CHAPITRE XIII
DIX-NEUVIÈME SIÈCLE
SitnatioD de PItalie au dix-nenTième ûède. — Poésie : Monti. — Les deux frères Pindemonte. — Ugo Foscolo. — Bagnoli. — Viale. — Elci. — Comédie : le comte Giraud. — Prose : ses progrès. — L'abbé Cesari. — Giordani.
Le progrès des lettres italiennes, déjà sensible à la fin du dix-huitième siècle, ne se ralentit pas au dix-neuvième; il s'affirme 'au contraire de plus en plus dans la poésie lyrique, au théâtre et* dans l'histoire. La pensée devient plus nette, le style plus naturel, Tinspiration plus franche. Ce n'est plus seulement la France qui sert de guide : l'Allemagne et l'Angleterre offrent des modèles nouveaux , bien propres à exciter l'émulation.
Nous n'insisterons pas sur les faits historiques et politiques survenus en Italie pendant les deux premiers tiers du siècle présent : ils sont présents à la mémoire de tous. Hais il importe de ne pas les perdre de vue , à cause de l'intime connexion qu'ils ont avec la littérature : l'histoire de la pensée, chez un peuple, ne peut jamais se séparer de celle des gouvernements , tant leur influence réciproque est chose nécessaire et fatale. Soumise aux armes et à l'autorité de Napoléon Jusqu'en 1815, l'Italie se pénétra pins que jamais des idées françaises. Elle n'avait fait que changer de joug, mais eUe n'aimait pas davantage la domination étrangère; elle retomba ensuite sous l'influence autrichienne, moins libérale encore et plus détestée; aussi
fut-elle travaillée par les sociétés secrètes (earbonari) et des tentatives dlnsurrection aussitôt réprimées. Le courant des idées démocratiques, loin de céder devant les armées et la sévérité de la police autrichienne, prenait une extension de plus en plus formidable. La révolution parisienne de 1848 eut son contre-coup dans les principaux centres de IKalie, en Sicile, à Naples, à Florence, à Rome, à Turin; Venise et Milan s'insurgèrent; le roi de Sardaigne, Charles-Albert, suivant Finstinct de sa race, prit les armes au nom de l'indépendance italienne, dont il se faisait le représentant ; mais il fut réduit à abdiquer devant les succès de TAutriche triomphante , et cette puissance parut mieux affermie que jamais dans ses possessions. Quelques années plus tard, l'empereur Napoléon III, au nom de ce principe des nationalités qui devait être si fatal & la France , vint au secours de la révolution italienne , et l'Autriche vaincue dut céder la place au Piémont, devenu cette fois le centre d'unité pour la Péninsule entière; caria France, malgré ses réserves, ne put sauvegarder l'indépendance du souverain Pontife , dépossédé à son tour par les moyens les plus iniques de la trahison et de la mauvaise foi.
Yincenzo Monti (1754-1828) prit dans la poésie la place laissée vacante par la mort d'Alfieri, et le surpassa de beaucoup par la souplesse et l'élégance incomparable de son style. C'était un vrai poète par l'éclat et la richesse de l'imagination, mais un servile adorateur du pouvoir, un homme sans caractère et sans conviction ; les Italiens admirent ses œuvres comme des modèles classiques, mais les patriotes le poursuivent de leurs injures et de leur mépris. Ce n'était pourtant point un méchant homme; soit ambition, soit faiblesse inconsciente, il briguait la faveur du pouvoir