CHAPITRE DOUZIÈME
mêmes ; rhomme vient de la société et la société vient de rhomme ; ce qui est un cercle vicieux. Chaque peuple produit sa propre civilisation, sans rien recevoir du dehors , parce que Thomme étant toujours le même, il se développe toujours d'après les mêmes lois. Yico soutient que la vie de chaque nation passe par trois âges successifs, invariables : Vàge divin, théocratique, c est le règne de la religion et de ses ministres ; Yâge héroïque, c'est celui de la force , des exploits et des conquêtes ; Yâge humain ou civilisé, soumis à un pouvoir régulier, ordonné par les lois. Toute société humaine roule dans ce cercle. Cette théorie est évidemment trop absolue et tourne au fatalisme. Devançant d'un siècle les théories allemandes de Wolf et de Niebuhr, Yico voit des êtres allégoriques ou collectifs dans certains personnages de l'antiquité, tels qu'Hercule, Homère, Romulus.
Yico s'est formé à l'école de Platon , de Bacon et de Grotius. Sa théorie générale se dégage péniblement de son œuvre , où elle est noyée dans les détails et perdue dans les accessoires; le style est faible, bbsarre, recherché, diffus , et ne contribue pas à faire la lumière dans ses idées. Cet essai de philosophie de l'histoire pèche dans les détails comme dans l'ensemble; les invasions barbares, le moyen âge, les temps modernes n'y sont ni assez étudiés ni bien compris. L'idée religieuse manque de clarté et de précision : sans le vouloir, il donne des armes au rationalisme et au scepticisme, parce qu'il ne tient aucun compte de la révélation ; Auguste Comte a pris chez lui la base de sa' Philosophie fMmtive. C'est évidemment pour cette raison que l'incrédulité moderne a publié ses œuvres avec tant d'éclat, en dressant un piédestal à ce lourd écrivain , à ce penseur incomplet.
César Bonesana, marquis de Beccaria (1738-1794), se forma à Técole des philosophes français du dix-huitième siècle ; il dit lui-même qu*il doit tout aux ouvrages de d'Alembert et de Diderot, d'Helvétius, de Buffon et de Humei Son enthousiasme un peu naïf Taveuglait sur la valeur réelle de quelque&4ins de ces écrivains, qui n'étaient pas tous de bons guides, c Cet enthousiasme, dit M. Villemain, dénonce ce que fut Beccaria, un cœur sensible et généreux , plutôt qu'un esprit pénétrant et profond ; un honune épris des idées neuves , plus que capable de les discerner, de les produire lui-même. » Le livre qui a fait sa réputation , TraiU des délits et des peines, est un exposé des principes du droit criminel ; il s'élève avec une noble indignation contre la torture , les procédures secrètes, les supplices inutiles et barbares, et même contre la peine de mort ; il demande la proportionnalité des peines aux délits, la séparation du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire. Cet ouvrage , très-applaudi des encyclopédistes , fut traduit en français par l'abbé Morellet, et commenté par Diderot et par Voltaire. Au fond, c'est un ouvrage assez déclamatoire, qui ne dit rien de neuf, car la plupart des idées viennent de V Esprit des lois de Montesquieu. Néanmoins, comme il choquait les idées reçues, il faillit attirer la persécution sur son auteur; Beccaria n'y échappa que par la protection du comte Firmiani, gouverneur de la Lombardie pour l'Autriche ; il put enseigner paisiblement l'économie politique à Milan, et devint même membre du conseil suprême.
Beccaria faisait partie d'un petit groupe philosophique et littéraire qui prenait pour modèles, pour oracles les philosophes français, et se vouait avec ardeur aux idées de réformes. Ces écrivains avaient pour interprète et moyen