CHAPITRE DOUZIÈME
de propagande le journal k Café, imité du Spectateur anglais. Pietro Verri (1728-1797), savant économiste, communiquait son ardeur généreuse aux collaborateurs du journal dont il était Y Ame ; c'est grâce à ses instances que le timide Beccaria rédigea son opuscule Des délits e$ des peines. Il l'appuya mieux encore par son Mémoire sur la torture, éloquent plaidoyer qui fit disparaître en Lombardie les anciennes et barbares coutumes de la justice. Verri est encore l'auteur d'une Histoire de Milan et des Méditations sur r économie politique.
Filangîeri (1752-1788), de Naples, procède évidemment de Montesquieu dans sa Science de la législatioti, quoiqu'il affecte de ne pas lui ressembler. Des sept parties qui devaient composer cet ouvrage, quatre seulement sont achevées ; la cinquième est incomplète. Il y traite des règles générales de la législation, des lois politiques et économiques, des lois criminelles, de l'éducation et des mœurs, de la religion. Une mort prématurée ne lui permit ni de mûrir suffisamment ses idées , ni de les compléter. M. Villemain le juge ainsi : c II fait l'histoire, non pas des lois existantes , mais des lois possibles ; il cherche les principes des choses; il ne respire que réformes, changements, améliorations, vérité, justice; mais il avait trente ans; il est mort à trente-six ans , à l'époque où le talent est à peine assuré. Il faut reconnaître en lui un esprit facile et
brillant, des études profondes et variées C'est un savant
homme, et, en même temps, un esprit plein de candeur, de vivacité et de grâce ; la lecture de son livre est intéressante, amusante, instructive. On est involontairement séduit par l'utopie perpétuelle de cette jeune âme, qui, au milieu de la ville de Naples, rêve ainsi une liberté, une justice, une force dans les droits des nations, une incor-
SOO LITTÉRATURE ITALIENNE.
ruptibilité dans les hommes vraiment admirable : ce sont les MUle et une nuits de la politique. »
L'Italie a peu cultivé le roman au dix-huitième siècle ; elle préférait les récits en vers, les contes romanesques enrichis des grâces de la poésie. Un seul écrivain a su conter en prose avec une élégance aimable, un style pittoresque, une imagination riche et vigoureuse, c'est Alexandre Verri (1741-1816), frère de Pierre Verri. Il débuta par la Vie d^Érostrate et les AverUures de Sapho, où il rivalise avec les Grecs par la simplicité de la narration ; mais il se surpassa par les Nuits romaines au tombeau des Scipions. Ce sont des entretiens supposés avec les ombres des Romains les plus illustres, où les souvenirs de l'antiquité, les lois, les mœurs, les institutions, les monuments sont l'objet de récits et de tableaux pleins d'intérêt, en même temps qu'ils amènent d^ingénieuses comparaisons entre la Rome antique et la Rome moderne. Le style est travaillé avec soin et se rattache aux bons modèles de la langue, mais cette prose poétique n'échappe pas à la monotonie.