OLIVIER DE SERRES
(Gravure du xvi* siècle. Bibliothèque nationale).
français et latins qui lui avaient valu déjà une certaine réputation et même des
Juvenilia qui dénotaient une <( existence licencieuse » ou tout au moins « mondaine ».
A la suite d'une cruelle maladie, il quitte ses amis, ses
parents, sa patrie pour suivre <( Christ ». Il enseigne
d'abord le grec à Lausanne, puis, avec Calvin, il organise
à Genève la nouvelle école de théologie. S'il met les
Psaumes en français, il écrit en latin la réponse à Castalion
qui avait protesté contre le supphce de Michel Servet,
bon nombre d'ouvrages de théologie dont l'action fut
grande sur les protestants français. C'est en latin aussi
que sont écrites les Icônes^ ou portraits des précurseurs,
des héros, des martyrs de la Réforme.
Michel Servet, Espagnol, avait étudié le droit à
Toulouse. Correcteur d'imprimerie à Lyon, il y avait
entrevu la géographie comparée, en éditant Ptolémée,
et abordé la médecine avec Symphorien Champier. A
Paris, sous le nom de Villeneuve, il travaillait auprès
de Jean Gunther d'Andemach. Puis il exerçait la
médecine à Charlieu près de Lyon et vivait ensuite douze années auprès de
l'archevêque de Vienne, son ancien auditeur à Paris. Après avoir déjà traité
en latin des erreurs relatives à la Trinité, il publiait, dans la même langue, la Restitution du christianisme : « C'est, disait Servet lui-même en parlant de Calvin, la mort de luy ou de moi. » Ce fut celle de Servet : il fut brûlé à Genève. Sébastien Castalion, déjà brouillé avec Calvin dont il avait auparavant été l'ami, écrivit en français et en latin contre la condamnation de Servet : il est ainsi, avec Marsile de Padoue, un des précurseurs de la liberté religieuse. <( Chacun doit être libre, dit-il, de servir Dieu selon la foi, non d'autrui, mais la sienne... Le magistrat n'a d'autre devoir que de protéger la vie et les biens des citoyens. » Le chancelier de l'Hôpital et Henri IV s'attadoctrine que suivirent plus tard Bayle, Locke, Voltaire et
BERNARD PALISSY (D'après une miniature. Musée de Clunv'.
chèrent à cette Montesquieu.
FERNEL, viÈTE, C'cst Cil fiaiiçais qu'écrivent Bernard Palissy, l'admirable
cujAs observateur doublé d'un grand artiste, Olivier de Serres, le
collaborateur de Henri IV et de Sully par son Théâtre (T agriculture et par ses publications relatives à la culture de la soie, Ambroise Paré, le chirurgien de génie dont les œuvres mises en latin eurent de nombreuses éditions. Mais c'est du latin que se servent Femel, Jean Gunther d'Andemach et Sylvius, Symphorien Champier, Viète et Cujas.
Symphorien Champier (1472-1533), dont le succès fut grand à Lyon comme praticien, s'attacha à établir un parallèle entre les Grecs et les Arabes, en traitant de la médecine et de son histoire. Jean Gunther d'Andemach, venu à Paris en 1525, y obtient l'amitié de Lascaris et de Budé, la protection du cardinal du Bellay. Docteur en 1530, c'est le premier Allemand qui, depuis JEAN FERNEL. ^^ sièclc, ait fait partie de la Faculté. Il fut salué
comme le restaurateur de l'anatomie dans l'Université de Paris. Son ami Dubois
ou Sylvius, partisan décidé de GaUen, enseigne la médecine au CoHège Royal.
Femel (1497-1558) est un professeur remarquable, un praticien éminent. Pour
satisfaire aux besoins du temps, il rassemble tout ce qu'il y a de mieux chez
les Grecs, les Latins et les Arabes. Et il y réussit, de telle façon qu'on le met
au nombre des classiques, qu'on le commente à la façon
des anciens. Ses livres traitent de la physiologie, de la
pathologie, de la thérapeutique. Plusieurs furent mis en
français au dix-septième siècle. Gui Patin écrivait encore
que Femel avait rappelé à la vie la médecine déjà
presque dans la tombe, pœne sepultam. Bordeu l'a mis
im peu au-dessous d'Hippocrate et à peu près de
niveau avec Galien. En fait il a coordonné les doctrines
antérieures et les a exposées dans un latin élégant. Vesale, le futur médecin de Charles-Quint, l'anato-
miste célèbre, étudia à Paris avec Femel, avec Jean
Gunther dont il fut le préparateur et dont il édita des
œuvres. Michel Servet, après Vesale, préparateur de Jean Gunther, prend à la
lettre, dans la Restitution du christianisme^ l'affirmation que l'âme est dans le sang,
qu'elle est le sang même. Or, pour savoir comment se forme l'âme, il faut savoir.