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Chauvet

nir meilleur qui se lèvent autour du berceau de la princesse Isabelle, ont empli les cœurs d'allégresse. Et l'impression en déborde sous toutes les lormes de la pensée.

Vainement des amis du passé, Lista, Hermosilla, Martinez de la Rosa, s'efforcent d'opposer une digue au torrent qui emporte les imaginations. On les laisse protester, sans les entendre, contre ce qu'ils appellent un faux appétit d'émancipation ou un goût effréné de licence. Ils se perdent en des discussions théoriques, pendant que les vers des nouveaux poètes continuent à exciter les fièvres généreuses ; et ces vers sont avidement recherchés par une population enivrée d'espoir et de joie; on les redit à ciel ouvert, on les répète dans les cafés, dans les salons. Chaque incident politique devient le thème d'une création littéraire. Les profondes modifications de l'état social , qui se poursuivent pendant la première guerre civile de sept ans et pendant la première régence d'Espartero, sont une stimulation permanente à l'activité des écrivains. D'autres manières de voir et de penser se sont fait jour, dans la traditionnelle Espagne. D'autres hommes, d'autres caractères, d'autres types ont apparu. Ils s'en inspirent pour exprimer tour à tour les regrets ou les aspirations, ces dernières surtout, qui remuaient l'àme de la nation espagnole, en face de cette évolution soudaine et considérable de ses destinées.

Une ardeur continuelle enflamme l'inspiration des romantiques de l'Estramadure et de l'Andalousie. La vie de quelques-uns, comme celle du grand lyrique Espronceda et du mordant pamphlétaire

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José de Larra, n'est qu'une lutte de tous les instants en faveur des idées de libéralisme, d'affranchissement moral et intellectuel. Car ce fut bien le caractère propre du romantisme espagnol d'avoir traduit avec beaucoup de fougue l'ardente passion qui poussait alors le pays de Calderon à se dégager violemment des liens de 1 absolutisme et d'une religiosité tyrannique. Espronceda, Angel de Saavedra, duc de Rivas, Quintana, en attendant la venue de Zorrilla, conquirent une gloire européenne.

Plus tardivement, le Portugal, très différent — comme on ne le sait pas assez — de la nation voisine et rivale, par les origines et par le tempérament, avait repris possession de ses facultés d'invention littéraire. Le royaume lusitanien n'était pas encore remis des crises multiples, intérieures et extérieures, qui ont été le lot particulier, dans l'histoire, d'un Etat dénué de puissance et continuellement menacé. L'extinction de ses forces physiques et morales en avait été la conséquence forcée» Une sorte de lueur blafarde s'était étendue sur cette société légère et spirituelle, mais dénuée de ressort, chez laquelle rien n'est moins rare que de voir succéder à quelques heures d'animation vive et de pétulance des journées longues de prostration. La faculté poétique errait sans souffle, par les chemins d'un pays où de chanter et de versifier est une occupation courante. Les éternelles églogues ellesmêmes étaient oubliées. Les brillants horizons semblaient fermés, quand apparut Almeida Garrett, suivi de son cortège romantique. On sentit qu'il y avait encore sous le sol desséché des racines profondes.

Les premières tentatives du romantisme cher-

chant sa voie, furent marquées dans toute l'Europe par un mouvement de régression vers la tradition nationale du moyen âge. Cette disposition commune des peuples à s'appuyer sur le sol de la patrie pour y reprendre de nouvelles forces était à l'état flottant dans l'atmosphère du Portugal, d'autant plus épris de sa gloire passée, qu'elle lui paraissait, désormais, sans espoir de retour. Garrett comprit d'emblée de quels éléments il aurait à se servir pour synthétiser en des œuvres vivantes le vœu séculaire de sa race. Né d'une famille açorienne, dont les ancêtres provenaient de l'Irlande, il apportait en soi le double atavisme qui môle, dans l'àme portugaise, à la passion véhémente du iNIidi et de l'Orient la mélancolie et l'idéalisme bretons. Il avait, en outre, la connaissance profonde du passé de sa patrie. Il trouva dans la vieille légende du romanceiro l'expression des couleurs d'époque et de lieu, qui sont la vie même d'une nation; et il la cristallisa en des œuvres d'une perfection rare*. Garrett exerça une influence considérable non seulement sur ses disciples directs, tels que l'historien et poète Herculano, puis sur les ultra-romantiques, qui gâtèrent par la pompe et l'emphase le meilleur de leurs imitations, mais jusque sur les derniers disciples des écoles du xix*^ siècle finissant^, les écoles corymbrienne et symboliste^.

1. L. de Carné. — Voir V Histoire de la littérature portugaise, oeuvre monumentale de Théophilo Braga.

2. Dans les dernières années du xix" siècle el les premières du xx*, une véritable renaissance garrettienne se révélera, particulièrement, au théâtre, chez Julio Brandaô, Julio Danta, D. Joào de Camara, etc.

3. La poésie portugaise contemporaine, sur laquelle nous n'au-

Eveillée Tune des dernières à la vie de l'esprit, la Russie déployait, h son tour, un surcroît d'ardeur, comme pour remplir en quelques jours le vide laissé par un sommeil séculaire entre les lents débuts des aofes de barbarie et les tâtonnements de son idiome littéraire moderne, entre les vieilles rapsodies héroïques, au-dessus desquelles émergea le fameux Dit de la bande d'Igor^, et la production originale et féconde qui doit assurer la vitalité de cette langue harmonieuse et sonore.

C'est le troisième âge de la littérature russe*, âge de mysticisme et de romantisme. Les premières années en furent marquées par une explosion de sentimentalité mystique. Au lendemain de la Révolution, Catherine, effrayée des progrès de l'illuminisme, qui s'infiltrait sous le couvert des associations franc-maçonniques, avait essayé d'arrêter par des mesures de rigueur le développement d'une ten-

rons pas occasion de revenir, est en effet représentée, d'un côté, par les derniers sentimentalistes du romantisme, et de l'autre par ceux qui tiendront à s'en affranchir pour s'inspirer de la nature, delà science ou des synthèses philosophiques. A la seconde de ces deux familles rivales appartiendront : Joào de Deus, Théophile Braga, Anthero de Quental, Joào Penha, Gomes Leal et le philosophe versificateur Teixeira Bastos.

1. L'histoire intellectuelle de la Russie peut se réduire, en ses quatre époques de durée très inégale, à quelques faits généraux : au delà des ténèbres de la barbarie, 1 infiltration du christianisme byzantin et la prépondérance presque exclusive de l'élément religieux; le rapprochement brusque vers lEurope et les idées occidentales ; la période d'imitation et de pseudo-classicisme, qui dura jusqu'au commencement du xix* siècle, puis les tentatives: d'affranchissement des romantiques, et enfin l'évolution sociale de la dernière heure, sous le drapeau du réalisme populaire.

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dance où ses goûts autoritaires croyaient sinon pressentir une menace, du moins découvrir une sorte d'émancipation dangereuse de la pensée. Les dispositions d'âme de son deuxième successeur Alexandre P"" avaient rendu vaines ces tentatives de compression. Les idées piétistes de Novikof, encouragées par l'impérial correspondant de M™^ de Krudener, partagées par le ministre libéral Speransky, étaient remontées à la surface. L'ençrouement superstitieux avait gagné toute l'élite de la société. Ce fut une contagion de rêverie métaphysique. « Il n'y avait de faveur que pour les sociétés bibliques, les martinistes, les rose-croix, les swedenborgiens^ )> L'irruption du romantisme détermina une nouvelle et plus fructueuse évolution ; mais la crise avait été trop vivement ressentie pour ne point laisser de traces de son passage; il en resta dans les âmes une nuance particulière de mélancolie dont on reconnaîtra la transmission vague jusque chez les grands écrivains : Dostoiewski, Glcb Ouspenskv, Tolstoï, Saltgkov et leurs disciples de la dernière génération. L'initiateur du romantisme russe s'appela Joukovski. Le chef de chœur et le maître fut Pouckhine. L'un, par des imitations nombreuses de Schiller, de Gœthe, d'Uhland, de Novalis, avait insinué la doctrine moderne. L'autre, par une prise de possession éclatante, en fit son bien, son patrimoine. Joukovski avait écrit dans le goût germanique sur des sujets slaves, quand son disciple, encore au collège, commençait seulement h se rendre compte de ses impressions naissantes. Pouckhine ne fut

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