Il faudra mettre à part leur Toyageur Hérodote
2. Au vii° siècle, les Ioniens entreront au service des Pharaons de la XXVI" dynastie.
LoLiÉE. — Litt. co
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de terre. Barbares, les Phéniciens dont le rôle fut si grand dans l'histoire ancienne, les Phéniciens, rappelons-le, qui leur donnèrent Talphabet et l'écriture, formèrent leurs premiers philosophes, et, par le commerce, par l'échange universel des industries et des arts, fondèrent la civilisation européenne !
Barbares, les Aryens, leurs propres ancêtres, les aïeux intellectuels des races auxquelles a été échue la direction de l'humanité !
Barbares, les Etrusques, dont l'établissement en Italie, au x® siècle, correspondit à l'entrée des Hellènes en Italie ; barbare, cette nation artistique de l'Etrurie, dont nous ignorons encore la langue et dont la littérature a péri, mais qui a laissé des témoignages si frappants de sa grandeur au sein des hypogées ou sous les ruines des villes, et que son destin promettait à l'éducation industrielle et liturgique de Rome à son berceau*.
Qu'avaient-ils besoin, pensaient-ils, des autres peuples? Ne se suffisaient-ils pas complètement à eux-mêmes dans toutes les directions de l'art et de la pensée, surtout depuis qu'une ère nouvelle de démocratie et de liberté avait accru les forces de leur génie?
... « Etre estimé des Grecs », c'était pour eux le premier mobile des nobles actions, au dedans et
1. Nous le devons dire, cependant, le titre de barbares n'indique pas expressément dans l'esprit des Grecs que les peuples auxquels ils l'appliquaient fussent dépourvus d'industrie, de culture intellectuelle, d organisation sociale. Il signifiait, pour eux, une conception inférieure, chez ces étrangers, de l'ordre politique et de la vie de société. Les « barbares », comme ils les voyaient, étaient uniformément des esclaves, tandis que les habitants de la cité grecque étaient, seuls, des citoyens, des hommes libres
au dehors; c'était la plus haute récompense que pût rechercher une élite, clans la foule touflue de riiumanilé.
Le souille de l'indépendance avait jeté bas les palais h demi rustiques de leurs anciens chefs ou rois, seigneurs féodaux de ce temps, monarques presque sans territoire, principicules d'Argos ou d'Orchomène. La Grèce était devenue républicaine. Elle pouvait, désormais, incarner son esprit dans le peuple. Elle allait entrer sérieusement dans la période historique de sa maturité. Le citoyen, l'individu libre, faisait pour la première fois son apparition dans les choses humaines.
Les formes de la littérature devaient changer, comme s'étaient modifiées les institutions politiques. L'esprit de l'épopée s'est affaibli. Il n'en survit que des souvenirs, des Boucliei^s d'Hercule, des fragments cycliques. On se détache peu à peu, sans l'oublier, de l'antique tradition.
En revanche, les citoyens sentent davantage le prix de la liberté. Dans les luttes civiles, dans les combats avec les ennemis éloignés ou les voisins les plus rapprochés, l'âme s'exalte. Pour répandre au dehors les sentiments qui la font vibrer, la flûte prête ses accents au rythme des vers et remplace la lyre. L'élégie, sous les doigts de Callimaque, de Tyrtée, de Terpandre, de Philétas, de Solon, de Mimnerme, de Phocylide et des Attiques, se fait tour à tour guerrière, morale ou voluptueuse. Et ce sera, sur la trace de ces précurseurs, la lignée féconde des grands poètes, d'Archiloque, d'Alcée, de Simonide, de Sappho.
Le seul nom de Sappho rappelle aussitôt à la
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mémoire comment l'inspiration peut ennoblir et soumettre à l'ordre les puissances de l'amour le plus désordonné. Au-dessous d'elle, son émule et son amie Erinna de Teos va briller au nombre des maîtres de la poésie mélique. Enfin s'annoncera bientôt et prendra son rang : le plus élevé, le plus éloquent de tous, Pindare. Aucun poète, après Homère, n'aura joui, auprès des anciens, d'une réputation égale à celle de Pindare. Sa gloire revêtira aux yeux des princes, des grands et du peuple un caractère sacré. Sa longue existence aura l'éclat d'un continuel triomphe.
Aux mains des philosophes et des logographes (Cadmus de Milet, Hellanicus, Charon de Lampsaque), la prose a fait effort aussi pour se rendre le digne instrument de la pensée. Elle se façonne tantôt à l'expression des détails de la science, tantôt aux allures de la narration suivie.
Athènes, après l'Ionie, détient l'empire de l'intelligence. On sent approcher le siècle de Périclès.
Le drame s'était emparé avec puissance des imaginations. Eschyle renverse les « tréteaux de Thespis » et crée la tragédie . Génie solennel et grandiose, antique dans l'antiquité même, puissant évocateur de vieilles théogonies, chantre inspiré des forces premières, des divinités archaïques et des anciens héros, il a porté dans l'âme du peuple les émotions violentes qu'y précipite la terreur religieuse ou le patriotisme exalté. Ses sujets ressemblent à des épopées, avec des mélanges inattendus de grâce et de tendresse. Hier, la tragédie n'était autre chose que le chœur dithyrambique accompagnant de ses chants et de ses danses figurées le sacrifice de fani-
mal consacré à Dionysos. Sous la vioourciise imnulsion du poète d'Eleusis, elle atteint en quelc|ues bonds aux derniers sommets.
Le drame eschvlien se ressentait encore de l'enthousiasme épique. Sophocle étendit à des objets plus rapprochés de la nature la majesté de son art; il donna à ses personnages des traits précis et des proportions humaines. Il creusa plus avant dans le €œur et il en fit jaillir des sentiments dont le temps n'a pu afl'aiblir l'expression. Placé entre Eschyle, auquel il disputa l'empire du théâtre par un audacieux début, et Euripide, dont il devait, à son tour, suivre des veux les tentatives novatrices, moins obsédé que le premier des ombres et des terreurs qui enveloppaient les vieilles croyances, plus religieux que le second, Sophocle haussa la tragédie au comble de la perfection morale, puis la repassa aux mains d'Euripide. Celui-ci, devançant les modernes dans l'analyse subtile de la passion, s'appliqua davantage h susciter les émotions tendres et la pitié. Il réduisit les héros et les princes à la mesure des communes faiblesses, simplifia le langage de la poésie en ménageant un tempérament heureux entre la bassesse et l'élévation; enfin, par sa manière libre d'humaniser les dieux, de traiter les superstitions ou les égarements de notre nature, se révéla le hardi précurseur du drame psychologique, — dont prennent tant d'orgueil quelques modernes. Dans le même temps, sur la scène comique, son adversaire Aristophane promenait à travers le beau et le laid, le sublime et le trivial, le délicat et l'obscène, les lueurs de son étincelante fantaisie. Emule favorisé de Cratès, de Cratinos, d'Eupolis, dePhry-
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nicos, Aristophane gardera le privilège d'être le seul des grands auteurs comiques de Tancienne Grèce dont il parviendra jusqu'à nous autre chose que des débris.
C'est le troisième âge de la littérature hellénique. L'esprit grec touche à tous les genres et porte en tous les sujets l'ordre, la mesure, la règle et l'harmonie.
Dans le moment où Hérodote a commencé d'écrire, les prosateurs grecs ne connaissent pas encore cette harmonie soutenue, cet arrangement approprié de phrases et de mots, dont un Lysias découvrira le secret, et qui seront mieux pratiqués encore au siècle de Philippe et d'Alexandre. Mais l'homérique auteur des Histoires charme et retient par une diction douce et pénétrante sans efTort, par le caractère même de sa lanoue, mélano-e heureux de l'attique avec l'ancien ionien, et par une cadence naturelle, très proche voisine de la poésie. Conteur charmant, naïf en ses façons de dire, mais d'une telle sagacité dans l'observation et si équitable, si précis dans ses jugements, il amuse, il instruit. Rien d'aussi varié que son récit. Il ne cesse de plaire. Hérodote a ouvert la voie. Il est a le Père de l'histoire ». Thucydide et Xénophon se porteront sur ses traces, pour transmettre aux narrateurs futurs d'impérissables modèles. Chez l'un, peintre admirable des hommes et des choses, domine une grandeur, une force, une majesté presque digne de la tragédie ; dans l'élocution de l'autre,
sî justement qualifié « l'Abeille attiqiie », c'est la clarté parfaite, rabandon plein de grâce- et nine exquise simplicité. '
Ailleurs, sur le terrain brûlant de l'éloquence, Démosthène, le rival heureux d'Eschine, a rassemblé dans ses discours la somme des qualités oratoires. Il s'est formé aux leçons d'Isée, d'Alcidamas et d'Isocrate; il ne doit qu'à lui-même cette impétuosité et cette véhémence qui lui sont propres.
Dans les sphères de haute intellectualité régnent Platon et Aristote. Naguère les sophistes avaient fait courir grand risque à la philosophie. Ils la dédaignèrent ou la diffamèrent. De la confusion des systèmes, de l'incohérence des doctrines et des hypothèses, ils avaient conclu au doute en toutes choses, dans les sciences comme dans la morale. Les Mélissos de Samos, Zenon d'Elée, Protagoras d'Abdère, Gorgias de Léontium, en étaient arrivés à nier d'un seul coup le changement, le mouvement, la vie, et la possibilité d'arrêter son opinion en quoi que ce soit, hors de la rhétorique*. Mais Socrate était venu, lui le plus sage et le plus juste des hommes, pour rendre à la philosophie sa dignité. La notion du bien fut établie comme l'objet essentiel de l'intelligence. Sans autres secours que les forces de leur génie, ses disciples incomparables, Platon, ïxtherens Plato , et Aristote, qu'Averroès a surnommé le comble de la perfection, ont atteint aux conceptions les plus sublimes par les seules lumières de la raison; ils ont embrassé l'homme, la nature et l'éternelle illusion du