CHAPITRE TREIZIÈME. S
d'intuition, il traduisit Ylliade d'Homère, et sa traduction est restée sans rivale. Foscolo, qui avait commencé la sienne sur le texte original, fut tellement découragé par celle de Monti, qu'il y renonça, non sans attaquer vivement un concurrent si heureux, car il lui reprochait avec quelque raison de n'avoir pas bien reproduit la couleur de l'original.
Honti a aussi écrit pour le théâtre : ses tragédies, Atis^ todime, Man/redi et Caiut Gracchut, composées sous l'influencé de celles d'Âlfieri, visent à l'énergie des sentiments et des caractères; l'action en est un peu froide, l'invention médiocre ; elle ne vit guère que de réminiscences ; mais Monti se relève et se soutient par les beautés de détail, une expression toujours noble, harmonieuse, brillante de vie et d'images, souvent éloquente et pathétique ; moins original qu'Alfieri, il est meilleur écrivain et plus poète par le style.
Le grand mérite de Monti, c'est d'avoir rompu avec la manière molle et eflëminée des Arcades, en ramenant la langue à ses vraies sources, aux grandes et sévères beautés du style dantesque; il sait allier l'énergie à la souplesse, la force à la grâce : l'Italie n'a guère de Yneilleur modèle ; aussi les Italiens l'ont-ils surnommé le Dante gracieux [Dante ingentilUo).
Ce qui explique, sans la justifier complètement, la versatilité politique de Monti, c'est la situation incertaine et troublée de l'Italie, pendant une période où elle est ballottée entre deux dominations étrangères, tandis qu'elle aspire à l'affranchissement par la liberté.
Monti inaugure brillamment le dix-neuvième siècle et signale un véritable réveil de la lyre italienne. A côté de lui, mais à un degré inférieur, il faut placer Hippolyte
Pindemonte (1757-1828), qu*on ne doit pas confondre avec son frère, le marquis Jean Pindemonte, auteur d'un certain nombre de pièces de théâtre où le charme des détails se trouve déparé par le ton déclamatoire et la recherche d*une pompe factice. Né à Vérone, Hippolyte Pindemonte avait une santé délicate qui contribua à concentrer ses émotions, à lui faire aimer la solitude, et à donner à ses œuvres poétiques cette teinte de mélancolie rêveuse, qui était du reste à la mode, comme le prouvent les NuU$ d* Young, les Élégies de Gray et le IVeriher de Gœthe . Ce sentiment domine dans ses Poésies champêtres (1788), qui ont un charme gracieux et établirent sa réputation. Le ton *est plus élevé, plus ferme dans ses ÉpUres, ses Satires (Ser^ tnani^^ un peu trop calquées sur les modèles antiques, plus belles de forme que d'inspiration, mais pleines de nobles pensées et de charmants détails ; le poète rêveur est devenu, avec Tâge, un moraliste aimable, qui a encore le sourire de Fémotion, mais qui incline à la sagesse austère. Cette tendance est sensible dans les Tombeaux, les Voyages et le Coup de marteau, compositions variées qui offrent souvent un piquant intérêt et une grande finesse d'observation. Ses Poésies variées prouvent que son talent pouvait se plier aux genres les plus divers ; s'il n'a pas abordé la grande poésie, sa belle traduction de YOdyssée montre qu'il savait la comprendre et la sentir pour s*en faire le fidèle interprète : cette œuvre se place à côté de V Iliade traduite par Monti.
Ugo Foscolo (1778-1827), âme plus ferme et meilleur patriote que Monti, ne sut pas se plier comme lui aux vicissitudes politiques de sa patrie ; aussi eut-il une existence agitée, qui le conduisit à une mort misérable sur un sol étranger. II était né à Zante, d'un père vénitien et