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DES ORIGINES A LA FIN DU XF SIECLE

dans la première moitié du onzième siècle, raconte d'abord, d'après une biographie latine à demi fabuleuse, la vie de Boèce, dont elle fait un zélateur du christianisme ; au récit de la vision qui le console dans sa prison (et qui est emprunté au début de la Consolatio philosophiœ) l'auteur anonyme entremêle des considérations pessimistes sur la misère et la perversité du monde, qui lui paraît aller toujours en empirant.

La Vie de sainte Foi (du début du onzième siècle) est écrite d'un style plus simple, plus vif, et Ton y sent quelque recherche de l'effet dramatique ; son lieu d'origine paraît être le Languedoc (i).

Ces deux poèmes, qui émanent certainement de clercs, affectent la forme des chansons de geste; ils devaient être chantés, comme celles-ci, sur les places publiques et non dans les éghses. Nous savons en effet que le clergé encourageait les jongleurs à propager des œuvres de cette sorte, et ne dédaignait pas d'en composer à leur usage.

LA « VIE DE II faut attribuer pro-

SAiNT ALEXIS » bablemeut la même origine et la même destination à une œuvre très remarquable, la première, dans notre littérature, où se décèle une personnalité artistique, la Vie de saint Alexis, écrite en Normandie vers le milieu du onzième siècle (2). Bien que l'auteur, qui est sûrement un clerc, prêche, comme celui de Boèce, le mépris et la haine du monde, dont son héros avait donné un si éclatant exemple, ce n'est pas un cœur sec, inaccessible à la pitié et aux tendres émotions ; il a prêté des accents vraiment pathétiques à la douleur des parents et de la veuve

(i) Le Boèce, incomplet de la fin, compte 257 vers (de 10 syllabes) distribués en 33 laisses où la rime est plus fréquente que l'assonance ; la Vie de sainte Foi compte 55 laisses et 593 vers (de 8 syllabes). Les deux poèmes nous ont été conservés par des manuscrits latins : celui de Boèce, signalé par l'abbé Lebeuf dès 1741, a été retrouvé en 1813 par Raynouard à la bibliothèque d'Orléans (où il porte le n* 374) ; celui de sainte Foi, connu de Fauchet, égaré depuis le seizième siècle, a été retrouvé en 190 1 à la bibliothèque de l'Université de Leide par M. Leite de Vasconcellos.

(2) Elle compte 125 laisses assonancées, dont chacune se compose de 5 vers de 10 syllabes. Les deux manuscrits les plus anciens ont été l'im et l'autre exécutés en Angleterre, au douzième siècle.

du saint quand ils reconnaissent, dans ce mendiant abreuvé d'humiliations qui vient d'expirer sur les marches de leur palais, le fils et l'époux qu'ils ont si longtemps cherché et pleuré; le récit est rapide sans sécheresse; le style, d'une noble et forte simplicité, rappelle celui de la Chanson de Roland. Notre langue, dès l'époque de la première Croisade, était formée et pouvait porter des chefs-d'œuvre : ce n'est point faute de cet instrument que ceux-ci, dans les siècles suivants, seront rares (i),

(i) Nous ne possédons du onzième siècle qu'une autre œuvre, également d'origine cléricale ; c'est une paraphrase, incomplète et sans valeur littéraire, du Cantique des Cantiques. La Chanson de Roland et le Pèlerinage de Charlemagne ne paraissent pas antérieurs au premier quart du douzième siècle.

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