JEAN JOUFFROY
(Gravure du xvf siècle).
LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE
se publient les grandes éditions, que se poursuivent les recherches originales, soit sur la nature, soit sur les textes antiques, soit même sur les œuvres les plus marquantes de la période médiévale.
Dans les collèges, on tend — et les Jésuites contribueront à hâter le mouvement — à une certaine élégance qu'on demande au latin classique, pour les discours et les lettres, pour les petites compositions en vers ou pour les pièces de théâtre que les élèves et les maîtres continueront à produire, du quinzième siècle à nos jours. Le fond est mince, mais la forme est souvent ingénieuse. Ces exercices, scolaires et post-scolaires, aident à donner l'intelligence véritable de la poésie et de la prose ; par le latin et le grec, ils font mieux comprendre le français et en rendent l'usage plus élégant, plus précis et plus savoureux.
Après Gerson et Jean de Montreuil, on s'attache, comme en Italie, aux poètes et aux prosateurs de l'époque classique. Le bénédictin Jean Jouffroy (1412-1473) leur empnmte, pour ses discours, des expressions, des maximes et des exemples historiques. Guillaume Fichet (1433- 1490) enseigne la théologie et la rhétorique, en Usant aux étudiants les Sentences de Pierre Lombard et le traité qu'il a composé sur la science « si belle et
si riche de la rhétorique».
L'imprimerie établie à la Sorbonne publie les Epistolce du cicéronien Gasparino de Bergame, comme un modèle de style ; elle donne aussi des œuvres classiques, des traités de grammaire, des recueils de lettres anciennes et modernes, qu'on propose à l'imitation, le Traité de G. Fichet lui-même :
« Pour parler le langage des poètes, dit Fichet en rappelant Alcuin et Charlemagne, les dieux et les déesses font renaître chez nous la science de bien dire. » Et Gaguin, conservant les
LES IMPRIMEURS (Gravure de la Danse des Morts, par Pierre Le Rouge).
formules hyperboliques de ses prédécesseurs, lui écrit : « Les Parisiens t'ont voué un véritable culte, à toi qui, le premier en Gaule, as fait briller le flambeau de l'éloquence parmi les ténèbres du discours. » Le Traité de Fichet, fait d'emprunts à V Invention de Cicéron et à la Rhétorique à Herennius, dicté et appris par cœur, est un vrai manuel d'école, où abondent les classifications et les formules, même les expressions non classiques ou barbares, comme disent les contemporains. Les auteurs publiés par l'imprimerie de la Sorbonne, Virgile, Cicéron, Térence étaient certes en partie connus dès la première Renaissance. Mais on les
explique, on les commente, lors de la troisième, et puis on en découvre d'autres : le versificateur Sédulius, l'opuscule mis en latin de saint Basile sur la lecture des anciens, le Pamphilus de Amore, l'opuscule contre les poètes au langage impudique, le De cœtu poetarum, qui est un véritable catalogue de poètes. Si l'on étudie la Grammaire et la Métrique de Perotti, les Elegantiœ de Laurent Valla et celles de Dati, le Manuel sur la composition de Sulpicius Verulanus, les Règles des élégances et les Lettres de Negri, les Epistola aurece ou Lettres d'or de Pic de la Mirandole, les Lettres de Politien et de bien d'autres pour apprendre à écrire, à parler avec correction et élégance, on commente aussi le Grécisme d'Éberhard de Béthune et on imprime plus de dix fois, en moins de vingt ans, le Doctrinal d*Alexandre de Villedieu : il y a évolution, non révolution, au seizième siècle, comme au huitième et au treizième, comme, plus tard, au dix-septième.
Robert Gaguin, général des Trinitaires en 1473 et doyen de la Faculté de décret, avait enseigné la rhétorique à l'Université. Il écrit en français spécialement des traductions du latin; en latin, un traité de versification, un traité et un poème sur l'Immaculée Conception, une histoire de l'origine et des actions des Français. Chargé d'ambassades à Rome, en Allemagne et en Angleterre, il groupe autour de lui des Français et des étrangers, des clercs et des magistrats, des chanceliers et des évêques, Jean de Trithème, abbé de Spanheim, qui le place parmi les écrivains ecclésiastiques, Arnold de Bost, le Mersenne gantois du quinzième siècle, les Italiens Béroalde, Balbi, Vitelli, Andrelini, Paul-Émile de Vérone, pensionné pour son Histoire de France, Mancini et Ferabos, <( poètes lauréats », qui écrivent pour lui des vers, Angelo Cato, primat des Gaules, à qui Commynes adresse ses Mémoires.