CHAPITRE XI
Aspect général du xiir siècle. — Unité essentielle des littératures à leurs débuts. — Epanouissement simultané des lettres et des arts en France, en Angleterre, en Allemagne, chez les peuples du midi de l'Europe. — Trouvères et troubadours. — Ménestrels anglo-saxons. — Minnesinger allemands. — La poésie populaire commence à secouer le joug des ambitions ecclésiastiques et des abus féodaux.
§ 1er,
On a franchi le seuil du xii^ siècle. Il se fait dans la majeure partie de l'Europe un travail collectif de préparation, qui montre tout d'abord l'esprit d'unité essentielle de ces jeunes littératures.
Les langues vivantes ont pris de la force et de la consistance. L'anglo-saxon ne s'est pas encore affranchi du joug normand. Les chevaliers de Guillaume, en se partageant l'ile d'Angleterre, avaient dicté des lois aux vaincus dans la « parleure » de France^ Sur les pas des conquérants s'étaient répandus les ménestrels. L'anglo-saxon attendra, pour être lui-même, jusqu'à la venue de Chaucer. En revanche, les progrès du moyen haut-allemand, en la
1. En attendant que les deux idiomes eussent fini par se fondre, ainsi que les deux peuples, les manuscrits français emplissaient les archives d'Angleterre. On trouve dans Robert de Glocesterun passage remarquable prouvant que de son temps, c'est-à-dire vers l'an 1276, le français était encore la langue des classes supé-^ rieures.
LoLiÉE. — Litt. comp. 9
LITTERATURES COMPARÉES
place la plus brillante de la période souabe, signalent à la lois les transformations du goût, des idées et du lanaacre. En Italie va naître l'idiome toscan,