sans mérite littéraire, avait été condamné pour avoir attribué à saint Augustin une doctrine sur