‹ Histoire des littératures comparéesChapitre 23 sur 82 · Cliampagny, les Césars, t. IV, 5* édition, p · texte numérisé non relu

Cliampagny, les Césars, t. IV, 5* édition, p

LITTERATURES COMPARÉES 67

son oncle Sénèque, Lucain disparaîtra de la scène en sa vingt-septième année, laissant le champ libre aux Stace, aux Silius Italiens. Capable de sentiments délicats, touchants ou chaleureux, toujours souple et coulant dans la forme, mais non moins prompt h en gâter l'effet par des moyens artificiels, Stace, l'auteur des Silçes, sera bien le type accompli des littératures de décadence.

« Une poésie triviale, dit Plutarque, menait avec elle une musique efféminée et corrompue. )) Le théâtre ne s'était pas relevé de sa stérilité. Sénèque y fit-il vraiment représenter les tragédies qui nous sont restées sous son nom, ou n'étaient-ce que des travaux de cabinet? On l'ignore. On y voit reluire parfois un éclair de la civilisation grecque, mais l'éloquence y est tendue, enflée et difficile. Du reste, la littérature perd davantage chaque jour sa place sur la scène. La foule oisive et brutale n'y vient plus que pour assister à des fêtes ruineuses. Jamais les spectacles ne furent plus nombreux; jamais l'intelligence n'y eut moins d'autorité. Le cirque s'ouvre dans la matinée, et les jeux se prolongent même fort avant dans la nuit. Une autre distraction, qui va jusqu'à la fureur, ce sont les courses de chevaux, — la fête suprême. En revanche, les représentations scéniques ont perdu la vogue. Ni comédie ni tragédie n'étaient capables désormais d'attirer le peuple au théâtre. Le mime, l'atellane, conservaient encore quelque faveur pour la licence qui en était le caractère dominant; mais les spectacles sanorlants avaient une bien autre force d'attraction pour la plèbe latine. Des lions étaient lancés contre des tigres, des sangliers contre des

sangliers, des hommes contre des hommes. Il n'était que faire de poésies, d'art dramatique, en ces mêlées de l'arène.

Quant à l'éloquence, elle périssait par l'emphase sans but et la déclamation à vide. La sophistique, en revanche, triomphe pleinement. La pensée est abandonnée pour le verbe, la conclusion pour le syllogisme.

Les écoles de rhéteurs attirent à elles toute la jeunesse studieuse ou brillante. Mais, enfermé dans un cercle des plus étroits, l'art oratoire se réduit a des disputes subtiles, à des joutes d'ars^uties^, et finit par n'être plus qu'une habile juxtaposition de mots.

Avec l'empereur Vespasien, l'enseignement de la rhétorique deviendra fonction d'Etat en la personne de Quintilien, investi de la mission spéciale de restaurer le ffoùt. Et Pline le Jeune sera le meilleur élève de Quintilien, et ce meilleur élève indiquera mieux que personne à quel point le mal du bel esprit était répandu.

Il faut subir en tous lieux l'influence énervante et assoupissante des grammatistes. Plus de Forum, plus de tribune aux harangues, point de causes relevées h plaider, point de ces procès retentissants où la cause du genre humain se débattait; la grande éloquence n'a plus occasion de se montrer, plus de théâtre où paraître en plein jour. On ne parle que dans un prétoire, devant quelques juges à moitié endormis : un mur mitoven, une gouttière, voilà les sujets des débats. Le nom d'orateur n'existe plus,

1. Cf. Gidel et Loliée, Ecriuains et Littératures, 1898, A. Colin édit.

il est remplacé par ceux-ci : patroniiSy caitsidicKsK

La spéculation philosophique appliquée aux sciences, qui avait produit chez les Grecs, chez un Empédocle, un Démocrite, un Aristote, un Pythagore, des résultats merveilleux d'intuition, a défailli visiblement; et Pline l'Ancien, malgré tout son savoir encyclopédique, Pline, en recueillant tant de fables, tant de chimères, tant de superstitions pour son Histoii^e naturelle, marquera plutôt un recul qu'un progrès des connaissances positives.

Toutefois, ces lacunes ou ces faiblesses, qui tenaient à des causes générales, à des conditions d'Etat et de société, n'empêchèrent point de se produire des écrivains supérieurs en plusieurs ordres. L'histoire des lettres a gardé le souvenir du progrès que réalisa Pétrone en introduisant dans la poésie narrative, à la place des dieux et des héros de convention, les figures journalières de la vie romaine contemporaine. Elle pourrait, d'aventure, sur son chemin omettre l'auteur du Banquet de Trimalcion. Rien ne la justifierait d'oublier à dire le beau mouvement d'idées philosophiques qui se produisit en face des mœurs débordées.

Comme par une sorte de nécessaire réconfort pour la génération qui avait eu la chance fatale de naître sous Caligula, de recevoir son éducation sous

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