Philosophia perficit arcliitectum. » (Vitruve, 1. III
qu'à un Pollionou à un Tite-Live. D'autres faisaient de l'enseignement philosophique l'unique emploi de leur temps, leur profession véritable. Ils formaient des élèves, distribuaient à des intelligences choisies une instruction sévère et méthodique, ou s'employaient à la direction morale de leurs sentiments et de leurs actes, pour le meilleur bien de la vie quotidienne. Tels les deux Sextus et le déclamateur Papirius Fabianus, qu'on a comparé, pour le caractère de sa prédication philosophique, à une sorte de Bourdaloue. « On l'écoutait, dit Sénèque, avec une attention respectueuse, mais parfois l'auditoire, saisi par l'ampleur des idées, ne pouvait retenir des cris d'admiration. »
L'éloquence politique, dont la force, heureuse ou nuisible en ses elîets, veut un sol indompté et se développe surtout à travers le bruit, les agitations et les discordes, s'était, beaucoup moins que la philosophie, accommodée du passage d'un état de continuelle effervescence h celui d'un "ouvernement régulier, tranquille. Elle avait perdu son élan, sa fécondité, en perdant son indépendance; déjà les ÎNIessala et les PoUion étaient, parmi leurs contemporains affaiblis, comme des hommes d'un autre ào-e.
jNIais la poésie, qui réclame des loisirs heureux, pouvait montrer entièrement ses ressources, au sein de la sécurité et du bien-être. Il fut donné à la Muse romaine, en cette époque unique, de produire des œuvres parfaites.
Tandis que Virgile remplit d'une lumière divine tous les sujets qu'il touche, célèbre les jeux rustiques et les travaux de l'agriculture; puis, s'étant
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assez inspiré de Théocrite, d'Hésiode ou de Lucrèce, ambitionne d'entrer en lutte avec Homère et fournit à Rome son immortelle épopée, — Horace, auprès de Mécène, donne à l'esprit latin sa vive et spirituelle expression; c'est la satire non plus virulente et envenimée; c'est le goût aiguisé de bon sens et d'une malice tempérée. Son œuvre entière se découvre pénétrée de philosophie. Avec son exquise sincérité, son parfait abandon, Horace est encore, de tous les poètes de sa famille, celuilà peut-être qui répond le mieux aux aspirations diverses de la nature humaine, si contradictoire et si chano'eante.
Ami de Virgile, protecteur des lettres et doué lui-même d'une imagination passionnée, Cornélius Gallus, et après lui Tibulle, le sensible Tibulle, répandent dans l'élégie les grâces des boudoirs; Properce, digne héritier de Catulle, chante en des vers pleins de feu — quoique trop de mythologie se mêle à ses soupirs — les troubles du cœur et des sens; et Ovide pousse plus loin encore que Tibulle ce facile enjouement, témoignage certain de la trop grande liberté des mœurs. La prose arrive à sa perfection dans Tite-Live. Les récits remplis de charme du grand annaliste — s'ils n'échappèrent pas aux censures delà critique historique — ont gardé inattaquables leurs mérites de forme : sa large diction, qui va quelquefois jusqu'à la prolixité, est comparée à un fleuve de lait.
LITTERATURES COMPARÉES
Tout établissement vient tard et dure peu,
dit La Fontaine; il en est ainsi dans les lettres. La maturité d'une littérature n'est qu'un point dans le temps. La langue se gâte, les esprits s'épuisent, et les mœurs se corrompent. Les circonstances politiques précipitent la dégénération des œuvres de l'esprit latin.
Elle ne put longuement se maintenir, cette paix si affermie en apparence, cette faveur universelle de la fortune, ce triomphe de tous les éléments de gloire et de prospérité.
Des plumes fameuses ont retracé le déclin rapide de la grandeur latine et les causes qui l'entraînèrent. L'empire était né de l'anarchie. A son tour, entraîné aux pires excès par l'abominable tyrannie des héritiers d'Auguste, par l'avidité sans frein de l'administration fiscale pressurant les provinces et par l'effrayante dégradation des mœurs générales, il accéléra la décadence. Les guerres civiles qu'avait étouffées la main d'Octave renaquirent. Les guerres étrangères n'eurent que des trêves. La littérature subit le contre-coup de ces intermittences. L'épileptique Caligula, envieux de toute gloire, proscrivit le poète à l'instar du patricien. Claude, savant imbécile, ne sut rien faire que pour les joueurs de dés, les affranchis et les bouffons. Néron, par goût et par vanité, prétendit relever la gloire des ^Muses latines... Sous Néron, en effet, « les bains, les basiliques, les platanes de
Fronton, retentissent de la voix cadencée des écrivains, qui viennent, en robe de pourpre et les cheveux parfumés, lire leurs iliaques, leurs silves et leurs élégies. Il y a toute une vie académique, vie de banquettes, de compliments et de bravos; on court haletant d'une récitation à Fautre, on serre à la hâte un poète dans ses bras pour aller crier au poète son camarade : Piilchre, hene, reciel Sous la bénigne influence du soleil impérial, sous la pluie d'or et de lauriers qui descend du mont Palatin, s'élève une poésie doucement et tendrement allaitée, nourrie à la pâte et au miel, élevée dans la serre chaude des lectures de salon, à la douce odeur de l'ambre et du nard, à l'harmonie des cithares, qui lui donnent le ton, au bruit plus enchanteur de sa propre voix et aux applaudissements cadencés d'une amitié fidèle \ » Mais que tous ces assembleurs d'hexamètres et d'hendécasyllabes sont loin d'approcher la grandeur sobre et la suavité virgiliennes î L'un d'eux, Lucain, chérit plus que l'éloquence elle-même les tons outrés et déclamatoires. Du moins il l'emporte sur ses froids rivaux par le relief et l'énergie des couleurs, par la vie du style et de la pensée. Hélas! Néron lui fera payer chèrement l'éclat de ses talents précoces. Lucain a eu le dangereux honneur d'être le rival heureux de César dans une lutte poétique. Condamné au silence pour des succès littéraires qui portaient ombrage à l'orgueil d'un tyran bel esprit, puis à la mort pour crime de conspiration politique, enveloppé dans la cruelle disgrâce de