Philarète Ghasles
LITTERATURES COMPARÉES 459
Chine, le Japon surtout, ont commencé cVeux-mêmes, avec une rapidité imprévue, leur annexion au mouvement général de l'histoire, et l'on aura une idée de ce qui se prépare.
« Les peuples de l'Europe et de l'Asie, a dit un géographe philosophe *, vivaient autrefois comme des mondes séparés; maintenant les Etats-Unis d'Amérique se sont peuplés d'émigrants qui en ont fait une autre Europe, et c'est entre deux Europes, celles de l'ancien et du nouveau continent, que se trouve enserrée la nation chinoise : de l'est, de l'ouest, lui viennent les mêmes exemples et les mêmes idées... Le monde est devenu trop étroit pour que les civilisations puissent se développer isolément en des bassins distincts, sans se mêler à une civilisation supérieure. )) Il y aura nécessairement conflit — conflit de travail et de passions — entre les deux masses gigantesques qui, de part et d'autre, s'opposeront des centaines de millions d'individus, poussés par des intérêts contraires et fort éloignés encore de comprendre les avantages de l'universelle solidarité. On a pu justement dire que la rencontre des civilisations inquiètes et mobiles des Européens et de la civilisation arriérée et stationnaire de Chine sera peut-être regardée par nos arrière-neveux comme le plus grand événement de l'histoire de la planète^. Une formidable crise économique, financière, peut-être même politique et sociale, résultera du heurt des deux mondes. jNIais tôt ou tard prévaudra sur les continents pacifiés la loi des harmonies intellectuelles;