Cf. Gidel et Loliée, Ecrivains et Littérature
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Claude et de parvenir a sa maturité sous l'odieux Néron, le stoïcisme s'était réveillé avec des ardeurs nouvelles d'apostolat : et non plus le stoïcisme broussailleux des Cléanthe et des Chrysippe, à chaque coin de phrase s'emmaillotant de rhétorique ou se hérissant de pointes et de subtilités, mais un stoïcisme insinuant et persuasif, se réclamant des meilleurs attributs de l'éloquence pour accomplir son œuvre de propagation, pour convaincre, consoler ou soutenir. Doctrine terriblement opportune, sous la tyrannie des Césars ! Car elle donnait une grande force à l'âme humaine pour supporter, si elle ne lui laissait pas assez de ressort pour agir. Tout ce qui restait alors, parmi les citoyens de Rome, de fierté nobiliaire et de libéralisme républicain, en tant que parti politique, d'indépendance et de dignité, en ttint que valeur morale et conscience individuelle, s'était groupé sous cette forme d'enseignement spéculatif, de protestation collective par l'idée, comme Sénèque; par le fait, comme Musonius Rufus, Thraséas, Lateranus.
Sénèque en fut le plus illustre représentant. Il avait grandi dans les milieux où florissaient la rhétorique et la philosophie. Très jeune, il fuyait la foule pour entendre les beaux plaidoyers de morale de Papirius Fabianus. La parole du pythagoricien Sotion le transportait. Il arrivait le premier à l'école du stoïcien Attale, et, non content d'en sortir après les autres, il accompagnait le maître pour jouir plus longtemps de ses leçons^
1. Sénèque, Lettres, 108, 3. Cf. Gaston Boissier, la Philosophie romaine, d'Aus:uste aux Antonins.
Lui-même les surpassa tous. Peu de connaissances lui échappèrent de celles qui étaient à la portée des hommes de son temps. Avec sa profonde expérience du cœur humain, sa singulière pénétration morale et la chaleur éloquente de son prosélytisme, il exerça un ascendant merveilleux. Le destin ayant voulu qu'il éprouvât toutes les vicissitudes auxquelles sont exposés les mortels, ses livres devinrent le manuel de tous les hommes goûtant la philosophie pratique.
Auprès de la raison moderne, Sénèque a beaucoup perdu de son crédit et de son autorité. En lisant les pages austères du directeur de conscience qu'il voulut être, ses éloquentes pages sur les devoirs de l'homme envers lui-même et envers ses semblables, on se souvient trop du précepteur de César, de l'amant d'Agrippine, du prétendant à l'empire : l'ambitieux fait tort au moraliste. Cependant, il put abuser de l'esprit, tromper les autres sur la sincérité de ses sentiments, développer comme des matières de style, sans en prendre la règle pour soi-même, les beautés de la doctrine stoïcienne, livrer sa phrase à tous les soubresauts qui traversaient sa pensée ou secouaient son imagination, pécher par excès de subtilité ou s'égarer dans l'emphase : il n'en fut pas moins Sénèque, c'est-à-dire l'écrivain, le penseur qui, chaque fois qu'il touchait à l'extrême du beau, — ce qui lui arrivait souvent, — était hors lisfue.
A la même école et au même temps appartenait Aulus Persius Flaccus. Aucun des maîtres du siècle d'Auguste, sous la forme supérieure de leurs ouvrages, n'avait atteint, par la pensée, les hautes régions
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où la foi stoïcienne ravissait l'âme du jeune poète du Portique. Ses vers enveloppés d'obscurités forment une trame confuse, pareille aux nuages d'un ciel orageux, que traversent des lueurs vives et fugaces. Même après deux mille ans, ces clartés sont assez brillantes pour rendre bien distincte, à travers la pénombre des siècles, la figure de Perse se détachant dans sa pureté, mêlée d'orgueil, sur le fond sanglant de la Rome impériale.