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CHAPITRE XX

Extrême fractionnement des groupes littéraires. — Le néo-helle'nisme, en France et à l'étrang-er. — Néo-christianisme et parodies mystiques. — Los symbolistes. — Caractère indifférent et cosmopolite de la littérature en général. — Ses expressions les plus récentes en France, en Angleterre, aux États-Unis, en Italie, en Espagne. — De nouveaux foyers de culture. — A l'aurore du xx" siècle.

En France même, le zollsme ne gardait sa signification, ne s'imposait à l'attention continue du public, que par l'énergie productive de son chef, dont les romans se suivaient, d'année en année, comme autant de contributions sociologiques h l'histoire contemporaine des mœurs ^, et qu'aidaient fort h passer pour telles, en la couleur romantique de ses peintures et malgré bien des généralisations hâtives, l'incontestable puissance de l'écrivain et sa sombre émotivité.

Ces « tranches de vie », comme on disait encore aux environs de l'année 1882, détaillées de préférence dans l'imitation exclusivement objective des milieux bas et des choses vulgaires, n'étaient pas

1. Zola, sur la fin de sa carrière, devait modifier sensiblement sestendances, et, après avoir été l'auteur sans illusions de l'Assommoir et de la Terre, se lancer en plein rêve social avec les développements du Trai'ail (1901).

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d'une saveur ni d'une diversité à satisfaire tous les appétits.

Depuis bien des années, la minorité, une forte minorité, quérait à d'autres tables les jouissances de l'alimentation spirituelle.

Remontant jusqu'à Stendhal, elle demandait à l'auteur de la Chartreuse de Parme les curiosités minutieuses et finement nuancées de l'imagination psychologique, unies au principe de l'action et de la volonté; à son disciple [Mérimée, le modèle de cette simplicité idéale qui est l'effort de l'art le plus consommé; à Baudelaire, la sombre poésie d'une âme tourmentée et le goiit pervers du rare ; à Sainte- Beuve, la parfaite lucidité critique; à Taine, la vraie théorie des milieux et de l'hérédité, parodiées par les naturalistes ; à Renan, la science jointe à l'imagination, la pénétrante analyse d'âme, la richesse éblouissante des idées, la souplesse incomparable de l'intelligence et du style; à Paul de Saint-Victor, l'éclat pictural de la phrase ; à Barbey d'Aurevilly, l'emportement romanesque et le dilettantisme élégant ; et, par-dessus les frontières, aux préraphaélistes^ anglais, poètes ou peintres, le sentiment très subtil de la beauté pure; ou à Wagner, dont l'influence commençait h se rendre européenne, l'impression complexe des dépendances mutuelles de tous les arts.

1. Les préraptiaélistes Rossetti, Holman Hunt, Burne Jones, Watts, William Morris, Crâne, par la noblesse de leur caractère, l'idéalisme de leurs convictions, leur goût pour la légende et l'allégorie, ont repris avec les poètes , avec Swinburne, Mcredith, Tennyson, Browning, les traditions de Colei"idge, de Shelley, de Keats, des lakistes, et créé un art directement opposé aux arts réalistes. [Cf. Mauclair, le Si/mbolisme en France; Edouard Rod, Etudes sur le dix-neufième siècle ; etc.)

D'autre part, les excès d'un modernisme trop fidèlement calqué sur l'existence, et que renlorçait encore l'influence des arts réalistes et impressionnistes^, avaient provoqué, tant en France qu'au dehors, un mouvement très spécial de rétrogression vers le passé. Dans le moment même où l'on voyait toute une génération d'auteurs, romanciers ou dramaturges, s'acharner à saisir des coins de vérité aussi ressemblants que possible à la réalité ambiante, il fut permis d'assister, par une curieuse opposition, à une sorte de renaissance générale des fables grecques et latines.

Déjà, au commencement du xix® siècle, les Anglais Leigh Hunt et John Keats avaient pris la mythologie très au sérieux, in earnest, comme a dit Swinburne. Les Allemands avaient produit toute une lignée païenne, depuis Wieland jusqu'à Hœldœrlin, en passant par Heinse, Goethe, Schiller et Heine et maints autres.

A nouveau reproduite très en détail, à l'aide de la plume, du pinceau, du bronze, du marbre, la vie antique avait repris faveur^. Sans parler des esprits curieux et chercheurs qui s'employaient à recons-

1. La peinture de Monet et la littérature de Zola provenaient de la même conception de la yie. En outre, les impressionnistes, dont le premier souci fut, comme chez Claude Monet, d'exprimer l'atmosphère et ses exactes colorations, avaient tenté d'introduire, et souvent avec succès, dans l'esthétisme académique la représentation de scènes, de types populaires, saisis en la vérité immédiate du geste ou de l'attitude.

2. Depuis la Vénus de Cabanel et la Nymphe de Baudry, qui, sous le second Empire, avaient marqué la réapparition du nu dans la peinture, après une longue proscription, les déesses étaient revenues en foule, dévoilant, dans les expositions, leurs beautés plastiques devant le public spectateur et juge, — comme le berger Paris sur le mont Ida.

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tituer pièce à pièce l'histoire des œuvres, des institutions et des formes du langage, trois groupes d\( artistes w s'efforçaient à cette sorte de résurrection. C'étaient les derniers disciples de l'école homérique et sophocléenne, les simples dilettantes de la réminiscence mythologique, et les purs, les fervents du néo-paganisme.

Les uns, par inclination naturelle, par enthousiasme réfléchi, par habitude d'éducation ou par le désir sincère de donner à leur intelligence plus de rectitude, d'étendue, de sagacité, de force, d'élévation, se vouaient de préférence a la culture des chefs-d'œuvre de la littérature profane ; car ils y reconnaissaient laccord le plus parfait de toute beauté et de toute harmonie.

D'autres, soit par dégoût de la vulgarité des scènes de leur temps, soit par caprice et libre fantaisie, revenaient, avec l'espoir de les rajeunir, h ces immortelles fictions que tant de fadeurs et l'abus si prolongé d'une imitation maladroite semblaient avoir à jamais démodées. L'imagination et la vue lassées, rassasiées des tableaux trop ressemblants de la laideur humaine, ils s'en allaient chercher l'oubli dans les allé":ories lumineuses de la Grèce. Ils retournaient aux éternels modèles^. Travaillant, ciselant la forme avec tant d'amour qu'elle put devenir entre leurs mains la coupe triomphante de ridée, ils façonnaient des strophes plastiques pour les emplir du vin de leur cœur^ Ils continuaient,

1. Les progrès de la science nouvelle des mythes, la science des Adalbert Kiihn et des Max Millier, favorisaient extrêmement cette tendance.

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