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CHAPITRE IX

Contrastes de cette absence générale de culture avec l'état brillant des lettres en Asie. ^ Jusque dans l'extrême Orient. — La Cbine, le Japon, le pays des Khmers et la Perse, au x' siècle. — La science arabe, depuis le viii" siècle. — Tableau de cette civilisation. — Introduction des livres arabes en Occident.

Le x^ siècle, qu'on a surnommé l'âge de fer en Europe, pour les profondes tristesses, les calamités inouïes et toutes les détresses dont il s'accompagna, comme d'un lugubre cortège, dans les pays occidentaux et dans l'empire de Byzance, le x® siècle fut une brillante époque intellectuelle pour une grande partie de l'Orient, non seulement chez les Arabes, mais jusque dans les régions les plus isolées du continent asiatique.

La Chine, à laquelle il faut bien de temps en temps revenir par la pensée, venait d'avoir, sous les Thang, un superbe épanouissement poétique, avec Li-Taï-Pé, le mélancolique rêveur, le frère spirituel et précurseur des Persans Kheyam et Hafiz, la plus haute illustration du règne de l'empereur Hiouan- Tseng et celui enfin qu'on appela « l'immortel exilé sur la terre* » ; avec Thou-Fou,

1. Li-Taï-Pé, qui fut surnommé aussi, à titre d'excellence, le ?iénuphar bleu, descendait, à la neuvième génération, de 1 empe-

niorace de sa patrie, habile à chanter la jeunesse et le printemps, les bois et les montagnes, les bienfaits du vin, les luttes poétiques, les promenades et la contemplation ; avec Oang-Oey et Lo-Ping-Ouang, leurs émules; et maintenant, sous les Soung, elle voyait fleurir la dynastie lettrée par excellence.

Jamais les concours n'avaient été si fort en honneur, ni les savants autant favorisés. Littérature intéressante et singulière entre toutes que celleci ! Aucune autre ne s'est développée plus excentriquement aux littératures occidentales; aucune n'a moins reçu d'elles et ne leur a moins prêté. Et, cependant, il n'en est point qui offre avec les nôtres de plus frappantes ressemblances pour les côtés représentatifs de la vie, l'observation des mœurs, le positif de l'existence familière et quotidienne.

Au Japon, l'éveil intellectuel n'était pas moindre. Ou plutôt il prolongeait avec un éclat nouveau le rayonnement de l'âge qui venait de finira La cour japonaise du x® siècle égalait par le raffinement du langage, la politesse des mœurs et le luxe de la vie matérielle, ce que nous avons connu en Europe de plus parfait et de plus brillant. Investi d'une autorité souveraine, que ne troublait aucun

reur Wou-ti, de la dynastie des Siang-si. On lui éleva un temple après sa mort, et l'on y grava cette épitaplie :

« Gloire ù Li-taï-Pé, l'immortel exilé sur la terre! Chanter ses poèmes et de vin remplir sa coupe, voilà les œuvres de sa vie...

« Ses poésies brillaient dans tout l'empire comme le croissant de la lune. C'est pourquoi ne dites pas que les œuvres du poète de génie passent et s'efiacent, puisque la lune éclatante est encore suspendue au-dessus des rives du fleuve Tsay-Thy! »

1. Les encyclopédies japonaises signalent, au ix* siècle, un assez grand nombre d'auteurs, entre autres la poétesse Ono-no-Komati.

nuage, l'empereur y régnait placidement au milieu de sa noblesse, des savants, des artistes. Une paix profonde encourageait aux plaisirs de l'esprit. C'était, entre les princes et les auteurs qu'ils protégeaient, une sorte de douce émulation à tenir en parfaite harmonie Thonneur du rang et l'éclat du talent. La poésie était comme une partie essentielle de l'éducation des gens bien nés. Dans leurs élégantes causeries les vers coulaient des lèvres, em bellis d'images et de comparaisons gracieuses, que n'eût pas désavouées Tsurayuki^

Formés à l'école des Chinois, les artistes, peintres et sculpteurs, rivalisaient aussi de délicatesse à nuancer les êtres et les choses de la nature orientale. Dès le vii*^ siècle, ils s'y portèrent avec une science experte, et au ix*^, lorsque régnait sur l'esthétique de sa patrie le célèbre Kous-Koa. Au X® siècle, il n'est pas de sujet qui cause autant d'enthousiasme, dans les conversations du monde aristocratique, comme de parler du style brillant des Célestes se reflétant dans une foule de kakimonos précieux. Car les Japonais d'alors étaient les plus prompts, comme ceux d'aujourd'hui, à s'assimiler, sans perdre leurs qualités ethniques, les avantages des civilisations environnantes. Ils laissaient venir à eux les Chinois, avec leurs émaux, leurs ivoires sculptés, leurs gravures sur bois, et les Persans, desquels ils apprirent à incruster le fer de dessins d'or et d'argent. Cependant ils raffinaient sur les enseignements de leurs précepteurs, puisaient à leur école des éléments de grâce habile et

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