CHAPITRE TREIZIÈME
triomphant, et le soleil levant avait toujours ses hommages. Un de ses premiers poèmes, la Vision d^Éxéckielj attira Fattention du cardinal Borghese, qui Temmena à Rome, et le plaça en qualité de secrétaire chez un neveu du pape. Il célébra Pie YI et ses malheurs dans le Pèlerin apoitoUque {il PelUgrino apostolico)^ et n'épargna pas les mvectives à la Révolution française. Un incident tragique, la mort de Basseville, secrétaire d'ambassade, assassiné par la populace romaine pour avoir fait porter la cocarde tricolore à ses gens, lui fournit l'occasion d'un poëme dantesque, aussi odieux par le sujet que magnifique par l'exécution. L'âme de Basseville, introduite dans le purgatoire, doit expier ses crimes par le spectacle des horreurs de la Révolution française ; les écrivains qui Vont provoquée par leurs écrits, et les monstres qui se sont souillés de sang, nous apparaissent dans les tortures de l'éternel supplice. Ces tableaux, imités de Dante, sont d'un pathétique poignant et douloureux ; ils suffisent, d'après le poëte, pour purifier l'&me repentante de Basseville et lui ouvrir le paradis. Monti avait achevé les quatre premiers chants de ce poème, lorsque l'invasion des armées françaises en Italie vint changer subitement ses convictions politiques ; Yabbé Monti devenait le citm/en Monti, qui devait se transformer plus tard en chevalier Monti. Devenu républicain, il monta sa lyre sur un ton tout nouveau, reniant son passé, et traitant dec misérable rapsodie » cette BasteviUiana qui est pourtant restée comme son chef-d'œuvre. Il attaque le pape, son bienfaiteur, lance des imprécations contre les* rois, et en particulier contre ce « vil Capet, roi parjure et stupide dont la France venait de se délivrer ». Gela se trouve dans un hymne composé en 1799 en l'honneur de l'anniversaire du 21 janvier.
Cependant Bonaparte venait de passer les Alpes et de gagner la bataille de Marengo ; ce fut pour Monti Toccasion d'une évolution nouvelle ; 11 chanta en vers pompeux le libérateur de Tltalie, et passa bientôt au rang de poète officiel. Il avait déjà célébré le vainqueur d'ArcoIe dans son grand poème de ProméûUe, étude mythologique remplie d'allusions aux exploits du héros français ; il le célébra plus directement dans un autre poémc, la Mascheroniana, où la mort récente du célèbre mathématicien Mascheroni lui sert de point de départ et de cadre pour raconter les expéditions d'Italie et d'Egypte. Le Barde de la forêt noire et YÉpée de Frédéric H rentrent dans cette même série d'éloges dithyrambiques à l'adresse du maître de l'Italie. Aussi le poète fut-il comblé d'honneurs et d'honoraires : professeur à l'université de Pavie où il n'enseigna pas , professeur au collège de Milan où il ne parut presque jamais, historiographe du royaume dltalie sans écrire un mot d'histoire, il épuisa sa veine poétique en éloges officiels. Sa vision U Bénéficia, à l'occasion du couronnement de l'empereur, lui fut payée cinq mille francs ; son Barde de lajoréi noire, en 1806, lui valut vingt-deux mille francs de gratification. Rien de mieux, si l'enthousiasme de sa brillante muse eût été sincère et convaincu ; mais on put en douter, quand, à la chute de Napoléon, on vit Honti rester debout, avec ses places, et prodiguer l'adulation à une nouvelle idole, à l'Autriche, AUrœa redux, comme il l'appelait : il ne manquait plus que cela pour justifier le reproche de lâcheté que lui faisaient ses ennemis.
Monti eut pourtant quelque courage, mais ce fut dans les polémiques philologiques et littéraires, où il ne courait aucun danger ; là il avait pour lui la raison et le bon sens. Sans savoir le grec, et par un vrai tour de force