Id., ibid
2. De même dans la littérature portugaise, où. l'on aurait à si-
que que l'Espagne possède de grands compilateurs plutôt que de grands historiens, et que, du côté des sciences, elle n'a gardé quelque supériorité que dans celles où l'imagination des érudits peut encore se donner carrière : telles l'archéoloo-ie et l'économie politique, si propices à l'illusion et se rapprochant encore par là du roman. D'une manière générale, la raison a forcément pâti des préférences accordées au lyrisme et à la fantaisie Enfin, on doit relever cette observation que le sentiment des beautés de la nature et des plaisirs simples de la famille a manqué presque totalement dans la littérature espagnole, jusqu'à la venue des derniers romanciers contemporains.
Un sentiment vif de l'histoire correspondant à l'amour profond de la race , une extraordinaire malléabilité de l'imagination à s'empreindre des formes d'idées ou de sensations tour à tour les plus fugaces ou les plus intenses, une puissance de réceptivité presque sans bornes, voilà, maintenant, les traits essentiels du génie slave. Il importe d'y adjoindre ce caractère prédominant de sa mentalité : la préoccupation constante et supérieure de la question morale. Du dernier au plus grand, chaque être pensant, personnage de fiction ou type de réalité, s'y montre pareillement anxieux du problème altruiste : le rôle de l'individu vis-à-vis
gnaler une émotivité de tempérament si particulière, on reconnaît une impuissance philosophique ù peu près complète.
de riiumaiiité. Que doit-il d'abord à ceux de son village, de sa cité, de sa race, et, par delà son pays, au reste du monde, où palpitent les mêmes joies, où frémissent les mêmes détresses? Des publicistes, des critiques, des observateurs attentifs de l'âme slave, l'ont remarqué à diverses reprises : aucune littérature ne porte comme la littérature russe cette marque d'une tendance souveraine, à laquelle se ramènent toutes les conceptions individuelles, romanesques, sociales ou politiques. Si la Russie n'a pas produit de grand philosophe^, de métaphysicien sublime, elle a révélé à l'admiration universelle, dans les jeux du raisonnement et de la douleur où se complaisent ses romanciers, ses dramaturges, des créateurs de vie d'une infinie complexité sentimentale. Les Tolstoï et les Dostoiewski auront poussé aussi profondément et mené aussi loin qu'il est possible l'analyse pathétique des moindres frissons de la nature physique et de la nature morale.
On pourrait étendre bien davantage ces comparaisons entre les races intellectuelles et cette sorte d'étude analytique des différences d'âme et de facultés que trahissent les caractères de leurs littératures. Mais le cadre est immense, le sujet difficile, et trop restreintes sont nos forces. Il faut se borner et conclure.
1. On pourrait ouvrir une exception en faveur du spiritualiste contemporain Soloviev, qui a exercé beaucoup d'influence et d autorité. Il s'était formé une conception métaphysique et morale empruntée en partie à Schelling, en partie à Jacob Bœhme, à Swedenborg, aux Pères de lEglise et aux néo-platoniciens.
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Alternatives et réactions d'influences.
Comme nous l'avons montré précédemment, il n'est guère de nation qui n'ait cru avoir sa place marquée d'avance, ses aptitudes distinctives, en un mot son signe d'origine, sans que, du fait de ces prédispositions de race ou de climat, il en soit résulté pour aucune d'elles un motif de prééminence décidée.
L'Italie se flattera de posséder la verve poétique et artiste. A la France il parait juste de se décerner l'initiative des larges théories et la palme du bon goût; à l'Angleterre de s'attribuer le domaine du droit sens et des réalisations pratiques. L'Allemagne fera valoir le don qu'elle a par excellence des recherches approfondies, des rapprochements ingénieux et des savantes déductions. La Hollande, vraie patrie des philosophes, se réclamera de ses titres à l'empire de la raison ; bien légitimement les compatriotes de Grotius et de Spinosa objecteront que si la nature leur a refusé la politesse des Français, la pénétration des Anglais et la vivacité des Italiens, elle les a dédommagés amplement par l'octroi de cette raison même, juste, prévoyante et équitable, qui les conduit dans leurs actions comme dans leurs écrits. A juste titre pourront-ils ajouter qu'ils sont le pays de l'Europe où se constate la plus grande diffusion de l'instruction populaire, et ;, que, tout fidèle qu'il est resté à son caractère de race, tout attaché qu'il se montre à ses institu- LoLiÉE. — Litt. comp 25
lions, aux traditions de sa foi, a l'indépendance de son sol, son esprit généralisatcur se plie mieux qu'aucun autre au cosmopolitisme des idées. Le goût anglais prévaut à Rotterdam. Amsterdam est une cité allemande. Et avec sa nature flegmatique, le génie néerlandais tempère, en les réunissant dans une même synthèse, les qualités et les défauts des trois grandes nations voisines ^
Tout peuple reçut, au berceau, ainsi que tout individu, son instinct et son génie. Tout peuple a manifesté le sentiment plus ou moins ambitieux d'une fonction à remplir, nationale et internationale. Ce ne sont pas seulement les Hébreux qui se jugèrent élus pour transformer la terre et donner au monde sa direction messianique. La Grèce se considérait comme l'éducatrice de l'humanité, chargée de lui distiller le suc des arts et des sciences. L'Orient glorifiait son incomparable antiquité, source
1. Une remarque cependant. La Hollande a exporté sur tous les points les résultats de son activité scientifique et commerciale. Il n'en a pas été de même de son expansion littéraire, comparativement très réduite. En dépit d une production foi^t abondante, le pays de Yondel, de Bilderdijk, de Jacob van Lennep, de Multatuli, n'a pas vu s'acclimater au dehors les meilleurs fruits du labeur de ses poètes, de ses romanciers, de ses historiens; sauf quelques rares échos parvenant à se répéter au delà des frontières, leurs créations sont restées confinées dans le champ restreint de la patrie. Aucun de leurs livres n'est devenu vraiment européen. (Je parle des œuvres d imagination ; car peu de génies furent plus universels qu'Érasme et Grotius, par exemple.) Cette sorte d'isolement, on l'attribue au côté ingrat et difficultueux de la langue, au défaut habituel des écrivains : la prolixité, que leur inculque, pour ainsi dire, la recherche minutieuse de l'exact et du fini; à la nature du génie natal, chez qui le sentiment inné du positif, le goût prépondérant des idées pratiques, borne nécessairement 1 élan de la fantaisie ; et enfin à l'esprit de secte religieuse, qui a enchaîné dans un cercle étroit des intelligences capables de se mouvoir sur un plus vaste théâtre.
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des races, ce Athéniens, vous n'êtes que des enfants, )) disait à Solon un prêtre de Sais. Avec combien plus d'autorité le prêtre de Brahma pourraitil adresser à l'Europe moderne le même avertissement! Le peuple romain se qualifia, sans réserve de contrôle ni de partage, le peuple roi. Envahi par les barbares, il n'avait pas encore abdiqué sa souveraineté, et lorsque, après l'efFondrement de l'Empire, il dut enfin abandonner sa longue domination temporelle, il fit, avec l'établissement de la papauté, servir le catholicisme à sa domination spirituelle sur l'univers. La nation anglaise s'est adjugé le privilège, qu'elle voudrait rendre exclusif, de conquérir les mers et de coloniser les terres lointaines. L'Amérique représente ses vastes Etats comme le théâtre où doit se déployer l'essor et s'accomplir le développement de toutes les libertés, dans toutes les directions de la vie spéculative et pratique. Chaque jour, les pages de ses écrivains, les discours enflammés de ses hommes d'Etat, excitent ses habitants à vivre avec « intensité^ », parce qu'ils ont atteint au plus haut degré de culture et qu'ils forment la plus grande nation du monde. Il n'est guère d'Américain, a dit un philosophe, qui n'ait devant l'esprit, sous une forme nette ou confuse, cet idéal d'individualisme illimité et d'expansion indéfinie. Quant à l'Allemagne, elle n'a jamais cru plus fermement qu'aujourd'hui à sa mission scientifique et politique, de même qu'elle croyait, du temps de Luther, à sa mission réformatrice et religieuse. Avant qu'elle eût res-
1. Voy. la Vie intense, par le président T. Roosevelt, trad. franc. d'Izoulet, 1903.
saisi la couronne impériale par la loi du fer, elle se décernait l'héofémonie intellectuelle ; elle se couronnait dans ses savants, ses érudits, ses philosophes. Enfin la France contemporaine, bien qu'affaiblie et démembrée, serrée de toutes parts entre des compétitions rivales, revendique en première place l'honneur de ses idées, de sa morale, de sa littérature, de son art, du rayonnement cosmopolite de son influence.
A vrai dire, — et nous ne pouvons que le répéter, — il n'est d'exemple d'aucune dictature absolue et définitive. Bien des civilisations jadis brillantes, maintenant éteintes, ont descendu degré à degré l'échelle de leur splendeur, ou en ont été précipitées par une brusque déchéance. Alternativement Athènes, Rome, Alexandrie, Byzance, Bagdad, l'Italie de Léon X, l'Espagne de Charles-Quint, ont pu calculer leur lent efFacement de la scène du monde. Voilà pour les leçons apprises du passé. Quant à l'avenir, comment en prédéterminer les mystérieux retours? Maîtresses ou disciples, suzeraines ou tributaires, les littératures ont tellement réagi les unes sur les autres, si confusément échangé leurs emprunts réciproques et croisé en des sens si divers les courses de leurs idées, qu'il devient singulièrement difficile de prétendre fixer au juste la part d'originalité réelle qui leur revient en propre et de leur établir un compte exact, tout à fait équitable, au grand livre de l'histoire. Leurs dépendances mutuelles se trahissent incessamment. Il y aurait pour remplir des volumes avec l'inépuisable collection des emprunts contractés entre les auteurs, entre les nations, à commencer par les Grecs,
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■qui avaient la conscience si large en matière d'imitation ^
Ce qui ressort de tant d'imitations réciproques.
Vouloir parcourir l'histoire des littératures et relever en détail ce qu'elles se redoivent les unes ■aux autres, ce serait entreprendre une besogne sans fin. Si nous jetons un coup d'œil rapide sur les ■civilisations orientales, nous voyons que les fables indiennes ont alimenté le monde d'une multitude ■de contes et de chants populaires continuellement métamorphosés en route ^. Et si nous remontons plus haut, si nous en étendons la vue au domaine ■complet de l'art, nous constatons que les Phéni- ■ciens, les Hétéens, les Perses, ont presque tout ■emprunté à l'Egypte et à l'Assyrie. Sur le fonds hellénique ont vécu tous les peuples. L'entier développement intellectuel de Rome dans ses divers âges s'est accompli sous l'influence d'un principe ■exclusif : l'imitation de la Grèce. Suivant les expressions de La Motte, Phèdre voulut être l'Esope •des Latins, comme Virgile voulut en être l'Homère, Térence le JMénandre, et Horace le Pindare. Au
1. Les larcins étaient si fréquents parmi eux, que certains auteurs, comme Aristophane le Grammairien et Philostrate d'Alexandrie, se firent une occupation sérieuse de les remarquer.
2. Voir du savant indianiste Th. Benfey la magistrale introduction au Pantchatantra (5 livres de fables hindoues, Leipzig, 1859, 2 vol. in-S"), une curieuse étude de Gaston Paris sur les Contes orientaux dans la littérature du moyen dge [Revue politique et littéraire, 2 avril 1875), et différentes dissertations sur ce sujet de Wieber en Allemagne, de Max Millier en Angleterre, de Dozy en Hollande, de FontanaJs en Espagne, de Comparetti en Italie.
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moyen âge, la chanson de geste française (champ communal où jongleurs et trouvères se pillaient à Tenvi) suffit presque h défrayer l'imagination des ,' Européens, depuis les Islandais jusqu'aux Grecs de Gonstantinople. Pendant un long espace de temps, la foule des poètes, les meilleurs même, tels que Pétrarque, Christine de Pisan, Chaucer, Clément Marot, vécurent des inventions du Roman de la Rose, tandis que les auteurs des fableaux puisaient sans se gêner dans les légendes orientales répandues par les Arabes et les Juifs. Et lorsque l'on cite, au ]\Iidi, les troubadours, c'est pour rappeler qu'ils ne transmirent pas seulement des sujets ou des formes rythmiques à la poésie de l'Espagne, et surtout de l'Italie, mais, comme nous l'avons exprimé plus haut, le souflle même. Jusqu'au jour où elle prit a son tour l'initiative, l'Italie, en effet, n'a fait que vivre sur ces poésies provençales et françaises, qui eurent le don de charmer l'Europe féodale. A l'époque de la Renaissance, on imita servilement les anciens. On s'imagina qu'ils avaient tout fait et qu'il ne restait guère qu'à les copier. Ronsard, Baïf, Joachim du Bellay et autres rimeurs de la Pléiade, puis Bertaut et Desportes, se soumirent étroitement aux disciplines de l'humanisme italien^ L'Espagne, qui fournit tant de sujets aux autres peuples de la latinité, vit tout à coup, sous
1. On a pu discerner au travers des sonnets amoureux de Joachim du Bellay toute sorte de textes empruntés aux humanistes de Florence, de Ferrare, de Padoue, de Bologne ou de Naples. Voir les rapprochements ingénieux de M. Henri Hauvette, dans un important ouvrage sur le poète florentin Luigi Alamanni [Un Exilé florentin à la cour de France, au seizième siècle 1 vol. in-S", xix- 683 p., 1903).
Louis XIV, cesser son influence littéraire en même temps que son influence politique. Elle devint la copiste soumise de ses anciens imitateurs ; son théâtre n'ofl'rit plus que des traductions. Quant h la littérature anglaise, on a pu dire qu'elle comprend deux écoles : Tune franchement anolo-saxonne, très originale, toute d'instinct et de verve; l'autre, née sous l'influence des maîtres français du xviii® siècle, plus châtiée et plus réfléchie, souvent froide, peu prime-sautière, mais sage et de belle allure, comme les modèles dont elle s'est inspirée, anglo-française en quelque sorte. On ne serait pas bien loin de la vérité, remarque Nisard, en avançant que les successeurs de Pope et de Dryden ne firent ensuite que réfléchir le xviii® siècle français, soit dans son idéal de l'homme selon la philosophie, soit dans ses utopies de l'homme selon la nature. Enfin, jusqu'aux approches du xix® siècle, les lettres allemandes, slaves et Scandinaves se montrent tout encombrées de pastiches et de contrefaçons spécieuses. Les Russes particulièrement ont laissé soupçonner pendant longtemps qu'ils possédaient toutes les puissances de l'esprit, sauf la principale : l'invention. « Entre les grandes littératures européennes, a écrit Ferdinand Brunetière, il se fait, depuis trois ou quatre cents ans, comme un perpétuel commerce d'idées. On dirait, sous des influences diverses et tour à tour déplacées d'Espagne ou d'Italie, par exemple, en France, de France en Angleterre, d'Angleterre en France, et, plus près encore de nous, d'Angleterre en Allemagne et d'Allemagne en France, les transformations d'une même matière, ductile en quelque sorte et capable
de recevoir du génie propre de chaque peuple une infinie diversité de marques, d'empreintes et de formes. »
Resserrement universel des idées. — Y a-t-il en cela conséquence d'une marche progressive continue ?
Plus ou moins distinctes d'origines et de caractères, ou plus ou moins mêlées, ces littératures se fondent définitivement dans le sein de l'unité. L'Europe moderne, pour ne point dire encore la majeure partie du monde, veut être considérée d'ensemble comme un organisme très complexe, dont la synthèse n'est plus, ainsi qu'elle apparaissait chez les Grecs et les Romains, l'expression d'un type consacré, plein à la fois de grandeur et de simplicité, mais le résultat d'une certaine harmonie entre une foule d'éléments disséminés. L'âme, la vie de ce tout, ne devra pas être cherchée dans telle ou telle partie prépondérante, mais dans l'agencement mutuel ou le profond engrenage des portions qui le composent.
Dans les conditions de rapprochement universel qui font, aujourd'hui, des nations policées comme un seul corps humanitaire conscient de son existence collective, à travers tant de contacts et de heurts, de courses et de retours, itus reditusquc, ces ressemblances ne pourront que s'accuser toujours davantage, au profit de la vie pratique peutêtre , mais certainement au préjudice de la loi fondamentale d'originalité, qui est l'essence de l'art d'un peuple et de sa littérature.
Autrefois, disions-nous, les différentes zones intellectuelles avaient leur culture et leur véerétation spéciales, presque réservées, et leurs divisions correspondaient h celles de la nature. A présent que l'homme a si prodigieusement étendu sa puissance sur l'espace et sur le temps, que les frontières de pays ne sont plus que des démarcations douanières, des séparations factices, et que l'Océan rejoint par le commerce et par les idées toutes les peuplades éparses sur la surface de la terre, ces^ distinctions se confondent terriblement. Les individualités nationales s'altèrent. Poussées en tous sens par une activité de circulation irrésistible, les vagues mouvantes de la pensée moderne submergent les caractères primitifs des races.
« Tout est surprenant, a dit un des princes de l'éloquence, à ne regarder que les causes particulières ; néanmoins, tout s'avance avec une suite réglée. )) Si le besoin de comprendre cette suite réglée est la raison d'être de l'histoire universelle s'appliquant au monde moral aussi bien qu'au monde politique, elle doit aspirer à donner le sens et à indiquer la direction de ce mouvement. Entraînée dans une évolution continuelle, l'humanité ne va pas devant elle en aveugle. Ce sont, à chacune de ses étapes, des transformations de circonstances extérieures qui modifient également le caractère de ses idées et leurs actions, qui en marquent la logique, pour ainsi dire, et en constituent l'enchaînement. A la vérité, elle n'aura pas constamment marché d'un train égal, « les yeux toujours tournés vers cet Orient mystique d'où sortent les jeunes
siècles* » ; elle a connu des heures très sombres de convulsions et d'amoindrissement, des alternatives très brusques d'heureuse abondance et de longue stérilité, des âges d'ignorance et de misère succédant sans transition à des périodes de prospérité et de gloire, qui, sans avoir produit, à aucune époque, de vide complet ni d'interruption absolue, l'ont contrainte maintes fois à stationner sur place. Elle n'a non plus procédé, comme ^jme jg Staël l'imaginait, par un mouvement de spirale, c'est-à-dire en revenant à chaque intervalle sur elle-même, sans reculer, cependant, jusqu'à la dernière limite de ses pas rétrogrades ; elle a plutôt subi des crises successives dont chacune devait marquer un temps d'arrêt plus ou moins fixe. La thèse de la perfectibilité indéfinie, poussée à ses extrêmes conséquences, serait donc une pure chimère.
Les anciens ne croyaient guère au progrès. On sait les vers si expressifs d'Horace annonçant aux Romains une irrémédiable déchéance des générations. Idée païenne, empreinte de flatterie trop avantageuse pour le présent et de désespérance trop injuste pour l'avenir. La philosophie moderne a repoussé cette théorie amoindrissante, la raison interdisant à l'homme de désespérer jamais de lui-même, ni de sa postérité, ni de sa patrie. En revanche, il ne serait pas moins illusoire de s'abandonner sans réserve à l'optimisme trop complaisant qui découlerait de l'opinion tout opposée, à savoir que le progrès s'accomplit par une