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CHAPITRE IV

En dehors de la Grèce. — Ignorance volontaire où celle-ci se tenait des autres pays civilisateurs. — Développements consécutifs des foyers intellectuels de l'Inde, de la Perse, de la Judée, de lÉtrurie, etc. — L'hellénisme et « la barbarie ». — Grandeur et déclin d'une littérature unique. — Déplacement du génie grec. — Pergame et Alexandrie. — Jusqu'en l'an 540 avant notre ère-

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Cependant, tout l'effort de l'esprit, en ces prémices de la culture humaine, ne se restreignait pas aux limites de la seule Hellade.

Alors qu'on oublierait d'aller chercher, dans l'extrême Orient, le pays de Confucius, où grandissaient les sciences morales et politiques, où se développaient d'eux-mêmes, presque sans l'aide d'aucune influence extérieure, les éléments d'une vaste production encyclopédique, l'Inde se rappellerait de nouveau au souvenir des hommes. Depuis les temps les plus reculés, elle avait livré aux méditations de ses savants six philosophies distinctes, dont les développements comprenaient une littérature d'une étendue prodigieuse. Lyrique dans les Védas, didactique dans le Muna{>açastra, sa riche et primitive poésie avait enfanté la matière tout au moins, sinon donné l'expression définitive de deux épopées monumentales ; le Mahahharata et

le Ramayana^^ l'une remémorant dans le style héroïque la guerre des deux races qui se disputaient, en des temps reculés, la possession de la vallée du Gange, l'autre célébrant tour à tour, sous la forme symbolique, les mystères sacerdotaux, les systèmes relifî^ieux et les légendes nationales.

Dix siècles de vie poétique et guerrière sont enfermés là. Des générations de poètes avaient élevé ces épopées gigantesques de l'humain et du divin, ces pyramides de la langue sanscrite. Œuvres étonnantes auxquelles s'est intéressé profondément l'esprit moderne. Tour à tour on les a embrassées dans leur ensemble colossal ou pénétrées dans leurs parties les plus saillantes. On en a détaché des épisodes, des fragments complets en eux-mêmes, telle que la belle histoire àeNala et Damayanti, pour les mettre plus en lumière ; et quelques imaginations hardies en Allemagne, telles que Kosegarten, Ad Holzmann et surtout Frédéric Rûckert, le brillant traducteur du poète arabe Hariri, s'en sont inspirées pour enrichir leur propre littérature par des imitations heureuses.

Nous n'avons effleuré que le souvenir de l'Inde,

— l'Inde oubliée de ses descendants helléniques.

Il y avait plusieurs siècles peut-être que les

1. Le Mahabharata, qui comprend 214,778 vers, est attribué dans sa forme dernière à Vyasa ; on s'accorde à reconnaître en Valmîki l'auteur de la rédaction du Ramayana. L'établissement des Aryas amena l'ère de la domination brahmanique, qui fut, à son tour, énormément productive en ouvrages religieux, scientifiques et didactiques.

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Perses répétaient les hymnes de VYaçna sur laliiltc constante des deux génies du bien et du mal (Ormuzd et Ahriman), sur la conversion d'Ahriman et l'unité définitive. A en croire la légende mazdéiste, c'est h une époque immémoriale qu'était venu le saint vieillard (Zarathustra)* pour abolir le culte des idoles, renouveler le culte du feu qu'avait instauré le grand Djemschid, apporter aux hommes la foi véritable et leur enseigner la Loi^.

Moins imaginatifs que les Hindous, n'ayant pas eu besoin d'appeler à leur aide l'appareil d'une mythologie compliquée, les Perses s'étaient élevés naturellement à l'une des plus hautes conceptions religieuses, et ils portaient dans la grande poésie l'empreinte d'une raison grave.

Serrés entre les tribus flottantes des Arabes, des Moabites et des Iduméens et les comptoirs de la Phénicie, les enfants d'Israël élaboraient, en l'âge où florissait la Grèce homérique, leur monothéisme

1. Alors que Volney, suivant un texte de Justin, place Zoroastre sous Xinus et Sémiramis, près de 2000 ans avant notre ère, d'autres, le reportant à une date beaucoup plus rapprochée, placeraient la venue du célèbre réformateur vers le temps d'IIystaspe ou de Darius. Firdousi fait apparaître Zoroastre sous Giustap, variante du nom d'Hystaspe, père de Darius.

2. Dans l'Inde, Cakia-Mouni, le réformateur divin, n'apparaîtra vraisemblablement qu'au V ou vi* siècle. Pour les Siamois, Arddha Chiddhi, plus tard appelé Gotama ou « celui qui tire les sens », et enfin Cakia-Mouni ou « le pénitent de Mouni », aurait vu le jour à Kapila, près du Népaul, vers 600 avant notre ère. Pour les Gachemiriens, la date en serait marquée vers l'an 1332, tandis que pour les Chinois, les Mongols et les Japonais, sa naissance correspondrait à l'an mille avant Jésus-Christ.

national, traversé d'incohérents souvenirs *, et où l'exégèse des modernes a retrouvé la part de l'Egypte, de l'Assyrie et de la Perse. Aux environs du X® siècle, la main d'un ^Nloïse ou d'un autre prophète inspiré traçait les pages de la Genèse. La fable hébraïque d'Adam et d'Eve répondait symboliquement dun point éloigné du monde à la fable grecque de Prometheus et de Pandora. Et la même main inscrivait en tète du Pentateuque la parole initiale de Jéhovah tirant l'univers du néant; elle posait les bases de ce monument synthétique, expression d'une race entière, la Bible, où se trouvera condensé, un jour, le complet développement de la littérature juive. Vers le temps où l'épopée grecque « jetait un pont » entre la fiction pure et la vérité, l'histoire d'Israël commençait à se dégager aussi des limbes de la légende.

Homère, Moïse, Yalmiki, ces trois noms (s'il est vrai qu'ils synthétisent des personnalités non fabuleuses et bien réelles) sont à peu près sur la même ligne dans le synchronisme des temps.

Les Grecs ne connurent qu'Homère. Et le père de leur poésie ne les avait pas instruits de la diversité des races". Dans les tombes rovales de l'E-

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