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SAINT BONAVENTURE

(Gravure du xv« siècle. Bibliothèque nationale).

LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE

En résumé, le treizième siècle rassemble tout ce qui avait été trouvé auparavant, laisse des œuvres artistiques et scientifiques, théologiques et philosophiques d'ime originalité puissante, qui rendra possibles, à partir du dix-septième siècle, les progrès nouveaux de la pensée et de la civilisation.

DE 1315 La période qui va de 13 15 à 1453 n'est certes pas aussi remar-

-A 1453 quable, mais elle ne saurait être, sans injustice, considérée comme tout à fait négligeable pour l'historien de la pensée humaine. Hauréau trouve qu'il n'y a pas de lecture plus pénible et plus fastidieuse que celle des écrits théologiques ou philosophiques du quatorzième siècle. Et l'on sait en effet combien les innombrables Commentaires sur les Sentences de Pierre Lombard, combien les discussions entre réaUstes et nominaux présentent de redites, de subtilités où l'on n'entrevoit que rarement le désir de trouver la vérité ! De plus, le décret de 13 15, qui fondait la Grande Sorbonique et obligeait le soutenant d'une thèse à répondre à toutes les objections qui lui pouvaient être faites, depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir, sans manger et sans boire, a donné naissance à ime institution dont personne ne conteste les multiples inconvénients. Mais l'abbé Gerbet, M. de Rémusat et Hauréau sont d'accord pour afl&rmer qu'à cette école de discussions écrites et orales, d'argumentations logiques, notre langue a pris plus de clarté et de précision qu'aucime autre, notre esprit a contracté des habitudes sévères de raison, un tact une soutenance de thèse en 13 15.

admirable pour l'ordre et l'économie des idées, une supériorité de méthode dont les grandes productions des trois derniers siècles gardent particulièrement l'empreinte. Et il y a certes une bonne part de vérité dans ces affirmations, qui portent en réalité sur l'invention, l'ordonnance et l'analyse des idées, comme sur l'enrichissement de la langue, sur la justesse et la propriété de l'expresssion.

Quelques-uns des penseurs de cette époque ne sont pas d'ailleurs sans originalité. François de Mayronis, mort vers 1323, le maître des abstractions, rappelle parfois les Plotiniens et les Grecs qui vont faire l'éducation de l'Italie. La méthode d'Aristote, observée par saint Paul, dit-il, s'élève des choses inférieures aux choses supérieures^ la méthode de Platon, suivie par saint Jean, descend des choses supérieures aux choses inférieures. Et il s'agit, bien entendu, du Platon complété par Plotin, tel que le présente saint Augustin. Si le philosophe peut préférer la méthode d'Aristote, c'est à la condition qu'elle le conduise où l'attend Platon, car Platon, ajoute-t-il dans une comparaison singulière, est le plus grand parmi les philosophes, comme Jupiter est le premier entre les dieux ! Chez lui encore, comme chez Spinoza, Hauréau signale la formule célèbre, annoncée chez Jean Scot, que Dieu est nature naturante, en tant que créateur.

Son contemporain Pierre Auriol est un disj)uteur habile, que ses élèves appellent le docteur éloquent. Il combat les abstractions réalistes, tandis que Hervé Nédellec cherche à réconcilier les deux écoles. Durand de Saint-Pourçain se refuse à croire tout ce qu'enseignent ses maîtres et ne pense pas qu'il faut avoir autant de souci de l'affirmation d'Aristote que de la vérité. Dieu, dit-il, après Roger Bacon, nous a créés raisonnables : servons-nous donc de notre raison et n'hésitons pas à nous prononcer contre les plus grands docteurs si elle nous dit qu'ils se sont trompés. Guillaume d'Ockam, qui étudie la théologie à Paris, est surtout connu par sa lutte contre les papes, auxquels il ne reconnaît auome autorité sur les choses temporelles. Mais c'est aussi le prince des nominalistes, un psychologue pénétrant, un précurseur de François Bacon, de Locke et de Ldbnitz. Les romanciers et les poètes dramatiques ont mêlé Jean Buridan, recteur en 1327, à l'histoire légendaire de la reine Jeanne. On lui doit sur la liberté une théorie profonde qui n'a guère été comprise; et il s'interroge lui-même, en attendant qu'on en revienne à interroger la nature, au lieu de s'en rapporter uniquement aux livres.

PIERRE D'AiLLY De même, les trois théologiens français, dont nous

ET JEAN GERSON avous uoté les tcndanccs humanistes, ont une place marquée dans l'histoire de la civilisation comme dans celle de l'Église. Tennemann

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