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CHAPITRE II

Les pins vieux témoîgnag-es du génie indien. — Etat comparatif de l'Asie et de l'Europe. — L'essor de la poésie religieuse et lyrique dans la littérature sanscrite. — Les Yédas. — Temps historiques. — Migrations des Aryens à travers le monde. — En Europe. — Etablissement des Hellènes.

« Quiconque, a dit un écrivain moderne, quiconque médite, aujourd'hui, sur l'origine de la science, de la religion et de l'art, ne s'arrête plus h Athènes ou à Jérusalem; il remonte le chemin de l'Egypte ou de l'Inde. » Malgré l'effroyable incertitude de la chronologie dans l'histoire de ce vieux monde, on peut dire que, depuis le jour où il aura pris conscience de ses forces jusqu'aux temps les plus rapprochés de nous, le génie aryen aura devant lui trente-cinq siècles, au moins, pour se dérouler plein d'exubérance, sans interruption ni déviation. Et antérieurement aux invasions des Arvas mêmes, un peuple puissant, celui des Dravidiens, sorti des confins ouralo-altaïques, avait porté sa domination au sud de la péninsule hindoustanique et s'était rendu supérieur aux nations voisines par les arts industriels et par les qualités du langage. Bien avant que se fut accomplie l'action modificatrice du sanscrit, il avait connu l'harmonieux idiome qu'on a surnomné l'italien de l'Inde, le télégu, rebelle à l'expression des idées et des sentiments, mais sou-

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pie h rendre les moindres nuances des impressions physiques, et qui possède, aujourd'hui, chez les descendants des Dravidiens, dans le ^Mvsore et le Coromandel, la plus abondante littérature de l'Inde méridionale en chansons, en contes, en proverbes.

Ainsi, d'une extrémité h l'autre du continent asiatique, se produisaient des idées, des faits, des institutions, des œuvres similaires, sans qu'il y eût d'abord entre les peuples d'autre raison pour expliquer cette ressemblance que l'éternelle identité de la nature humaine.

Les dolmens de l'âge de pierre se dressaient à peine, en nos froides régions, que, depuis longtemps, en Egypte, en Asie, les hommes étaient en possession des métaux utiles ou précieux et jouissaient des avantages que procurent à la vie matérielle les biens de la civilisation.

Ailleurs, des populations entières, séparées par de vastes espaces et s'ignorant entre elles, s'endormaient, durant d'interminables siècles, au fond d'une barbarie indélébile, pour arriver jusqu'aux extrêmes confins des temps modernes sans arts, sans langage écrit, tandis que des familles privilégiées, nées de préférence sous un climat heureux, s'avançaient à grands pas vers la conquête d'un état supérieur.

S'il est vrai que la grande Nature est la première, l'éternelle inspiratrice, la poésie spontanée devait en quelque sorte jaillir des entrailles du sol indien.

Quels spectacles, en effet, bien capables de frapper des imaginations simples, se déroulent en ces climats pleins d'épouvantements et de magnificences ! Là, tout est force, exubérance, intensité : le bien et le mal, la sève créatrice et la puissance destructive, le pittoresque et l'horrible, la végétation prodigieuse d'ardeur et les orages effroyables, les larges fleuves et les torrents indomptés, les déserts brûlants et les marais pestilentiels, les vastes plaines d'une désolante uniformité et les montagnes aux gigantesques assises, les horizons aveuglants de lumière et les sombres typhons, les éléments de vie ou de mort! De quelle mystérieuse horreur ne devait-il pas être saisi, l'Aryen prosterné, lorsqu'il sentait passer comme le soufQe d'une divinité néfaste^, l'haleine dévastatrice de la tempête engloutissant les vaisseaux, faisant trembler la terre, rasant les maisons, ruinant les récoltes, renversant des forêts entières! Ou de quelle religieuse émotion ne devait-il pas être pénétré lorsqu'il levait son regard vers le ciel limpide ou qu'il laissait reposer sa vue sur les douces vallées embellies par le sourire d'un printemps perpétuel!

Au berceau des races et des religions, la souveraineté de la Nature écrasait l'homme, faible et désarmé devant elle. Il allait, courbé sous cette domination fatale. Il en avait l'adoration et la crainte. C'est de l'idéalisation des puissances physiques qu'est sortie la poésie des Aryens. Sur les sommets baignés de la lueur matinale des premiers jours apparurent le symbole et la prière. Par une

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