CHAPITRE PREMIER
LA LITTÉRATURE PROVENÇALE
/. La civilisation méridionale au onzième et au douzième siècle. — La poésie lyrique, — La première génération poétique. Le « txobar dus ». — Les coryphées de la chanson. — Les genres secondaires. — La poésie politique et satirique. — //. Les genres narratifs : chansons de geste et romans d^aventure. — ■ ///. Poèmes hagiographiques et didactiques.
E n'est pas au lendemain des terreurs plus ou moins légendaires de Tan mil que le monde se prit à revivre, mais vers le milieu du onzième siècle. Après Taffreuse anarchie de la décadence carolingienne, la société avait enfin trouvé son équilibre : grâce à l'énergie des premiers Capétiens et de quelques grands feudataires du Midi, à un perpétuel état de guerre, où c'était déjà un rude problème que de vivre, avait succédé une paix relative; à l'ombre de la royauté et de l'Église, s'organisaient des communes, et, dans leur sein, des corporations de marchands et d'artisans ; dans les villes affranchies, arborant fièrement leurs chartes de coutumes, les nouveaux venus affluaient, les métiers se multipUaient, le commerce prenait son essor. Bientôt, en face de la noblesse et du clergé, se dressera la bourgeoisie. Mais longtemps encore cette classe nouvelle sera trop absorbée par la lutte pour l'existence, trop inculte
aussi pour exercer sur la production littéraire la moindre influence : on peut dire, si on néglige quelques œuvres d'édification destinées à tous les fidèles, que c*est uniquement pour la noblesse que durant plus d'un siècle travailleront les écrivains.
LA SOCIÉTÉ ET LA POÉSIE COUR- Or il s'était produit dans la vie de la
TOISE AU ONZIÈME SIÈCLE noblcssc, à l'époque dont je parle, une transformation profonde. Habitués jusque-là à thésauriser, comme ces rois mérovingiens, barbares mal dégrossis que fascinait l'éclat de « l'or rouge » et des joyaux amoncelés, les hauts barons avaient rapporté de leurs voyages en Orient, de leur passage à Byzance, la ville des merveilles, des goûts nouveaux. La plupart, tout d'abord, se firent bâtisseurs : sur l'emplacement des fragiles châteaux de bois, entourés de palissades, qui rappelaient les antiques villœ gallo-romaines, s'élevèrent alors ces masses de pierre ou de brique dont les ruines nous frappent encore de stupeur. Dans la vie quotidienne aussi, ce fiit un changement total : on se mit à se visiter, à se recevoir, on se livra à de véritables assauts de faste et de prodigalité. Dans cette vie de brillants loisirs, la femme, jadis cloîtrée et tenue en un quasi servage, se fit une place, qui devint vite prépondérante. Enfin, autour du suzerain et de la suzeraine, étalant un luxe qui scandalise les moralistes, se presse non seulement la foule des serviteurs proprement dits, mais toute une mesnie, composée de chevaliers pauvres, d'aventuriers de tout acabit, tous également intéressés à entretenir et à développer le goût des splendeurs coûteuses.
De cette vie élargie, égayée, libérée, les plaisirs de l'esprit ne pouvaient être absents. Dans ces cohues brillantes et bigarrées dont les seigneurs s'entouraient, les jongleurs et ménestrels, successeurs des mimes de la décadence, à la fois acrobates, conteurs, chanteurs, musiciens, réussissaient à se faire admettre, grâce à la variété de leurs talents, habilement adaptés aux goûts de leurs patrons. Il y en avait déjà chez les rois mérovingiens ; il y en eut à la cour de Charlemagne et bien davantage encore dans celles des onzième et douzième siècles. C'est en vain que l'Église les pourchasse, que, par la voix des prédicateurs et dans les canons des conciles, elle accable d'opprobres et d'anathèmes eux et leur répertoire (i) ; le nombre même et la sévérité des condamnations nous donne la mesure de leur inefficacité. « La jonglerie, dira Guiraut Riquier à la fin du treizième siècle, fut inventée par des hommes de basse naissance, mais doués d'esprit et de savoir, pour divertir et honorer les grands. » Ceux-ci se plaisaient à la flatterie et ne pouvaient se passer de
(i) Voy. plus haut, p. 245.
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divertissements ; aussi la « jonglerie » fut-elle plus puissante que l'Église : les jongleurs seront les créateurs et les colporteurs de toute la littérature du haut moyen âge.
Cette littérature nous of&ira une fidèle image de la société où elle se développa et sera, comme celle-ci, fort différente suivant les lieux et les époques. Les mœurs frivoles, souvent relâchées, des cours méridionales se refléteront directement, plus ou moins idéalisées, dans une poésie purement lyrique, très monotone de fond, mais d'une grâce et d'une élégance souveraines. Et c'est aussi sa propre image que la haute société du Nord, plus sérieuse, sinon austère, projettera dans ces lais, dans ces romans d'aventure, où viendront confluer les légendes du monde entier, dans ces inmienses poèmes où l'antiquité est si naïvement travestie :
sous les noms de Lancelot et de Gauvain, de Priam et d'Hector, ce sont les contemporains de Louis VII et de Philippe- Auguste qui défileront devant nous. Les œuvres du moyen âge compensent donc, par leur intérêt doamientaire, les faiblesses incontestables de leur exécution.
C'est surtout dans l'Ouest et le Sud-ouest de la France, dans les domaines des comtes d'Anjou, des ducs d'Aquitaine et des comtes de Toulouse que s'était développé le goût de cette haute vie, encombrée de futiles et gênantes splendeurs, en quoi les troubadours font consister toute noblesse et qu'ils célèbrent à l'envi, sous les vocables symboliques de Joie et de Jeunesse {Joi et Joven). Écoutons la définition que nous en donne Bertran de Bom :
Il est jeune, celui qui est forcé de mettre en gage tous ses biens et qui donne à tort et à travers ; jeune, celui qui brûle coffres et huches, court les tournois et les fêtes ; jeune, celui à qui plaît le service des dames et qu'adorent les jongleurs.
Longtemps avant que ce singulier idéal fut ainsi défini, beaucoup de grands seigneurs, si nous en croyons les chroniqueurs du temps, avaient essayé de s'en rapprocher. Voici comment, au témoignage de Jaufré de Vigeois, les devoirs de l'hospitahté étaient compris par le vicomte de Ventadour et son suzerain Guillaume de
Poitiers, poètes tous deux et qui comptèrent parmi les premiers protecteurs de la poésie :
Eble, vicomte de Ventadour, s'était rendu, par son habileté à tourner les chansons, très agréable au comte Guillaume de Poitiers. Un jour le vicomte arriva à Poitiers, à la cour de son seigneur, à l'heure du dîner. On lui prépara un grand nombre de mets, mais ces préparatifs demandèrent quelque temps. Quand le repas eut pris un, Eble dit au comte : « Il ne fallait point faire tant de frais pour recevoir un petit vicomte comme moi. » Quelque temps après, Eble étant rentré chez lui, Guillaume y arriva sur ses talons, précisément à l'heure ou Eble dînait, et il entra en hâte dans la cour du château, avec plus de cent chevaliers. Eble, comprenant que le comte voulait lui jouer un tour de sa façon, fait sans tarder verser l'eau pour le lavement des mains. Pendant ce temps, on réquisitionnait des vivres auprès de tous les manants des environs, et on les portait en hâte à la cviisine, où c'était un amoncellement extraordinaire de poules, de canards et de volailles de toutes sortes. Bientôt on servit im tel festin qu'on se fût cru à des noces royales. Sur le soir, voici venir, sans que Eble en sût rien, un manant, conduisant un chariot traîné par des bœufs, qui s'écria : « Approchez, chevaliers du comte de Poitiers, et voyez conmient on livre la cire à la cour du vicomte mon maître. » Puis il monte sm: le char, armé d'une grande hache de charpentier et il se met à éventrer les tonneaux : il en tombe des quantités de cierges de la cire la plus fine. Le manant, comme s'il se fût agi d'ime marchandise à vil prix, remonte sur son char et retourne tranquillement à Maumont, son village. Guillaume, à ce spectacle, ne tarit pas en éloges sur la valeur et la courtoisie de son vassal ; plus tard, Eble récompensa le manant en lui donnant, à lui et à ses descendants, le fief de Maumont.
On a bien souvent cité le récit, fait par le même chroniqueur, de certaines fêtes données à Beaucaire, en 1174, en l'honneur du roi d'Aragon et qui rassemblèrent la plus haute noblesse de ce pays, de la Catalogne et du Languedoc : des champs entiers auraient été ensemencés de pièces de monnaie, des repas préparés, non au bois, mais à la cire, des chevaux de prix brûlés. Admettons qu'il y ait, dans de tels récits, une grande part d'exagération; ils nous prouvent du moins que de pareilles folies ont été considérées comme vraisemblables et jugées dignes d'éloges.
LA POÉSIE LYRIQUE Quc daus Cette société, passionnée de luxe et de plai-
ET AMOUREUSE ^[^^^ \q^ troubadours aient été bien accueillis, c'est ce qui ne saurait nous étonner. Mais ce qui est beaucoup plus surprenant c'est que l'objet presque unique de leurs chants ait été l'amour, et une sorte d'amour qui n'a avec la réaHté que de très lointains rapports. L'amour « courtois » est, en effet, moins im sentiment qu'une doctrine, ou plutôt un code, dont les prescriptions seront, pendant cent cinquante ans, commentées, paraphrasées comme autant d'articles de foi, par des centaines de poètes. Le premier de ces articles étabUt l'infériorité de l'amant vis-à-vis de sa « dame », lui impose une soumission aveugle aux volontés, aux caprices même de celle-ci; il doit observer devant elle l'attitude du dévot
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devant la Madone et tout attendre, sans impatience ni récriminations, de sa « merci » ; pour mériter la moindre faveur il doit être prêt à braver tous les dangers, et d'autre part développer en lui les qualités qui font le parfait chevalier et l'homme du monde accompli, la bravoure, l'élégance des manières, la mesure, la libéralité, le respect de toutes les femmes. Ce double idéal est déjà très nettement défini par deux des plus anciens troubadours qui nous soient connus. « Que ma dame daigne m'écouter, dit Cercamon, et je serai prêt à guerroyer contre tous mes voisins. » « Celui-là seul se conduit com me il faut envers l'amour, avait écrit quelques années plus tôt Guillaume IX, qui règle sa conduite de façon à plaire et se garde, dans les cours, de parler en vilain. ))
L'amour courtois, en dépit de son caractère sensuel et nécessairement illégitime, — car il ne s'adresse qu'à des femmes mariées, — devient donc, par un véritable défi au bon sens, un ferment de vertu, un principe de perfectionnement moral.
On est étonné à juste titre que de pareilles théories aient pu être professées dans une société fortement christianisée et hiérarchisée, où la morale la plus pure était prêchée par im clergé tout-puissant, où la place assignée à la femme par les lois et les mœurs était des plus humbles. Peut-être faut-U expliquer par la rigueur même de la discipline l'audace des revendications.
Peut-être trouverait-on d'autres causes. (( Dans le Midi de la France, écrit Fauriel, les femmes étaient habiles à posséder des fiefs, et tous les genres de pouvoir qui y étaient attachés... Il devait s'ensuivre et il s'ensuivit que les mariages furent, pour les chefs de seigneurie, les moyens les plus ordinaires et les plus sûrs d'accroître leurs domaines et leur autorité. Or l'ambition étant la plus âpre passion de ces chefs, toute considération de moralité, de sentiment, d'inclination fut exclue de leurs plans de mariage... Ce fut en contraste avec ces relations, et comme pour en être la compensation, que se développa l'amour chevaleresque; et si quelque chose peut aider à concevoir les prétentions exagérées, les raffinements, les subtilités de cet amour, ce sont les motifs intéressés et précaires du mariage féodal. Ce que les femmes étaient exposées à souffrir comme épouses expHque jusqu'à un certain point le culte qu'elles exigeaient et obtenaient comme dames des chevaliers. »
Ce rêve, conçu par des esprits chimériques, était évidemment trop éloigné de la réalité pour qu'il pût la modifier profondément. Pour la plupart des troubadours, les théories courtoises resteront un formulaire qu'ils commenteront avec plus de zèle que de conviction, et dont la sécheresse s'opposera au développement de .leur personnalité. Il en sera de même des artifices de style et de versification auxquels, de très bonne heure, ils auront recours, précisément pour masquer cette sécheresse. Si l'on considère toutes les difficultés qu'ils avaient à vaincre, on cessera peut-être de leur reprocher leur banalité et leur monotonie, pour s'étonner qu'ils aient su garder tant d'aimables et brillantes qualités.
GUILLAUME IX, Ce poids mort du conventionnalisme
jAUFRÉ RUDEL, MARCABRU pèse moius lourdement sur les plus anciens d'entre eux; aussi est-ce dans les deux ou trois premières générations poétiques que nous rencontrons le plus grand nombre de talents divers et relativement originaux.
Guillaume IX, duc d'Aquitaine, n'est pas seulement le plus ancien des troubadours connus, mais aussi l'un des plus remarquables. Doué d'imagination,
de sensibilité, de fantaisie, mais dénué de sérieux et de moralité, ce pitoyable prince eût fait le plus brillant des bouffons de cour. Ce rôle d'ailleurs lui plaisait fort : ne s'avisa-t-il point de raconter sa désastreuse expédition en Terre Sainte, où il avait failli rester, en im poème comique qui, récité par lui-même, « avec de plaisantes modulations », faisait rire aux larmes ses commensaux? Ce poème est perdu et il ne nous reste de lui qu'une douzaine de courtes pièces ; on n'est pas peu surpris d'y trouver, à côté de plates obscénités, quelques- GuiLLAUME IX uns des vers les plus délicats
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et les plus pénétrants que nous ait laissés notre ancienne littérature.
Telle a toujours été ma destinée que ce que j'aimais, je n'ai pu en jouir; il en sera toujours ainsi, car, au moment d'agir, mon cœur me dit : tout cela est vain !
N'est-elle pas charmante et d'une grâce toute printanière, cette strophe où il peint les vicissitudes d'un amour orageux :
De là où est toute ma joie je ne vois venir ni message ni lettre scellée ; aussi mon cœur ni ne s'endort dans la quiétude ni ne s'épanouit dans la joie... Il en est de notre amour comme de la branche de l'aubépine : tant que dure la nuit, elle est sur l'arbre, exposée aux vents et aux frimas ; mais, au matin, le soleil éclaire les feuilles vertes sur le rameau.
Enfin ce blasé, ce cynique sait parfois s'élever à la plus haute, à la plus simple éloquence : voici ce qu'il écrivait au moment où, vieilli, inquiet, il partait pour un dangereux et lointain pèlerinage :
Je vais partir pour l'exil : en grand 'peur, en grand péril, en guerre, je laisserai mon fils, et ses voisins lui feront du mal...
S'il n'est pas sage et preux, quand je me serai éloigné de vous, bien vite ils l'auront mis à bas, car ils le verront jeune et faible.
Je crie merci à mon prochain : si jamais je lui ai fait tort, qu'il me pardonne : c'est aussi la prière que j'adresse à Jésus, roi du ciel, et en roman et en latin.
J'ai été ami de prouesse et de joie ; mais maintenant je dois me séparer de l'vme et de l'autre pour m'en aller à celui auprès de qui tous les pécheurs trouvent la paix.
J'ai été grandement jovial et gai ; mais Notre-Seigneur ne veut plus qu'il en soit ainsi : maintenant je ne puis plus supporter le fardeau, tant je suis proche de la fin.
J'ai laissé tout ce qui me charmait, la vie chevaleresque et pompeuse : puisqu'il plaît à Dieu, je me résigne, et je le prie de me retenir parmi les siens.
Je prie tous mes amis qu'après ma mort ils viennent, tous, et m'honorent grandement, car j'ai connu joie et hesse, et loin et près et dans ma demeure.
Mais aujourd'hui je renonce à joie et Uesse ; je quitte le vair et le gris et les précieuses fourrures.
Jaufré Rudel, plus jeune d'une trentaine d'années, n'est qu'un gentil poète, au souffle court, à l'esprit peu net ; mais elle nous charme encore, cette rêverie mélancolique, déroulée en une lente et monotone litanie :
Quand les jours sont longs, en mai, il me plaît, le chant des oiseaux, lointain ; et quand j'ai cessé de l'écouter, il me souvient d'un amour lointain : je vais alors pensif, morne, tête baissée ; et alors ni chants d'oiseaux ni fleurs d'aubépine ne me plaisent plus que l'hiver glacé.
Quelle joie m'apparaîtra, quand je lui demanderai, pour l'amour de Dieu, d'héberger l'hôte lointain : et s'il lui plaît, je serai hébergé près d'elle, quoique maintenant j'en sois bien loin...
Que Dieu, qui a créé tout ce qui va et vient, et qui a formé cet amour lointain, me donne le pouvoir — car j'en ai la volonté — d'en voir l'objet lointain, de mes yeux et en de telles demeures, que la chambre et le jardin me semblent toujours un palais
Bien différent est Marcabru, esprit puissant et sombre, moraliste clairvoyant, artiste dévoyé. Si l'on doutait encore qu'à son époque, c'est-à-dire au milieu du douzième siècle, la poésie courtoise fût en pleine efflorescence et exerçât sur les mœurs une influence dangereuse, il suffirait de le lire pour se convaincre du contraire. De sa main rude de plébéien — il était, dit son ancien biographe, enfant trouvé et ne s'éleva jamais au-dessus de la condition de jongleur, — il arrache sans pitié tous les masques ; sous les dehors spécieux d'une galanterie raffinée, il découvre la concupiscence brutale et la flétrit avec une cynique véhémence. Où courent-ils, ces fades soupirants, ces poètes, inventeurs d'hypocrites formules? Où se laissent -elles entraîner, ces imprudentes, qu'ils enivrent d'un encens perfide? A l'adultère, qui corrompt les races les plus pures, qui mine une société fondée sur l'hérédité des vertus. Dans cette société, tout va, selon lui, de mal en pis. Ce n'est pas seulement, en effet, sur la corruption des mœurs qu'il se lamente, ce jongleur qui partage tous les préjugés de sa caste et en épouse tous les intérêts, mais aussi sur le déclin de ces vertus qui firent jadis les cours brillantes et hospitalières. Il recourt, pour décrire cette décadence, à MARCABRu. dcs symbolcs étranges et saisissants :
L'arbre Perversité, merveilleusement branchu et feuillu, recouvre tout de son ombre : à ses rameaux sont pendus les grands, le col serré par la corde Lésinerie,
C'en est fait de Libéralité, de Joie et de Jevmesse. Ils sont pris, le château et la salle d'armes ; la tour sevde se défend encore. C'est là que Jeunesse et Joie sont condamnées à subir peine amère. Elles sont prisonnières et n'ont plus d'espoir, si elles ne se font recluses ou nonnes. Chacun les écartèle, les frappe, et leur brise les dents. Je ne leur connais plus un parent, de Portugal en Frise.
Il y a, on le voit, dans les vers de Marcabru, de la force et de l'éclat, mais trop souvent noyés dans im fatras déconcertant. Ce penseur, qui au reste se contredit souvent, entre-choque et complique à plaisir ses pensées; ce prophète affecte un style sibyllin, où se heurtent les métaphores les plus incohérentes, les néologismes les plus saugrenus, les abstractions impalpables et les grossièretés répugnantes. Sur les quarante-cinq pièces environ dont il est l'auteur, il en est à peine trois ou quatre qui se comprennent d'un bout à l'autre. Aussi bien ne se comprenait-il pas toujours lui-même :
Pour sage je le tiens, celui qui, dans mon chant, devine ce que chaque mot signifie. Car moi-même je suis embarrassé pour éclaircir mes paroles obscures.
LES TKOlHADOri^S. ~ C, Kl PART.