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CHAPITRE DOUZIÈME

les faisears de phrases, les diseurs de riens, les imitateurs de la France, et il signait ses articles du nom à*Ariiiarque Ègorge-bcmfi {Seannabue). Baretti avait séjourné à Londres, et y avait puisé sans doute cette habitude de penser et d'écrire librement. Il y retourna pour finir sa carrière. Ses LeHresfamilUres, fruit de ses voyages et de ses observations, offrent une lecture attrayante.

L'abbé Gesarotti, déjà cité pour ses traductions d'Homère et d'Ossian, tient mieux sa place parmi les critiques, où on lui donnerait volontiers la palme pour sa science profonde et son jugement solide , si , comme écrivain , il n*avait un style e( un goût plus français qu'italien. Professeur à l'université de Padoue, il a laissé de savantes études, où se révèle une connaissance profonde de l'antiquité comme des langues et des lettres; on doit citer surtout : X Essai iur la philosùphie des langues, qui a fait époque en Italie; V Essai sur te goût, les Discours sur le plaisir de la tragédie, le Cours de liitérahire grecque, etc.

La critique italienne s'exerce aussi avec succès sur sa propre littérature, dont elle compulse les richesses et raconte l'histoire par la plume de plusieurs écrivains remarquables. Le premier ouvrage qui parut dans ce genre , et qui excita l'admiration par l'attrait de la nouveauté , fut VludUtitUraire, du Napolitain Gimma (1668-1735); mais on comprit bientôt qu'il n'était ni assez exact ni assez complet. Mazzuchelli avait commencé un grand Dictionnaire des écrivains italiens; il n'en put faire que les deux premières lettres de l'alphabet, tout en en remplissant six gros volumes ; le champ restait donc ouvert : un savant jésuite , le Père Tiraboschi , le parcourut avec honneur.

Tiraboschi (1731-1794) n'employa pas moins de onze années pour composer son grand ouvrage Storia délia let' m. 43

teraêvra italiana, en treize volumes. Il contient la biographie détaillée de tous les écrivains, avec un exposé analytique de leurs ouvrages. On ne peut lui contester ni la science, ni l'exactitude, ni la sûreté du goût, ni la métliode, dans un travail aussi vaste et aussi difficile. Il remonte aux origines latines et conduit son récit jusqu'au dix-septième siècle. Malgré d'injustes attaques, cet ouvrage est encore resté le monument le plus solide élevé à l'honneur des lettres italiennes : le style manque un peu d'élégance, mais il est simple et coulant.

A côté de ces travaux sur l'histoire générale de la littérature italienne, on peut en citer qui ont une portée plus restreinte, sans manquer d'intérêt ni d'importance. Foscarlni commença, sans la finir, Y Histoire de la Uitéraivre vénUienne; Signorelli écrivit, avec une partialité peu déguisée, V Histoire de la lUiérature des Deux-Sieiks^ ainsi qu'une Histoire générale des théâtres^ où il montre peu de goût et de saine critique. Quadrio a laissé un bon ouvrage, très-complet, très-détaillé, sur Y Histoire de la poésie italienne. Denina, historien et critique, ne borna pas ses vues à la littérature italienne ; il dressa le Tableau des vicissitudes de la littérature ancienne et moderne, dont il compare les progrès, les mérites et les défauts : s'il manque de proportion dans les différentes parties , il a toute la clarté et la simplicité convenables.

L'histoire italienne, dans ce siècle, n'a qu'un seul écrivain vraiment remarquable, c'est Muratori (1672-1750), né à Vignola, dans le Modénois. Tout jeune encore, il se lit connaître par une érudition extraordinaire , et devint conservateur de la bibliothèque Ambrosienne à Milan ; mais le duc de Modène le rappela pour lui confier sa bibliothèque ainsi que les archives publiques. Muratori trouva donc

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