CHAPITRE Vlll
La demi-renaissance carlovingienne. — Efforts civilisateurs. — Charlcmagne, Alcuin , Raban Maur. — Passage troublé du IX' au x* siècle. — Le monde ft-odal. — Les ombres de l'ignorance se sont épaissies de nouveau sur l'Europe.
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Avant l'avènement de Charlemagne, disions-nous, la France était descendue bien au-dessous de cette Angleterre que nous venons de signaler; au-dessous de l'Espagne patrie d'Isidore de Séville*; audessous de l'Italie, qui produisit, au vi* siècle, Boëce et Cassiodore, les derniers représentants de l'antiquité et les premiers philosophes du moyen âge (Boëce et Cassiodore, dont les traités défrayèrent l'enseignement classique, jusqu'à la Renaissance). Elle était presque devenue le pays le plus stérile de l'Europe.
Charlemagne et Alcuin, un empereur et un moine, — deux forces historiquement inséparables comme l'étaient, au sein de la société, les deux puissances ecclésiastique et laïque, — vinrent métamorphoser cet état de choses. Prince civilisateur et
1. En ces temps de grande ignorance, le théologien, clironiqueui et encyclopédiste Isidore de Séville, Isidortis Hispalcnsis , avait recueilli les traditions grammaticales de la Grèce et de Rome et, dans ses Étymologies, inauguré une science (ou apparence de science) à laquelle s'intéressera tout le moyen âge.
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conquérant germain, homme de génie dans les choses de la paix comme dans celles de la guerre, Charlemagne fut le promoteur d'une véritable renaissance. Des savants étaient accourus de toutes parts à son appel, comme pour concentrer en un même fover leurs doctrines et leurs lumières. Il avait déjà fait recueillir les chants nationaux de la Germanie. Il chargea Pierre de Pise, Alcuin, Paul Diacre, Clément d'Aquilée, d'être les éducateurs de ses peuples.
Missionnaires de l'intelligence, ils propageaient avec un zèle efficace les bienfaits de l'instruction. Ils se heurtaient souvent à l'impossibilité de faire le jour dans les cerveaux enténébrés. Ils rencontraient sur leur chemin beaucoup de ces hommes, partisans opiniâtres de l'ignorance, qui, selon l'expression de Loup de Ferrières, se flattaient de mépriser les loisirs superstitieux des lettres et qu'importunait le seul nom des études. L'effort civilisateur de Charlemagne n'eut pas de prise sur ceux-là; mais il passa par-dessus leur tête pour aller porter ses fruits au loin. Les ouvrages, cependant, se multipliaient. On revenait avec chaleur à la controverse des subtiles questions théologiques. Chacun voulait prendre part à ces luttes épineuses, dans le docte entourage du prince. Il ne dédaignait point d'appuyer ses opinions des arguments de la rhétorique. Cicéron, iNIacrobe, Apulée, Platon, Aristote, fournissaient des témoignages ou des raisons à l'empereur controversiste. On le vit entrer à fond dans la querelle de l'adoptianisme^,