DES ORIGINES A LA FIN DU XP SIECLE
mimii histriones, thymelici (mots qui attestent bien leurs liens originaires avec le théâtre), scurrce, puis, plus tard, joculatores. Aux neuvième et dixième siècles, les textes qui les concernent se font de plus en plus nombreux et précis, le clergé les accablant d'invectives de plus en plus violentes : évidemment ces gens-là étaient en train de se faire une place au soleil et leur succès était devenu pour les honmies de Dieu un danger redoutable.
De leur répertoire, qui voulait être plaisant et qui, vu les mœurs du temps, était surtout grossier, rien ne s'est conservé (sauf quelques anecdotes facétieuses résumées en latin) ; l'idée en effet ne pouvait venir à personne de gâcher, de déshonorer ime feuille de parchemin en y consignant des historiettes, des chansonnettes frivoles ou scandaleuses (obscena, turpia joca, inanes fabellas) ; nous ne pouvons donc nous en faire une idée que par les traces qu'elles ont pu laisser dans les œuvres qui, plus tard, les ont remplacées. Tout ce qui est resté de la production littéraire d'alors appartient, sans exception, au genre didac- ^
. ,^.n ' o PERSONNAGES DU THÉÂTRE ANTIQUE
tique ou edinant. (D'après un manuscrit du x« siècle).
L' a HOMÉLIE SUR JONAS » Dc CCS instructions, que les
« LA CANTILÈNE DE SAINTE EULALiE » Conciles du ucuvièmc siècle recommandaient de rédiger en langue vulgaire, nous avons conservé, par une sorte de miracle, un spécimen, malheureusement assez infidèle et incomplet. C'est le canevas d'une homélie sur le livre de Jonas, jeté sur un feuillet de parchemin par un clerc du pays wallon, qui, entraîné par ses habitudes et pressé par le temps, a noté la plus grande partie de son texte en sténographie et par conséquent en latin (i). A la même région, mais à une époque un peu antérieure (fin du neuvième siècle), appartient la Cantilène de sainte Eîdalie, composée de vingt-neuf vers assonances,
(i) Ce feuillet, dont le recto est presque illisible, sert de « garde » à un manuscrit latin du début du dixième siècle provenant de l'abbaye de Saint-Amand et conservé à Valenciennes (Bibl. mimic, n« 521).
calqués, quant à la forme métrique, sur ime séquence latine qui la précède dans le manuscrit; elle raconte très brièvement la vie et le martyre d'une sainte catalane dont les reliques venaient d'être découvertes et dont le culte se répandit alors dans toute la France (i).
LA <( PASSION DU CHRIST » ET Ccs dcux textcs sout des autographes.
LA « VIE DE SAINT LÉGER » i\ n»cn gst malheurcusement pas de même des deux poèmes dits « de Clermont », copies exécutées dans le Midi de la France par un scribe qui ne cessait de mêler les formes de son langage à celles de ses originaux, au point qu'il est impossible de déterminer sûrement la provenance de ceux-ci.
Le plus ancien est un récit de la Passion du Christ, calqué sur les Évangiles canoniques et celui de Nicodème ; le style est simple et nu, la forme le quatrain de vers octosyllabiques réunis deux à deux par l'assonance.
La Vie de saint Léger, en quarante sixains de vers de même mesure, également assonances et répartis en distiques, nous raconte assez sèchement comment le saint évêque d'Autun, persécuté par Ébroïn, mourut victime de son dévouement à ses ouailles ; c'est ime traduction pure et simple, donc insignifiante, d'un texte latin (2).
Les notes qui accompagnent les premiers vers de chacun des deux poèmes nous prouvent qu'ils étaient faits pour être chantés, probablement dans les églises; ils remplissaient le même objet que les hymnes latines, dont ils se rapprochent aussi par la forme.
LE « POÈME SUR BOÈCE » La littérature méridionale nous fournit, vers
LA « VIE DE SAINTE FOI » ja même époque, deux œuvres analogues, mais dont les auteurs ont fait preuve d'un peu plus d'initiative. La plus ancienne, dont nous n'avons que le début, écrite en Limousin ou dans le Nord de l'Auvergne
(i) Le manuscrit, qui provient aussi de l'abbaye de Saint-Amand et se trouve également à Valenciennes (no 150), est du neuvième siècle et contient les sermons de saint Grégoire de Nazianze. Il a été signalé et publié en 1837 par Hoffmann de Fallersleben, l'auteur du trop célèbre chant patriotique Deutschland iiber Ailes.
(2) Ces deux précieux textes, les plus anciens monuments de notre versification actuelle, ont été transcrits, au début du onzième siècle au plus tard, sur les feuillets restés blancs d'un glossaire latin, conservé à la Bibliothèque de Clermont-Ferrand sous le n° 189. Découverts par le bibliothécaire Gonod, ils furent publiés d'abord, en 1848, par Champollion-Figeac, frère aîné du fondateur de l'égyptologie. Le Saint Léger, moins fortement « méridionalisé » que la Passion, peut être attribué avec vraisemblance à la région wallonne.