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Cf. Le Paradoxe, par Frédéric Loliée, 1 vol. in

divin; préconçu, bien avant qu'il fût question du monothéisme judéo-chrétien, le pur déisme métaphysique; enfin pénétré dans toutes les profondeurs du savoir et de la conscience. Ils ont mérité qu'on les appelle les précepteurs du monde.

Le temps où se produisirent tous ces hommes illustres est si court, a dit Yelleius, qu'il n'en était pas deux qui n'eussent pu se voir, se connaître.

La perfection en toutes choses est un point auquel on ne s'arrête pas longtemps, s'il arrive une fois que merveilleusement un groupe d'hommes y parvienne. 11 fallut redescendre de ces hauteurs.

Une même époque avait vu l'ancienne comédie de Cratinus, d'Aristophane, d'Eupolis; la moyenne comédie et la nouvelle, avec Ménandre, Philémon, Diphilos, suspendait, un siècle durant, la ruine définitive du théâtre. Les autres genres déclinent d'une manière sensible.

En réalité, le génie grec s'est déplacé; il est sorti de ses anciennes limites pour gagner en espace ce qu'il a perdu en profondeur. Athènes et Sparte, qui menèrent la guerre contre les forces de l'étranger, n'ont plus maintenant à se disputer l'héofémonie. La suzeraineté d'une monarchie demibarbare, n'ayant de grec que la langue, s'était appesantie sur le Péloponèse aussi bien que sur l'Attique. De la cité de Minerve, disparue du monde

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politique après la chute de Démétrius de Phalère, l'esprit victorieux de l'Hellade a transporté son séjour dans Pergame, la ville d'Esculape, et dans Alexandrie. Les armes macédoniennes ont ouvert à l'hellénisme la conquête de l'Orient, jusqu'aux portes de l'Inde. Après un demi-siècle de luttes et d'anarchies, les successeurs d'Alexandre régnent sur les villes anciennes pacifiées et sur les capitales neuves. Au bord de la mer azurée, les reines de l'Asie jNIineure, Ephèse, Pergame, Laodicée, Antioche, Césarée, Hiéropolis, retentissent du bruit des fêtes, des déclamations, des spectacles publics. « Les bronziers de Sicyone assouplissent le dur métal pour représenter aux yeux de la postérité, sur l'acropole d'Antioche, l'étonnante fortune des Séleucides. Les terrasses et les frises de Pergame exhaussent, dans la lumière, les victoires d'Attale, la beauté souveraine d'Athéna, la bataille de Zeus contre les Géants, le combat de la raison divine et de l'humaine « eurythmie » contre les forces brutales du chaos*. » Et l'Egypte est devenue comme une Grèce plus spacieuse et plus riche. Nous sommes en pleine période alexandrine.

On a fait à cette école une mauvaise réputation ; elle ne la mérite pas. La grâce native des Grecs a pu s'alourdir; elle n'a pas disparu.

Après la mort du vainqueur de Darius, ceux de ses capitaines qui ont eu l'Afrique en partage ont fondé des villes en Egypte; les lettres y trouvèrent un asile protecteur. Ptolémée Soter, Ptolémée Philadelphe, Ptolémée Evergète, ont accueilli les poè-

1. Gaston Deschamps. — Cf. Alfred et Maurice Croisât, Ilist. de la lia. grecque, t. V, 1899.

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tes, fondé des bibliothèques, ouvert le Muséum et préparé une floraison moins brillante, mais agréable et belle encore dans leur empire.

Durant quelques années, c'est entre Pergame et Alexandrie, sans oublier les écoles de Rhodes et de Tarse, une sorte d'émulation généreuse à en prodiguer les marques. Ptolémée Philadelphe a commencé la fondation de la première grande bibliothèque, dans le quartier de sa ville, le Brucliium, attenant au palais. Toute dépense lui semble légère qui lui sert à l'orner, à l'embellir. Il a fait ramasser de tous les endroits du monde les livres les plus rares et les plus curieux; et il n'a pas trouvé que libérer de ses propres fonds un peuple de captifs, loger princièrement en l'Ile de Pharos, durant deux mois et demi, soixante-deux savants juifs et les charger ensuite de présents extraordinaires, fut payer trop chèrement le travail par lequel avait été translatée d'hébreu en grec la loi de Moïse et constituée la fameuse version des Septante.

Jaloux d'enrichir également des trésors de l'intelligence sa capitale asiatique, Eumène, roi de Pergame, a voulu, comme le Philadelphe, fonder un Muséon. Sans posséder d'égales richesses, il ne le cède point aux Lagides en munificence, quand il s'agit d'obtenir des originaux précieux, ou simplement de multiplier le nombre des copies. On craint déjà, dans Alexandrie, que cette bibliothèque n'éclipse en importance celle des rois égvptiens ; Ptolémée s'en inquiète, il défend l'exportation du papyrus. Eumène alors invente le parchemin, et très rapidement s'accroissent, h Pergame, les col-

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lections destinées à enrichir plus tard le Sérapion* de la cité rivale.

Les livres amassés par les rois d'Egypte, transcrits par les poètes, les savants qu'ils nourrissaient comme en une volière, ont provoqué des études nouvelles. Les sciences physiques et mathématiques reçoivent une forte impulsion des travaux d'Eratosthène, — que Ton a surnommé le second Platon. La grammaire et la philologie sont en extrême faveur. A l'envi, Zénodote, Aristophane de Byzance et son disciple Aristarque de Samothrace épurent les textes, codifient les formes du discours, dirigent, réglementent l'amour des lettres, jusqu'à l'excès, mais utilement. Grâce à leurs minutieux travaux, l'antiquité est devenue l'objet d'une admiration réfléchie. « Homère, a dit Sainte-Beuve, n'est, aujourd'hui, tout Homère que parce qu'il n'a pas manqué de son Aristarque. »

D'ailleurs, ces temps de critique pointilleuse et de science un peu sèche ont bien encore leurs titres d'honneur dans le champ de la création artistique. Sans parler du ténébreux Lycophron, l'oraculaire auteur à' Alexandre, si obscur qu'auprès de lui tout ce qui exprime l'idée d'obscurité, brouillards et noirceurs, paraîtrait presque lumineux; sans parler non plus du pullulement énorme des pièces de théâtre, des Tldases et des O/'gêons, dont le nombre découragea le zèle de compilateurs tels que Suidas et Hésychios, ne possédaient-ils pas les élégies de

1. Antoine fit don à Cléopàtre de la bibliothèque d'Eumène, qu'il tira de Pcrgame ; ce fut pour consoler Alexandrie de la perte de celle du Bruchium, brûlée par accident ou à dessein, pendant le siège de la ville par Jules César.

Callimaque et les idylles de Théocrite^? Les poésies de Callimaque, au goût des anciens, étaient plus savantes qu'inspirées; celles de Théocrite sont encore les délices du monde poétique.

La tendre églogue dut l'existence au poète de la Sicile. Avec lui s'éveilla le sentiment pittoresque et coloré de la nature qu'avait masqué, en des temps plus crédules , l'illusion du décor mythologique. Tandis qu'Apollonius de Rhodes, rassemblant avec moins d'imagination que d'élégance et d'harmonie les chants Ivriques ou dramatiques des anciens poètes, faisait voyager le héros des Argonautes par les mers lointaines, Théocrite, que ne hantaient pas d'aussi vastes ambitions, regardait, admirait, et rendait vivante la campagne. Dans le pur cristal de ses vers, il reflétait le ciel et les rives, sans plus appeler à son aide les nymphes ni les dryades, qu'avait mises en fuite l'incrédulité des jours nouveaux. Il s'était éloic^né des grandes villes, autant que nos cités modernes emplies de poussière et de tumulte, pour goûter et rendre sensible l'attrait reposant des tapis de verdure, des sources jaillissantes, des horizons lumineux où se joue la fraîcheur de l'air. A l'ombre des arbres, sous les frondaisons épaisses, ou sur le bord d'une eau murmurante, il notait les chants des gardeurs de chèvres, et il en composait des tableaux d'une grâce et d'un prix infinis. C'est le modèle qu'on n'a jamais dépassé. Car, pour Théocrite, a dit Amiel, un pay-

1. Méléagre de Gadara, l'ingénieux collecteur de la première anthologie et le plus élégant de tous les chantres maniérés qui sortirent de l'école d'Anacréon, n'apparaîtra que deux siècles plus tard : « La vénusté grecque, a écrit Paul de Saint-Victor, sourit dans Méléagre pour la dernière fois. »

sage est un état d'àme, en même temps qu'un spectacle enchanteur.

En seconde ligne venaient les didactiques, tels que le Cilicien Aratus, que l'on citera, quelf[iic jour, comme un précurseur non méprisable d'un iVirgile ou d'un Ovide.

\ Ce sont là les derniers échos du génie hellénique aans la possession de sa liberté. La Grèce, pour sinsi dire, engrangeait sa dernière moisson, avant de livrer sa demeure au pouvoir des Romains.

Ses temps héroïques étaient passés. Sa belle imagination créatrice n'avait plus que des rayonnements lointains. Cependant, il lui suffira de vivre sur son ancien patrimoine artistique, de tenir ouvertes ses écoles fameuses, de laisser parler ses sophistes et ses orateurs, pour soumettre à sa loi le maître qui la tient sous le joug d'un orgueilleux vainqueur. Du mélange des deux races résultera, au profit de l'humanité, une puissance imprévue de rajeunissement.

Est-ce à dire que l'esprit grec et l'esprit romain ne se fussent jamais touchés, avant cette fusion violente? Ily avait eu, longtemps auparavant, de l'un à l'autre, des velléités de communications et d'échanges. Cent ans, à peine, s'étaient écoulés depuis la fondation de Rome, quand le Corinthien Démarate, chassé par la tyrannie d'un grand de la ville, était venu s'établir à Tarquinies, créant une colonie d'artistes, apprenant aux rustiques habitants du Latium l'art de peindre les vases, élevant ses

enfants clans l'amour des sciences et préparant h réoner diornement son fils Tarquin rAncien. Pvthagore vivait en Italie et jetait à Crotone les bases de son association philosophique, mystique et politique, du temps que Brutus mit fin à la servitude de sa patrie. Et, des les origines, plus d'une idée capable d'en suggérer d'autres avait dû circuler des établissements de la Grande Grèce jusqu'au cœur de la Rome naissante. Atteintes légères, insinuations à peine sensibles que le jeu des circonstances seul pouvait affermir! C'est la marche habituelle des choses; les frottements politiques entre les nations activent leur commerce intellectuel. Grecs et Romains se rapprochèrent jusqu'à ce que leurs contacts devinssent assez intimes et leurs rapports assez directs pour mettre sérieusement en péril l'indépendance du pays de iNIiltiade et de Philopœmen. Vers l'an de Rome 555, les dominateurs du monde feignirent une noble entreprise. Ils se déclarèrent hautement les protecteurs de la Grèce contre les desseins ambitieux de Philippe le ^lacédonien. Leurs légions passées, ils amusèrent, quelque temps encore, les Achéens d'une ombre de liberté. Puis ils confisquèrent le pays qu'ils entendaient protéger. En l'année 146 avant Jésus-Christ, l'épée de Mummius biffa la Grèce du rano^ des nations.

Trop affaiblie pour l'emporter par la puissance des armes, une immortelle revanche l'attendait sur un terrain où ne comptent ni la force ni le nombre. La « Grèce captive » envahit à son tour de ses mille influences le sol latin et régna par les arts dans l'Italie.

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