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Des débris plus ou moins considérables de trois recueils

Les livres sacrés des Egyptiens précédèrent d'une longue avance de temps les Kiiig des Chinois, les Védas des bralimines, le Zencl-A{>esta des Guèbres.

Au nord et à l'est de l'Egypte, dont la race primitive se rattache aux peuples blancs de l'Asie ]\Iineure, sur l'immense étendue de territoire comprise entre la Méditerranée, la mer Xoire, le Caucase, la mer Caspienne et les mers qui baignent les côtes méridionales de ce continent, se

mêlaient dans une agitation confuse des nations

d'oriffines diverses. Les unes étaient restées fixées au sol où vécurent leurs ancêtres; d'autres étaient venues en grande partie des steppes de l'Asie septentrionale, à la recherche de climats plus doux.

Communément, elles se partageaient le vaste territoire de la Chaldée.

Telles de ces tribus errantes, tour à tour constituées en corps de nations, les Akkads, — un peuple retrouvé d'hier et qu'on ne peut rattacher par l'idiome ni par les conceptions religieuses à aucune famille connue, — les Akkads et les Soumirs ou Sumériens révélaient un état fort avancé. Quand ils arrivèrent en la région du Bas-Euphrate, ils pos-

composés pendant la seconde époque thébaine, vers le xiii* siècle avant notre ère, ont révélé le secret des amours égyptiennes à nos érudits, et des fragments de pièces lyriques analogues ont été retrouvés jusque sur des stèles funéraires. Ils ne diffèrent guère en leurs motifs, dont l'inspiration tient aux entrailles mêmes de l'homme, de ceux que les Arabes ont recueillis par la suite ; et, dans les formes d'expression ou de composition de certaines de ces chansons, un éminent égyptologue, M. Maspero, a pensé presque reconnaître la façon des stornelli italiens.

sédaient l'écriture (un genre de signes considéré comme une simplification d'hiéroglyphes), des principes de législation, une religion complète, et leur supériorité industrielle ne craignait point de rivaux. On savait chez eux bâtir et fortifier des villes, forger le bronze et probablement le fer, construire des chars, tisser la laine, dresser des statues, sculpter des bas-reliefs. L'un des miracles de l'érudition contemporaine a été justement de parvenir à déchifTer l'un de ces bas-reliefs : la stèle d'E-Anna- Dou, — précieuse trouvaille de M. de Sarzec, maintenant au Louvre ; — car, en même temps que la physionomie d'un de leurs chefs, — un chef local, Goudéa, — elle a pu ressaisir l'alphabet, vieux de quatre à cinq mille ans*, qui servit aux habitants d'Our et de Sirpoula pour échanger leurs pensées et pour rédiger sur les murailles de leurs monuments les premières pages de l'histoire.

De l'an 4500 environ avant notre ère (d'autres font remonter la date beaucoup plus haut) jusqu'à l'an 2000, où ils disparurent complètement, couverts par l'invasion et la conquête sémitique, les peuples de Soumir et d'Akkad vécurent aux entours du con- ^ fluent de l'Euphrate et du Tigre, parfaitement dis-

1. Les inscriptions assyriennes dites les Tablettes de New-York, — dont nous parlons plus loin, — par la présence de plusieurs mots de langue sémitique semblent démontrer qu'avant 4500 les Sémites avaient exercé une certaine influence sur les Sumériens L'ascendant obtenu par le roi sémite Urukagina en serait une autre preuve, et l'on en a conclu que l'immigration sémitique en Babylonie remonterait au moins au t" siècle. Or, comme le remarque le docteur Latouche-Tréville, il est constaté que ceux-ci furent les seuls maîtres du pays pendant une période qui, selon les meilleurs calculs, ne fut pas inférieure à mille années. L'histoire et la civilisation sumériennes auraient donc commencé près de six mille ans avant Jésus-Christ.

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tincts. Par le type comme par la langue, ils restèrent différents des autres hommes au nez aquilin, à la barbe touffue, établis dans leur voisinage (Cosséens, Cissiens, Kouschites du Tigre, Araméens de l'Euphrate) et des nomades du désert. Ils léguèrent a ceux qui les remplacèrent : Assyriens, Phéniciens ou Juifs, une tradition écrite abondante et féconde. Venus bien longtemps après eux, les Juifs, en particulier, leur furent de beaucoup redevables. Des formes d'idées ou d'images, des figures de poésie, qu'on s'était accoutumé depuis tant de siècles à considérer comme absolument bibliques, et dont on faisait honneur à la parole inspirée des Hébreux, et jusqu'à des procédés de style, comme « le parallélisme des membres », se sont révélés d'origine purement accadienne aux dernières interrogations de la science épigraphique. Dans les psaumes attribués h David, on retrouve les formules de la vieille race d'Akkad et l'on entend un écho de ses prières*.

Un autre peuple coexistait avec celui-là, dissemblable d'origine, de tempérament et de tendance. La langue qu'il parlait était un idiome sémitique. De très ancienne date, il avait fondé des établissements sur le Tigre, sur l'Euphrate et sur le golfe Persique. Il était destiné à former dans l'avenir l'élément prépondérant de la population chaldéenne, à laquelle il avait apporté des croyances, des rites

1. Ledrain. Cf. Schrader, Die Hœllcnfahrt der Istar, nebst Proben assj/rischen Lyrih, Giessen, T. Ricker

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et des pratiques jusqu'alors inconnus des premiers maîtres du pays. Quelle sorte de religion pleine d'évocations, de formules occultes et d'hvmnes mystérieux sortit du mélano^e des idées nouvelles et des idées anciennes, le Lwre des mauvais esprits, dont les débris nous sont parvenus, en est resté, pour la science moderne, le sinjrulier témoignage.

Trois mille ans avant la naissance du fils de Taré*, des tablettes avaient été couvertes d'inscriptions cunéiformes, qui permettent à la science moderne de dresser la liste chronologique des rois de Babylone d'il y a soixante-dix siècles et qui témoignent que, dans cette partie du globe, la civilisation avait atteint son apogée à une époque antérieure à l'ère chrétienne d'un espace de temps cinquante fois séculaire^.

Cependant les races et les peuples superposés le long de l'Euphrate et du Tigrese fondaient et s'amalcramaient en vivant cote à côte. Avec le cours des temps, elles avaient perdu la mémoire de leurs migrations antérieures ; elles s'habituaient h croire qu'elles n'avaient jamais habité d'autre pays que la Chaldée. Alors elles se constituèrent une sorte d'histoire mythique, et les fables en furent enseignées dans des livres. Leurs prêtres les plus réputés en savoir ou les mieux doués en imagination y racontèrent les épisodes miraculeux de la genèse

1. Abraham et le patriarche Taré, son père, naquirent au pays d'Ur (aujourd'hui Mug-heir), en Chaldée, d'où ils se rendirent en Chanaan.

2. Ces briques ou cylindres ont été découverts , en 1900, par M. E.-A. Hoffmann, doyen du séminaire théologique de?Sew-York, et déchiffrés par le Révérend Hugo Radan.

du monde ^ : la formation des premières familles, puis l'ingratitude des hommes devenus corrompus et méchants, la colère de Bel le Tout-Puissant, ayant juré, dans sa fureur, de détruire ce qu'il avait créé, le cataclysme du déluge, l'arche libératrice, la confusion des langues et la fondation de la première dynastie chaldéenne, après le règne des dieux et des géants.

L'un de ces rois s'appelait Shargina, premier du nom. C'était un prince conquérant et civilisateur. Il avait accru sa propre autorité, fondé des villes, établi la prépondérance des races sémitiques sur toute la Chaldée. En même temps, il se faisait honneur de protéger la science. Il rassembla à Ourouk (l'Orchaé des anciens, l'Orekh de la Bible, la Warkah des modernes) une importante bibliothèque, pour laquelle on la surnomma la ^ ille des Livres. Sur son instigation, des serviteurs pleins de zèle avaient réuni là, de toutes parts, les livres anciens qui renfermaient les traditions du sacerdoce; d'autres s'étaient empressés de les traduire, de les commenter en langue sémitique et d'en augmenter le nombre par des textes nouveaux sur le culte, Tastronomie, la orrammaire et la léo-islation. Effort mémorable, s'il en fut dans l'histoire, de l'esprit humain, quand se trouvaient si bornées les ressources d'exécution et si réduits les moyens de conservation des œuvres ! Coordon-

1. L'érudition moderne a trouvé dans la comparaison des mythes babyloniens arec les premiers chapitres de la Genèse biblique le sujet des études les plus captivantes, depuis que le savant anglais George Smith découvrit l'histoire de la création écrite tout au long sur les tablettes assyriennes de la bibliothèque d'Assurbanipal, à Ninive.

nées et transcrites à grand'pelne sur des tablettes de terre cuite, recopiées quinze siècles plus tard, d'après les ordres d'un prince assyrien, telles de ces conceptions de l'antique littérature babylonienne forment encore, aujourd'hui, h l'état fragmentaire, l'un des plus précieux monuments du Musée britannique*.

Non moins précieuses apparurent les simples briques, monument de l'écriture la plus ancienne, qui, naguère retrouvées dans les ruines de Telsefr (Babylonie méridionale), où fut l'emplacement de la ville biblique d'Ellasar, ont confirmé par les détails d'une correspondance privée le grand fait historique de la prédominance intellectuelle de la Babylonie sur le monde oriental^.

Au reste, il existait d'autres foyers de culture épars en cette Asie Mineure où, parmi une étonnante confusion de léofendes et de croyances, s'étaient donné rendez-vous toutes les races du monde; où, longtemps plus tard, sous la conduite du légendaire Thaddée, puis d'Abraham, le meneur de peuple instruit et fort, les tribus errantes des Hébreux viendront se créer une patrie

1. Voir G. Smith, Hisiory ofBabylonia (1877) ; Tiele, De vrucht der assyriologie door de vergelyhende Geschiedenis der Goldstienasien (1877), elles trayauxde Rawlinson, Oppert, J. Halevy, Hommel, Norris, Guyax-d, Loisy, Reisner, Kolde\vey, etc.

2. Ces conceptions, qui remontei'aient à l'époque de Khammurabi ou d'Amraphal, et qui représentent une série de lettres et de contrats, ont attesté que, 2450 années environ avant notre ère, il existait déjà un mode d'écrire d'usage courant, employé non seulement par les rois jiour donner des instructions à leurs subordonnés, mais aussi par les gens de condition non royale pour se communiquer tout ce qui avait rapport à leurs intérêts privés et pour prendre entre eux des engagements. On en doit la décou-

A Forient du Tigre, placé au point de contact des Sémites, des Assyriens, des Touraniens et des Cusites, se développait le puissant empire d'Elam. On y voyait de grandes cités, et Suse, la capitale, s'étalait orgueilleusement au confluent des deux bras du Khoaspès. Vers l'an 2300 avant Fère chrétienne, un des rois de l'Elam, Koudour-Kakhounté, était descendu dans les plaines de l'Euphrate et, s'emparant des villes depuis Ourouk jusquà Babylone, il avait emporté triomphalement dans les temples de Suse^ les images des dieux chaldéens. Au sein de cet Elam biblique, et dégagée de l'influence des Sémites, une civilisation ancienne florissait, qui n'avait pas attendu, pour naître, celle de la Chaldée.

Et c'était encore, sur les rives du Jourdain ou concentrés autour d'Hébron, les Khittis' mvstérieux, issus probablement d'une des races qui peuplèrent le Caucase. Ils avaient pareillement une industrie prospère, un système d'écriture hiéroglvphique, très différent du système égyptien et qui résiste encore au déchiffrement; enfin ils possédèrent une littérature. Longtemps après leur établissement dans ces contrées où tant de fois ils devaient se trouver en contact hostile avec les Egyptiens, avec les Assyriens et les rois d'Ourarti, un de leurs chefs, Khitisar^ emmenait à la guerre un historiographe, chargé d'enregistrer ses exploits.

verte au docteur Wallis Budge, conservateur des antiquités égyptiennes et assyriennes au Brilish Muséum.

1. L histoire de Suse s'identifiera complètement plus tard avec celle de la Perse.

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